Mythes et Légendes/La véritable histoire de Belzébuth
La véritable histoire de Belzébuth

La véritable histoire de Belzébuth

Nota Bene19 min17 oct. 2024
11 chapitres
  • Introduction et présentation du sujet(0'002'46)
    Baal apparaît dans la Bible, le Coran, la série Alix, Baldur's Gate et Stargate SG1, toujours associé à quelque chose de négatif, sombre et sanglant.
    Baal n'a pas toujours été considéré comme un démon ; avant cela, c'était un dieu vénéré à travers l'histoire de l'humanité.
    Comment un dieu est-il devenu un démon au fil de 4 000 ans d'histoire ?
    L'épisode retrace le parcours du mot Baal à travers près de 4 000 ans d'histoire de l'humanité, en suivant ses transformations successives.
  • Hadad, le dieu ancien fondateur(2'465'26)
    Hadad est un dieu extrêmement ancien, vénéré depuis le 3e millénaire avant notre ère en Mésopotamie, avec des traces probables remontant au 10e millénaire.
    • Hadad est le dieu de l'orage et du ciel, lié au passage du temps et à l'alternance des saisons • Il se bat successivement contre Yamm (dieu de la mer) et Môtu (dieu de la mort) • Sa sœur et amante Anatu le ressuscite après sa défaite, comme Osiris et Isis
    Cette théomachie se reproduit chaque année : quand Hadad meurt, cessent les pluies ; quand il revient, les pluies reviennent, expliquant ainsi l'alternance des saisons.
    Hadad est représenté sous la forme d'un taureau veillant à la fertilité des troupeaux, fortement lié aux préoccupations des sociétés d'éleveurs et d'agriculteurs.
  • Baal comme titre et divinité suprême(5'266'46)
    Baal tire son origine de l'akkadien 'Bel' signifiant 'seigneur', 'maître' ou 'supérieur', et se décline dans les langues sémitiques avec le sens de 'propriétaire' ou 'mari'.
    Avant de désigner un dieu, Baal était simplement un titre social donné à des personnes en position d'autorité : rois, époux, propriétaires d'esclaves.
    Le titre de Baal est attribué à Hadad pour marquer sa prééminence sur le panthéon, devenant 'Baal Hadad' ; à force d'association, les deux noms se confondent et à partir de 1 200 avant notre ère, seul le surnom Baal subsiste.
    • Baal Samad : 'maître de la massue' (stèle phénicienne de Kilamuwa) • Baal Marpé : 'maître de la guérison' (Chypre du 4e siècle avant notre ère) • Baal Karantarysh : équivalent de Tarhun, dieu de l'orage hittite
  • L'expansion phénicienne et carthaginoise(6'468'46)
    À partir du 9e siècle avant notre ère, les Phéniciens répandent le culte de Baal à travers la Méditerranée via leurs nombreux comptoirs commerciaux.
    Carthage reprend le culte de Baal quand elle domine l'espace phénicien, vénérant également leur dieu suprême sous ce nom.
    Le nom du grand général carthaginois Hannibal signifie littéralement 'qui a la faveur de Baal', témoignant de l'importance du culte.
    Le culte de Hadad s'est répandu depuis la Syrie, la Mésopotamie et la Phénicie jusqu'à la Méditerranée entière et chez les Carthaginois.
  • L'émergence du monothéisme yahwiste(8'4611'02)
    Le culte de Yahwé, qui deviendra le judaïsme, s'impose dans la région de Canaan, correspondant aux actuels territoires d'Israël et de la Palestine.
    • Polythéisme : Yahwé fait partie d'un panthéon avec Ashera, sa parèdre épouse • Hénotéisme : Yahwé devient central avec culte majeur, les autres dieux restant secondaires • Monolâtrie : seul Yahwé a un culte, les autres dieux n'en ont plus • Monothéisme : un seul et unique dieu existe
    Selon l'archéologue Israël Finkelstein, ce basculement au monothéisme aurait eu lieu sous le Roi Josias au 7e siècle avant notre ère, avec compilation de nombreux textes bibliques.
    Baal devient le synonyme des faux dieux et des idoles, détournant les prières qui devraient revenir au seul vrai dieu, Yahwé.
  • Baal comme idole et faux dieu biblique(11'0212'25)
    Le texte biblique regorge de mentions de Baal, presque toutes négatives, reflétant une condamnation radicale de son culte.
    • Le peuple hébreux se détourne sans cesse du culte de Yahwé pour revenir à Baal • Ces apostasies entraînent des catastrophes : invasions, pillages, occupations militaires, immoralité, viol, anarchie, effondrement de bâtiments • Le peuple est miraculeusement sauvé en revenant au monothéisme
    Thomas Römer considère que ces rejets de Baal témoignent d'une volonté de distinction : Yahwé était à l'origine aussi un dieu de la foudre et de la montagne, un maître dieu, donc une forme de Baal.
    Ces récits servent de guide moral, politique et religieux au peuple d'Israël, interdit de culte de Baal et implicitement de tous les autres cultes.
  • Baal dans le christianisme et l'Islam(12'2513'38)
    La Bible hébraïque devient l'Ancien Testament du christianisme, conservant les mentions négatives de Baal ; le Nouveau Testament ajoute d'autres textes mentionnant également Baal.
    Dans l'Épître aux Romains (1er siècle, vers l'an 57), Paul rappelle que Dieu s'est toujours réservé des fidèles 'qui n'ont point fléchi le genou devant Baal', soulignant la continuité de la fidélité à Yahwé.
    Dans la sourate 37 du Coran (7e siècle), le prophète Ilyas accuse le peuple de délaisser dieu pour le culte de Baal ; le peuple le traite de menteur mais sera puniment puni.
    L'association de Baal aux faux dieux et idoles perdure dans toutes les religions abrahamiques : christianisme et Islam héritent de cette vision négative du dieu antique.
  • La transformation en démon : Baal Zeboul(13'3815'50)
    Trois Évangiles (Matthieu, Marc, Luc) rapportent que Jésus exorcise un homme ; les pharisiens refusent de reconnaître son exploit et l'accusent de servir Baal Zeboul, le prince des démons.
    • Baal Zeboul (Nouveau Testament) = 'maître de l'ascension' ou 'maître des hauteurs' = prince des démons • Baal Zeboub (Ancien Testament) = 'maître des mouches' = faux dieu d'Ekron avec capacités de guérison • Ces deux entités distinctes se confondent progressivement aux oreilles occidentales
    Baal Zeboul devient Béelzéboul, puis Belzébuth, forgeant ainsi un prince des démons et maître des mouches qui rencontre un grand succès dans la démonologie chrétienne.
    Avec le temps, Baal Zeboul acquiert le statut de démon aux yeux des Juifs du 1er siècle, marquant le point de basculement final de Baal vers le monde démoniaque.
  • Belzébuth et Baal dans la démonologie chrétienne(15'5017'57)
    • 14e siècle : Sainte Françoise Romaine fait de Belzébuth un ange déchu, général infernal • 17e siècle : John Milton lui attribue le rang de bras droit de Satan dans le Paradis Perdu • 1692-93 : Le nom de Belzébuth revient plusieurs fois dans les accusations des procès des sorcières de Salem
    • Fin 15e ou milieu 16e siècle : Le Livre des esperitz (plus ancien traité français du genre) • 1577 : La Pseudomonarchia daemonum place Baal au premier rang de la hiérarchie infernale • 17e siècle : La petite clé de Salomon fait de Bael le roi de la partie orientale des Enfers • 19e siècle : Jacques Collin de Plancy écrit le Dictionnaire Infernal, best seller de la littérature occulte
    Baal reçoit des titres ronflants comme grand duc des enfers, général en chef des armées infernales, ou prince des démons.
    Jacques Collin de Plancy reconnaît que Baal était adoré des Chananéens, Carthaginois, Chaldéens, Babyloniens, Sidoniens et des Israélites en idolâtrie, témoignant de la confusion entre croyance judéo-chrétienne et réalité antique.
  • Baal dans la culture contemporaine(17'5718'35)
    1918 : La pièce Baal de Berthold Brecht raconte la vie d'un poète maudit se noyant dans l'alcool, le sexe et la bestialité.
    • Comics : L'âme maléfique de Ba'al, prisonnière de la Pierre de Géhenne, est libérée sur Terre mais chassée par Wolverine possédé • Donjons & Dragons : Bhaal est l'un des Dieux Noirs des Royaumes Oubliés • Vampire : la Mascarade : Baal apparaît dans ce jeu de rôle • American Horror Stories : Le nom revient dans cette série
    Dans tous les cas contemporains, Baal est toujours associé à quelque chose de sombre et maléfique, renforçant l'image du diable des jeux vidéo.
    L'association de Baal à une force démoniaque continue de se renforcer à chaque nouvelle œuvre culturelle qui reprend son nom.
  • Conclusion : les sens multiples du mot Baal(18'3519'57)
    Derrière le mot Baal, le sens s'est enrichi et modifié à chaque époque sans jamais totalement perdre ses anciens usages, créant une histoire plurielle plutôt qu'unidirectionnelle.
    • En Occident : le fameux diable des jeux vidéo pour la plupart des gens • En arabe et hébreu : le 'baal' continue de signifier mari, maître ou propriétaire • Dans certains contextes : le terme peut marquer le respect, comme avec Baal Shem Tov, 'Le maître du bon nom', surnom du rabbi ukrainien Israël ben Eliezer
    Malgré toutes les transformations, l'histoire de Baal est devenue plurielle par enrichissement successif plutôt que par simple substitution.
    La véritable histoire de Belzébuth démontre comment un mot peut conserver des couches de sens successives à travers 4 000 ans d'histoire, reflétant les transformations des civilisations et des croyances.