Accounting/Une brève histoire de la comptabilité
Une brève histoire de la comptabilité

Une brève histoire de la comptabilité

Heu?reka21 minNov 26, 2024
12 chapters
  • Introduction : La comptabilité comme système de pouvoir(0'001'18)
    La comptabilité est souvent perçue comme ennuyeuse, mais elle est en réalité très importante pour le capitalisme, comparable au fouet d'Indiana Jones permettant de dompter le capitalisme.
    Les résultats financiers des entreprises sont présentés comme une donnée neutre et objective, mais ils dépendent largement des règles comptables choisies.
    La comptabilité est un système d'information au service de maîtres qui ont des intérêts particuliers, ces intérêts ayant changé au cours de l'histoire.
    Expliquer pourquoi les résultats des entreprises ne sont pas objectifs, à travers une perspective historique montrant comment les normes comptables évoluent selon les intérêts dominants.
  • Le dilemme du prix : Achat vs Marché(1'184'32)
    Une entreprise achète une machine coûtant 1000, financée par 500 de l'entrepreneur et 500 d'emprunt bancaire, ce qui crée les deux colonnes du bilan : actif et passif.
    • Comptabilité au prix d'achat : la machine vaut 1000 • Comptabilité au prix de marché : la machine vaut 700 (avec dépréciation de 30%)
    • Au prix d'achat : les 300 de bénéfices peuvent être versés en dividendes • Au prix de marché : les 300 de bénéfices ne font que combler la perte initiale, pas de dividendes possibles
    • Comptabilité au prix d'achat : favorable aux actionnaires impatients cherchant des dividendes rapides • Comptabilité au prix de marché : protège les créanciers en simulation de liquidation des actifs
  • Les origines historiques : La comptabilité de la Renaissance(4'326'08)
    À la Renaissance, les entreprises sont créées pour financer des expéditions navales et sont conçues pour être liquidées après le voyage, ce qui rend la comptabilité au prix de marché logique.
    • Création d'une structure juridique pour collecter les investissements d'actionnaires et créanciers • Utilisation du capital pour payer équipage, bateau et marchandises • Expédition pour échanger marchandises contre épices et denrées rares • Retour et liquidation totale de l'entreprise
    La comptabilité au prix de marché était la seule logique car l'objectif était de vendre la cargaison et le bateau à la fin de la mission.
    Bien que les entreprises aient évolué pour durer au-delà du 19e siècle, la comptabilité au prix de marché a persisté en raison de la responsabilité illimitée des actionnaires.
  • La responsabilité illimitée : Frein aux dividendes(6'088'15)
    Avant le 20e siècle, les actionnaires avaient une responsabilité illimitée : en cas de faillite, les créanciers pouvaient saisir leur patrimoine personnel, y compris les dividendes reçus.
    • Peur viscérale des créanciers et de leurs huissiers • Limitation de l'endettement pour financer les entreprises • Préférence pour le réinvestissement des bénéfices • Soutien à une comptabilité prudente préservant les réserves
    À l'aube du 20e siècle, les grandes compagnies ferroviaires ayant besoin de financements titanesques, les grands capitalistes lèvent des fonds auprès de la classe moyenne supérieure via la Bourse plutôt que d'emprunter aux banques.
    Les petits actionnaires de la classe moyenne voient la Bourse comme un simple moyen d'enrichissement, souhaitent des dividendes rapides et stables, et peuvent diluer les risques en diversifiant leur portefeuille.
  • La révolution : Responsabilité limitée et prix d'achat(8'1510'20)
    • Émergence des entreprises à responsabilité limitée (SARL, SAS en France; LLC, PLC aux US; GmbH en Allemagne) • Les actionnaires ne sont redevables qu'à hauteur de leur investissement initial • Fin du droit des créanciers de saisir les dividendes en cas de faillite
    Les grands patrons s'opposent à la responsabilité limitée, considérant que l'enrichissement par dividendes doit être associé au risque de perdre sa fortune, une question d'éthique capitaliste.
    Les nouveaux actionnaires, via des avocats influents, obtiennent le passage à la comptabilité au prix d'achat pour accélérer et stabiliser les versements de dividendes, évitant les fluctuations liées aux variations de prix des actifs.
    • Les actifs destinés à être transformés ou vendus sont enregistrés au prix de marché • Les immobilisations (bâtiments, machines) utilisent le prix d'achat • Les immobilisations doivent être dépréciées régulièrement par amortissement
  • L'amortissement : Retenue forcée de surplus(10'2012'06)
    Puisque les machines s'usent et doivent être remplacées après un certain nombre d'années, il convient de mettre régulièrement de côté des ressources pour financer le remplacement.
    L'entreprise réduit la valeur de la machine de manière régulière (exemple : 100 par an sur 10 ans), ce qui se soustrait au résultat et force l'entreprise à garder des ressources en réserve.
    Une dépréciation de 100 transforme 300 de surplus en 200 de bénéfices distribuables, limitant les dividendes et favorisant la trésorerie de l'entreprise.
    Plus on déprécie vite (5 ans au lieu de 10), plus on amplifie la rétention des fonds et moins on permet le versement des dividendes, donnant un levier de contrôle sur la distribution.
  • L'effet de levier : Amplifier les rendements actionnariaux(12'0613'01)
    L'effet de levier consiste à utiliser un maximum de dette pour financer les investissements, amplifiant les rendements actionnariaux : passer de 500 à 200 d'apport propre multiplie les rendements par 2,5.
    • Avec 50% de financement par dette : 300 / 500 = 60% de rendement • Avec 80% de financement par dette : 300 / 200 = 150% de rendement
    L'effet de levier rend les entreprises plus fragiles en cas de crise, réduisant la marge entre l'entreprise et la faillite, mais la responsabilité limitée protège les actionnaires et leurs dividendes passés.
    Grâce à la responsabilité limitée, les actionnaires et leurs dividendes reçus sont en parfaite sécurité malgré l'augmentation du risque d'endettement pour l'entreprise.
  • Les années 1930 : Transition complète du système(13'0114'23)
    Le système comptable évolue pour servir les intérêts des nouveaux actionnaires anonymes impatients plutôt que la survie de l'entreprise ou les intérêts des fondateurs.
    • Les actionnaires majoritaires ne sont plus les fondateurs et patrons visibles • Disparition de la honte personnelle d'avoir fait faillite • Diversification des portefeuilles diminuant la peur individuelle de la faillite d'une entreprise
    • Priorité à la distribution rapide et régulière de dividendes importants • Alignement avec les intérêts des créanciers impatients attendant leurs versements • Transformation des actionnaires en simples créanciers attendant des intérêts annuels
    • Passage de grands bourgeois patients et prudents à des petits bourgeois anonymes impatients • Fortune des actionnaires n'est plus à risque en cas de faillite • Actionnaires deviennent des créanciers de facto exigeant des rendements réguliers
  • Néolibéralisme : Valorisation au prix futur(14'2315'59)
    Depuis les années 1980 et le néolibéralisme, les actionnaires impatients obtiennent de nouveaux avantages comptables : passage à la comptabilité au prix futur pour booster les dividendes.
    • Les représentants des actionnaires sont les grands asset managers : Blackrock, Vanguard, Amundi • Ces entreprises financières collectent l'épargne de la classe moyenne et supérieure • Elles l'investissent en Bourse comme intermédiaire
    La valeur d'un actif correspond à la somme des bénéfices futurs qu'il dégagera, actualisée au coût du capital (rendement exigé par les actionnaires, ex. 10% par an).
    Les cash flows futurs sont « discountés » au taux du coût du capital élevé à la puissance du nombre d'années, permettant d'estimer une valeur présente basée sur des flux hypothétiques.
  • Bénéfices fictifs et endettement stratégique(15'5918'17)
    Une machine coûtant 1000 générant 300 de bénéfices annuels pendant 5 ans, actualisée à 10%, vaut 1137, créant un bénéfice fictif de 137 avant toute utilisation réelle.
    • L'entreprise emprunte 137 pour remplir son compte • Elle verse immédiatement les dividendes correspondants • Grâce à la responsabilité limitée, ces dividendes sont définitifs et ne peuvent pas être récupérés
    Ces dividendes basés sur des ventes hypothétiques futures peuvent mettre en danger la stabilité financière de l'entreprise si les résultats réels ne correspondent pas aux prévisions.
    • Théorisation du courant marginaliste en économie à la fin du 20e siècle • Adoption par la finance de marché et la recherche économique dominante • Difficulté politique à résister face au consensus académique et aux pressions des cabinets d'audit
  • Les actifs intangibles : Extension de la valorisation future(18'1719'57)
    • Marques commerciales • Brevets et droits de propriété intellectuelle • Bases de données clients • Logiciels internes
    Ces actifs sont valorisés à leur valeur future, ce qui peut faire apparaître des bénéfices fictifs importants, une pratique dont la comptabilité traditionnelle se méfiait.
    • Si une marque passe de 200 à 300, créant un bénéfice fictif de 100 • On impose un amortissement sur 5 ans : 300 / 5 = 60 de perte annuelle • Résultat net : 40 de bénéfice au lieu de 100
    En allongeant la durée d'amortissement (30 ans au lieu de 5), on réduit la dépréciation annuelle de 60 à 10, laissant 90 de bénéfices à verser en dividendes basés sur des estimations futures incertaines.
  • État actuel : Maîtres et enjeux futurs(19'5721'02)
    Les actionnaires créanciers impatients sont les maîtres actuels du capitalisme et la comptabilité continue d'évoluer pour servir toujours plus leurs intérêts particuliers.
    • Les normes comptables intègrent de plus en plus l'esprit de la valorisation au prix futur • Chaque pays a sa propre approche mais convergence générale vers davantage de valorisation future • Les multinationales sont particulièrement affectées par cette évolution
    Les modifications apparemment techniques des normes comptables permettent de booster constamment la distribution de dividendes aux actionnaires de plus en plus impatients.
    • Question : cette comptabilité au service des actionnaires est-elle compatible avec la lutte contre le changement climatique? • Possibilité d'une comptabilité plus équitable tenant compte des intérêts des travailleurs et de l'environnement • Ces questions seront explorées dans la prochaine vidéo