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PEUT ON AVOIR CONFIANCE DANS NOS MÉDIAS [ARGENT MAGIQUE]
Peut-on avoir confiance dans nos médias ? Une enquête sur l'indépendance de la presse en France, ses modèles économiques et les moyens de la protéger.
13 chapitres
- Un constat : la défiance envers les médiasContexteLa vidéo s'ouvre sur un échange humoristique où l'on reproche aux médias d'appartenir à des milliardaires, de laisser dire n'importe quoi à certains animateurs et d'être trop proches du pouvoir. Le service public est lui aussi critiqué.Question poséeLes deux présentateurs se demandent si l'on peut encore parler de journalisme. Ils évoquent l'idée de médias indépendants, sans pression des actionnaires ni des politiques, et rappellent qu'il n'y a pas d'argent magique.Chiffres clés• Dans le baromètre cité, plus de 31 % des sondés font confiance aux médias et 61 % disent le contraire. • La confiance dans les médias en tant qu'institution diminue, alors que les gens gardent confiance dans leur propre média. • Selon le Digital News Report de Reuters, 30 % des Français font confiance aux informations, contre 67 % des Finlandais et 45 % des Allemands. • La confiance dans les infos de France Télévision est de 58 %, contre 40 % pour BFM, C News ou Le Parisien.ConclusionEn France, la défiance envers l'institution médiatique augmente et elle est plus forte que chez nos voisins. Reste à savoir si c'est un problème, ce qui demande de définir à quoi servent les médias.
- À quoi servent les médias ? Le 4e pouvoirRôle démocratiqueLes médias forment un 4e pouvoir qui contrôle le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Le citoyen ordinaire ne peut pas vérifier seul que ces pouvoirs fonctionnent correctement.RisquesSans médias indépendants, les citoyens ne peuvent pas voter, militer ou manifester en connaissance de cause. Les dirigeants se retrouvent libres de faire n'importe quoi.Preuve concrèteUne étude américaine de 2020 montre que la disparition des journaux locaux fait monter les coûts d'emprunt des municipalités. Les journaux locaux obligent les gouvernements à rendre des comptes.Pouvoir économiqueIl faut aussi surveiller les entreprises et les grands patrons, donc des médias indépendants des milliardaires.
- Les milliardaires et leurs médiasPropriétairesLes médias français sont possédés par des milliardaires comme Bernard Arnault, la famille Dassault, Vincent Bolloré, Daniel Kretinsky, Xavier Niel ou Rodolphe Saadé.Motivations• Posséder un média permet de façonner l'opinion publique et de faire pression sur les politiques. • Les empires industriels de ces actionnaires sont soumis à des lois et bénéficient de contrats publics.Rentabilité• Selon une note de Vie publique, près de 80 % des médias affichent une marge inférieure à 6 % et 56 % sont déficitaires. • Les chaînes d'information en continu comme BFM TV, LCI ou C News ont des résultats d'exploitation déficitaires. • Les médias servent donc de département de communication, par exemple Le Figaro ou Gala pour la famille Dassault.Enjeu idéologiqueUn média peut aussi servir une vision idéologique, comme Vincent Bolloré avec la religion sur C News ou Pierre-Édouard Stérin avec son projet Périclès. Il faut donc des médias indépendants des politiques, des juges et des puissances économiques.
- Les journalistes : préjugés sur les bobos parisiensPréjugéUn personnage reproche aux médias le wokisme et la bien-pensance. Il décrit les journalistes comme une caste de bobos parisiens payés 5000 € par mois.RépartitionSur 35 000 journalistes détenteurs d'une carte de presse, 19 000 sont en région parisienne et la moitié d'entre eux en banlieue. 16 000 travaillent hors de la région parisienne.Revenus• Le revenu médian est de 4000 € brut pour les CDI et 2100 € pour les pigistes en CDD. • La précarité augmente, avec de plus en plus de pigistes et de CDD. • Le sociologue Jean-Marie Charon décrit des rémunérations basses, parfois au SMIC ou en dessous, et un stress omniprésent chez les jeunes journalistes. • Les très hauts revenus concernent une très faible minorité.Origine socialeLes enfants de cadres sont surreprésentés dans les écoles de journalisme, alors que les cadres représentent 25 % de la population active. Les journalistes ne sont donc pas représentatifs de la population.
- Neutralité, bonne foi et charte de MunichNeutralitéAucun journaliste ne peut être neutre, mais on peut lui demander d'être de bonne foi.La charteLa charte de déontologie de Munich a été signée en 1971 par la Fédération européenne des journalistes. Elle ne parle pas de neutralité ni de pluralisme. Son devoir numéro 1 est de respecter la vérité.Opinions et faitsLes opinions sont acceptables si elles reposent sur des faits et n'écartent jamais volontairement ceux qui dérangent l'idéologie du journaliste.ExemplePascal Praud se moque du réchauffement climatique à partir d'un jour de froid. Il confond météo et climat, ce qui revient à écarter des faits qui ne l'arrangent pas.
- Gouvernance et modèles économiques : abonnementsProblèmeUne rédaction est pyramidale. Le directeur de publication, nommé et remplaçable par l'actionnaire, doit valider toute publication, ce qui complique l'abord de certains sujets.Statut juridiqueSelon Julia Cagé et Benoît Huet, la plupart des médias français sont détenus par des sociétés commerciales (SA, SARL, SAS). Le statut de média ne donne pas plus de pouvoir aux journalistes.Médias protégés• Alternatives économiques est une SCOP, donc le pouvoir est aux employés. • Le Monde et Mediapart sont des SAS détenues par un fonds de dotation. • Ils sont protégés des rachats, mettent les journalistes au centre des décisions et ne visent pas à enrichir leurs actionnaires.LimiteCes médias sont payants, avec un abonnement à 12 € par mois pour Alternatives économiques et Mediapart. Tout le monde ne peut pas se le permettre, ce qui pose un problème d'accessibilité.
- La publicité et ses dérivesHistoriqueHistoriquement, la publicité permettait de vendre les journaux quelques centimes. Les revenus publicitaires des journaux baissent depuis des décennies, car les plateformes et réseaux sociaux captent une part croissante des budgets.ChiffresLes recettes publicitaires des journaux ont été divisées par plus de 6 aux États-Unis et environ par 3 en France entre 1990 et la fin des années 2010.Dépendance• Un média dépend des marques dont il fait la publicité, par exemple de LVMH pour un article critique sur Bernard Arnault. • Libération a publié en 2012 la une « Casse-toi riche con ». Le patron de LVMH a fait retirer les annonces des marques qu'il contrôlait, ce qui a coûté 700 000 € au journal.Brouillage• Hugo Décrypte a fait la publicité de NordVPN en 2022 et a été retoqué par le CDJM. L'article 9 de la charte de Munich interdit de confondre journaliste et publicitaire. • Le Sénat constate que des chargés de contenu remplacent des journalistes professionnels. • Les publireportages et le brand content, par exemple chez BFM TV ou Brut, sont des publicités déguisées en articles.
- Le cas de BrutBrand contentSur Instagram ou TikTok, un reportage sur les cartes Pokémon de Brut se révèle être une publicité pour eBay. Brut appartient depuis 2025 à Rodolphe Saadé.Régie publicitaireLa page de la régie de Brut propose d'aider les marques à s'imposer dans les conversations sociales et à rester pertinentes culturellement auprès de la nouvelle génération.HistoireBrut a été créé en 2016 et a explosé pendant les gilets jaunes. En 2019, son rédacteur en chef Laurent Lucas a refusé une interview d'Emmanuel Macron, qui n'avait aucune annonce à faire et cherchait à faire de la communication avant les européennes.ÉvolutionDepuis le rachat de 2025, la patronne Elsa Darkier parle de Brut comme d'une « love brand » et dit que le média sera celui de la prochaine présidente en 2027. Les présentateurs se demandent si Brut est un média d'information ou une agence de communication.
- Quand l'actionnaire impose ses intérêtsScience & Vie• Science & Vie a été racheté en 2019 par Reworld Media alors qu'il était financièrement viable. • Les journalistes sont passés de 340 à 140, remplacés en partie par des communicants pour booster les revenus publicitaires. • Selon un délégué syndical, ils cherchent à optimiser le référencement pour susciter du clic.EpsilonLes anciens journalistes ont lancé le journal Epsilon et ont été attaqués en justice par Reworld Media. Les plaintes n'ont rien donné mais ont coûté beaucoup d'argent.Bolloré• C8 n'a jamais été rentable, et C News a perdu 9,5 millions en 2023 contre 5 millions un an plus tôt. • Ces chaînes servent à véhiculer une idéologie alignée sur celle de l'actionnaire.Amendes de l'ArcomCyril Hanouna a accumulé 7,5 millions d'euros d'amendes avant le retrait de la licence de C8. Faute de sanction effective, d'autres milliardaires peuvent s'en inspirer, ce qui fait chuter la France au classement de la liberté de la presse.
- Les aides à la presseDispositifs• Un taux de TVA réduit de 2,1 % sur les abonnements représente 200 millions d'euros par an. • Les aides postales pour la presse papier représentent environ 100 millions d'euros par an. • Les aides à la diffusion, au pluralisme et à la modernisation représentent encore environ 100 millions d'euros.ConditionsLes deux premières aides sont liées au statut de média et la troisième à celui d'IPG (information politique et générale). Aucune ne impose d'embaucher une majorité de journalistes ni de les associer à la gestion.ExempleReworld Media a pu perdre les deux tiers des journalistes de Science & Vie sans perdre son taux de TVA réduit.ConstatCes aides, environ 400 millions d'euros par an, ne sont pas conditionnées à la défense d'une presse libre et indépendante. Elles ne concernent que la presse écrite, donc pas C News.
- L'audiovisuel public et son indépendanceFinancementSur les 4,5 milliards d'euros par an de France Télé et Radio France, 4 milliards viennent de l'État, 400 millions de la publicité et 100 millions de revenus commerciaux. Le service public dépend donc moins de la publicité que Le Monde (20 %) ou TF1.RedevanceEmmanuel Macron a supprimé en 2022 la redevance, un financement fléché que l'État ne pouvait pas toucher. Désormais le gouvernement doit voter une loi de financement chaque année, ce qui fragilise l'indépendance.GouvernanceL'Arcom nomme les présidents de Radio France et France Télé, mais son dirigeant est nommé par le président de la République. Le projet de holding France Médias a fait craindre aux syndicats et à la gauche un contrôle plus facile par le pouvoir.ConstatSelon la sociologie, les journalistes du service public sont plus indépendants du pouvoir économique que ceux des médias privés. Reporters sans frontières souligne que l'absence de financement pérenne fragilise l'audiovisuel public.
- Bilan et propositionsBilanLa défiance envers les médias grandit alors que l'information circule partout. Le vrai problème est son indépendance et sa qualité, car sans médias indépendants des pouvoirs politiques et économiques, il n'y a pas de démocratie fonctionnelle.Enjeu centralL'enjeu principal est la gouvernance : les entreprises médiatiques sont légalement comme les autres, et celui qui finance gouverne. Le Monde et Mediapart montrent qu'on peut faire autrement, mais cela repose sur la bonne volonté d'actionnaires milliardaires.Propositions• Créer un cadre juridique des entreprises médiatiques, comme dans le livre de Julia Cagé et Benoît Huet. • Journalistes majoritaires au conseil d'administration et obligation de réinvestir 70 % des bénéfices dans le journal. • Obligation d'embaucher une majorité de journalistes et aides réservées aux médias qui respectent ces règles. • Adopter au minimum tous les articles de la charte de Munich.Audiovisuel publicIl faut retrouver un financement automatique que les politiques ne peuvent pas toucher, comme la redevance. Les journalistes devraient aussi avoir un droit de regard sur la nomination des chefs.
- Stupmédia et fin de saisonModèleStupmédia est financé principalement par son audience et garantit l'accès gratuit à ses productions, sans publicité. Les dons financent Argent Magique ainsi que les coûts comptables et juridiques, un statut salarié et un petit fonds de sécurité.ProductionsLe média soutient aussi les chaînes des membres du collectif, des émissions comme Les pieds dans le plat, et des articles originaux écrits par des journalistes rémunérés.ObjectifStupmédia veut atteindre 5000 € de dons mensuels pour lancer de nouveaux projets, assurer sa pérennité et contribuer à la pluralité de la presse indépendante.Fin de saisonLes spectateurs ont financé 10 épisodes et celui-ci est le numéro 9. Le dernier sortira à la rentrée en septembre, suivi d'une saison 3 si l'audience est toujours là.


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