Conférence/AURELIEN BARRAU - "SORTIR DE NOS ADDICTIONS" | LIMIT #BeyondGrowth
AURELIEN BARRAU - "SORTIR DE NOS ADDICTIONS" | LIMIT #BeyondGrowth

AURELIEN BARRAU - "SORTIR DE NOS ADDICTIONS" | LIMIT #BeyondGrowth

LIMIT12 min17 mai 2023
Il n'y a aucun problème de croissance, l'effondrement de la biodiversité n'est pas en danger et les limites planétaires sont des bénédictions.
10 chapitres
  • Introduction provocatrice et critique du découplage(0'00 → 0'45)
    Aurélien Barrau réagit à Monsieur Dombrovskis qui affirmait que le découplage entre croissance économique et catastrophe écologique est en cours.
    Il affirme au contraire qu'il y a en réalité un sur-couplage entre croissance et catastrophe écologique.
    Il choisit de parler en français comme une petite provocation contre toutes les hégémonies, y compris celles des langages.
    Dès l'ouverture, il annonce vouloir contredire à la fois la présidente Von der Leyen et le consensus ambiant, posant un ton frontal et provocateur.
  • Le consensus scientifique sur les limites planétaires(0'45 → 2'37)
    • Il existe des limites planétaires que nous dépassons, ce qui est intenable. • La détérioration de l'intégrité de la biosphère est une menace plus extrême encore que le réchauffement climatique. • Notre salut n'est pas compatible avec la poursuite de la croissance.
    Nier ces faits relève aujourd'hui de la complicité du crime de masse.
    Il juge ces constats, malgré leur consonance révolutionnaire, encore trop convenus, trop timides et étriqués.
    • Réchauffement climatique menaçant l'habitabilité de la planète • Acidification des océans • Interruption des cycles biogéochimiques • Introduction d'espèces invasives • Pollution et chute de la biodiversité
  • La crise systémique et l'impossibilité de la croissance(2'37 → 3'43)
    La crise est profondément systémique : le délire métastatique de la machine de guerre économico-technologique n'est pas tenable.
    Notre manière d'habiter l'espace transforme la planète en déchets, de façon inconséquente, irrationnelle et coupable.
    La question de la post-croissance ou décroissance se pose donc évidemment.
    Il annonce vouloir aller plus loin et énoncer les choses de manière plus provocatrice : il n'y aurait en réalité aucun problème de croissance.
  • Contre l'usage abusif du mot "croissance"(3'43 → 6'02)
    Il n'y a aucun sens à nommer "croissance" ce qui relève en réalité d'un déclin de notre puissance d'être.
    Il compare cet abus de langage à l'usage du terme "intelligence artificielle" pour des algorithmes qui n'ont rien d'intelligent.
    • Automatisation des recrutements • Marginalisation des artistes • Uniformisation des attentes • Atrophie des possibles • Déploiement des contrôles et surveillance de masse • Autonomisation de la finance
    L'interrogation n'est pas de nature scientifique mais politique, poétique, axiologique et ontologique.
  • La bonne nouvelle : une guérison plutôt qu'une privation(6'02 → 6'52)
    Ce qui détruit la vie est aussi ce qui érode le sens, donc aucun effort réel n'est à faire pour changer de voie.
    Nos amours, nos idées, nos écrits, nos équations, nos symphonies, nos intelligences et nos empathies peuvent, eux, être décuplés.
    Ce qu'on nomme improprement "décroissance" ne réfère qu'à sortir de nos addictions mortifères.
    Ce ne serait pas une privation mais une guérison, un désensorcellement.
  • Le mythe de l'énergie propre et infinie(6'52 → 8'00)
    Il s'adresse cette fois à la présidente Metsola pour contredire l'idée qu'une énergie presque propre et infinie serait souhaitable.
    Disposer d'une énergie presque infinie serait selon lui le pire scénario envisageable.
    Le problème majeur n'est pas l'origine de l'énergie mais ce que nous en faisons.
    • La destruction systématique de la vie, la dévastation des fonds marins et l'éradication des forêts sont nommées "croissance" • Plus d'énergie ne signifierait qu'une chose : plus de destructions • Nous n'avons pas encore commencé à poser la question des fins, seulement celle des moyens
  • La chute de la biodiversité comme catastrophe, non comme menace(8'00 → 8'55)
    Considérer la chute de la biodiversité comme une simple menace est une erreur : elle est en elle-même la catastrophe.
    • Deux tiers des populations d'insectes déjà éradiqués • Deux tiers des populations de mammifères sauvages • Deux tiers des populations d'arbres
    C'est comme si un médecin considérait la mort du patient comme un simple symptôme parmi d'autres, et non l'enjeu même de son travail.
    Cette méta-confusion rend toute analyse inopérante.
  • Les limites planétaires comme bienvenue et la finitude assumée(8'55 → 9'53)
    Les limites planétaires sont bienvenues car créer, vivre, inventer, imaginer suppose toujours de composer avec une frontière.
    Nous ne sommes pas Dieu ; la finitude est notre lot, et la beauté s'élabore toujours dans la contrainte.
    Reconnaître cela n'est pas se résigner ou abdiquer, mais choisir de cheminer sans œillères dans un rêve plus riche, plus flamboyant, mais aussi plus fragile.
    Notre insouciance était une délinquance ; notre obstination actuelle commence à relever de l'auto-terrorisme.
  • Héritage du Logos et appel à l'humilité(9'53 → 11'32)
    Nous sommes les héritiers du Logos, cœur sublime de la Grèce antique, invention géniale mais dangereuse d'une rationalité qui se croit unique, universelle et omnipotente.
    Ce Logos est à la fois le joyau et le fléau de l'Occident, aujourd'hui face à la certitude de l'échec.
    Un peu d'humilité serait bienvenue : abandonner notre suffisance et chercher à apprendre plutôt qu'à enseigner, en particulier vis-à-vis des pays du Sud.
    Nos prédécesseurs du Néolithique et du Paléolithique furent extrêmement explorateurs ; notre spécificité n'est pas de nous fourvoyer, mais de nous entêter malgré l'évidence.
  • Conclusion : de la civilisation la plus meurtrière à un autre monde possible(11'32 → 12'52)
    Nous sommes la civilisation la plus meurtrière de tous les temps du point de vue de la biosphère, et devenons aussi parmi les plus ineptes et les plus malheureux.
    La question des modalités (comment émettre un peu moins de CO2) ne devrait plus nous intéresser ; seule compte la question des finalités : où voulons-nous aller ?
    Un tout autre monde, sevré de nos addictions pernicieuses et de nos prédations nécrophiles, ne relèverait peut-être ni de l'effort ni du sacrifice.
    Il conclut sur l'idée d'une jouissance assumée d'une puissance réinvestie, avant de remercier le public.