Decryptions/Pourquoi les médias parlent aussi peu des Ouïghours (comprendre le choix des sujets dans les médias)
Pourquoi les médias parlent aussi peu des Ouïghours (comprendre le choix des sujets dans les médias)

Pourquoi les médias parlent aussi peu des Ouïghours (comprendre le choix des sujets dans les médias)

On peut avoir parfois l'impression que les médias cachent certains sujets, par deux sujets qui nous intéressent pas, ou encore choisissent des sujets pour nous manipuler ou pour se faire de l'argent
6 chapters
  • La loi de proximité dans les médias(0'005'00)
    La loi de proximité (ou loi du mort-km) dicte que les médias parlent plus facilement d'une personne morte près de chez soi que de mille personnes décédées à l'autre bout du monde, car les gens se sentent davantage concernés par ce qui se passe à proximité.
    Les journaux télévisés préfèrent parler de trois gendarmes tués dans le Puy-de-Dôme plutôt que d'un événement ayant fait trois morts en Inde. Pour qu'un média traite une actualité internationale lointaine, il faut qu'elle soit très importante avec davantage de victimes.
    • Le génocide au Rwanda a reçu beaucoup de couverture médiatique • La deuxième guerre du Congo, qui a fait plusieurs millions de victimes, a eu très peu de couverture • Les conflits impliquant l'armée française (Mali, Centrafrique) reçoivent plus de couverture car ils deviennent des sujets nationaux
    La question se pose de savoir s'il faut privilégier les sujets nationaux ou traiter les sujets mondiaux les plus importants, indépendamment de leur proximité géographique.
  • L'influence de l'audience et des revenus publicitaires(5'008'26)
    Les médias, qu'ils soient télévisés ou en ligne, sont financés par la publicité. Plus l'audience est importante, plus les prix pour les annonceurs augmentent et plus les revenus des médias augmentent.
    Cette logique financière amène certains médias à traiter quasi exclusivement des sujets qui font de l'audience, au détriment de sujets plus importants qui ne généreraient pas assez de clics ou de vues.
    • Les fausses informations se propagent beaucoup plus vite que les informations vérifiées • Les gens cliquent sur les contenus sensationnalistes et intrigants • Certains créateurs ont exploité cela en créant des sites de désinformation monétisés sur Facebook avec du contenu trompeur sur la santé et la médecine
    Cette recherche d'audience pour des objectifs financiers conduit à privilégier les sujets sensationnalistes plutôt que ceux qui sont réellement importants.
  • Le pouvoir des propriétaires de médias(8'2613'37)
    En France, une poignée de personnes détient la majorité des médias existants, comme montré par la cartographie du Monde diplomatique. La France dispose de médias publics financés par l'état et de médias privés financés par des individus très fortunés.
    En 2018, le milliardaire Vincent Bolloré, actionnaire principal de Canal+, a été placé en garde à vue pour soupçons de corruption en Afrique. Tandis que la plupart des médias en ont parlé de manière importante, CNews (du groupe Canal+) n'en a parlé que brièvement avec un petit bandeau en bas.
    • Les propriétaires puissants peuvent exercer une influence sur le contenu produit • Une autocensure peut opérer parmi les journalistes qui craignent de perdre leur poste • Cette pression est amplifiée par la précarité du métier de journaliste en France, avec peu de postes disponibles et une crise de la presse
    Certains médias reposent sur les abonnements payants pour réduire leur dépendance aux propriétaires. D'autres mettent en place des règles et des conseils au sein du média pour garantir l'indépendance des journalistes face aux propriétaires.
  • La dépendance aux agences de presse(13'375'07)
    Presque tous les médias sont abonnés à des agences de presse comme l'AFP en France, Reuters au Royaume-Uni ou AP aux États-Unis. Ces agences écrivent des dépêches qui sont ensuite reprises par les médias.
    Les articles de différents médias sont souvent très similaires, voire identiques mot pour mot, avec les mêmes phrases et même structure. On voit souvent écrit 'France Info avec AFP' ou 'Tel média avec AFP' pour indiquer la source.
    Quand une actualité vient de tomber ou n'est pas super importante, les médias ne font pas d'article eux-mêmes mais reprennent la dépêche de l'AFP. Cela leur permet de générer plus de contenus et donc plus d'affichages publicitaires avec moins de ressources investies.
    Les médias ne se limitent pas aux dépêches des agences. Des sites comme Le Monde publient aussi beaucoup d'articles d'enquête quotidiens. Cette pratique reste justifiée par les difficultés financières de nombreux médias.
  • Cas d'étude : les Ouïghours et la mobilisation nationale(5'0713'00)
    Les Ouïghours sont une minorité musulmane persécutée en Chine. Ce sujet ne concernait a priori pas directement les citoyens français et n'aurait pas naturellement attiré l'attention des médias selon la loi de proximité.
    Une mobilisation s'est créée autour de ce sujet, notamment de la part de certains élus mais aussi de créateurs de contenus YouTube. Cette mobilisation a rendu le sujet important en France.
    Grâce à cette appropriation du sujet en France, les médias français en parlent davantage qu'ils ne l'auraient fait si peu de gens s'en étaient saisis dans le pays. Un sujet purement étranger est devenu un sujet national.
    Cet exemple montre que la loi de proximité n'est pas automatique et que les mouvements citoyens et les créateurs de contenu peuvent influencer les choix de couverture médiatique.
  • Le modèle économique de Hugo Décrypte et les enjeux futurs(13'0016'03)
    Hugo Décrypte traite environ 50% de sujets internationaux, ce qui représente un bon équilibre. La chaîne couvre des sujets lointains comme la Thaïlande quand il y a des manifestations et accorde une attention particulière aux grandes puissances mondiales comme les États-Unis.
    L'audience de Hugo Décrypte est beaucoup plus jeune que celle du journal télévisé. Cette génération plus jeune semble avoir tendance à s'intéresser davantage aux sujets internationaux, ce qui explique les choix ditoriaux de la chaîne.
    • Le créateur a envisagé une version payante de Hugo Décrypte • Il a réalisé que privatiser le contenu priverait beaucoup de gens d'informations et de travail qu'il juge important • Le modèle économique reste une question ouverte qui évolue constamment
    L'ouvrage 'Sauver les médias' de Julia Cagé détaille la problématique démocratique des médias et les solutions possibles. Les sites Acrimed et Arrêt sur images offrent également une analyse critique des médias.