La grotte de Lascaux/Je visite la grotte de Lascaux !
Je visite la grotte de Lascaux !

Je visite la grotte de Lascaux !

Nota Bene24 min18 avr. 2022
Une nouvelle reconstitution virtuelle de la grotte vient d'être réalisée, permettant une expérience immersive inédite.
10 chapitres
  • Découverte et fermeture de la grotte de Lascaux(0'001'55)
    En 1940, la grotte de Lascaux est découverte sur la commune de Montignac en Dordogne. Ses peintures deviennent mondialement célèbres avec des publications dans tous les pays et des centaines de livres publiés depuis plus de 80 ans.
    • Années 1960 : apparition de la « maladie blanche » due au dioxyde de carbone des visiteurs • Installation d'un système de climatisation causant des dégâts archéologiques • Fermeture au public le 17 avril 1963 par le ministère de la Culture • Prolifération de champignons en l'an 2000 fermant définitivement l'accès
    Trois répliques en fac-similé ont été réalisées et ont accueilli des millions de visiteurs, mais leur parcours imposé en groupe ne garantit pas une visite intimiste.
    Une nouvelle reconstitution virtuelle utilisant la réalité virtuelle et un scan haute définition des parois a été réalisée à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine à Paris.
  • Géographie et contexte archéologique de la Vézère(1'554'59)
    La grotte est située dans la vallée de la Vézère, affluent de la Dordogne. Cette rivière a entaillé les collines calcaires révélant de nombreuses cavités naturelles formant couloirs et salles creusées par l'infiltration d'eau pendant des millénaires.
    • Sur quelques kilomètres le long de la rivière se concentre une densité exceptionnelle de sites préhistoriques • L'abri Cro-Magnon où ont été retrouvés les premiers ossements d'Homo sapiens fossiles au XIXe siècle • Habitats, sépultures et une douzaine de grottes ornées • Lascaux est située au nord de la vallée
    L'entrée de la grotte s'était effondrée à la Préhistoire. Elle est redécouverte en septembre 1940 grâce à Marcel Ravidat, un jeune homme de Montignac, dont le chien explore une ouverture lors d'une balade.
    L'abbé Breuil, surnommé le « pape de la Préhistoire » et professeur au Collège de France, se rend dans la grotte le 21 septembre 1940 et procède aux premiers relevés des peintures.
  • Les occupants et l'époque magdalénienne(4'596'08)
    Au Paléolithique supérieur, Homo sapiens est seul en Europe après la disparition de Neandertal. Les humains qui ont peint Lascaux sont semblables en tous points à nous ; 20 000 ans pour l'évolution c'est extrêmement court avec le même cerveau et la même intelligence.
    • Petit groupes de chasseurs-cueilleurs • Fabrication d'outils en silex • Installation dans des abris sous roche largement ouverts sur l'extérieur • Les grottes servaient de sanctuaires et non de lieux de vie
    Lascaux est datée du Magdalénien (19 000 à 14 000 avant notre ère), fréquentée aux alentours de 17 000 avant notre ère. Cette époque correspond à un léger réchauffement du climat mondial durant la glaciation. Cette période plus douce a été officiellement nommée « interstade de Lascaux ».
    Plus d'une centaine de lampes rudimentaires ont été retrouvées dans la grotte. Elles consistaient en simples plaquettes de calcaire sur lesquelles on faisait brûler du suif, un résidu de graisse animale. Une lampe « brûloir » en forme de cuillère sculptée dans du grès rose a également été découverte.
  • La vie préhistorique et la faune peinte(6'0810'22)
    • Chevaux : 355 spécimens • Aurochs : 87 spécimens • Cerfs : 68 spécimens • Bouquetins : 35, Bisons : 20, Félins : 7 • Un renne, un rhinocéros laineux et un ours
    La majorité des animaux sont des cerfs, chevaux et aurochs, une faune de climats tempérés. Les animaux emblématiques des périodes froides sont pratiquement absents, confirmant le contexte climatique doux de l'époque.
    Les grands taureaux se trouvent à l'entrée de la grotte, comme pour accueillir le visiteur et l'avertir qu'il arrive dans un lieu sacré. Chevaux et aurochs forment le couple incontournable présent dans toutes les cavernes de cette époque.
    Contrairement à la théorie de l'abbé Breuil sur la magie de chasse, les fouilles montrent que les Magdaléniens chassaient surtout les rennes, or cet animal est peu représenté à Lascaux avec seulement un spécimen parmi 570 animaux peints.
  • Techniques de peinture et perspective artistique(10'2214'08)
    • Ocres rouges ou jaunes utilisées en crayons directement sur la paroi • Colorants réduits en poudre et mélangés à de l'eau • Couleur noire obtenue avec de l'oxyde de fer et de manganèse • Poudres colorantes et petits blocs de pigments retrouvés sur le sol de la grotte
    Les colorants étaient appliqués directement avec les doigts ou avec des sortes de pinceaux. Des aplats ont aussi été réalisés avec la bouche, le peintre projetant le mélange en le crachant pour couvrir plus efficacement la paroi. Les contours pouvaient être gravés au silex pour les faire ressortir.
    Les artistes utilisent la perspective en superposant les animaux pour signifier qu'un est devant l'autre. Ils emploient aussi une perspective déformée montrant parfois les animaux de deux ou trois points de vue différents en même temps, avec des têtes, cornes et sabots parfois déformés.
    Des milliers de signes abstraits appelés « blasons » se trouvent dans la grotte, représentant apparemment toute la palette des couleurs utilisées. Ces symboles abstraits accompagnent les animaux sur les parois.
  • La scène du Puits et ses mystères(14'0815'38)
    La « scène du Puits » se trouve dans un passage perpendiculaire au long couloir principal appelé la Nef. Elle représente un bison blessé et éventré face à une figure humaine allongée schématiquement, l'une des très rares représentations humaines du Paléolithique.
    • L'homme a une tête d'oiseau rappelant un bâton surmonté d'un oiseau posé près de lui • Figure représentée en érection • L'homme a quatre doigts • Cette représentation a souvent fait dire qu'il s'agissait d'un rêve, manifestation normale du sommeil paradoxal
    Cette scène possède un caractère narratif indéniable montrant que les humains ont raconté quelque chose. Il pourrait s'agir d'un simple rêve ou d'un épisode mythologique d'une grande importance, mais on ne le saura sans doute jamais.
    Cette scène sort clairement du lot par rapport aux autres représentations du Paléolithique, témoignant d'une volonté de raconter une histoire complexe et symbolique.
  • Interprétations des peintures préhistoriques(15'3819'35)
    L'abbé Breuil pensait que ces animaux avaient une fonction magique pour aider les chasseurs à les tuer. Les fouilles ont permis de réfuter cette idée, les rennes étant peu représentés malgré leur importance comme gibier favori des Magdaléniens.
    André Leroi-Gourhan pensait que les animaux et les signes abstraits sont à comprendre comme des symboles religieux, ordonnés selon leur caractère masculin ou féminin. Il a élaboré une théorie générale pour l'interprétation des signes, bien que son message ne soit pas très clair.
    • Georges Bataille (1955) avançait que l'homme allongé était en pleine transe chamanique • Jean Clottes pensait que les chamans utilisaient les hallucinations provoquées par le dioxyde de carbone • Cette hypothèse a été réfutée : l'hypercapnie provoque des maux de tête et de la panique, pas des hallucinations • Cette interprétation est considérée comme invérifiable et passée de mode
    • Mythe de la création du monde avec animaux symbolisant différents clans • Fonction pédagogique : initiation des jeunes gens à reconnaître les comportements animaux • Lien avec les étoiles et rituels astronomiques, la « salle des Taureaux » servant de planétarium primitif • Consensus : la grotte est un sanctuaire où les œuvres ont une valeur sacrée
  • Exploration virtuelle : la Chapelle Sixtine de la Préhistoire(19'3521'08)
    Le Diverticule axial est la zone la plus riche de la grotte, méritant l'expression « Chapelle Sixtine de la Préhistoire ». Les peintures y couvrent complètement les parois, avec une densité exceptionnelle de représentations animales.
    Les artistes mettaient à profit les reliefs naturels de la grotte pour dessiner. Ils plaçaient précisément les contours des animaux en fonction de la géologie des parois, créant une intégration parfaite entre l'œuvre et la roche.
    • Finesse exceptionnelle des oreilles et des cornes • Utilisation des creux et des reliefs naturels pour accentuer le réalisme • Représentation d'une vache noire à tête noire, une vache rouge à tête noire • Détails de plusieurs chevaux avec têtes superposées montrant le mouvement
    Le Conduit terminal est une zone spéléologique escarpée et très compliquée d'accès, que même les scientifiques visitent très rarement. L'exploration en réalité virtuelle permet désormais d'accéder facilement à ces zones auparavant inaccessibles.
  • La technologie virtuelle au service de la recherche(21'0823'08)
    Le logiciel développé par Dassault Systèmes présente un potentiel révolutionnaire pour le public et pour les chercheurs. Il permet de passer plus de temps dans la grotte sans se soucier des rejets de dioxyde de carbone et d'être plusieurs pour discuter ensemble.
    • Capacité de voir à l'intérieur des murs et de les traverser • Compréhension améliorée de certains alignements et œuvres en trois dimensions • Mouvement libre à l'échelle 1, à l'échelle grandeur nature • Interaction collective en groupe pour discuter et échanger
    Les scientifiques et l'équipe de Muriel Mauriac, la conservatrice de la grotte, disposaient des données 3D depuis des années. La grande révélation a été de pouvoir enfin rentrer à l'échelle 1 dans ces données et de pouvoir se retrouver tous ensemble pour des réunions de travail immersives.
    L'accès virtuel permet aux chercheurs d'aller dans des endroits où ils n'ont pas l'habitude d'aller, de noter des détails oubliés, et d'enclencher des réunions de travail immersives avant de retourner aux documents d'archives pour vérifier et confronter les hypothèses.
  • L'avenir de la médiation culturelle virtuelle(23'0824'04)
    La réalité virtuelle rend accessible au grand public des secteurs de Lascaux qui jusqu'ici étaient carrément interdits. Les lieux deviennent accessibles au visiteur plutôt que le contraire.
    Tous les visiteurs disposent de « super pouvoirs » en réalité virtuelle, permettant une expérience sans limites physiques ou de conservation. Cette liberté transforme complètement l'approche de la découverte culturelle.
    • Exploration de cités médiévales et antiques • Visite de bâtiments disparus • Découverte de paysages extraordinaires du passé • Accès au plus grand nombre sans restrictions
    Cette technologie devrait bientôt permettre à un plus grand nombre de personnes de déambuler en toute liberté dans des reconstitutions virtuelles du patrimoine mondial, transformant l'accès à l'histoire et à l'archéologie.