Mythes et Légendes/Est-ce qu'on croyait aux extra-terrestres il y a 2000 ans ?
Est-ce qu'on croyait aux extra-terrestres il y a 2000 ans ?

Est-ce qu'on croyait aux extra-terrestres il y a 2000 ans ?

Nota Bene20 min
Sommes-nous seuls dans l'univers ?
8 chapitres
  • L'Antiquité grecque et la théorie atomiste(0'44 → 5'07)
    Les philosophes grecs s'interrogent dès l'Antiquité sur l'existence de la vie sur d'autres planètes, indépendamment de la question des divinités.
    • Démocrite postule une grande diversité de mondes avec des soleils, des lunes et potentiellement des créatures inconnues • Épicure explicite le lien entre l'atomisme et l'existence de mondes infinis dans sa Lettre à Hérodote • Lucrèce rapporte ces idées à Rome dans son poème De Rerum Natura
    Lucrèce défend l'existence de vie extraterrestre, argumentant que la puissance vitale et la diversité des espèces terrestres doivent se retrouver partout.
    • Les Pythagoriciens pensent que la Lune est peuplée d'animaux, de plantes et d'humains plus imposants • Plutarque imagine un dialogue où la Lune pourrait accueillir la vie comme dans les déserts terrestres
  • Aristote et le rejet du multivers(5'07 → 5'59)
    Aristote postule que le vide n'existe pas et que tout l'univers est plein de matière, avec chaque élément attiré vers son propre centre.
    Dans ce système, il ne peut y avoir plusieurs mondes ni plusieurs centres : la Terre seule est au centre et attire les éléments, et par conséquent, la vie.
    Cette pensée née dans l'Antiquité s'impose sous l'ère chrétienne et perdure pendant tout le Moyen Âge.
    Ironie de l'histoire : c'est la pensée d'Aristote, qui exclut les autres mondes, qui crée un regain d'intérêt pour la question au Moyen Âge, passée au crible de la pensée chrétienne.
  • Le Moyen Âge chrétien et le débat théologique(5'59 → 8'10)
    Pour l'Église, la Terre et l'humanité sont au centre de la création divine, sans indice que Dieu ait reproduit cette création ailleurs.
    • Roger Bacon rejette la pluralité des mondes en reprenant l'argument aristotélicien • Thomas d'Aquin argue que la perfection est dans l'unité, donc un seul monde prouve l'omnipotence de Dieu • L'évêque de Paris Étienne Tempier condamne en 1277 la thèse 34 sur la pluralité des mondes
    Bien qu'une doctrine soit établie, la théorie reste ouverte : les penseurs du 14e siècle peuvent écrire sur les mondes extraterrestres à condition de préciser que c'est une possibilité, pas une réalité.
    • Guillaume d'Ockham défend que Dieu pourrait créer une infinité de mondes semblables au nôtre • Nicolas de Cues, cardinal ami du pape, défend l'existence d'habitants sur les autres corps célestes
  • La Renaissance et le redécouverte de Lucrèce(8'10 → 11'03)
    En 1417, le poème De Rerum Natura de Lucrèce est redécouvert, d'abord apprécié pour son style puis pour son contenu au 16e siècle.
    Avec Copernic, la Terre tourne autour du soleil et n'est qu'un astre comme les autres. Or, elle est peuplée, donc les autres astres peuvent aussi l'être.
    • Montaigne redécouvre Lucrèce et intègre la théorie des mondes extraterrestres dans ses Essais • Giordano Bruno affirme que l'existence d'extraterrestres est une nécessité rationnelle et sera brûlé en 1600 pour hérésie • Galilée affirme ne pas croire aux habitants d'autres planètes mais reconnaît ne pas avoir de réponse certaine
    L'idée de plusieurs mondes devient peu à peu majoritaire : à l'époque de Louis XVI, Napoléon et Benjamin Franklin, beaucoup de scientifiques croient à des mondes extraterrestres fertiles et viables.
  • Les Lumières et la vulgarisation scientifique(11'03 → 13'26)
    En 1686, Bernard le Bovier de Fontenelle écrit les Entretiens sur la pluralité des mondes, un succès populaire avec 33 éditions du vivant de l'auteur.
    Fontenelle argue que sur des corps célestes 300 fois plus grands que la Terre, il doit rationnellement y avoir au moins quelques plantes, puis des animaux et des humains.
    • En soulignant la possibilité de vie extraterrestre, Fontenelle démontre la relativité des points de vue • Les habitants de Mercure seraient des hyperactifs impulsifs en raison de la courte année de la planète • Cette diversité célèbre les différences mais les présente comme naturelles et insurmontables
    • L'Encyclopédie évoque le sujet avec prudence • Des chrétiens comme Newton et Huygens défendent l'existence de plusieurs mondes • Le théologien Richard Bentley pense que Dieu a conçu les autres planètes pour le service de leurs propres habitants
  • L'illusion des canaux martiens(13'26 → 16'39)
    En 1840, l'astronome allemand Mädler dessine la première carte de Mars. Dans les années 1890, Percival Lowell à Flagstaff en Arizona observe de longues lignes droites sur Mars.
    Lowell conclut que ces lignes ne sont pas naturelles mais des canaux construits par une civilisation martienne pour irriguer les zones de cultures. Il publie Mars et ses canaux en 1906 et Mars comme demeure de vie en 1908.
    • Lowell est marqué par l'astronome italien Giovanni Schiaparelli qui décrit des canali sur Mars • Une erreur de traduction fait comprendre à Lowell qu'il s'agit de voies navigables artificielles plutôt que de simples chemins • Lowell lit aussi le scientifique français Camille Flammarion qui conclut à une race supérieure habitant Mars
    La communauté scientifique reste partagée : aucun autre astronome n'observe les fameuses lignes, même Eugène Antoniadi avec un télescope plus puissant.
  • Les théories fumeuses et la persistance du mythe(16'39 → 19'15)
    Lowell échafaude des théories de plus en plus fumeuses : les canaux achemineraient l'eau en faisant flotter d'énormes icebergs depuis les pôles jusqu'au centre des terres arides.
    • Les détracteurs notent que pour être visibles de la Terre, ces canaux distants de 80 millions de kilomètres devraient faire plusieurs centaines de kilomètres de large • On se demande comment des tracés aussi rectilignes pourraient éviter les frontières des nations martiennes
    Pour Lowell, les Martiens seraient techniquement très avancés et auraient atteint une grande maturité morale avec une gouvernance mondiale abolissant les frontières et la notion de pays.
    • L'idée des canaux martiens persiste dans la culture populaire pendant près d'un demi-siècle • La spectroscopie laisse penser à l'existence d'une végétation martienne aux variations saisonnières • Ce n'est qu'en 1964 avec la sonde Mariner 4 que les défenseurs de la théorie Lowell admettent qu'il n'y a pas grand-chose à voir sur Mars
  • L'héritage scientifique et philosophique(19'15 → 20'36)
    L'observatoire de Lowell continue de fonctionner et c'est là que Clyde Tombaugh découvre Pluton en 1930. La science progresse même à partir des erreurs.
    • La recherche des exoplanètes se poursuit de nos jours • Les scientifiques continuent de chercher le monde lointain, différent et viable dont rêvaient déjà les Grecs anciens
    Cette formule mathématique élaborée en 1961 estime le nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie, reprenant la logique millénaire que l'infinité de mondes rend probable l'existence de vie ailleurs.
    Depuis des millénaires, sans sonde ni télescope, les gens s'imaginaient déjà des planètes et des mondes viables accueillant la vie intelligente, voire plus intelligente que nous.