
Les banques face au défi climatique
10 chapitres
- Introduction et contexte de l'accord de ParisObjectif climatiqueL'accord de Paris signé en 2015 fixe l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés maximum d'ici la fin du siècle, ce qui signifie zéro émission de gaz à effet de serre en 2050.Cadre de la vidéoLa vidéo se concentre spécifiquement sur le rôle de la finance européenne et des planches à billets (banques privées et banque centrale européenne) pour orienter les flux financiers vers l'atteinte de cet objectif.Transformations nécessaires• Nouvelles sources d'énergie • Nouveaux modes de production • Nouveaux modes de consommation • Transformation de l'ensemble de l'appareil productifContrainte réalisteOn reste dans le cadre des traités existants en Europe plutôt que de chercher une révolution politique, car l'action est trop pressante pour attendre des changements idéologiques.
- Distinction entre verdir et décarboner l'économieRépartition énergétique85% de l'énergie utilisée provient du pétrole, du charbon et du gaz (carbonée), tandis que seulement 15% vient du vent, du soleil, de l'eau et de l'uranium (verte).Deux approches différentes• Verdir : développer les activités vertes à côté des activités carbonées • Décarboner : faire diminuer le carbone en le remplaçant par du verre • Problème du verdir seul : ajouter du vert sans réduire le carbone n'aide pas le climatVéritable enjeuDu point de vue du réchauffement climatique, seule la diminution des émissions de gaz à effet de serre compte. La variable à laquelle le climat répond est la réduction du carbone, pas le développement du vert.Dilemme socialRéduire le carbone sans augmenter le vert signifierait abandonner une grande partie du confort matériel actuel, ce que personne n'accepte volontairement, d'où l'importance de développer le vert en parallèle.
- Décarbonation nominale et rôle des financiersDistinction importanteDécarbonation nominale signifie réduire les flux absolus vers le carbone (pas juste la proportion), ce qui correspond mieux à l'objectif de zéro émissions en 2050.Limitation des financiers• Les financiers soutiennent des entreprises avec leurs multiples activités, pas des projets spécifiques • Ils ne peuvent pas dicter comment une entreprise utilisera ses fonds • Le financement seul ne déclenche pas la décarbonation de l'économieCoordination multi-acteursLa décarbonation de l'économie dépend de la coordination de tous les agents économiques : financiers, consommateurs, dirigeants d'entreprise, politiques et états.Rôle partiel des planches à billetsOn peut orienter les flux financiers vers le vert et moins le carbone, mais cela ne résout qu'une partie du problème et dépend de ce que les autres agents feront de ces flux.
- La taxonomie verte de la Commission européenneDéfinition et objectifUne taxonomie classe les activités économiques selon certains critères pour déterminer lesquelles sont vertes. La Commission européenne a lancé ce projet en juillet 2018 pour classer les activités et attribuer une note de verdure aux entreprises.Six critères de verdure• Atténuation du réchauffement climatique • Protection contre les effets du réchauffement climatique • Protection ou gestion des réserves d'eau douce • Transition vers une économie circulaire • Prévention et contrôle de la pollution • Protection ou restauration de la biodiversitéCritère do no significant harmPour obtenir le tampon vert, une entreprise ne doit pas contrevenir aux autres critères. Par exemple, construire des immeubles bas carbone mais détruire un habitat naturel protégé ne permet pas d'obtenir la certification verte.Limite de la taxonomie• Il manque une taxonomie carbonée pour identifier les mauvaises activités • Sans cela, on risque de mieux noter Total (5% vert) qu'une entreprise de maisons de retraite (0% vert) • Seuls 22% du chiffre d'affaires du CAC 40 pourraient prétendre au label vert • Avec le critère do no significant harm, ce chiffre chute à seulement 2%
- Néolibéralisme européen et l'idéologie des marchés efficientsFondement idéologiqueL'Union européenne est construite sur l'idéologie néolibérale ordolibérale, présumant que les marchés en concurrence sont naturellement efficients et orientent au mieux l'économie.Rôle des institutions• Les institutions européennes se voient comme protectrices des marchés en concurrence • Elles ne souhaitent pas orienter l'économie mais plutôt créer le cadre juridique et réglementaire pour que les marchés fonctionnent • Elles considèrent que c'est le marché qui doit décider de la trajectoire économiqueProblème politiquePour la Commission européenne, développer une taxonomie verte signifie déjà orienter l'économie à la place du marché. Cela va à l'encontre de son idéologie de neutralité vis-à-vis du marché.Compromis pragmatiqueMalgré son idéologie, la Commission accepte de travailler sur une taxonomie verte, reconnaissant que l'action climatique est urgente et que l'idéologie seule ne peut pas attendre.
- Ratios de solvabilité et effet de levier bancaireConcept de solvabilité• Insolvabilité : la valeur des actifs est inférieure à la valeur des dettes • Un ratio de solvabilité compare les capitaux propres à la valeur des actifs • Plus le ratio est élevé, moins la banque risque la faillite car les capitaux propres agissent comme amortisseur aux pertes d'actifsEffet de levierLes banques créent de la monnaie pour financer 90% d'un projet tandis que 10% provient de capitaux propres. Un projet rapportant 3% génère un rendement de 30% pour les actionnaires (3€ divisé par 10€ investis).Conflit d'intérêts• Augmenter les ratios de solvabilité améliore la stabilité bancaire mais réduit l'effet de levier • Réduire l'effet de levier diminue la rentabilité pour les actionnaires • Les banques s'opposent donc à toute augmentation des ratios de solvabilitéRéglementation différenciéeOn pourrait imposer des ratios différents selon le type d'entreprise financée : ratio faible (10%) pour les entreprises non carbonées et ratio élevé (50%) pour les entreprises carbonées, rendant ces dernières moins attractives à financer.
- Risque financier et réchauffement climatiqueHypothèse des marchésSelon la légende des marchés efficients, les financiers évaluent correctement tous les risques et opportunités, fixant des prix qui reflètent pleinement toutes les informations disponibles.Trois défauts du marché• Difficulté à évaluer le réchauffement climatique : risque nouveau, sans précédent historique • Risque systémique : un événement qui paralyserait l'ensemble du système financier • Problème du passager clandestin : les financiers qui causent du mal ailleurs ne sont pas financièrement responsables des dégâtsAnalogie du navireLe marché (commandant du navire) fonce droit sur une zone dangereuse (réchauffement climatique) sans anticiper correctement le danger. Plus on tarde à réagir, plus la manœuvre d'évitement doit être brutale et périlleuse.Risque de transition• Si la manœuvre d'évitement arrive trop tard, elle doit être extrêmement violente • Les entreprises carbonées devront se transformer en très peu de temps • Leur valeur s'effondrera, créant des 'actifs échoués' (stranded assets) • Les banques propriétaires de ces actifs risquent la faillite sans protection supplémentaire
- Solution : augmenter les ratios de solvabilité pour le carboneArgumentaire politiquePlutôt que de dire directement 'il faut décarboner l'économie', on préfère l'argument du risque financier : le marché sous-estime le risque de transition, donc il faut réguler pour protéger les banques.Proposition concrète• Augmenter les ratios de solvabilité uniquement pour le financement d'entreprises carbonées • Cela rend le financement du carbone moins rentable pour les actionnaires • Les flux de la planche à billets se détournent naturellement du carbone • Les banques sont mieux protégées contre l'effondrement futur des actifs carbonésAvantage du raisonnementCet argumentaire s'appuie sur les prérogatives ancestrales des institutions européennes (protection des marchés) plutôt que de leur demander d'orienter directement l'économie, ce qui serait politiquement plus acceptable.Faiblesse de l'argumentaire• Le concept de risque financier est malléable et difficilement mesurable • Les banques peuvent contester l'existence ou l'ampleur du risque de transition • Elles peuvent inventer des solutions financières pour s'y adapter sans changer leur comportement • Si elles convainquent les régulateurs qu'elles gèrent déjà ce risque, la réglementation devient inutile
- Transparence bancaire et obligation de reportingProblème d'informationLes rapports annuels des banques sont peu transparents quant à leurs expositions au carbone. On trouve quelques données éparses sur le pétrole et le gaz, mais rien sur le charbon, et aucune information systématisée sur les entreprises vertes.Étude des banques• Analyse des rapports de BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE et Deutsche Bank • Quasiment aucune donnée sur les expositions au carbone • Seules des promesses vagues de sortie du charbon d'ici 2030-2040 • Pas de chiffres standardisés permettant la comparaisonBarrière politiqueLes banques s'opposeront à toute obligation de publication détaillée car elle endommagerait leur image de marque. Elles redoutent le risque de réputation plus que la réglementation des ratios.Troisième outil possible• Imposer une documentation standardisée montrant la répartition vert/carbone des bilans bancaires • Permettrait aux journalistes et citoyens de suivre les flux financiers • Dépend de l'existence d'une taxonomie carbonée pour être vraiment efficace • Risquerait de n'avoir que les niveaux de verdure sans les niveaux de carbone
- Récapitulatif et implicationsObjectif primordial• Décarbonation complète : zéro émission de gaz à effet de serre en 2050 • Développer des activités vertes est utile pour le confort mais pas suffisant pour le climat • Les planches à billets ne suffisent pas seules ; il faut aussi l'engagement des consommateurs, dirigeants et politiquesTrois outils proposés• Taxonomie verte et carbonée : classer les activités pour identifier où aller et où ne pas aller • Ratios de solvabilité différenciés : rendre le financement du carbone moins attractif • Transparence bancaire : publier clairement quelles entreprises sont financées et leur niveau de carboneDéfis politiques• Institutions européennes idéologiquement neutres, réticentes à orienter l'économie • Besoin de justifier l'intervention par des arguments de 'risque financier' plutôt que par l'accord de Paris • Lobbys bancaires puissants et capables de décrédibiliser l'argumentaire techniquePerspective future• Suite de la vidéo : focus sur la banque centrale européenne et sa planche à billets • Urgence d'agir : 30 ans pour transformer 85% de nos activités énergétiques • Besoin de rappeler au politique ses engagements de l'accord de Paris, pas seulement de risques financiers hypothétiques

