TALK/IL VIENT DE SE PASSER QUELQUE CHOSE... #Glacier #Thwaites #Apocalypse
IL VIENT DE SE PASSER QUELQUE CHOSE... #Glacier #Thwaites #Apocalypse

IL VIENT DE SE PASSER QUELQUE CHOSE... #Glacier #Thwaites #Apocalypse

LIMIT31 min23 sept. 2026
Ce qui se passe en Antarctique ne reste pas en Antarctique.
10 chapitres
  • Introduction : une nécrologie glaciaire(0'00 → 2'56)
    Des scientifiques ont rédigé un communiqué de presse nécrologique pour annoncer la mort d'une plaque de glace, sans savoir si cela arrivera dans les mois, les années à venir, ou dès demain.
    • 350 m d'épaisseur, 15 fois la surface de Paris • Depuis 6 ans, sa vitesse de déplacement a triplé • Elle se situe devant le glacier Thwaites, surnommé le glacier de l'apocalypse
    • Assez de glace pour faire monter tous les océans de la planète • Des villes comme Dunkerque, la Camargue, Bordeaux, New York, Shanghai, Londres menacées • Les Pays-Bas et d'autres pays pourraient disparaître de la carte
    Le glaciologue Frank Pattyn, professeur à l'ULB, participe à la vidéo et a également composé une partie des musiques de l'épisode.
  • Twaites et la plaque qui cède(2'56 → 4'51)
    • Thwaites se jette dans la mer d'Amundsen, en Antarctique de l'Ouest, sur 192 km² • Il déverse 4 à 5 % de la hausse mondiale du niveau de la mer • Il perd de la glace 5 fois plus vite qu'au début des années 90
    Devant le glacier se trouvent deux plateformes flottantes : celle de l'Ouest, déjà en lambeaux, et celle de l'Est, qui ne tient plus que par un point d'ancrage comparable à un pilier de pont.
    • Depuis 2020, la plaque fond par en dessous et devient plus mince • Janvier 2020 : elle avançait de 700 m par an • Janvier 2026 : plus de 2 km par an, soit trois fois plus vite en 6 ans
    Rob Larter du British Antarctic Survey a averti que la rupture finale pourrait arriver soudainement, d'où la rédaction anticipée du communiqué nécrologique.
  • Faut-il vraiment parler d'apocalypse ?(4'51 → 7'58)
    Selon Frank Pattyn, enterrer un glacier a du sens car il ne revient pas facilement, mais enterrer une plateforme de glace n'a pas vraiment de sens puisque le glacier peut en reformer une nouvelle.
    • Ce n'est pas l'air qui réchauffe la surface, qui fond à peine même en été • C'est une eau profonde relativement chaude (2 à 3°C) et salée, appelée eau circumpolaire profonde, qui ronge la plateforme par en dessous • Ce phénomène est davantage lié à des changements de circulation des vents qu'à l'eau chaude directement liée au réchauffement climatique
    Si la plaque se casse, cela n'a aucun effet direct sur le niveau de la mer car elle flotte déjà, comme un glaçon dans un verre.
    La vraie inquiétude porte sur ce que la plateforme retenait, ou pensait retenir, derrière elle : le glacier Thwaites lui-même.
  • Un nom né avant les données(7'58 → 12'01)
    Le nom 'Doomsday Glacier' apparaît en 2017 dans un reportage de Jeff Goodell pour Rolling Stone, repris ensuite par le New York Times, le Guardian et la BBC.
    Entre collègues, les scientifiques sont d'accord : ils n'aiment pas ce nom, même s'il a permis de médiatiser le sujet.
    • 1978 : John Mercer parle de 'menace de désastre' dans Nature à propos de l'Antarctique de l'Ouest • Il prédit que si l'atmosphère se réchauffe, les plateformes disparaîtront et la calotte se videra dans l'océan (5 m) • 1974 : Johannes Weertman théorise l'instabilité des calottes posées sous le niveau de la mer • 1981 : Terry Hughes surnomme la région le 'ventre mou' de l'Antarctique
    Thwaites est isolé (station la plus proche à 1500 km) ; ce n'est qu'en 2018 qu'un robot sous-marin, via un forage à l'eau chaude de 600 m, a permis le premier regard humain sur le point où le glacier quitte la terre.
  • Pourquoi l'Antarctique de l'Ouest est le point faible(12'01 → 16'16)
    En mars 2025, le projet Bedmap 3, dont Frank Pattyn est co-auteur, a permis de cartographier avec précision ce qui se trouve sous la glace de l'Antarctique.
    • À l'Est : un vrai continent, roche majoritairement au-dessus du niveau de la mer, protégé de l'océan • À l'Ouest : des bassins qui plongent à 2 km sous le niveau de la mer, une 'calotte marine' posée sur un fond marin • Sous Thwaites, le socle descend vers l'intérieur du continent, jusqu'à plus de 2 km sous le niveau de la mer
    Plus la glace est épaisse à la ligne d'échouage, plus le débit qui la traverse est important, un phénomène comparé à un vélo sans frein qui accélère dans une descente jusqu'à un seuil de rupture, appelé collapse.
    Le point culminant de la calotte atteint près de 4800 m au-dessus du niveau marin, tandis que la base de Thwaites se trouve à plus d'1 km sous la surface de la mer.
  • Le débat scientifique : effondrement ou pas(16'16 → 18'36)
    En décembre 2021, la glaciologue annonce que la plateforme pourrait se briser 'comme un pare-brise' d'ici 3 à 5 ans, et que si elle lâche, le glacier derrière accélérera.
    En 2023, ce glaciologue et ses collègues calculent que la plateforme retient quasiment rien : sa disparition ne changerait pas de manière discernable les pertes de glace des 50 prochaines années.
    Frank Pattyn estime que les deux approches ne sont pas en désaccord : l'une regarde la fragilité locale de la glace, l'autre la dynamique globale du glacier.
    La plaque agit comme un thermomètre : elle n'est pas la cause du problème mais l'indice qu'une eau chaude est déjà en train de faire fondre le pied du glacier par en dessous.
  • Les chiffres de la hausse du niveau de la mer(18'36 → 22'04)
    Hausse si tout l'Antarctique de l'Ouest fondait entièrement : un chiffre théorique qu'aucun modèle ne met sur la table à l'échelle humaine.
    Hausse liée à l'effondrement complet de la calotte marine de l'Antarctique de l'Ouest, avec un seuil de bascule situé autour de +1,5°C de réchauffement, sur une échelle de temps de l'ordre de 2000 ans ; le déclenchement pourrait déjà être en cours.
    • 65 cm : hausse liée à Thwaites seul si tout son contenu part à la mer, sur des siècles • 6 cm : ce que Thwaites apportera réellement d'ici 2100, avec un vrai risque d'accélération plutôt après 2080
    Chaque chiffre est vrai séparément, mais les mélanger fait croire à tort à un cataclysme qui se produirait dès demain.
  • L'Antarctique n'est pas le seul responsable(22'04 → 24'01)
    Une étude de mai 2026 détaille pour la première fois la répartition du budget de la hausse du niveau de la mer depuis 1960.
    • 43 % : expansion thermique de l'eau (l'eau se dilate en se réchauffant) • 27 % : fonte des glaciers de montagne (Tibet, Népal...) • 15 % : fonte du Groenland • 12 % : Antarctique
    La mer montait surtout par dilatation thermique, mais elle monte désormais de plus en plus à cause de la fonte de la glace continentale, dont le plus gros réservoir potentiel est l'Antarctique de l'Ouest.
    Début 2026 dans Geophysical Research Letters, des chercheurs ont calibré des modèles sur les données réelles de Thwaites (2004-2017) et projeté jusqu'en 2067.
  • Pourquoi l'Europe est concernée(24'01 → 27'44)
    • Vers 2067, Thwaites seul pourrait perdre 200 milliards de tonnes de glace par an, soit l'équivalent de toute la perte actuelle de l'Antarctique • Les versions du modèle qui reproduisent le mieux les observations passées sont aussi celles qui projettent les pertes les plus fortes
    Une calotte glaciaire est une masse si gigantesque qu'elle attire l'eau autour d'elle, comme un aimant à océan, rendant le niveau de la mer localement plus haut qu'il ne le serait sans elle.
    Quand la calotte fond, son attraction faiblit : le niveau baisse près des pôles, mais l'eau libérée provoque une hausse plus forte que la moyenne mondiale dans les zones éloignées, notamment dans l'hémisphère nord, donc en Europe.
    Des villes comme Dunkerque, Ostende, la Camargue, le marais poitevin ou l'estuaire de la Gironde sont concernées ; chaque centimètre de hausse moyenne réhausse le plancher des tempêtes, transformant une tempête centennale en événement bien plus fréquent.
  • Conclusion : ce qu'il faut vraiment retenir(27'44 → 31'50)
    La plaque en train d'agoniser ne fera pas monter la mer puisqu'elle flotte déjà, et les modèles s'accordent à dire qu'elle ne retenait presque rien : pas d'effondrement soudain du glacier de l'apocalypse à attendre.
    Le seuil de bascule de l'Antarctique de l'Ouest, situé autour de +1,5°C, aurait déjà été franchi selon Frank Pattyn, enclenchant une hausse de 3,30 m étalée sur des siècles et impossible à arrêter une fois la boucle lancée.
    La direction est déjà engagée, mais la pente reste modulable : chaque degré évité représente des décennies gagnées pour préparer l'adaptation des villes.
    Frank Pattyn rappelle que l'humain est responsable des changements observés dans la cryosphère, qu'il ne faut jamais sombrer dans l'écoanxiété, et qu'il est impératif d'atteindre des émissions nettes zéro.