
IL VIENT DE SE PASSER QUELQUE CHOSE... #Glacier #Thwaites #Apocalypse
Ce qui se passe en Antarctique ne reste pas en Antarctique.
10 chapitres
- Introduction : une nécrologie glaciaireAnnonce chocDes scientifiques ont rédigé un communiqué de presse nécrologique pour annoncer la mort d'une plaque de glace, sans savoir si cela arrivera dans les mois, les années à venir, ou dès demain.La plaque concernée• 350 m d'épaisseur, 15 fois la surface de Paris • Depuis 6 ans, sa vitesse de déplacement a triplé • Elle se situe devant le glacier Thwaites, surnommé le glacier de l'apocalypseEnjeux annoncés• Assez de glace pour faire monter tous les océans de la planète • Des villes comme Dunkerque, la Camargue, Bordeaux, New York, Shanghai, Londres menacées • Les Pays-Bas et d'autres pays pourraient disparaître de la carteInvitéLe glaciologue Frank Pattyn, professeur à l'ULB, participe à la vidéo et a également composé une partie des musiques de l'épisode.
- Twaites et la plaque qui cèdePrésentation du glacier• Thwaites se jette dans la mer d'Amundsen, en Antarctique de l'Ouest, sur 192 km² • Il déverse 4 à 5 % de la hausse mondiale du niveau de la mer • Il perd de la glace 5 fois plus vite qu'au début des années 90La plateforme de glaceDevant le glacier se trouvent deux plateformes flottantes : celle de l'Ouest, déjà en lambeaux, et celle de l'Est, qui ne tient plus que par un point d'ancrage comparable à un pilier de pont.Accélération mesurée• Depuis 2020, la plaque fond par en dessous et devient plus mince • Janvier 2020 : elle avançait de 700 m par an • Janvier 2026 : plus de 2 km par an, soit trois fois plus vite en 6 ansAlerte scientifiqueRob Larter du British Antarctic Survey a averti que la rupture finale pourrait arriver soudainement, d'où la rédaction anticipée du communiqué nécrologique.
- Faut-il vraiment parler d'apocalypse ?Nuance sur la nécrologieSelon Frank Pattyn, enterrer un glacier a du sens car il ne revient pas facilement, mais enterrer une plateforme de glace n'a pas vraiment de sens puisque le glacier peut en reformer une nouvelle.Cause réelle• Ce n'est pas l'air qui réchauffe la surface, qui fond à peine même en été • C'est une eau profonde relativement chaude (2 à 3°C) et salée, appelée eau circumpolaire profonde, qui ronge la plateforme par en dessous • Ce phénomène est davantage lié à des changements de circulation des vents qu'à l'eau chaude directement liée au réchauffement climatiqueConséquence immédiateSi la plaque se casse, cela n'a aucun effet direct sur le niveau de la mer car elle flotte déjà, comme un glaçon dans un verre.Ce qui inquiète vraimentLa vraie inquiétude porte sur ce que la plateforme retenait, ou pensait retenir, derrière elle : le glacier Thwaites lui-même.
- Un nom né avant les donnéesOrigine du surnomLe nom 'Doomsday Glacier' apparaît en 2017 dans un reportage de Jeff Goodell pour Rolling Stone, repris ensuite par le New York Times, le Guardian et la BBC.Avis des glaciologuesEntre collègues, les scientifiques sont d'accord : ils n'aiment pas ce nom, même s'il a permis de médiatiser le sujet.Racines historiques• 1978 : John Mercer parle de 'menace de désastre' dans Nature à propos de l'Antarctique de l'Ouest • Il prédit que si l'atmosphère se réchauffe, les plateformes disparaîtront et la calotte se videra dans l'océan (5 m) • 1974 : Johannes Weertman théorise l'instabilité des calottes posées sous le niveau de la mer • 1981 : Terry Hughes surnomme la région le 'ventre mou' de l'AntarctiqueRetard des mesuresThwaites est isolé (station la plus proche à 1500 km) ; ce n'est qu'en 2018 qu'un robot sous-marin, via un forage à l'eau chaude de 600 m, a permis le premier regard humain sur le point où le glacier quitte la terre.
- Pourquoi l'Antarctique de l'Ouest est le point faibleLe projet Bedmap 3En mars 2025, le projet Bedmap 3, dont Frank Pattyn est co-auteur, a permis de cartographier avec précision ce qui se trouve sous la glace de l'Antarctique.Deux Antarctiques• À l'Est : un vrai continent, roche majoritairement au-dessus du niveau de la mer, protégé de l'océan • À l'Ouest : des bassins qui plongent à 2 km sous le niveau de la mer, une 'calotte marine' posée sur un fond marin • Sous Thwaites, le socle descend vers l'intérieur du continent, jusqu'à plus de 2 km sous le niveau de la merMécanisme d'instabilitéPlus la glace est épaisse à la ligne d'échouage, plus le débit qui la traverse est important, un phénomène comparé à un vélo sans frein qui accélère dans une descente jusqu'à un seuil de rupture, appelé collapse.Chiffres clésLe point culminant de la calotte atteint près de 4800 m au-dessus du niveau marin, tandis que la base de Thwaites se trouve à plus d'1 km sous la surface de la mer.
- Le débat scientifique : effondrement ou pasPosition d'Erin PettitEn décembre 2021, la glaciologue annonce que la plateforme pourrait se briser 'comme un pare-brise' d'ici 3 à 5 ans, et que si elle lâche, le glacier derrière accélérera.Position de Hilmar GudmundssonEn 2023, ce glaciologue et ses collègues calculent que la plateforme retient quasiment rien : sa disparition ne changerait pas de manière discernable les pertes de glace des 50 prochaines années.RéconciliationFrank Pattyn estime que les deux approches ne sont pas en désaccord : l'une regarde la fragilité locale de la glace, l'autre la dynamique globale du glacier.Le vrai signalLa plaque agit comme un thermomètre : elle n'est pas la cause du problème mais l'indice qu'une eau chaude est déjà en train de faire fondre le pied du glacier par en dessous.
- Les chiffres de la hausse du niveau de la mer58 mètresHausse si tout l'Antarctique de l'Ouest fondait entièrement : un chiffre théorique qu'aucun modèle ne met sur la table à l'échelle humaine.3,30 mètresHausse liée à l'effondrement complet de la calotte marine de l'Antarctique de l'Ouest, avec un seuil de bascule situé autour de +1,5°C de réchauffement, sur une échelle de temps de l'ordre de 2000 ans ; le déclenchement pourrait déjà être en cours.65 cm et 6 cm• 65 cm : hausse liée à Thwaites seul si tout son contenu part à la mer, sur des siècles • 6 cm : ce que Thwaites apportera réellement d'ici 2100, avec un vrai risque d'accélération plutôt après 2080Mise en gardeChaque chiffre est vrai séparément, mais les mélanger fait croire à tort à un cataclysme qui se produirait dès demain.
- L'Antarctique n'est pas le seul responsableÉtude Science AdvancesUne étude de mai 2026 détaille pour la première fois la répartition du budget de la hausse du niveau de la mer depuis 1960.Répartition actuelle• 43 % : expansion thermique de l'eau (l'eau se dilate en se réchauffant) • 27 % : fonte des glaciers de montagne (Tibet, Népal...) • 15 % : fonte du Groenland • 12 % : AntarctiqueChangement de moteurLa mer montait surtout par dilatation thermique, mais elle monte désormais de plus en plus à cause de la fonte de la glace continentale, dont le plus gros réservoir potentiel est l'Antarctique de l'Ouest.Nouvelle étude 2026Début 2026 dans Geophysical Research Letters, des chercheurs ont calibré des modèles sur les données réelles de Thwaites (2004-2017) et projeté jusqu'en 2067.
- Pourquoi l'Europe est concernéeRésultats du modèle• Vers 2067, Thwaites seul pourrait perdre 200 milliards de tonnes de glace par an, soit l'équivalent de toute la perte actuelle de l'Antarctique • Les versions du modèle qui reproduisent le mieux les observations passées sont aussi celles qui projettent les pertes les plus fortesL'effet d'attraction gravitationnelleUne calotte glaciaire est une masse si gigantesque qu'elle attire l'eau autour d'elle, comme un aimant à océan, rendant le niveau de la mer localement plus haut qu'il ne le serait sans elle.Le mécanisme contre-intuitifQuand la calotte fond, son attraction faiblit : le niveau baisse près des pôles, mais l'eau libérée provoque une hausse plus forte que la moyenne mondiale dans les zones éloignées, notamment dans l'hémisphère nord, donc en Europe.Impact sur les côtesDes villes comme Dunkerque, Ostende, la Camargue, le marais poitevin ou l'estuaire de la Gironde sont concernées ; chaque centimètre de hausse moyenne réhausse le plancher des tempêtes, transformant une tempête centennale en événement bien plus fréquent.
- Conclusion : ce qu'il faut vraiment retenirCe qui est exagéréLa plaque en train d'agoniser ne fera pas monter la mer puisqu'elle flotte déjà, et les modèles s'accordent à dire qu'elle ne retenait presque rien : pas d'effondrement soudain du glacier de l'apocalypse à attendre.Ce qui est vraiLe seuil de bascule de l'Antarctique de l'Ouest, situé autour de +1,5°C, aurait déjà été franchi selon Frank Pattyn, enclenchant une hausse de 3,30 m étalée sur des siècles et impossible à arrêter une fois la boucle lancée.Ce qu'on peut encore faireLa direction est déjà engagée, mais la pente reste modulable : chaque degré évité représente des décennies gagnées pour préparer l'adaptation des villes.Message finalFrank Pattyn rappelle que l'humain est responsable des changements observés dans la cryosphère, qu'il ne faut jamais sombrer dans l'écoanxiété, et qu'il est impératif d'atteindre des émissions nettes zéro.





