
Ordolibéralisme allemand - Crise de l'€ part 10 - Heu?reka #24-10
18 chapters
- Introduction à l'ordolibéralisme et son rôle dans la construction européenneSujet du jourCette vidéo termine la série sur la crise de l'euro en expliquant le modèle économique théorique qui a servi à la fabrication de l'union européenne : l'ordolibéralisme allemand.Importance du modèle• Comprendre l'ordolibéralisme explique pourquoi la BCE est indépendante • Explique pourquoi on ne peut pas dépasser 3% de déficit public • Explique pourquoi l'état doit emprunter sur les marchés financiersLien avec la criseLa crise de l'euro est en partie la crise du modèle allemand lui-même.Plan de la vidéoLa vidéo expliquera d'abord la théorie de l'ordolibéralisme, puis ses failles, et finalement pourquoi la zone euro a connu une crise que les autres régions ont pu éviter.
- Définition et origines de l'ordolibéralismePositionnement théoriqueL'ordolibéralisme est une voie à mi-chemin entre le capitalisme anglo-saxon ultralibéral et le capitalisme keynésien orienté vers des politiques de la demande.Contexte historiqueL'ordolibéralisme est un courant de pensée qui a presque un siècle. Il est né en Suisse dans les années 1930 à Fribourg et a guidé le développement économique de l'Allemagne et du Japon.Nature idéologiqueL'ordolibéralisme n'est ni de gauche ni de droite mais plutôt une idéologie politique. Comme d'autres courants économiques, il propose des hypothèses plausibles mais non vérifiées et une version simplifiée de la mécanique économique qui ne colle pas toujours avec la réalité.Ressources complémentairesDes vidéos de chaînes partenaires offrent des perspectives supplémentaires sur la sociologie politique et l'expertise française de l'ordolibéralisme.
- Les quatre piliers de l'ordolibéralismePilier 1 - Concurrence• Seules les entreprises privées peuvent maximiser la création de richesses • L'état doit créer et maintenir une concurrence juste et non faussée • L'état est l'arbitre qui définit les règles du jeu par les parlements et le système judiciairePilier 2 - Budget équilibré• Le budget de l'état doit toujours rester à l'équilibre • L'état ne peut pas créer de richesses de manière optimale comme une entreprise • Toute activité d'investissement doit être laissée aux entreprises privées, pas à l'étatPilier 3 - Financement• L'épargne des ménages doit être orientée vers le système financier et les marchés financiers • Les banques redirigent l'argent de l'épargne vers les entreprises pour qu'elles puissent investir • L'ordolibéralisme compte sur des ménages conservateurs peu dépensiers qui épargnent beaucoupPilier 4 - Stabilité monétaire• L'inflation est la bête noire de l'ordolibéralisme, notamment due à la période d'hyperinflation allemande des années 1920 • La banque centrale doit avoir pour mission prioritaire le contrôle de l'inflation • La banque centrale doit être indépendante de l'état afin que ce dernier n'ait pas accès à la création monétaire
- Distinction avec l'ultralibéralisme et les services publicsRôle de l'étatL'ordolibéralisme se démarque de l'ultralibéralisme en donnant un rôle primordial à l'état pour mettre en place une concurrence juste et non faussée, plutôt que de le limiter dans tous les domaines.Services publics tolérésLe service public est toléré à condition qu'il ne puisse pas être remplacé par des entreprises en concurrence. Les exceptions allemandes incluent la Deutsche Bahn et CargoFAO.Protection socialeL'ordolibéralisme permet à l'état de s'occuper du social dans les limites de son budget, sans limite théorique pour la santé, l'éducation et les retraites.Données comparativesLa France et l'Allemagne dépensent environ 1000 euros par habitant et par mois en protection sociale, santé et éducation, situées au milieu du tableau européen.
- Erreurs théoriques sur la création monétaire et l'inflationErreur sur les banquesL'ordolibéralisme commet une erreur en décrivant les mécanismes macroéconomiques : les banques créent la monnaie par leurs propres mécanismes indépendants de la banque centrale.Croyance sur l'inflation• L'ordolibéralisme attribue l'inflation uniquement à la mauvaise utilisation de la planche à billets par la banque centrale • En réalité, l'inflation est un mécanisme complexe avec plusieurs canaux de manifestation • Les banques privées créent beaucoup plus de monnaie que la banque centraleDonnées empiriquesEn zone euro, le taux de nouvelles monnaies qui circulent a presque toujours été supérieur au taux d'inflation (sauf en 2011-2012), prouvant que la planche à billets n'est pas uniquement inflationniste.Paradoxe de la planche à billetsLa nouvelle monnaie est aussi utilisée pour financer une réelle production de richesses, pas seulement générer de l'inflation.
- Limites du financement par les marchés financiersRôle réel des marchésL'importance du financement de l'économie réelle par les marchés financiers est très discutable par rapport à ce que l'ordolibéralisme assume.Sources de financement• Les émissions d'actions et d'obligations par les entreprises européennes représentent une faible part du financement • L'emprunt bancaire classique et la création monétaire constituent des sources plus importantes • Le réinvestissement des bénéfices est une source majeure de financement des entreprisesMouvements négatifsCertaines années, la contribution des marchés financiers au financement peut être négative si les entreprises achètent plus d'actions qu'elles n'en émettent ou remboursent plus qu'elles n'empruntent.Méthodologie des donnéesLes données proviennent de trois bases différentes (Eurostat, OCDE, données ouvertes), et les ordres de grandeur sont corrects bien que la précision globale soit à relativiser.
- L'économie comme système intégré et l'erreur d'épargneBoucle économiqueL'économie forme une boucle : les richesses produites doivent être consommées. Mettre l'accent uniquement sur le financement des entreprises n'est qu'une partie du problème.Consommation vs épargne• Une fois les richesses créées, la population doit pouvoir se les offrir • Encourager l'épargne sans consommation crée un déséquilibre économique • Les modèles basés sur les exportations ne sont pas généralisables mondialementParadoxe export-importDans une zone commerciale, tous les pays ne peuvent pas être exportateurs. Les producteurs dépendent des importateurs et réciproquement. C'est mathématiquement impossible pour tous les pays d'être en surplus commercial.Limite du modèleL'ordolibéralisme met l'accent sur l'épargne plutôt que sur la consommation, ce qui le rend impossible à généraliser pour l'ensemble des pays d'une zone commerciale.
- Structure de l'économie réelle et des marchés financiersTrois blocs économiques• Économie réelle : ménages, entreprises et état s'échangent des richesses nouvellement produites • Marchés financiers primaires : investissement de l'épargne dans de nouvelles actions et obligations • Économie d'occasion : échanges de biens produits dans le passé (marché secondaire et immobilier)Deux cœurs monétaires• L'épargne : peut être réinjectée dans l'économie via le marché primaire • La dette bancaire : correspond à la création monétaire permettant les échangesDifférence cléDans l'économie réelle, les échanges rémunèrent le travail qui produit la richesse. Dans l'économie d'occasion, les échanges rémunèrent seulement le propriétaire actuel du bien.Prix et spéculationLes biens d'occasion (immobilier, produits financiers) peuvent augmenter de prix sans contrainte réelle, contrairement aux biens neufs. C'est ce potentiel de prise de valeur qui attire la spéculation.
- Mécanisme des crises financières et accumulation de detteAppât de la spéculationLe potentiel de prise de valeur des biens d'occasion (immobiliers et financiers) pousse les agents économiques à s'endetter auprès des banques ou utiliser leur épargne pour investir sur les marchés de l'occasion.Augmentation des prix• L'ajout de monnaie dans les marchés de l'occasion provoque une augmentation des prix appelée spéculative • Pendant ce temps, la quantité de monnaie consacrée à l'économie réelle diminue • La dette augmente tandis que le PIB ne suit pasAccumulation de risqueFace à une dette qui grossit plus vite que le PIB, il est inévitable qu'un moment donné on fasse face à une crise financière.Solution requiseIl faut redonner de l'importance au PIB par rapport à la dette en faisant augmenter le PIB plus vite que la dette, ce qui requiert de canaliser la dette et l'épargne vers l'économie réelle plutôt que les marchés de l'occasion.
- Solutions pour réguler la spéculation et favoriser l'économie réelleMarchés financiers• Imposer des taxes ou des interdictions de financement par la création monétaire pour certaines stratégies purement spéculatives • Séparer les banques de détail des banques d'investissement, interdisant le financement des deuxièmes par les premièresIncitations aux épargnants• Proposer des avantages fiscaux pour les produits financiers neufs émis par l'économie réelle via le marché primaire • Encourager les investissements productifs plutôt que spéculatifsImmobilier• Imposer des taxes supplémentaires sur les entités qui spéculent • Cibler les entités qui ne prévoient pas d'utiliser ou louer les locaux qu'elles achètent • Imposer des taxes sur les entités qui en possèdent trop par rapport à leurs effectifsRenforcer l'économie réelle• Limiter les taxes ou simplifier les procédures de création d'entreprises • Augmenter les dépenses publiques pour remplir l'économie réelle de monnaie • Fixer des prix maximums indexés sur le PIB pour les marchés de l'occasion
- Rôle de l'état dans les solutions économiquesAvantage de l'étatL'état n'achète pas de produits financiers d'occasions ni de biens immobiliers d'occasion. Il crée des infrastructures, rémunère des fonctionnaires et propose des compléments de rémunération pour augmenter la consommation.Peu connecté au problèmeL'état n'est que très peu connecté aux marchés de l'occasion (marché secondaire et immobilier) qui sont la cause du problème d'accumulation de dettes spéculatives.Dépenses publiquesL'augmentation des dépenses publiques remplit l'économie réelle de monnaie et augmente le PIB, permettant de lutter contre la dette via l'inflation ou la croissance économique.Approche keynésienneKeynes recommandait d'augmenter les dépenses publiques en cas de crise, une approche inapplicable en Europe du fait des restrictions ordolibérales.
- Ordolibéralisme et réponses à la crise de l'euroDiagnostic limitéL'ordolibéralisme ne permet pas l'analyse convenable pour correctement poser le problème de la dette car il se trompe sur le rôle des banques, l'origine de l'inflation et les dangers de la spéculation.Mesures appliquées• Austérité : réduction des dépenses publiques et abandon de nombreux services rendus par l'état • Privatisations : réduction du champ d'action public • Flexibilisation du marché de l'emploi : réduction des protections et des cotisations socialesLogique de non-respect des règlesSelon l'ordolibéralisme, seul le non-respect des règles peut provoquer une crise. La solution est donc de punir les infractions aux règles plutôt que d'adresser les causes réelles.InefficacitéCes réformes sont complètement dogmatiques et ne permettent pas de résoudre le problème de fond lié au manque de monnaie dans l'économie réelle et au trop-plein des marchés financiers et immobiliers.
- Comparaison avec les réponses des autres régions développéesZone euro différenceLa crise de 2010 s'est produite uniquement en zone euro car seule la zone euro s'est dotée d'institutions et de règles interdisant l'utilisation de la relance par la dépense publique.Autres pays développésLa relance par la dépense publique a été utilisée et embrassée par tous les pays développés, sauf ceux de la zone euro.Différence régulatoireTandis que la réglementation des marchés financiers et immobiliers a été largement ignorée par tout le monde pour des raisons idéologiques, politiques et de lobbying.RésultatLa zone euro est la seule région qui a connu une crise majeure de la dette souveraine avec des conséquences dévastatrices, notamment en Grèce.
- Paradoxe allemand et succès relatifQuestion du paradoxeSi le modèle ordolibéral crée une crise de la dette, pourquoi l'Allemagne s'en sort-elle bien avec ce même modèle?Explication du succèsUn cadre ordolibéral associé à une monnaie unique provoque l'apparition d'un champion ou gagnant du jeu de la concurrence qui se nourrit des problèmes de ses compétiteurs.L'Allemagne bénéficiaireL'Allemagne est ce champion qui bénéficie de la structure ordolibérale de la zone euro.Suite à venirL'explication détaillée de pourquoi et comment l'Allemagne prospère tandis que d'autres pays souffrent sera couverte dans un prochain épisode.
- Résumé des quatre piliers et des failles du modèleLes quatre piliers• Seules les entreprises créent de la richesse ; l'état organise une concurrence juste et non faussée • L'état ne doit jamais entretenir de déficit budgétaire • Les ménages doivent épargner au maximum pour que les banques et marchés financiers puissent financer les déficits privés • L'inflation est le pire de tous les maux car elle provoque la perte de valeur de l'épargne accumuléeHypothèses non vérifiées• La concurrence n'est pas toujours la meilleure voie pour créer de la richesse • Il n'est pas prouvé que les entreprises feront toujours mieux que l'état pour l'investissement • L'inflation modérée (5-10%) n'est pas comparée correctement avec l'hyperinflation des années 1920Erreurs factiques• L'inflation est complexe et ne vient pas que de la planche à billets • Les banques privées manipulent majoritairement la planche à billets, pas seulement la banque centrale • L'épargne n'est pas redistribuée par les banques mais par les marchés financiers • Le rôle des marchés financiers dans le financement est faibleDéfauts de logique• La surproduction et le déficit commercial n'est pas plus souhaitable que le contraire • Encourager l'épargne sans consommation crée la spéculation plutôt que l'investissement productif • Ces règles rigides ne sont pas adaptables au contexte des crises
- Flexibilité contractuelle des traités européens et leurs limitesSouplesse théoriqueLes traités définissant le cadre de la zone euro ont conservé une certaine flexibilité face aux valeurs ordolibérales, par exemple un déficit public autorisé à hauteur de 3% du PIB.Limites pratiquesMalgré cette flexibilité théorique, la pensée ordolibérale limite réellement les marges de manoeuvre des états membres face aux crises.Comparaison internationaleTous les pays développés ont pu utiliser les théories de relance gouvernementale, d'endettement et de planche à billets imaginées par Keynes, sauf la zone euro.Raison de la différenceLa zone euro s'est concentrée sur le respect des règles ordolibérales plutôt que sur la résolution des causes réelles de la crise, particulièrement le manque de monnaie dans l'économie réelle.
- Bilan critique : ordolibéralisme versus pragmatisme économiqueDanger idéologiqueL'idée qu'il existerait des règles économiques qu'il ne faudrait jamais violer quel qu'en soit le contexte semble absolument dangereuse et est caractéristique d'une approche purement idéologique plutôt que scientifique.Réalité économique• Les économistes savent qu'il n'existe aucune règle absolue en économie • Tout est évolutif et dépend toujours du contexte • Les règles économiques sont des constructions humaines modifiables, pas des lois naturellesPolitisation du débatQuand les politiques s'emparent des idées économiques, elles les transforment en un discours binaire noir versus blanc, perdant la nuance et le pragmatisme nécessaires.ConclusionLa crise de l'euro est en grande partie la crise de l'ordolibéralisme, un modèle idéologiquement rigide incapable de s'adapter aux réalités des crises financières complexes.
- Perspectives futures et remerciementsProchains sujets• Une prochaine vidéo parlera davantage de l'Allemagne et des raisons de sa réussite actuelle • Discussion approfondie sur la flexibilité et son utilisation dans les débats économiquesRaison de la critiqueCette vidéo est plus critique que d'habitude car l'idée de règles économiques immuables constitue le fondement même de la pensée ordolibérale.Longueur et contenuCertains sujets n'ont pas pu être inclus pour ne pas rendre la vidéo trop longue, notamment des analyses plus détaillées sur les mécanismes de flexibilité et d'Allemagne.Appel aux spectateurs• Inviter au partage, aux commentaires et aux likes • Remerciement spécial aux contributeurs financiers sans qui ces vidéos ne seraient pas possibles




![[REUPLOAD] La crise de l'€ part 04 : l'amour du risque - Heu?reka #24-4](https://img.youtube.com/vi/R6GHKUOewFg/mqdefault.jpg)
