
La Joconde de Léonard de Vinci, expliquée. (Analyse)
7 chapitres
- L'expérience décevante et la renommée paradoxale de la JocondePrésentation généraleLa Joconde est le portrait le plus connu et la peinture la plus célèbre du monde, mais elle est considérée par de nombreux visiteurs comme le tableau le plus décevant du monde.Description du sujet• Lisa Gerardini, femme d'un riche marchand Francesco del Jocondo • Assise dans une loggia avec des colonnes visibles en arrière-plan • Vêtue d'une robe sombre et d'un voile fin • Mains posées délibérément l'une sur l'autre • Esquisse d'un sourire subtilContexte de visiteL'expérience au Louvre est inintéressante : 15 minutes de queue pour 15 secondes devant le tableau, comparée aux chefs-d'œuvres impressionnants comme les Noces de Cana de Véronèse qui offrent des dimensions et des mouvements spectaculaires.Pourquoi ce décalageLa notoriété actuelle de la Joconde est probablement due à deux facteurs : le vol de 1911 et le mystère qui l'entoure, plutôt qu'à une compréhension de sa véritable valeur artistique.
- Le vol de 1911 et l'ascension médiatiqueL'événementUn ouvrier italien travaillant au Louvre l'a volée en 1911 et l'a gardée pendant 2 ans en tentant de la vendre à un marchand italien par nationalisme.Réactions initialisées• On a d'abord cru que c'était Picasso qui l'avait volée • La presse internationale a couvrir l'événement chaque semaine en gros titres • Des gens venaient la voir au musée alors qu'elle n'y était plusConséquences durablesLe Louvre a bénéficié d'une présence médiatique inespérée, et la Joconde a fait deux voyages diplomatiques dans les années 1950 : aux États-Unis et au Japon, passant également par Moscou.Effet multiplicateurLe monstre nourrit le monstre : les artistes, la presse et les chercheurs se sont tous emparés de la Joconde, amplifiant sa célébrité et créant des théories de toutes sortes sur l'identité de Mona et les raisons de son prestige.
- Le statut de chef-d'œuvre depuis sa créationReconnaissance immédiateLa Joconde est un chef-d'œuvre depuis sa création, reconnue immédiatement par l'élite artistique et intellectuelle de la Renaissance, contrairement à d'autres œuvres redécouvertes plus tard comme les tableaux de Vermeer ou Van Gogh.Preuves historiques• Vasari, premier historiographe de l'art, consacre une partie de son histoire de l'art à la Joconde en 1550, seulement 30 ans après la mort de Léonard • Raphaël, l'un des plus grands peintres de la Renaissance, abandonne ses commandes en 1504 pour aller à Florence copier les œuvres de Léonard, dont la Joconde alors inachevéeContexte de créationEn 1503, Francesco del Jocondo commande le portrait à Léonard pour célébrer la naissance de son deuxième fils et décorer sa nouvelle maison, au moment où Léonard revient à Florence après environ 20 ans auprès des Sforza à Milan.Rivalité artistiqueÀ Florence, Léonard et Michelange, deux géants de l'art, se trouvent au même moment. Michelange vient de réaliser la Pietà et le David. Le gouvernement de Florence leur confie à chacun de décorer un mur de la salle du Conseil du Palazzo Vecchio.
- L'innovation du cadrage en trois-quartsRupture avec la traditionLe portrait n'est pas en buste mais à la taille, montrant les mains et même les jambes. La pose est en trois-quarts avec un léger mouvement de rotation partant de la taille jusqu'au buste, le visage tourné vers le spectateur.Contexte historique• À la Renaissance, les artistes imitaient l'antiquité avec des portraits de profil basés sur les pièces de monnaie et médaillons • Les princes et figures importantes du 15e siècle en Italie se faisaient tous peindre de profil • Raphaël et d'autres grands artistes ont commencé à suivre Léonard en adoptant cette innovationPrécédents de LéonardLa Ginevra des Benci (1475) montre déjà une pose similaire, et la Dame à l'hermine présente un mouvement subtil et un sourire naissant qui préfigurent la Joconde.Qualité distinctiveContrairement aux portraits rigides et imparfaits de ses contemporains, la Joconde possède une souplesse, une aisance et une spontanéité naturelle, donnant l'impression qu'elle vit et n'est pas figée.
- Les mains comme élément moral et l'intimité du tableauSolution aux défautsLéonard a longtemps travaillé sur la pose des mains, trouvant enfin la solution parfaite dans ce portrait après avoir échoué avec la Dame à l'hermine où les mains étaient disproportionnées.Proximité avec le sujetGrâce à cette pause, seules les mains et le bout du fauteuil séparent le spectateur de la Joconde, créant une forme d'intimité rare dans les portraits de l'époque où les mains sont généralement cachées ou posées sur une table.Signification moraleLa position des mains, délicatement posées l'une sur l'autre devant elle, représente le comportement que les livres de comportement de l'époque recommandaient aux filles, signifiant ses qualités morales et sa respectabilité.Absence d'accessoiresContrairement aux autres artistes qui utilisent des bijoux, des livres ou des animaux pour signifier les traits de personnalité, Léonard se passe de tout accessoire, créant une impression de naturel et d'intimité tout en maintenant la respectabilité.
- Le sfumato et le sourire énigmatiqueTechnique révolutionnaireLe sfumato est une technique qui estompe les contours pour les rendre moins nets. Comparée aux œuvres nettes et ciselées de Botticelli, la Joconde semble émerger du fond, créant une apparence vivante et naturelle.Nature du sourireLe sourire doit être temporaire car tout sourire naturel est éphémère, un passage du sérieux au rire puis retour à l'état normal. Un sourire constant paraît artificiel et peu naturel.Réalisation techniqueLéonard estompe les contours de la bouche avec le sfumato en sachant que lors d'une vision périphérique le sourire semble naturel, mais quand on le regarde en détail il semble avoir disparu, créant cet effet fugace.Résultat artistiqueCette approche combine souplesse, aisance, douceur et respectabilité morale. Le sourire énigmatique de la Joconde fonctionne parfaitement en créant une sensation d'immédiateté et de vie.
- L'inspiration religieuse et l'héritage de la JocondeSource iconographiqueLéonard s'est inspiré non pas de portraits individuels mais de scènes religieuses, particulièrement de la Vierge Marie. La pause, le calme, la sérénité et le sourire de la Joconde rappellent les représentations madonnes.Dénomination symboliqueMona Lisa est la contraction de Madonna Lisa, signifiant littéralement madame Lise, mais pouvant aussi se traduire par Madonne, créant une fusion entre le portrait profane et l'image religieuse.Rayonnement culturelLa Joconde apparaît banal et conventionnel précisément parce que Léonard a parfaitement capturé la sérénité et la noblesse madonale. Les gens viennent en pèlerinage défilé devant cette icône profane comme devant une relique.Influence postérieure• Raphaël devient le prince des arts et fixe à jamais la manière de faire des portraits • Il a été le premier à défiler devant la Joconde et à la copier • Son approche influencera l'art occidental pour les siècles à venir



