
La crise de l'€ part 01 : vue d'ensemble - Heu?reka #24-1
12 chapters
- Introduction et contexte de la crise de l'euroPréparation théoriqueTous les épisodes précédents sur Lehman Brothers, la crise des subprimes, la création monétaire et la mise en place de l'euro vont servir de fondation pour comprendre la crise de l'euro.Objectif du chapitreMontrer à quoi ressemble la crise des subprimes et la crise de l'euro en analysant leurs impacts sur les économies du monde.Approche de l'analyseSimplifier l'étude en utilisant deux indicateurs principaux : le PIB par habitant et le taux de chômage pour visualiser les crises.Structure de la sérieCette première vidéo propose une vue d'ensemble globale. Les épisodes suivants approfondiront l'austérité, le rôle des banques, le rôle de la BCE, celui du FMI et les situations spécifiques de chaque pays du sud.
- Analyse du PIB par habitant et impact globalPérimètre de l'étudeL'analyse inclut les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la zone euro. Pour la zone euro, seuls les 12 pays qui ont adhéré en 1999 sont considérés : Allemagne, France, Espagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Autriche, Irlande, Grèce, Finlande et Portugal.Crise des subprimes 2008-2009• Tous les pays connaissent une chute simultanée du PIB par habitant • C'est la Grande Récession : presque tous les pays du monde voient leur revenu par habitant décroîtreCrise de l'euro 2011-2013Contrairement à la crise des subprimes, la crise de l'euro n'est pas mondiale mais européenne. Les autres régions du monde se redressent tandis que la zone euro stagne légèrement entre 2011 et 2013.Caractéristique cléLa crise de l'euro n'existe pratiquement pas au niveau agrégé de la zone euro. Elle est très localisée géographiquement.
- Divergence Nord-Sud dans la zone euroDivision géographiquePays du Nord : Allemagne, Finlande, Pays-Bas, Autriche, Luxembourg, Belgique. Pays du Sud : Portugal, Grèce, Italie, Espagne, Irlande. La France est considérée comme intermédiaire.Impact du PIB au sudEntre 2010 et 2013, les pays du sud voient leur PIB par habitant décroître en moyenne de 5,9%. Les pays du nord et la France connaissent une croissance positive respectivement de 4,1% et 2%.Situation des pays du nordAucune crise au nord : après l'épisode de 2009, le chômage ne fait que décroître de 7,2% à moins de 5% entre 2008 et 2016.Conclusion sur la géographieLa crise de l'euro n'existe pas vraiment pour les pays du nord. Elle est comparable à la Grande Dépression des années 1930 pour certains pays du sud, notamment à cause des niveaux de chômage atteints.
- Analyse du taux de chômage par régionExplosion du chômage au sudDe 2008 à 2013, le chômage des pays du sud passe de 7,4% en moyenne à 18,5%, ce qui représente 16 millions de chômeurs sur une population active de 87 millions d'habitants.Stabilité au nordPour les pays du nord, après l'épisode de 2009, le chômage décroît de 7,2% à moins de 5% entre 2008 et 2016.Cas particulier françaisLa France connaît plutôt une stagnation qu'une augmentation, avec un chômage passant de 9,1% en 2009 à un maximum de 10,3% en 2013, puis diminuant légèrement à 10,1% en 2016.Termes appropriés• Pas de crise au nord • Période de stagnation pour la France • Situation comparable à la Grande Dépression des années 1930 pour certains pays du sud
- Démystification du mythe de l'endettement excessifRécit médiatique dominantLe consensus qui s'est imposé est que la crise de l'euro est la faute aux états du sud et notamment à la Grèce. Les gouvernements se seraient endettés comme des fous, auraient payé plein de vacances à leurs fonctionnaires, laissé partir les gens à la retraite à 45 ans et laissé la population évader le fisc.La fable de la cigale et la fourmiLes Allemands et les pays du nord auraient bien travaillé comme des fourmis pendant que le sud ne faisait rien comme des cigales. Quand la crise a frappé, ils ont pris cher.Besoin de vérificationCette explication doit être vérifiée en examinant les niveaux d'endettement public des pays du sud avant la crise de 2008.Approche factuelleIl faut analyser les données d'endettement public entre 1992 et 2007 pour voir si le mythe de gouvernements irresponsables tient la route.
- Endettement public avant 2008 : les faitsStabilité généraleDe 1992 à 2007, l'endettement public est stable dans les pays du sud, sauf pour l'Irlande et l'Espagne où il baisse, ce qui montre que les états n'ont pas fait n'importe quoi.Cas de l'Italie et la GrèceL'Italie et la Grèce ont toujours eu un niveau d'endettement très élevé au-dessus du seuil de 60% fixé par le traité de Maastricht, mais ces deux pays n'ont fait que maintenir cet endettement qui ne s'est pas dégradé.Performance de l'Espagne et l'Irlande• L'Espagne a été la seule nation qui a respecté les deux critères de Maastricht entre 2000 et 2007 : une dette publique sous 60% du PIB et un déficit public inférieur à 3% • L'Irlande était même le pays avec le niveau d'endettement public le plus faible de toute la zone euro en 2007Cas du PortugalLe Portugal a connu une hausse de son endettement public entre 2000 et 2007, mais cette hausse ne peut pas être qualifiée de faire n'importe quoi. La dette portugaise en 2007 a dépassé celle de l'Allemagne considérée comme le modèle de réussite.
- Cause véritable : la crise des subprimes mondialeExplosión de la dette après 2008La dette publique a fortement augmenté à partir de 2008, pas avant. C'est une tendance mondiale, non spécifique aux pays du sud de la zone euro.Raisons structurelles• Quand le PIB diminue, les revenus de l'état diminuent car un gouvernement tire ses recettes fiscales de la taxation du PIB • Un ralentissement économique provoque une augmentation du chômage et des travailleurs pauvres, augmentant les dépenses publiques • Baisse des revenus plus augmentation des dépenses égale augmentation du déficit publicFacteurs additionnels• Sauvetage du secteur financier qui a coûté très cher à certains états • Plans de relance keynésienne pour compenser la diminution de l'investissement privéConclusion causaleCe n'est pas un gouvernement irresponsable qui a provoqué l'endettement, mais une crise financière mondiale impactant les économies les moins robustes de la zone euro de manière disproportionnée.
- Mécanismes de la crise de l'euro et intervention de la troïkaProcessus de refinancementLes états ne remboursent jamais complètement leur dette. Ils empruntent 100 en année 1 et quand vient le moment de rembourser, ils empruntent à nouveau 100 pour rembourser la dette de l'année 1, reportant ainsi l'échéance indéfiniment.Spécificité des gouvernementsLes états refinancent leur dette ET financent leur déficit public. Quand une économie entre en récession, l'état voit structurellement son déficit augmenter, ce qui force les gouvernements à s'endetter davantage.Déclencheur en 2010En mai 2010, la Grèce demande de l'aide à l'Union européenne car elle n'arrive plus à se financer sur les marchés financiers. Cela signifie que les marchés refusent de lui prêter, non pas que l'argent est rare, mais que le risque financier est estimé trop important.Création de la troïkaL'Union européenne met en place un groupe d'intervention composé du Fonds Monétaire International, de la Commission Européenne et de la Banque Centrale Européenne pour prêter aux états du sud qui ne peuvent plus se financer.
- Impact global de la crise et financement alternatifContexte du financement• De 2010 à 2013 environ, les pays du sud s'endettent auprès des organismes européens et du FMI au lieu de s'endetter auprès des marchés financiers • La Commission Européenne crée le FSM (Mécanisme Européen de Stabilisation Financière) en mai 2010 et le SM (Mécanisme de Stabilité Européenne) en octobre 2012Rôle du FMINormalement, le FMI intervient dans des crises impliquant des devises étrangères, notamment quand des pays sont endettés en dollars. Ici, c'est une crise 100% européenne où des euros sont nécessaires, ce qui n'est pas un cas d'usage standard pour le FMI.Règles de la BCELa Banque Centrale Européenne est capable de créer autant d'euros qu'elle le souhaite, mais les règles établies en 1999 lui interdisent explicitement de créer de la monnaie pour financer directement les gouvernements.Conséquence de l'interventionComme la BCE ne pouvait pas intervenir directement, l'aide a dû passer par d'autres mécanismes, forçant les pays européens à s'endetter eux-mêmes pour prêter aux pays du sud.
- Financement public vs financement privé de la criseComposition des sources• FMI : 81 milliards (fonds publics mondiaux) • FSM et SM : 128 milliards (argent emprunté sur les marchés financiers) • Pays de la zone euro : 233 milliards (argent public venant directement des pays)Implication de l'argent publicSi les FSM et SM se retrouvent en situation de défaut, il faudra utiliser de l'argent public pour couvrir les pertes. Les 254 millions d'Européens ont collectivement prêté 910 euros chacun pour aider la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande.Traceurs des fondsL'argent vient toujours du même endroit : de l'épargne et de la création monétaire. Avant la crise, les marchés prêtaient directement aux états. Avec le blocage, il a fallu ajouter des intermédiaires pour contourner le problème.Risque transféréCe contournement n'est pas neutre car il reporte le risque de défaut des états du sud sur les épaules de ces intermédiaires (FMI, FSM, SM et autres pays de la zone euro).
- Circuits économiques et mécanisme de circulation monétaireMachine économiqueL'économie fonctionne comme un circuit à eau : le PIB en mesure le débit. Pour la croissance, il faut que le débit augmente, ce qui signifie que le volume d'eau qui circule ne doit pas diminuer.Rôle de l'épargneLe secteur privé ne dépense pas tout l'argent qu'il gagne et le met de côté dans ce qu'on appelle l'épargne. Cette épargne stagnante n'est pas bonne pour l'économie.Rôle de la finance et de la dette• La finance récupère l'argent de l'épargne et le réinjecte dans les économies, soit au niveau du secteur privé, soit au niveau du secteur public • Le moyen principal utilisé pour réinjecter cet argent est la dette • Les banques commerciales et les banques centrales peuvent créer de la monnaie, garantissant qu'on ne sera jamais à court d'eau dans la machineApplication à la criseQuand les pays du sud ont eu un problème de financement, c'était comme si on avait mis un bouchon au niveau de leur secteur public. Pour l'éviter, on a trouvé des intermédiaires pour rediriger l'argent des marchés vers ces secteurs publics.
- Résumé complet et perspectives futuresPoints clés établis• La crise des subprimes est mondiale, affectant le PIB et le chômage partout • La crise de l'euro est localisée dans les pays du sud à partir de 2010 • L'endettement excessif des gouvernements n'est pas la cause : l'endettement public était stable ou en baisse avant 2008 • La cause véritable est la crise des subprimes qui a impacté disproportionnément les économies moins robustes du sudAide apportée• Grèce : 255 milliards (aide la plus importante) • Portugal : 77 milliards • Irlande : 68 milliards • Espagne : 41 milliards • Total : 442 milliards de financement via troïkaUtilisation des fondsUne bonne partie du financement a servi à rembourser les marchés financiers (refinancement de la dette existante) et particulièrement pour l'Espagne et l'Irlande à sauver les banques. Le reste a financé le fonctionnement des gouvernements : paiement des fonctionnaires, retraites, aides sociales.Thèmes à approfondir• Austérité et sa justification • Rôle des banques dans la crise • Rôle de la BCE • Rôle du FMI • Situations spécifiques de chaque pays du sud • Dette privée et investissement



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