
II - L'Étalon-or c'est vraiment nul : démonstration
15 chapitres
- Introduction et contexte de la crise de 1929Cadre généralLa crise de 1929 est précédée par un problème de surproduction et de mauvaise répartition de la monnaie : capacité de production de masse avec profits énormes, mais manque de capacité de consommation de masse.Facteurs clés• Les gains de productivité se transforment en hausse des marges plutôt qu'en hausse des salaires • Le système monétaire international est basé sur l'orFocus de l'épisodeCompréhension des trois principales erreurs de politique économique en cas de crise de la demande et pourquoi la crise a été si longue et intense.Structure pédagogiqueExplication du système de l'étalon-or avec schémas et modèles pour clarifier les mécanismes.
- Mécanismes de l'étalon-or et système monétaireDéfinitions fondamentales• La réserve d'or : lingots conservés par la banque centrale • La parité : rapport fixe entre l'or et la monnaie (exemple : 1 franc = 0,05g d'or) • Conversion garantie : n'importe qui peut convertir monnaie en or ou or en monnaie à la parité fixéeParités internationalesChaque devise a sa parité : 1 dollar = 1,37g d'or, 1 livre sterling = 6,69g d'or, 1 Reich Mark = 0,33g. Les banques centrales interviennent sur les marchés des devises pour maintenir ces parités fixes.Chaîne monétaire• Stock d'or détermine monnaie centrale • Monnaie centrale permet création de monnaie scripturale via crédits bancaires • Taux de réserve obligatoire définit le ratio entre les deuxCinq variables contrôlantes• Parité entre or et monnaie • Stock d'or à la banque centrale • Taux de réserve obligatoire • Degré d'optimisme des banques privées • Degré d'optimisme des agents économiques (emprunt)
- Flux internationaux et connexions mondialesCanaux de flux d'or• Balance commerciale : export > import = or entrant; import > export = or sortant • Investissements internationaux : capital entrant = or entrant; capital sortant = or sortantMécanisme commercialSi on exporte plus qu'on importe, le différentiel doit être payé en or. Si on importe plus, l'or s'en va progressivement du pays.Investissements étrangersLes investisseurs convertissent dollars en or, le déposent à la banque centrale qui leur imprime des francs à parité fixe pour investir. Le processus inverse entraîne une fuite d'or.Marché des devisesEn réalité, les flux passent par le marché des devises. Les banques centrales interviennent pour maintenir les parités en comblant les déséquilibres entre offre et demande.
- Critique théorique de l'étalon-or selon HumeThéorie classiqueDavid Hume (1752) propose une théorie qui semble magnifique sur le papier : un mécanisme d'autoéquilibrage où l'or circule naturellement entre pays pour rééquilibrer les économies.Scénario théorique• La France a plus d'infrastructure et exporte beaucoup, reçoit de l'or • Monnaie centrale augmente, provoquant inflation en France • Prix français montent, compétitivité baisse • Les États-Unis deviennent plus compétitifs et reçoivent l'or • Inflation aux US, déflation en France jusqu'à rééquilibrageProblèmes majeurs• Plus d'or n'égale pas systématiquement plus de monnaie en circulation • Banques centrales peuvent choisir de ne pas convertir l'or en monnaie • La monnaie injectée dépend de la volonté des banques privées de prêter • Suppression de monnaie dépend de la volonté d'emprunter des agents économiquesImpossibilités pratiques• Nations ne possèdent pas assez d'or pour les flux négatifs • Découvertes d'or aléatoires créent inflation sans lien au développement • Masse monétaire mondiale finie empêche croissance avec déflation généralisée • Emprunt devient impossible en déflation : salaires baissent chaque année
- Historique de l'étalon-or et ruptures de la Première Guerre mondialeMise en place et abandon• Étalon-or codifié dans les années 1870 • Remis en question pendant la Première Guerre mondiale • Nations ne peuvent pas dépendre de leur stock d'or pour production d'armesRuptures de la guerre• Banques centrales interdisent conversion monnaie-or • Abandon de la défense systématique des parités monétaires • Injection massive de monnaie pour financer l'effort de guerre • Commerce international se fait par crédits plutôt qu'en orSystème de crédit de guerreLes États-Unis prêtent via banques privées (JP Morgan) aux pays alliés pour acheter matières premières et produits. Les nations alliées se retrouvent endettées en dollars auprès d'Américains.Conséquences financières• Impossibilité de rembourser les dettes de guerre en or • Traité de Versailles impose à l'Allemagne de payer les réparations • Création d'un système pyramidal : Allemagne paie Alliés, Alliés remboursent États-Unis • Les Américains prêtent à l'Allemagne pour financer les réparations
- Retour à l'étalon-or et nouvelle architecture monétaireRestauration du systèmeÀ partir de 1925, le système d'étalon-or revient progressivement à son fonctionnement d'avant-guerre, avec introduction de l'étalon de change-or où dollar et livre sterling jouent un rôle nouveau.Position américaine• États-Unis toujours premier exportateur mondial de nourriture, matières premières, produits manufacturés • Un tiers des réserves d'or mondiales déjà aux États-Unis • Risque que tous les pays perdent leur or au profit des États-UnisSolution bancaire privéeBanques privées américaines font des prêts aux pays déficitaires pour payer leur déficit commercial en dollars plutôt qu'en or. Cela permet au système de fonctionner sans que tout l'or migre vers les États-Unis.Dépendance financièreNombreuses nations endettées en dollars pour régler commerce mondial et dettes de la Première Guerre mondiale. Lorsque la crise de 1929 frappe, les banques américaines arrêtent de prêter (credit crunch).
- Réactions politiques aux sorties d'or et perte de monnaiePriorité absoluePerdre son or équivaut à perdre sa masse monétaire. Les gouvernements doivent éviter à tout prix les sorties d'or.Leviers théoriques disponibles• Jouer sur la parité : changer la conversion or-monnaie pour garder monnaie avec moins d'or • Rompre le lien or-monnaie centrale : imprimer sans correspondance avec les réserves • Baisser le taux de réserve obligatoire pour plus de marge de création monétaireLeviers rejetés• Peur que changer la parité ne provoque une panique des épargnants • Croyance que la monnaie n'a de valeur que si garantie par l'or • Incompréhension que monnaie tire sa valeur de stabilité institutionnelle et impôts • Idéologie nationale : une parité fixe est une fierté nationaleSolutions retenues• Viser balance commerciale excédentaire : réduire importations, augmenter exportations • Attirer investisseurs internationaux avec taux élevés • Implémenter la triforce infernale : hausse des taux, baisse des salaires, austérité budgétaire
- La triforce infernale : taux, salaires et austéritéTrois piliers désastreux• Hausse des taux d'intérêt pour attirer investisseurs internationaux • Baisse des salaires pour déflation compétitive (prix moins chers = plus d'exportations) • Austérité budgétaire basée sur la logique fausse des fonds prêtablesLogique des fonds prêtablesCroyance erronée qu'existe quantité finie de monnaie empruntable pour laquelle État et entreprises sont en concurrence. Donc réduire déficit public laisse plus pour le secteur privé.Effet réel du système• Hausse taux : demande d'emprunt baisse car risque perçu hausse, pas attrait du taux • Baisse salaires : demande baisse, entreprises ne veulent pas investir • Austérité : État principal acteur, sa non-participation aggrave contraction • Tout le monde fait pareil : chacun baisse salaires et augmente taux, nul ne peut exporter plusRésultat catastrophiquePolitiques complètement contracycliques : au lieu de soutenir demande en crise, on la contracte. Commerce mondial s'effondre quand tout le monde veut être exportateur.
- Obstacles à la fixité des parités et dévaluationsPremières rupturesLes investisseurs commencent à partir des pays moins riches. Flight to quality : fuite vers les économies plus solides. Pays comme l'Autriche ne peuvent pas défendre leur monnaie.Mécanisme de défense monétairePour maintenir parité fixe, banque centrale doit acheter sa propre devise en échange d'or ou autres devises. Il faut avoir des stocks suffisants. Quand on en manque, on abandonne.Découverte positiveQuand banques centrales cessent de défendre leur monnaie, sa valeur baisse. Les produits du pays deviennent moins chers pour le reste du monde, sans nécessiter baisse des salaires internes.Cas du Royaume-Uni• Churchill en 1924 veut restaurer livre sterling à 6,68g d'or (niveau d'avant-guerre) • Inflation britannique pendant la guerre rendait cette parité non-compétitive • Produits britanniques ne se vendent pas, économie rame • 1931 : Britain laisse flotter sa monnaie, livre ne vaut plus que 4g d'or • Dévaluation aide Royaume-Uni à limiter l'impact de la crise
- Bloc conservateur et poursuite de la déflationPays conservateurs• France maintient vieille parité au lieu de dévaluer • Italie, Pays-Bas, Belgique, Suisse font pareil • Tous appliquent encore plus de déflation, baisse de salaires et austérité que les autresConséquences directesCrise encore plus violente dans ces pays. Mouvements sociaux importants. Front populaire arrive au pouvoir en France dans contexte de crise économique majeure.Réformes du Front populaire• Semaine de travail réduite de 48 à 40 heures • Hausse générale des salaires de 10 à 15 % • Mesures sociales en réaction à la criseLeçon économiqueDévaluation monétaire meilleure solution que baisse des salaires pour réduire prix d'exportation. Évite déflation interne destructrice pour consommation et investissement.
- Résumé des causes profondes de la crise de 1929Origines de la crise• Surproduction de biens manufacturés • Surproduction de denrées agricoles et minières (Europe récupère capacités après la guerre) • Demande insuffisante due aux inégalités : trop d'épargnants riches, pas assez de consommateurs payés correctementIncompréhension théorique• Logique connue depuis un siècle par les économistes • Théories dominantes des cycles : crises sont suite logique du capitalisme, se corrigent toutes seules • Politique contracyclique inexistante : pourquoi faire quelque chose si ça se répare seul?Priorité idéologiqueAu lieu de s'occuper des problèmes de demande insuffisante, les gouvernements focalisent sur protection des réserves d'or. Cela devient l'objectif principal et unique des politiques.Applications désastreuses• Hausse taux d'intérêt, baisse salaires, austérité budgétaire • Parfaitement justifiés théoriquement pour protéger l'or • Aucune théorie de la relance n'existe pour justifier les leviers alternatifs • Ces politiques aggravent et prolongent la pire crise économique du capitalisme
- New Deal américain et politiques de relanceContenu du New Deal• Grands travaux publics • Mesures sociales : sécurité sociale, frais médicaux remboursés, salaire minimum • Autorisation de grève et syndicats • Retraite par répartition (avant France) • Régulation bancaire : séparation banques d'investissement et commerciales (Glass-Steagall) • Création SEC (autorité marchés financiers) et FDIC (assurance dépôts)Ampleur réelle du déficit• Déficit public du New Deal n'excède pas 5% du PIB • PIB américain en chute libre : -25% entre 1929 et 1933 • Déficit comparable à normes années 1980-90, bien inférieur aux relances post-2008 ou covid • Relance modeste pour l'ampleur de la crisePhases d'application• Déficits commencent 1932 avec baisses d'impôts d'Hoover • Roosevelt et New Deal à partir 1933, maintenu jusqu'1936 • Production industrielle remonte entre 1932-1937 • Situation s'inverse en 1937-1938 : rechute économiqueRaisons d'arrêt du New Deal• Fed augmente taux de réserve obligatoire de 50% en 1936 (de 10% à 15%) • Peur injustifiée de l'inflation avec déflation -10% pendant 4 ans • Gouvernement augmente impôts et réduit déficit en 1936-37 pour équilibre budgétaire • Double contraction : moins de crédit bancaire + moins de dépenses publiques = rechute
- Erreurs monétaires et rechute de 1937-1938Décision de la Fed• En 1936, banques ont 15% de réserves alors qu'obligées d'en avoir seulement 10% • Fed augmente minimum à 15% pour éviter supposé développement du crédit inflationniste • Moyenne inflation sur 3 ans seulement 2,2%, sortie de 4 ans de déflation massive • Peur d'inflation totalement injustifiée au vu du contexteRaison des réserves excédentaires• Banques se sont protégées après nombreuses faillites (7000+ faillites bancaires depuis 1929) • Réserves tampons contre futurs bank runs • Fed mauvaise interprétation : pensait signe de crédit futur plutôt que de prudenceRéaction bancaire négative• Augmentation taux réserve crée panique : banques réduisent crédits • Au lieu d'injecter monnaie centrale pour accompagner nouvelle règle, Fed attend de l'or • Banques limitent crédits pour atteindre nouvelles ratios : destruction monétaire • Moins de financement de l'économie = crise renforcéeComplications additionnelles• Gouvernement augmente impôts et réduit dépenses en 1936-37 pour équilibre budgétaire • Ministère des Finances stérilise entrées d'or : les garde sans injecter monnaie correspondante • Taux réels extrêmement élevés : inflation -10% + taux nominal faible = taux réel 12,5% • Résultat : PIB divisé par 2 en 1937, déflation revient, chômage refait pic en 1938
- Conclusion et leçons pour aujourd'huiTrois erreurs majeures• Hausse des taux d'intérêt au lieu de baisse • Baisse des salaires au lieu de hausse pour soutenir demande • Austérité budgétaire au lieu de déficit pour contrer contractionCause profondeObsession pour protection des réserves d'or basée sur système monétaire de l'étalon-or. Les gouvernements appliquent politiques contracycliques procycliques sans théorie pour justifier alternatives.Politiques modernes opposées• Crise survient : baisse immédiate des taux d'intérêt • Aide aux banques pour création monnaie scripturale • Soutien déficit public pour stimuler demande • Abandon du lien superstition monnaie-orLeçon majeureAujourd'hui on applique l'exact inverse : déficits en baisse de demande, relance par les états, taux baissés. La crise de 1929 démontre que cette approche moderne est correcte.
- Débats contemporains et théories alternativesThéories pré-criseAvant 1936, aucune théorie économique de la relance contracyclique n'existe. Livre de Keynes publié seulement en 1936. Orthodoxie : cycles se corrigent seuls.Canaux de relance par austérité• Canal 1 : moins de déficit = moins d'endettement = moins de taxes futures = plus d'épargne = plus de dépenses (complètement non-empirique) • Canal 2 : baisse salaires = déflation = compétitivité = exportations (même argent que Hume, prouvé faux dans pratique)Résultats des politiques austéritaires• Crise de 2010 en Europe : austérité appliquée, performances pires qu'aux USA • États-Unis appliquer relance par déficit : bien meilleurs résultats • Covid 2020 : tous les pays font déficit public massif, fonctionne bienPersistence des débats• Austérité : défendue par la droite, attachée au 'budget équilibré' • Déficit public : défendu par la gauche, pour politique sociale • Débat central au cœur modification Pacte stabilité et croissance européen • Financement transition écologique par déficit ou pas : encore contesté politiquement


