La Joconde/La Joconde de Léonard de Vinci, expliquée. (Analyse)
La Joconde de Léonard de Vinci, expliquée. (Analyse)

La Joconde de Léonard de Vinci, expliquée. (Analyse)

Vincent K. Joly24 min5 août 2024
7 chapitres
  • L'expérience décevante et la renommée paradoxale de la Joconde(0'022'56)
    La Joconde est le portrait le plus connu et la peinture la plus célèbre du monde, mais elle est considérée par de nombreux visiteurs comme le tableau le plus décevant du monde.
    • Lisa Gerardini, femme d'un riche marchand Francesco del Jocondo • Assise dans une loggia avec des colonnes visibles en arrière-plan • Vêtue d'une robe sombre et d'un voile fin • Mains posées délibérément l'une sur l'autre • Esquisse d'un sourire subtil
    L'expérience au Louvre est inintéressante : 15 minutes de queue pour 15 secondes devant le tableau, comparée aux chefs-d'œuvres impressionnants comme les Noces de Cana de Véronèse qui offrent des dimensions et des mouvements spectaculaires.
    La notoriété actuelle de la Joconde est probablement due à deux facteurs : le vol de 1911 et le mystère qui l'entoure, plutôt qu'à une compréhension de sa véritable valeur artistique.
  • Le vol de 1911 et l'ascension médiatique(2'565'00)
    Un ouvrier italien travaillant au Louvre l'a volée en 1911 et l'a gardée pendant 2 ans en tentant de la vendre à un marchand italien par nationalisme.
    • On a d'abord cru que c'était Picasso qui l'avait volée • La presse internationale a couvrir l'événement chaque semaine en gros titres • Des gens venaient la voir au musée alors qu'elle n'y était plus
    Le Louvre a bénéficié d'une présence médiatique inespérée, et la Joconde a fait deux voyages diplomatiques dans les années 1950 : aux États-Unis et au Japon, passant également par Moscou.
    Le monstre nourrit le monstre : les artistes, la presse et les chercheurs se sont tous emparés de la Joconde, amplifiant sa célébrité et créant des théories de toutes sortes sur l'identité de Mona et les raisons de son prestige.
  • Le statut de chef-d'œuvre depuis sa création(5'0010'42)
    La Joconde est un chef-d'œuvre depuis sa création, reconnue immédiatement par l'élite artistique et intellectuelle de la Renaissance, contrairement à d'autres œuvres redécouvertes plus tard comme les tableaux de Vermeer ou Van Gogh.
    • Vasari, premier historiographe de l'art, consacre une partie de son histoire de l'art à la Joconde en 1550, seulement 30 ans après la mort de Léonard • Raphaël, l'un des plus grands peintres de la Renaissance, abandonne ses commandes en 1504 pour aller à Florence copier les œuvres de Léonard, dont la Joconde alors inachevée
    En 1503, Francesco del Jocondo commande le portrait à Léonard pour célébrer la naissance de son deuxième fils et décorer sa nouvelle maison, au moment où Léonard revient à Florence après environ 20 ans auprès des Sforza à Milan.
    À Florence, Léonard et Michelange, deux géants de l'art, se trouvent au même moment. Michelange vient de réaliser la Pietà et le David. Le gouvernement de Florence leur confie à chacun de décorer un mur de la salle du Conseil du Palazzo Vecchio.
  • L'innovation du cadrage en trois-quarts(10'4214'28)
    Le portrait n'est pas en buste mais à la taille, montrant les mains et même les jambes. La pose est en trois-quarts avec un léger mouvement de rotation partant de la taille jusqu'au buste, le visage tourné vers le spectateur.
    • À la Renaissance, les artistes imitaient l'antiquité avec des portraits de profil basés sur les pièces de monnaie et médaillons • Les princes et figures importantes du 15e siècle en Italie se faisaient tous peindre de profil • Raphaël et d'autres grands artistes ont commencé à suivre Léonard en adoptant cette innovation
    La Ginevra des Benci (1475) montre déjà une pose similaire, et la Dame à l'hermine présente un mouvement subtil et un sourire naissant qui préfigurent la Joconde.
    Contrairement aux portraits rigides et imparfaits de ses contemporains, la Joconde possède une souplesse, une aisance et une spontanéité naturelle, donnant l'impression qu'elle vit et n'est pas figée.
  • Les mains comme élément moral et l'intimité du tableau(14'2818'29)
    Léonard a longtemps travaillé sur la pose des mains, trouvant enfin la solution parfaite dans ce portrait après avoir échoué avec la Dame à l'hermine où les mains étaient disproportionnées.
    Grâce à cette pause, seules les mains et le bout du fauteuil séparent le spectateur de la Joconde, créant une forme d'intimité rare dans les portraits de l'époque où les mains sont généralement cachées ou posées sur une table.
    La position des mains, délicatement posées l'une sur l'autre devant elle, représente le comportement que les livres de comportement de l'époque recommandaient aux filles, signifiant ses qualités morales et sa respectabilité.
    Contrairement aux autres artistes qui utilisent des bijoux, des livres ou des animaux pour signifier les traits de personnalité, Léonard se passe de tout accessoire, créant une impression de naturel et d'intimité tout en maintenant la respectabilité.
  • Le sfumato et le sourire énigmatique(18'2922'06)
    Le sfumato est une technique qui estompe les contours pour les rendre moins nets. Comparée aux œuvres nettes et ciselées de Botticelli, la Joconde semble émerger du fond, créant une apparence vivante et naturelle.
    Le sourire doit être temporaire car tout sourire naturel est éphémère, un passage du sérieux au rire puis retour à l'état normal. Un sourire constant paraît artificiel et peu naturel.
    Léonard estompe les contours de la bouche avec le sfumato en sachant que lors d'une vision périphérique le sourire semble naturel, mais quand on le regarde en détail il semble avoir disparu, créant cet effet fugace.
    Cette approche combine souplesse, aisance, douceur et respectabilité morale. Le sourire énigmatique de la Joconde fonctionne parfaitement en créant une sensation d'immédiateté et de vie.
  • L'inspiration religieuse et l'héritage de la Joconde(22'0624'35)
    Léonard s'est inspiré non pas de portraits individuels mais de scènes religieuses, particulièrement de la Vierge Marie. La pause, le calme, la sérénité et le sourire de la Joconde rappellent les représentations madonnes.
    Mona Lisa est la contraction de Madonna Lisa, signifiant littéralement madame Lise, mais pouvant aussi se traduire par Madonne, créant une fusion entre le portrait profane et l'image religieuse.
    La Joconde apparaît banal et conventionnel précisément parce que Léonard a parfaitement capturé la sérénité et la noblesse madonale. Les gens viennent en pèlerinage défilé devant cette icône profane comme devant une relique.
    • Raphaël devient le prince des arts et fixe à jamais la manière de faire des portraits • Il a été le premier à défiler devant la Joconde et à la copier • Son approche influencera l'art occidental pour les siècles à venir