
MA VOITURE, MA LIBERTÉ ! (vraiment ?) - Mathieu Chassignet
Le gros point bloquant pour moi aujourd'hui, c'est qu'on sait mal qui se déplace en voiture.
8 chapitres
- Introduction et présentation de Mathieu ChassignetIdée reçueOn croit mal savoir qui se déplace en voiture, avec l'idée fausse que ce sont surtout les pauvres qui en ont besoin, rendant toute politique antivoiture 'antipauvre'.Objectif du talkApporter un angle différent sur la voiture, comprendre comment elle s'inscrit dans nos sociétés et comment elle évoluera à l'avenir face aux nombreuses croyances qui l'entourent.Profil de l'invité• Ingénieur français spécialisé dans la mobilité durable • Travaille pour une institution publique sur les questions d'environnement, mobilité et qualité de l'air • Tient un blog et vulgarise les enjeux de mobilité sur les réseaux sociaux • Collabore avec des médias comme Alternatives ÉconomiquesMission de vulgarisationRemettre en doute les idées reçues sur la mobilité qui empêchent de prendre les bonnes décisions politiques.
- Riches et pauvres : qui utilise vraiment la voiture ?Constat principalContrairement aux idées reçues, plus on est riche, plus on utilise la voiture, plus on en possède, et plus on l'utilise pour des trajets longs, y compris pour aller travailler.Données chiffrées• On se déplace en moyenne 3 à 4 fois par jour depuis les années 50, mais les distances ont été multipliées par 4 (4 km du travail dans les années 60, contre 15 km aujourd'hui) • Facteur 3 entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches sur les kilomètres parcourus en voiture • Les plus riches ont un taux de motorisation plus élevé, utilisent davantage la voiture par rapport aux alternatives, et parcourent des distances plus longuesÉloignement choisi vs subiLes ménages aisés habitent en moyenne plus loin de leur travail (choix), alors que l'éloignement des plus pauvres est subi ; la carte de Toulouse montre les riches installés en couronne périurbaine à 10-25 km du centre.Cas des ZFELes ménages pauvres ont des voitures plus anciennes (13,7 ans en moyenne contre 8 ans pour les riches) et sont donc plus touchés par les restrictions de type ZFE, même s'ils utilisent globalement moins la voiture.
- Pourquoi la voiture s'impose même sur les petits trajetsExemple de BruxellesLa moitié des Bruxellois utilisent une voiture pour des trajets de moins de 2 km, des chiffres comparables à ceux observés en France.Raisons objectives• Trajets combinés (déposer un enfant à l'école en allant travailler) • Arrêt en chemin pour faire une course • Nécessité de porter des charges (courses, poussette)Réflexe et routinesLe réflexe voiture est ancré par la publicité qui vend l'imaginaire de la liberté automobile, et par des routines quotidiennes difficiles à casser (GPS, absence de charge mentale).Leviers de changementIncitations financières pour les salariés venant à vélo, campagnes de communication percutantes, ou simplement la remarque d'un enfant qui interpelle ses parents sur l'usage de la voiture pour de courtes distances.
- Commerces et centre-villes piétonniersL'argument économique contestéLa piétonnisation des centres-villes est souvent accusée de tuer le commerce, un argument comparable à celui utilisé pour défendre les jets privés.Causes réelles des difficultésLes centres-villes souffrent surtout de la concurrence du e-commerce et des zones commerciales périphériques dont l'expansion a été largement autorisée.Chiffres sur la clientèle• 3/4 des clients des centres-villes viennent de moins de 2 km (clientèle de proximité) • À Lille, seulement 21% des clients des commerces viennent en voiture, 42% à pied • Dans les petites villes aussi, autant de clients viennent à pied qu'en voiture • Seuls 20% des gens réclament de meilleures conditions de circulation/stationnement, 80% veulent végétalisation, pistes cyclables, trottoirs largesDécalage de perceptionÀ Nancy, les commerçants imaginent que 77% de leurs clients viennent en voiture alors que la réalité est de 35%, ce qui explique leur opposition systématique aux projets de transformation urbaine.
- Voiture électrique : solution ou fausse promesse ?Bilan carbone comparéMalgré les émissions liées à la fabrication de la batterie, la voiture électrique émet bien moins de CO2 que la thermique sur toute sa durée de vie, même dans des pays à mix électrique carboné comme la Pologne ou l'Allemagne.Problème des grosses batteries et SUV• Une batterie standard pèse environ 250 kg, jusqu'à 500-600 kg dans un SUV • Un gros SUV émet 117% de CO2 en plus qu'une petite voiture, soit 20 tonnes contre 9 tonnes pour une citadine • Avec 100 kWh, on peut faire une batterie de gros SUV, deux citadines, ou 200 vélos à assistance électriqueQuestion de l'autonomieUn Français se déplace à plus de 200 km de chez lui seulement deux fois par an en voiture en moyenne, rendant peu rationnel l'achat de grosses batteries pour une autonomie rarement utilisée.Enjeu de justice socialeFace à la tension sur les ressources (cobalt, nickel, lithium), les gros véhicules privent d'autres usagers de ressources rares et favorisent uniquement les plus riches.
- L'imaginaire culturel et publicitaire de la voitureLa voiture comme symbole de réussiteLa voiture est devenue un élément culturel de réussite sociale, vendue comme objet de désir et de liberté, y compris dans les discours politiques et le rap.Grossissement des véhicules• Entre 2000 et 2020, la voiture moyenne vendue en France a gagné 110 kg, 12 cm de largeur et 34% de puissance • La part de marché des SUV est passée de 5% en 2008-2009 à 47% aujourd'hui • Les marges sont plus importantes sur les gros modèles, ce qui pousse les constructeurs à les promouvoirPoids de la publicité4,3 milliards d'euros sont dépensés en publicité automobile en France, soit plus de 2000€ de publicité par voiture vendue ; l'automobile est le deuxième secteur annonceur après la grande distribution.Effet rebond (paradoxe de Jevons)Les gains d'efficacité des moteurs sont annulés par l'augmentation de la taille et de la puissance des véhicules ; avec l'électrique, le faible coût d'usage et le potentiel véhicule autonome pourraient inciter à se déplacer encore davantage.



