TALK/JANCOVICI - LA GUERRE DU PÉTROLE A COMMENCÉ (Chine, USA)
JANCOVICI - LA GUERRE DU PÉTROLE A COMMENCÉ (Chine, USA)

JANCOVICI - LA GUERRE DU PÉTROLE A COMMENCÉ (Chine, USA)

LIMIT52 min29 mars 2026
La guerre du pétrole a commencé
18 chapitres
  • Introduction et contexte géopolitique(0'001'23)
    Trump comprend que l'énergie est la puissance et essaie de couper l'herbe sous le pied des Chinois en ciblant les pays fournisseurs de pétrole, notamment le Venezuela et l'Iran.
    Les pays puissants qui s'affaiblissent et se sentent blessés sont dangereux car c'est à ce moment qu'ils commettent de grosses erreurs, comme une bête blessée.
    La Chine a une capacité supérieure à décrire ce qu'elle va faire et à le faire, contrairement aux États-Unis qui agissent de manière chaotique et impulsive.
    On assiste à une fuite en avant fossile avec une recrudescence des conflits dans des zones complexes liées au pétrole, notamment au Venezuela et en Iran.
  • Situation climatique et énergétique en 2026(1'232'48)
    • Moitié des coraux morts dans les Caraïbes, près de 20% dans le monde • Ouragans d'intensité jamais vue avec précipitations et vents maximaux records • Glaciers fondent, épisodes de sécheresse et crues de plus en plus importants • Record de précipitation continue battu en France
    Le dioxyde de carbone est une molécule chimiquement stable qui reste longtemps dans l'atmosphère, ce qui signifie que le changement climatique continuera à s'amplifier même si on réduit les émissions.
    Il faut ramener les émissions à zéro le plus vite possible pour stabiliser le changement climatique et le faire évoluer le moins vite possible.
    Depuis 2007, le continent européen a un approvisionnement énergétique qui diminue de façon subie, créant un grand paradoxe : trop de combustible fossile pour ne pas détruire le climat, pas assez pour la croissance européenne.
  • Déclin énergétique européen et ses conséquences(2'487'56)
    • Pétrole conventionnel a dépassé son pic en 2008 • Gaz de la mer du Nord a dépassé son pic en 2005 et représentait plus de 50% de l'approvisionnement gazeux européen • Charbon : pic d'approvisionnement en Europe dans les années 1980
    • Depuis 2007, l'économie réelle se contracte en Europe • Quantité de marchandises transportées en camions en baisse (indicateur de l'économie réelle) • Mètres carrés construits ont atteint un maximum en 2007 • Production automobile a atteint un maximum en 2008 • Journées de ski ont atteint un maximum en 2007
    Cette décrue énergétique crée un schisme : plus de la moitié de la population européenne (classes populaires et moyennes inférieures) voit ses conditions de vie se dégrader, tandis que 10% de gagnants de la mondialisation (cadres de multinationales, monde financier) vont de mieux en mieux.
    Il faut traiter le problème à la racine en trouvant des projets d'espoir dans un monde en contraction physique, sinon le populisme et les tensions continueront à augmenter.
  • Stratégies énergétiques des États-Unis(7'5611'09)
    • États-Unis sont devenus importateurs massifs à partir de 1970 quand leur production a décliné • Pendant un siècle, ils ont été le premier producteur de pétrole mondial • Avec le pétrole de schiste, ils sont redevenus autosuffisants
    Ce que les États-Unis exportent est en réalité de la réexportation de pétrole canadien. Le Canada est directement connecté au réseau de pipeline américain car l'Alberta produit en plein milieu du pays et s'est connecté aux infrastructures américaines existantes plutôt que de construire ses propres terminaux.
    • Venezuela : sources de pétrole à bloquer à la Chine • Iran : exportateur vers la Chine, blocus du détroit d'Ormous • Groenland : ressources énergétiques convoitées • Colombie : intégrée au National Strategy Plan américain
    Les États-Unis sont dans une fuite en avant de consommation, visant à récupérer la dernière goutte de pétrole possible, cherchant à sécuriser les ressources pour eux-mêmes ou à empêcher leurs compétiteurs d'y accéder.
  • Contexte institutionnel et autoritarisme de Trump(11'0915'06)
    • Trump utilise les executive orders pour contourner le passage au Congrès • Il a tenté de sortir de la convention climat par executive order alors qu'il aurait dû passer par le Congrès • Un executive order sur les droits de douane a été rejeté par la Cour suprême
    Trump nomme des gens alignés avec ses vues dans les agences américaines (NSA, CIA, FBI), une pratique qui existe aussi en France mais qui est exacerbée aux États-Unis où c'est plus visible.
    Les États-Unis ont une base culturelle violente fondée sur les génocides des Amérindiens et la culture du pionnier : si c'est à personne, c'est à moi. Trump en est l'émanation visible d'une partie de la culture américaine.
    Les décisions de Trump sont presque toutes attaquées devant les tribunaux et feront l'objet de suites judiciaires qui invalideront un certain nombre de décisions, mais les médias français s'en intéressent peu.
  • Puissance réelle et déclin américain(15'0616'34)
    Les États-Unis sont un géant aux pieds d'argile avec des déséquilibres économiques importants : déficit commercial, dette massive. Ils vivent au crochet du monde grâce au dollar comme monnaie de réserve mais cela durera-t-il longtemps?
    La Chine est aujourd'hui la nation physiquement la plus puissante en termes industriels, de très loin. Les États-Unis ne sont plus dominants industriellement mais restent militairement dominants pour l'instant.
    Il est dangereux d'avoir des pays puissants qui commencent à s'affaiblir et à se sentir blessés car c'est à ce moment qu'on fait des grosses conneries. Un lion blessé n'a rien de plus dangereux.
    C'est une grosse bataille entre les États-Unis et la Chine. Les Américains se réveillent tardivement en voyant que toute leur chaîne d'approvisionnement dépend des Chinois et que la Chine a mieux joué le coup en Afrique et ailleurs.
  • Stratégies chinoises et planification(16'3418'09)
    La Chine a du stock de tout le tableau périodique des éléments dans son sol. Elle a installé un colonialisme 2.0 plus subtil en amenant les Chinois sur place plutôt que d'exploiter les gens localement. Elle contrôle tout de l'extraction au transport jusqu'à la transformation.
    La Chine utilise les Routes de la soie pour faire de la domination économique. Elle construit des routes d'extraction mais les embellit, arrange, facilite les investissements en hôpitaux et ports pour extraction, créant des zones à haut développement.
    Les Chinois planifient et cela leur donne un avantage énorme. C'est un pays planificateur d'ingénieurs qui cherche à reprendre sa place comme pays numéro 1 et à se mettre en bonne position face à la contrainte des ressources finies.
    • Meilleurs en technologies d'électricité : PV, éolien, hydro, nucléaire • Meilleurs en batterie et moteur électrique • Meilleurs en fabrication de semi-conducteurs • Meilleurs en robotique
  • Transition énergétique chinoise et hydroélectricité(18'0922'54)
    En Chine, l'hydroélectricité est la principale énergie renouvelable, bien supérieure au photovoltaïque, à l'éolien et au nucléaire.
    La Chine réussit peut-être le pari de la transition énergétique, décarbonant l'économie vers une économie électrifiée basée sur photovoltaïque, éolienne et nucléaire, ce que beaucoup de gens ne croyaient plus possible.
    La Chine a l'intelligence de passer directement à la génération d'après au lieu de rattraper les occidentaux sur les moteurs. Elle nous est supérieure dans pratiquement toutes les technologies de nouvelle génération.
    Quelques amis vivant en Chine rapportent des zones avec pratiquement que des voitures électriques, montrant une adoption massive de l'électrification malgré des inquiétudes sur la pollution perçue.
  • Conflits régionaux et ressources(22'5426'38)
    Pendant la Guerre froide, les superpuissances nucléaires se battaient par tiers interposés, chacun ayant sa marionnette. La crise des fusées de Cuba a failli dégénérer en conflit direct, mais globalement c'est pas comme ça que les choses se sont passées.
    Aujourd'hui, dans les conflits régionaux comme la Syrie, chaque puissance choisit son camp et essaie de taper sur le camp d'en face soutenu par la grande puissance d'en face, toujours pour des questions de ressources ou d'intérêts commerciaux.
    Pour Israël, ce n'est pas vraiment une question de ressources mais plutôt un enjeu domestique américain lié à la diaspora et aux liens historiques entre États-Unis et Israël.
    Une guerre ouverte directe entre États-Unis et Chine n'est pas probable car il n'est pas clair ce que les États-Unis y gagneraient. Les guerres froides nucléaires se gèrent par tiers interposés, pas directement.
  • Évolutions dans la pensée climatique(26'3830'45)
    Tout se déroule comme prévu. En 2011, Jancovici a écrit un article intitulé 'Marine Le Pen, enfant du Carbone' prédisant que la décrue énergétique ferait monter les tensions, ce qui se vérifie partout dans le monde.
    Jancovici s'est trompé sur la taxe carbone en tant que solution. Il en était un grand promoteur il y a 20 ans mais a changé d'avis après avoir identifié des problèmes pratiques et politiques.
    • Les gens ont besoin de temps pour s'adapter si la hausse de prix est trop violente • La taxe génère des recettes fiscales qui risquent de devenir dépendantes plutôt que d'être affectées uniquement à la décarbonation • La taxe dit ce qu'il ne faut pas faire, pas ce qu'il faut faire
    Jancovici est devenu favorable à un système hybride avec la réglementation comme élément principal. Obliger les constructeurs à vendre des véhicules zéro émission à partir de 2035 est une meilleure approche qu'une simple taxe carbone.
  • Rôle de la taxe et consentement fiscal(30'4534'48)
    La taxe carbone reste utile comme mesure complémentaire pour éviter l'effet rebond. Si les voitures sont plus économes mais que l'essence coûte pareil, les gens roulent plus. Une taxe sur l'essence compense cela.
    Les entreprises peuvent embaucher des consultants avec tableurs Excel pour savoir exactement à quel prix du CO2 un investissement devient rentable et peuvent négocier des aides d'État en conséquence.
    Les économistes adorent la taxe car une hausse de prix se modélise facilement, tandis qu'un choc de réglementation est difficile à intégrer dans les modèles économiques.
    Les taxes font froid dans le dos aux gens car elles semblent ajouter de la difficulté à une vie déjà compliquée. Cela crée de la résistance politiquement.
  • Équité fiscale et justice sociale(34'4837'15)
    Même les gens qui se considèrent comme modestes sont immensément riches par rapport aux paysans du Moyen-Âge ou par rapport à la moitié de l'humanité aujourd'hui en pays non-occidentaux.
    Quand on demande aux gens de faire des efforts au nom du climat, ils sont extrêmement sensibles à l'équité des efforts. Ils acceptent que les riches soient taxés plus que les pauvres s'il y a un projet collectif cohérent.
    Il faut définir le projet qui justifie qu'on taxe les riches. Si on dit simplement 'il faut taxer les riches' sans expliquer pourquoi, ça ne suffit pas et crée du ressentiment.
    Les gens acceptent les prélèvements quand ils comprennent à quoi sert l'argent. Ils ne défilent pas contre les charges salariales qui financent l'hôpital et l'assurance chômage car le projet est clair.
  • Projet de société et transformation collective(37'1540'32)
    Si on arrive à définir un projet de société cohérent, les gens seront plus prêts à accepter les taxes et les efforts. Une partie des riches seront même décontractés à l'idée de contribuer si le projet a du sens.
    De toute façon, il faudra décarboner la société car l'approvisionnement européen en combustibles fossiles baisse de façon subie et continuera à baisser beaucoup plus dans les 25 prochaines années.
    On se rend compte en Occident des limites de l'économie de marché. La somme des intérêts particuliers ne fait pas nécessairement l'intérêt collectif, surtout pour les ambitions long terme. La Chine a l'avantage de planifier.
    La Chine a la capacité à décrire ce qu'elle va faire et à le faire dans un système cohérent. L'Occident essaie de marier des contraires et n'y arrive pas, créant de l'insécurité qui replie les gens sur ce qu'ils ont.
  • Confiance collective et insécurité(40'3242'01)
    À partir du moment où il y a de l'insécurité, les gens se crispent sur ce qu'ils ont, qu'ils aient 1000€ ou 100 milliards. Cette crispation empêche les efforts collectifs.
    On a peur que l'autre nous prenne notre bien, on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait, on n'a pas confiance dans la collectivité pour nous assurer notre sécurité.
    Le don aux associations est un signe de confiance : accepter de se départir d'une partie de ce qu'on a parce qu'on croit au résultat. Cela ne se fait que quand on a confiance.
    Même les milliardaires qui refusent d'être taxés sont capables de donner à des causes qui leur semblent pertinentes. Cela montre que c'est une question d'appréciation personnelle vs collective.
  • Candidature présidentielle et responsabilités(42'0146'00)
    Non, Jancovici n'est pas candidat à l'élection présidentielle. Sa spécialité est l'énergie et le climat, pas la diplomatie, la sécurité sociale ou la politique des retraites.
    • Un candidat doit avoir un avis sur tout, même les sujets sur lesquels il n'a pas expertise • Il faut accès à l'Assemblée, pas seulement à l'Élysée • Il faut une armée de candidats et un parti politique
    Être bon vulgarisateur ou directeur de think tank ne garantit pas d'être bon président. Il faut les bons réflexes en situation de crise (guerre, coup d'État) et savoir gérer le compromis politique inhérent au métier.
    Une candidature présidentielle est un voyage à sens unique. Si on n'est pas élu et qu'on fait moins de 5%, les frais de campagne sont assumés personnellement. On ne peut pas revenir à la vie d'avant.
  • Rôle du Shift Project et impartisanerie(46'0048'36)
    La théorie de Karl Popper dit que on ne discute pas l'extrême car c'est jouer aux échecs contre quelqu'un qui joue aux dames. C'est pourquoi il existe des traités et lois pour protéger la démocratie.
    Sarah Knafo a été invitée à un oral, pas un débat, en partenariat avec France 3 qui doit respecter les obligations de l'ARCOM. C'était pas un débat entre candidats mais une exposition de chaque position sur énergie-climat.
    Le Shift Project est une organisation apartisane, non-affiliée à aucun parti. Cela signifie ne pas exclure de parties pour raisons politiques car cela rendrait l'organisation partisane.
    Le Shift Project s'intéresse d'abord à la société civile, pas aux partis politiques. Le premier parti de France est celui des abstentionnistes, donc exclure des partis introduirait un biais et aliénerait une partie de la société civile.
  • Stratégie de dialogue et d'influence(48'3651'30)
    En France depuis 20 ans, crier au loup contre un candidat ne sert strictement à rien. Cela n'a aucune efficacité opérationnelle, même si ça peut soulager la conscience de celui qui le fait.
    La seule chose qui sert à quelque chose est de convaincre les électeurs de revoir leur vision du monde. Cela passe par de la pédagogie et du dialogue, pas par du rejet.
    Si on commence par dire que la personne pour qui vous votez nous déplaît, il est plus difficile d'aller faire changer ses électeurs d'avis. Il faut tendre la main pour être pédagogue.
    L'ambition du Shift Project est que la société entière, pas seulement certains électeurs, change sa paire de lunettes sur les sujets d'énergie-climat. Pour ça, il faut dialogue et impartisanerie.
  • Légitimité du Shift Project et conclusion(51'3052'26)
    Être apartisan n'est pas pour discuter avec le monde politique de tel ou tel parti mais pour rester sur son terrain de jeu naturel : la société civile.
    S'il s'avère que les débats avec candidats au municipal n'apportent pas de valeur ajoutée, on ne les refera pas. S'ils apportent de la valeur, on le refera. C'est une approche expérimentale.
    La seule bonne question est : est-ce qu'on est bien en dehors du jeu partisan quand on organise un débat avec des candidats municipaux? C'est ce qui mérite réflexion.
    Prochain sujet prévu : l'écologie décoloniale avec discussion à avoir dans un an environ, avec recommandation de lire des livres de Malcom Ferdinand.