
La crise de l'€ part 08 : Le sauvetage des banques - Heu?reka #24-8
9 chapitres
- Introduction à la problématique et concept de banque universelleQuestion centralePourquoi l'Irlande a-t-elle sauvé ses banques et pourquoi la troïka n'a-t-elle pas laissé l'Irlande et la Grèce faire défaut sur une partie de leur dette en 2010.Définition cléUne banque universelle regroupe au moins deux activités : celle d'une banque de détail et d'une banque connectée aux marchés financiers.Activités principales• Banque de détail : compte courant, carte de paiement, crédits aux particuliers et PME, création monétaire • Assurance : couverture des biens immobiliers et automobiles • Gestion d'actifs : fonds d'investissement pour placer les économies • Banque d'investissement : traders et market makers • Banque de financement : financement de grands projets d'entreprisesExemple comparatifLehman Brothers n'était pas une banque universelle car on ne pouvait pas avoir un compte courant chez elle avec une carte de crédit, contrairement à Société Générale ou HSBC.
- Pourquoi sauver les banques universelles et l'exemple islandaisNécessité du sauvetage• La banque de détail est vitale : sans elle, les gens n'ont plus accès à leurs comptes, les moyens de paiement ne fonctionnent plus, toute l'économie s'arrête • L'assurance est importante car nombreuses entreprises ne peuvent pas fonctionner sans elle • Gestion d'actifs, banque d'investissement et banque de financement ne sont pas essentiels à court termeApproche islandaiseL'Islande n'a pas complètement sauvé ses banques Landsbanki et Glitnir. Seules les banques de détail ont été maintenues sur pied tandis que le reste des activités faisait faillite.Résultats en IslandeL'Islande n'a pas implosé et constate une reprise économique depuis 2010, mais c'est un pays de seulement 330 000 habitants.Risques d'applicationLa gestion d'une faillite bancaire aurait probablement pas fonctionné de la même manière en Irlande, plus peuplée. L'incertitude sur le financement du gouvernement irlandais par les marchés rend cette solution trop risquée.
- Interconnexion bancaire et risque d'effet dominoContexte 2008Les banques viennent de subir le choc de Lehman Brothers et essaient de survivre aux subprimes, l'une des plus grandes crises financières mondiales.Mécanisme d'effet domino• Quand une banque fait faillite, elle ne rembourse pas ses dettes • Ses créanciers sont majoritairement d'autres banques • Une banque qui doit encaisser des pertes peut elle-même faire faillite • Cela crée un effet domino potentiellement dévastateurExpositions européennesEn juin 2008, les banques irlandaises devaient l'équivalent de 64 milliards de dollars aux banques françaises et 44 milliards aux banques britanniques.Peur du systèmeLa grande peur européenne en 2008 est que la faillite de banques relativement petites comme les banques irlandaises provoque un effet domino qui ferait tomber des mastodontes comme BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Deutsche Bank, ING, Barclays, HSBC, Lloyds et Royal Bank of Scotland.
- Expositions et raffinement du créditÉvolution des expositionsDès la fin 2008, la tendance est à la réduction de l'exposition des banques européennes, en particulier pour les banques françaises, du fait du credit crunch provoqué par la faillite de Lehman Brothers.Comportement bancaireLes banques ne se font plus confiance entre elles et font tout pour ne pas renouveler les créances qu'elles possèdent sur leurs concurrentes, par peur des faillites.Dépendance du refinancementLes banques sont si dépendantes du refinancement de leur dette que si celui-ci devait s'arrêter, la faillite serait quasiment instantanée. C'est comme allumer un bâton de dynamite avec une mèche très courte.Rôle stabilisateurL'État irlandais injecte de l'argent dans le système pour éviter les faillites. La BCE joue aussi un rôle en achetant les produits financiers de bonne qualité, tandis que l'État irlandais rachète les actifs plus douteux.
- Dettes souveraines et risques bancairesGaranties bancairesLes banques européennes utilisent la dette souveraine des États membres de l'euro comme garantie pour obtenir des prêts à taux très bas, réduisant ainsi leurs coûts de financement et maximisant leurs profits.Accumulation de detteJusqu'en 2008, les banques européennes ont acheté énormément de dette souveraine française, allemande, autrichienne, finlandaise, grecque, irlandaise, espagnole et portugaise.Interdépendance fataleIl est impossible de laisser la Grèce ou l'Irlande faire défaut sur une partie de leur dette en 2010 sans provoquer des pertes pour les banques, car ce sont elles qui détiennent une bonne partie des dettes souveraines.Logique de sauvetageOn préfère éviter les restructurations de dettes souveraines car on craint toujours un effet domino qui pourrait entraîner la faillite des banques géantes cachées derrière les marchés financiers.
- Intervention de la troïka et restructuration de dettesRôle du FMILe FMI vient en aide aux pays ayant du mal à rembourser leur dette. C'est le prêteur de la dernière chance, mais il n'accepte d'intervenir que s'il y a une restructuration préalable de la dette.Concept de haircut• C'est une négociation sur le montant qui ne sera pas remboursé • Le FMI estime la capacité réelle de remboursement d'un pays • Si cette capacité n'est que de 70%, seuls 70% seront remboursés • Le reste (30%) est perdu par les créanciersDécision non appliquée en 2010La troïka n'a pas mis en place de haircut en 2010 ni pour la Grèce ni pour l'Irlande. Elle a prêté 100% de ce dont ils avaient besoin pour rembourser les marchés financiers.Restructuration retardéeLa Grèce a finalement bénéficié d'un haircut de 100 milliards fin 2011. Cette décision aurait pu être appliquée dès 2010, mais les politiques préféraient éviter le risque d'effet domino bancaire.
- Coûts politiques et comparaison avec les États-UnisAvantage du financement mutualisé• Le sauvetage par la troïka mutualise le coût entre tous les pays de la zone euro • Cela permet politiquement de dire qu'on sauve les Grecs et les Irlandais, pas les banquiers allemands ou français • Cela laisse du temps aux banques de se désengager des dettes avant un éventuel haircut ultérieurRisque français et allemandEn laissant planer le doute d'une possible faillite de BNP ou Deutsche Bank, on laisse entendre que la France ou l'Allemagne pourraient devoir augmenter massivement leur dette publique pour les sauver, menaçant l'économie et la stabilité européenne.Différence américaine• Les banques américaines sont plus petites que les banques européennes rapportées à la taille de l'économie nationale • Le gouvernement américain bénéficie d'une manne financière illimitée pour s'endetter grâce à sa banque centrale • Les États-Unis n'ont pas connu de crise de la dette en 2010 comme la zone euroPoids des aides antérieuresEn 2010, la France et l'Allemagne avaient déjà mis en place des plans de sauvetage remontant à 2008, car les banques étaient déjà très mal en point. Un sauvetage supplémentaire aurait été politiquement inacceptable.
- Stratégie bancaire et réduction d'expositionDésengagement stratégiqueLes banques françaises se sont progressivement débarrassées de leurs obligations souveraines grecques. De 30 milliards début 2010, l'exposition est passée à 6 milliards fin 2011.Bénéficiaires réelsNon seulement les banques françaises se sont fait rembourser ce qu'on leur devait grâce à l'intervention de la troïka en 2010, mais pour l'échéance de 2011 elles se sont débarrassées de tous leurs actifs grec douteux avant le haircut de 100 milliards.Acheteurs des dettesLes dettes grecques ont été rachetées par des fonds spécialisés dans le distressed debt, capables de faire une analyse détaillée et d'estimer la vraie valeur des récupérations possibles.Pertes minimalistesBien que les banques n'aient pas échappé à toutes les pertes de valeur des obligations grecques, les décisions politiques ont été prises en tenant compte de ces pertes et en essayant les minimiser.
- Résumé et conclusion de la crise bancaire européenneStructure des banquesLes banques universelles sont composées de plusieurs branches d'activité. Certaines sont essentielles (banque de détail, assurance) tandis que d'autres ne le sont pas à court terme (gestion d'actifs, banque d'investissement).Mécanisme du risque• Quand une entreprise fait faillite, elle ne rembourse pas complètement ses dettes • Ses créanciers doivent enregistrer une perte • Dans le cas des banques, les créanciers sont très souvent d'autres banques • La chute d'une seule banque peut provoquer un effet domino dévastateurChoix de sauvetageL'Irlande a choisi de s'endetter massivement pour sauver complètement ses banques, contrairement à l'Islande. Ce choix a été pesé par le risque d'un effet domino bancaire au niveau européen.Solution choisieLa solution d'un sauvetage sans restructuration de dette mais en mutualisant les fonds entre tous les États membres et le FMI semblait moins risquée financièrement et plus acceptable politiquement, transférant le risque des banques vers les gouvernements pour créer une crise de la dette publique.




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