
REPORTAGE - Après l'explosion, la révolution à Beyrouth
I don't have a future in this country.
10 capitulos
- L'explosion du port de BeyrouthÉvénement catastrophiqueLe 4 août, une double explosion a ravagé le port et une partie de Beyrouth, la capitale du Liban. Plus de 170 personnes sont mortes et des milliers ont été blessées. Le cœur de la ville a été détruit et le pays s'est enfoncé dans une crise profonde.Cause identifiéeL'explosion a été causée par 2750 tonnes de nitrate d'ammonium, un engrais explosif utilisé en agriculture, qui était stocké dans l'un des entrepôts du port depuis presque 6 ans.Questions ouvertes• Comment un incendie a pu démarrer et entraîner l'explosion • Pourquoi et comment 2750 tonnes de nitrate d'ammonium ont pu rester aussi longtemps de façon aussi dangereuse dans le portResponsabilités politiquesLa classe politique libanaise est accusée de corruption et d'incompétence. Le président Michel Aoun et le premier ministre Hassan Diab étaient informés de semaines avant l'explosion de la présence de la substance dans le port.
- La destruction de la villeScènes de dévastation• Une grande partie des bâtiments près du port ont été complètement détruits • Un bâtiment qui était en parfait état il y a quelques jours était complètement explosé sans une seule fenêtre intacte • Les ascenseurs d'un complexe sont devenu complètement inutilisablesImpact sur les infrastructuresLes fameux silos à grain sont situés à proximité du lieu de l'explosion. Cette destruction crée une potentielle pénurie alimentaire pour certains aliments au Liban.Véhicules abandonnésDes dizaines de voitures ont été complètement abandonnées sur l'autoroute. Parmi elles, plusieurs contenaient des personnes au moment de l'explosion, avec des airbags tachés de sang, bien que les occupants en soient sortis vivants.Aide internationaleUn porte-hélicoptère français est arrivé à Beyrouth avec à bord des centaines d'hommes et des tonnes de vivres et de matériel médical. La ministre française des armées était présente pour coordonner l'aide.
- Les pompiers et le sacrificeIntervention des pompiersDes pompiers ont été envoyés pour intervenir lors d'un incendie au port. Environ 30 minutes après le début du feu, l'explosion s'est produite lorsque les pompiers arrivaient sur place.Pertes dans les rangs• 10 pompiers sont décédés lors de l'explosion • 4 ou 5 pompiers ont été gravement blessés • Parmi les décédés, une femme était chargée d'informer la caserne en envoyant des vidéos de la situation. Elle devait se marier dans quelques jours.État de la caserneLa caserne de pompiers a été endommagée. De nombreuses structures menacent de s'effondrer à tout moment. Il faudra probablement tout détruire pour tout reconstruire et refaire la caserne.Manques matérielsLes pompiers manquent d'équipements essentiels. Avec le peu d'équipement restant, ils doivent faire face à des demandes qu'ils ne peuvent pas satisfaire.
- Témoignages des survivantsExpérience directe• Une jeune femme affirme n'avoir aucun avenir dans le pays et devoir partir • Un homme a dû arrêter un cycliste pour emprunter son vélo afin de transporter sa grand-mère à l'hôpital, car aucune ambulance ne pouvait accéder au quartier • Un autre habitant a eu du verre qui s'est déchiré son artère. Il a dû subir une opération de 3 à 4 heures sans anesthésieBlessures et traumatismesLes survivants souffrent de traumatismes mentaux. Des personnes pleurent en se réveillant le matin et rient sans arrêt, alternant entre les deux états émotionnels extrêmes.Conséquences pour la communauté LGBTPour la communauté gay, il y a des conséquences très spécifiques car le Liban reste un pays du Moyen-Orient. Les personnes LGBT n'ont pas de droits ni de protection.Perte d'espoir• Les jeunes voient leurs espoirs et rêves s'évanouir • Les gens envisagent de partir dans un autre pays pour travailler et étudier • Ceux qui ont des homes préfèrent les vendre plutôt que de rester vivre sur place
- Les hôpitaux en criseDégâts matériels• L'hôpital Saint-George a été partiellement détruit • L'hôpital Saint-George ne fonctionne plus depuis 10 jours • C'est la première fois de l'histoire, même pendant la guerre civile, qu'un arrêt total d'un grand hôpital s'est produit de cette manièreVictimes à l'intérieurDans un étage de l'hôpital, il y a eu trois morts : un père et deux infirmiers. Le père s'est approché des fenêtres et tout est tombé sous lui.Conditions de travail• Il y a eu une coupure d'électricité complète • Les médecins ont dû travailler à la lumière de leurs smartphones • Les hôpitaux ont dû refuser d'accueillir d'autres maladesDouble crise sanitaireEn plus de gérer l'explosion, l'hôpital doit continuer à gérer la pandémie de coronavirus. Certaines mesures COVID ont été oubliées pendant l'urgence, ce qui a entraîné des cas de COVID parmi les patients.
- Mobilisation de la Croix-RougeRôle principalLa Croix-Rouge libanaise a eu un rôle supplémentaire : transférer les malades des hôpitaux détruits. Elle représente ce qui reste de l'unité libanaise.Ampleur des blessuresMême le personnel d'urgence, habitué aux attentats et aux guerres au Liban, n'avait jamais vu quelque chose d'aussi puissant que l'explosion du 4 août. Les blessures graves étaient dues à des projectiles de verre à haute vitesse.Gestion complexeL'hôpital doit gérer à la fois l'urgence de l'explosion et la présence continue du coronavirus. L'institution doit maintenir une bonne image et un rôle de pure volontariat.Impact universelAucun Libanais ne s'est épargné : tous sont affectés soit directement, soit par leurs amis ou familles, soit par la perte de leurs maisons. Il y a une perte énorme partout.
- Nettoyage et reconstructionEfforts de nettoyage• Des jeunes se mobilisent spontanément pour nettoyer les rues • Au départ, seulement deux à deux personnes, maintenant ils sont 55 personnes • Des gens en dehors du groupe initial les aident aussi • Ils enlèvent progressivement les dernières voitures abandonnées et les débrisÉtapes suivantesAprès le nettoyage des rues, le nettoyage à l'intérieur des bâtiments doit avoir lieu. Une première vague de nettoyage procède, et une deuxième vague est attendue pour prendre les dimensions des bâtiments afin de pouvoir les reconstruire.Absence gouvernementale• Le gouvernement n'a rien dit les premiers jours, sauf des excuses • Le gouvernement est absent et ne s'implique pas • Seule la Croix-Rouge libanaise, les pompiers et les sapeurs ont fourni de l'aideRessources essentiellesL'eau du robinet n'est pas potable. Médecins sans frontière a dû installer un centre de distribution d'eau pour les populations touchées. Des organisations comme Fed the Need distribuent des paniers repas et des sandwiches aux personnes sans abri.
- Crise économique et politiqueSituation économique• Le Liban est extrêmement endetté avec une dette de plus de 90 milliards d'euros • En mars, le Liban s'est officiellement déclaré en cessation de paiement • Les prix de nombreux produits ont été multipliés par 4 • La monnaie a fortement perdu de sa valeur • Plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvretéCorruption généralisée• Les élites sont accusées de s'enrichir grâce à la corruption très présente au Liban • Au moins un habitant sur deux s'est déjà vu proposer de l'argent contre son vote lors d'élections • Selon Transparency International, le Liban est l'un des pires pays en matière de corruptionSystème politiqueLe système mis en place après la guerre civile en 1990 voulait maintenir l'équilibre entre les différentes communautés religieuses. Le président est chrétien maronite, le premier ministre musulman sunnite. Les élites de chaque confession placent les membres de leur communauté dans les institutions sans nécessairement tenir compte des compétences.Mouvements de contestation• À l'automne 2019, un gros mouvement de contestation a vu le jour pendant près de 4 mois • L'objectif était de dénoncer la crise et la corruption des élites et demander leur démission • La pandémie a stoppé la mobilisation qui a repris après l'explosion du 4 août avec une colère encore plus forte
- La démission du gouvernementMoment historiqueLe premier ministre Hassan Diab prend la parole à 19h30 pour annoncer la démission de son gouvernement. C'est un moment historique avec le potentiel départ de tout le gouvernement.Sécurité renforcée• Le gouvernement déploie des forces spéciales appelées Marawiir, les plus hautes forces de l'armée libanaise • Ces forces avaient été déployées il y a quelques années contre Daesh à la frontière avec la Syrie • Le Parlement est barricadé avec six entrées gardées par des militaires lourdement armésTensions et gaz• Des abonnés distribuent un remède rare pour soulager les effets du gaz lacrymogène • Beaucoup de gaz lacrymogène est lancé par les forces de l'ordre • Les forces procèdent à des charges contre les manifestantsAmbiance contrastéeBien que l'annonce de la démission soit un succès des manifestants, la situation reste tendue. Des feux d'artifice sont lancés mais peuvent aussi être utilisés comme projectiles. Les forces de l'ordre essaient de reprendre le contrôle de la place des Martyrs.
- Commémoration et divisionHommage aux victimesExactement une semaine après l'explosion, un rassemblement spontané s'organise pour sensibiliser et rendre hommage aux personnes décédées. Des bougies sont disposées en hommage aux victimes.Absence de l'ÉtatAucun représentant de l'État n'est descendu pour commémorer. Cette absence souligne la dimension très politique du rassemblement et de l'hommage, révélant le fossé entre le peuple et ses dirigeants.Symboles d'unitéDes cloches d'église et l'appel à la prière de l'imam retentissent ensemble pour symboliser l'union entre chrétiens et musulmans face à une classe politique qui essaie de les diviser au nom de la religion.Message politiqueUne affiche montre le président libanais Michel Aoun avec le mot « Il savait ». Les manifestants affirment que le président et plus largement la classe politique sont corrompus, étaient au courant de la substance présente au port, et sont donc responsables de l'explosion.





