Économie stupide/L'Amour peut-il être Négocié ?
L'Amour peut-il être Négocié ?

L'Amour peut-il être Négocié ?

Stupid Economics20 min14 févr. 2021
10 chapitres
  • Introduction : L'amour et l'économie(0'001'01)
    L'amour demande de partager quelque chose, ce qui se négocie. L'économie pose trois grandes questions : quels biens et services sont produits, comment doivent-ils être produits, et comment se les partager.
    Une fois la porte du foyer franchie, les questions d'argent et de négociation sont rangées. Seules les considérations d'amour romantique ou familial semblent exister.
    Une économiste s'est intéressée à la coopération et aux décisions des couples hétérosexuels pour comprendre ce qui se cache au plus profond de cet amour.
    La conversation se déroule au Quai des Savoirs à Toulouse, dans une exposition où les questions économiques sur l'amour et le couple sont directement abordées.
  • Histoire de l'amour romantique(1'012'42)
    Les mises en couple et mariages du passé étaient majoritairement arrangés ou au moins arrangeants. L'amour romantique n'est pas universel mais un modèle culturel datant du 19e siècle.
    • L'industrialisation a fait que les jeunes s'écartaient de leur village d'origine • L'urbanisation et le travail salarié ont donné plus d'autonomie aux jeunes • Les couples sont devenus des unités économiques autonomes
    Le mariage d'inclination, où les jeunes disposent de liberté pour choisir leur amour, s'est diffusé parallèlement à ces changements économiques et sociaux.
    L'économie de l'amour est aujourd'hui écartée du couple au maximum. On pensait avoir une seule motivation : l'amour, sans considérations économiques.
  • Négociation économique dans le couple(2'425'50)
    Une négociation implique deux acteurs avec des préférences différentes cherchant une solution bénéfique pour les deux côtés, avec une allocation d'avantages supplémentaires.
    • Le pouvoir dans une négociation vient de l'option de sortie (BATNA) • Dans les négociations commerciales, on peut acheter ailleurs ou avoir d'autres clients • Dans le couple, quitter est une décision extrême, pas une option de sortie viable
    Contrairement aux négociations commerciales, les couples romantiques ne se sont pas créés pour des bénéfices économiques. Ils veulent rester ensemble, donc ne peuvent pas quitter pour des décisions mineures.
    Les économistes classiques étudiaient peu le foyer, disposant seulement de données agrégées de consommation sans vision sur ce qui se passe à l'intérieur du ménage.
  • Coopération et dilemmes sociaux(5'508'02)
    La coopération économique implique des dilemmes sociaux : faire quelque chose pour soi-même avec bénéfice immédiat versus faire quelque chose pour le groupe.
    • Deux personnes doivent décider de coopérer sans pouvoir communiquer • Coopération mutuelle : 245 euros chacun • Aucune coopération : 200 euros chacun • Coopération unilatérale : 135 euros pour celui qui coopère, 310 pour l'autre
    Les couples coopèrent beaucoup plus que des personnes qui ne se connaissent pas. Environ 30% des couples n'ont pas coopéré, contre 60% chez les personnes inconnues.
    Contrairement aux attentes, la mariage n'a pas augmenté la coopération mais l'a diminuée. L'arrivée d'enfants a produit le même effet négatif sur la coopération.
  • Bien-être conjugal et division des tâches(8'0210'00)
    Les enquêtes sur le bien-être montrent que la première naissance entraîne une diminution de la satisfaction conjugale, malgré l'idée reçue de bonheur et joie infinie.
    Les femmes avec enfants coopèrent moins. Des travaux sociologiques montrent que les femmes sont insatisfaites par la division des tâches à l'arrivée d'un enfant dans le couple.
    L'arrivée d'enfants impose surtout des contraintes sur les femmes, les incitant à être égoïstes ou à penser à elles-mêmes plutôt que de coopérer.
    La spécialisation se fait encore beaucoup sur l'axe hommes/femmes : tâches dans le foyer versus hors du foyer. C'est une question de comprendre pourquoi cette division persiste.
  • Inégalités salariales et préférences(10'0012'26)
    Les salaires sur le marché du travail sont plus élevés pour les hommes que pour les femmes. En 2017, les femmes salariées du secteur privé ont perçu une rémunération inférieure de 28,5% à celle des hommes.
    • Travail différent et professions moins rémunératrices • Moins de postes à responsabilités • Une part inexpliquée persistant malgré les contrôles
    Deux hypothèses : soit les femmes préfèrent travailler moins dans des professions moins rémunératrices, soit cette différence s'explique par d'autres facteurs comme les inégalités de marché.
    On observe une spécialisation encore plus importante pendant les périodes de crise. En 2020 avec la COVID-19, les femmes ont perdu plus d'emplois et se sont davantage investies dans le ménage.
  • Expériences de laboratoire et comportements(12'2615'14)
    En laboratoire, on crée des situations abstraites où les femmes ont des salaires plus élevés que les hommes pour voir si le comportement change par rapport à la réalité.
    • Une tâche individuelle : recopier des numéros de téléphone • Rémunération individuelle pour le travail effectué • Choix de placer les gains dans une enveloppe commune ou personnelle
    Hommes et femmes se comportent de manière similaire dans ces situations abstraites. Ils réagissent de la même façon aux incitations salariales, sans différences d'altruisme ou d'égoïsme.
    Les différences de salaires sur le marché du travail sont probablement très importantes pour expliquer la spécialisation observée dans les ménages et couples.
  • Décisions de couple et mobilité professionnelle(15'1416'00)
    Un partenaire reçoit une offre intéressante dans une autre ville. La question est de savoir si on va déménager pour qu'il puisse avoir ce poste.
    L'autre partenaire doit chercher un nouveau travail. Pour l'un c'est clairement bénéfique, mais pour l'autre ce n'est pas certain.
    C'est clairement une négociation où on doit dire on va faire ça, mais peut-être dans le futur on va faire quelque chose de bénéfique pour l'autre.
    Une telle décision au début du couple crée une spécialisation. Si on travaille plus et s'investit plus, on va avoir des salaires qui augmentent encore plus, verrouillant cette spécialisation.
  • Implications économiques du couple(16'0016'41)
    Le couple n'est pas un espace dénué d'économie. Il y a une forme de production, des biens communs, et nécessairement du partage et de la coopération.
    Ce n'est pas dire que la famille fonctionne comme un marché, mais simplement que les questions économiques méritent de passer la porte du foyer.
    Il n'y aurait pas un genre plus coopératif ou plus généreux qu'un autre prédisposé à s'occuper du foyer ou des enfants. Ce sont les négociations quotidiennes qui décident.
    Comment les membres d'un couple coopèrent et se spécialisent dépend des négociations quotidiennes, pas de préférences innées ou de rôles biologiques.
  • Conseils et choix stratégiques des couples(16'4120'02)
    L'économiste ne se positionne pas comme conseiller de couple mais souligne l'importance de clarifier certaines choses.
    Les expériences montrent que les couples vivent quotidiennement ces dilemmes de négociation sans toujours en avoir conscience. Une prise de conscience peut aider à les verbaliser.
    • Chercher l'égalité : travailler, gagner et s'investir de la même manière • Chercher l'efficacité : maximiser le bien-être du couple, peu importe qui gagne
    Chercher l'égalité strict réduit l'efficacité. Les couples doivent négocier quel niveau d'égalité ou d'efficacité ils cherchent à atteindre ensemble.