Helicopter money/Et si l'argent tombait du ciel ? - Heu?reka
Et si l'argent tombait du ciel ? - Heu?reka

Et si l'argent tombait du ciel ? - Heu?reka

Heu?reka22 minMay 10, 2020
15 chapters
  • Introduction à la monnaie hélicoptère(0'000'29)
    La monnaie hélicoptère est une expression utilisée par Milton Friedman pour vulgariser l'idée selon laquelle plus de monnaie ne résout pas les problèmes économiques, mais elle est désormais envisagée sérieusement comme solution aux crises de la demande.
    • Qu'est-ce que la monnaie hélicoptère ? • En quoi ça pourrait nous être utile ? • Quels sont les arguments contre ? • Est-ce que c'est faisable ?
    La discussion s'inscrit dans le contexte de crises économiques, notamment celle du COVID-19, où les gouvernements cherchent des solutions pour relancer l'économie.
    Expliquer en détail ce mécanisme économique complexe et ses implications pratiques et théoriques.
  • Fonctionnement de l'économie et rôle de la monnaie(0'292'15)
    L'économie fonctionne comme une usine centrale qui produit tout ce dont on a besoin. Pour que tout fonctionne bien, il faut que tout ce qui sorte de l'usine soit acheté par les consommateurs ou les investisseurs.
    • Les dépenses des uns sont les revenus des autres • Les revenus incluent les salaires, les bénéfices des entreprises, les intérêts versés et les loyers payés • L'État collecte les impôts et les cotisations
    Pour financer les dépenses, on peut utiliser son revenu, son épargne, chercher l'épargne des autres via les marchés financiers, ou utiliser la planche à billets (création monétaire par les banques et banques centrales).
    La planche à billets est essentielle pour faire tourner l'économie. Les crédits à la consommation, immobiliers et aux entreprises accordés par les banques constituent de la création monétaire nécessaire.
  • Crise financière et cercle vicieux économique(2'153'59)
    Une crise financière commence par une bulle spéculative qui éclate sur les marchés financiers. Les banques, actives sur ces marchés, sont contaminées par l'incendie et ne peuvent plus financer l'économie réelle.
    • Les investisseurs et consommateurs ont peur et préfèrent épargner • Les banques ne peuvent plus les financer comme avant • L'usine ralentit, créant du chômage • Moins de chômage signifie moins de consommation
    Les capacités de production (usines, bureaux, ordinateurs, moyens de transport) sont intactes et prêtes à servir, mais il n'y a simplement pas assez de dépenses pour les utiliser.
    Après le confinement, les installations de production existeront toujours, mais il y aura probablement de nombreuses entreprises en faillite et du chômage, créant un problème de manque de dépenses.
  • Politiques de relance et limites du QE(3'594'25)
    Face aux crises, les banques centrales remplissent les marchés financiers de monnaie via la planche à billets pour éteindre l'incendie spéculatif et fournir une capacité de financement.
    • Après une crise, on relance l'économie par la dépense publique • L'État passe commande à l'usine pour des biens utiles • Sans augmenter les impôts, l'État peut augmenter les salaires des fonctionnaires et les aides sociales • Cela permet de relancer la production et la consommation
    L'argent nécessaire aux dépenses publiques peut venir de l'épargne ou de la planche à billets. Quand une banque achète de la dette souveraine, c'est de la planche à billets ; quand c'est n'importe qui d'autre, c'est de l'épargne.
    Bien que les banques centrales injectent des milliers de milliards sur les marchés financiers via le QE depuis 2008, cette monnaie ne crée pas directement de dépenses dans l'économie réelle.
  • Concept de la monnaie hélicoptère(4'256'40)
    Plutôt que de passer systématiquement par les États et donc par la dette, la monnaie hélicoptère propose que la banque centrale aide directement l'économie réelle en injectant de la monnaie.
    • L'idée n'est pas littéralement de balancer des billets d'un hélicoptère • En réalité, la banque centrale crédite les comptes des épargnants, des entreprises ou des États • La planche à billets électronique est utilisée pour cette création monétaire
    Milton Friedman a popularisé cette expression en disant que si on balançait des billets depuis un hélicoptère, les prix grimperaient sans aucune relance économique, car l'usine serait déjà à 100% de ses capacités.
    Friedman raisonnait à partir d'une usine tournant à 100% de ses capacités, ce qui n'est pas le cas pendant une crise où il y a du chômage et de la capacité inutilisée.
  • Inflation et modèles économiques(6'408'17)
    L'argument classique est que si on ajoute de la monnaie dans le système, l'inflation est inévitable, car l'usine ne peut pas répondre à une demande accrue si elle fonctionne déjà à 100%.
    Dans la plupart des modèles économiques, le facteur d'utilisation de l'usine n'est pas une variable. On considère que ça ne peut être que 100%, ce qui mène à la conclusion que plus de monnaie = plus d'inflation.
    Les banquiers centraux veulent de l'inflation car depuis 2013, la BCE n'atteint pas ses objectifs d'inflation dans l'économie réelle. Donc, l'argument inflationniste est peu utilisé par les experts.
    Si on reste raisonnable dans le montant distribué, l'inflation n'est pas un sujet, ce serait même une bonne nouvelle qu'elle arrive enfin.
  • Indépendance des banques centrales(8'178'54)
    Depuis les années 80-90, l'idéologie dominante admet que les banques centrales doivent rester indépendantes des pouvoirs politiques.
    • Les différentes zones monétaires ont des niveaux d'indépendance variables • La BCE possède la plus grosse indépendance • Cet indépendance est généralement respectée à peu près partout
    Pour imposer la monnaie hélicoptère, il faudrait soit changer les lois (pas simple), soit convaincre les banques centrales que c'est une bonne idée.
    L'indépendance des banques centrales crée un cadre légal et idéologique qui rend difficile leur intervention directe dans la redistribution économique.
  • Objections des banques centrales(8'5410'00)
    • L'objectif d'une banque centrale est la stabilité des prix, pas la redistribution du pouvoir d'achat • Distribuer les richesses est le rôle du marché • Redistribuer est le rôle d'un gouvernement élu démocratiquement • C'est le principe de neutralité de la politique monétaire
    Filer 100€ à quelqu'un qui gagne 1000€ augmente son pouvoir d'achat de 10%, tandis que filer 100€ à quelqu'un qui gagne 10000€ n'augmente le sien que de 1%, ce qui privilégie le plus pauvre.
    Si la banque centrale aide les entreprises ou les États, elle risque de fausser le jeu de la concurrence et du marché, ce que les traités européens interdisent.
    Les traités européens incluent des règles de pas plus de 3% de déficit et pas plus de 60% de dette du PIB pour éviter que la redistribution des richesses ne fausse davantage le marché.
  • Clé de répartition et solution démocratique(10'5014'25)
    • À qui donner cet argent ? À tout le monde ou à certains ? • Exclure les enfants ou les inclure ? • Donner plus aux pays pauvres ou moins car les prix sont plus bas ? • Viser les plus pauvres ou distribuer uniformément ?
    Viser les plus pauvres est plus efficace car ils ont plus de chances de consommer plutôt que d'épargner, ce qui relance réellement l'économie.
    Pour un budget de 750 milliards comme le QE déjà annoncé, la banque centrale européenne pourrait filer 2200€ à chaque Européen.
    L'ONG Positive Money propose que le Parlement Européen, organe démocratiquement élu devant qui la BCE est légalement responsable, décide d'une clé de répartition.
  • Défis pratiques et techniques(14'2515'08)
    On ne va clairement pas passer en hélicoptère au-dessus des villes et balancer des billets, ce serait pas hyper précis.
    Il faudrait créditer les comptes des gens et des entreprises directement, mais il y a un boulot de croisement et de recoupement de base de données qui n'est pas du tout évident.
    • Problème des doublons : beaucoup de gens et d'entreprises ont plusieurs comptes en banque • Les personnes sans compte en banque devraient recevoir du cash • Nécessité d'une coopération administrative entre la BCE et les autorités fiscales et sociales de chaque pays
    C'est pas impossible, mais clairement c'est un truc qui se prépare et qui pourrait nécessiter une petite commission d'enquête pour évaluer la faisabilité.
  • Faillite de la banque centrale(15'0817'21)
    Une banque centrale ne peut techniquement jamais faire faillite tant qu'elle manipule sa propre devise, car elle peut imprimer la monnaie nécessaire pour payer n'importe quoi.
    • Il y a deux types de faillites : la faillite de liquidité (manque de sous) et la faillite comptable (dettes supérieures aux actifs) • Une banque centrale ne risque pas la faillite de liquidité • Elle pourrait théoriquement connaître une faillite comptable
    D'un point de vue politique et idéologique, il est possible d'inventer une faillite de banque centrale, ce qui constitue le vrai faux problème TARGET2.
    Les états peuvent être en situation de faillite comptable permanente sans problème parce qu'un état n'est pas une entreprise privée, mais la banque centrale a été conçue comme semi-privée semi-publique.
  • Argument de l'équivalence et alternatives d'endettement(17'2118'23)
    Le chef économiste de la BRI pense que les États pourraient financer des politiques de distribution monétaire similaires en passant par l'endettement public, ce qui reviendrait au même.
    Entre les États qui s'endettent pour filer des sous aux entreprises et particuliers et la banque centrale qui fait tourner sa planche à billets pour faire la même chose, ce serait pareil en termes d'intérêts à payer.
    • Cet argument part du principe que l'État peut s'endetter à volonté • Or les traités européens disent qu'il faut éviter de s'endetter • Il peut y avoir des problèmes de refinancement comme en 2010 pour l'Irlande, Portugal et Grèce • Cela a déclenché la crise de l'euro
    Cet argument est très théorique et utilise de nombreuses simplifications, dont la plus importante : qu'un don de la BC ne serait pas plus avantageux qu'une dette supplémentaire pour l'État.
  • Questions environnementales et transformation systémique(18'2319'07)
    Est-ce qu'on veut vraiment relancer les entreprises et la consommation comme avant, sans essayer de transformer l'activité économique qui plante les écosystèmes et défonce le climat ?
    Plutôt que de concentrer nos efforts uniquement sur la manière de relancer l'usine, ne faudrait-il pas essayer d'en construire une nouvelle ?
    C'est vrai que ce n'est pas anodin. Faire redémarrer l'économie sur les mêmes bases de production et de consommation qu'avant la crise du COVID n'est peut-être pas la meilleure des idées.
    La construction d'une nouvelle économie plus durable et équilibrée sera le sujet des prochaines vidéos de la série.
  • Récapitulatif complet(19'0722'09)
    La monnaie hélicoptère c'est la banque centrale qui utilise sa planche à billets pour donner (pas prêter) des sous au particuliers, aux entreprises voire aux États.
    • Pratique pour relancer la production d'une usine qui tourne au ralenti • Aiderait à relancer la machine économique après le confinement • Éviterait aux états de s'endetter comme des gros bourrins • Réduirait le risque d'une crise de l'euro comme en 2010
    • Inflation : aucun souci tant que le montant ne crée pas un pouvoir d'achat supérieur à la capacité de production • Importations : la majorité de la consommation rémunère l'économie nationale • Neutralité : argument difficile à contrer mais contestable car le QE existe déjà • Faisabilité technique : un boulot de croisement de données à préparer
    • Faillite BC : argument purement idéologique, techniquement impossible • Équivalence à l'endettement : très théorique avec simplifications majeures • Distorsion de marché : BC déjà substituée au marché via QE