
LE DON : Faut-il remercier Bill Gates ?
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- Introduction à la philanthropie de Bill GatesPerception initialeBill Gates est perçu comme quelqu'un de sympathique, créateur de Windows utilisé mondialement, et donateur de milliards pour financer l'éducation et éradiquer la malaria.Question centraleFaut-il nécessairement remercier Bill Gates pour ses donations et son impact philanthropique ?Contexte journalistiqueL'European Journalism Center proposait de financer des reportages innovants sur la santé internationale avec des montants allant jusqu'à 15 000 euros, financements liés à la fondation Bill & Melinda Gates.Enjeu philosophiqueLa question du remerciement aux donateurs soulève des interrogations philosophiques sur le rôle et l'impact réel de la philanthropie.
- L'efficacité réelle des donations philanthropiquesDébat sur l'efficacitéUn mouvement s'intéresse à la question de l'efficacité réelle des dons, avec des auteurs comme Esther Duflo ayant travaillé sur ce sujet.Exemple problématique• L'association l'Arc contre le cancer a vu un tiers seulement de ses sommes collectées aller réellement à la recherche selon la Cour des comptes • Cette situation illustre un détournement potentiel de fonds destinés à des causes noblesTension fondamentaleIl existe une tension entre financer ce que les donateurs veulent financer et financer ce qui est réellement utile, comme creuser des puits ou construire des écoles.Bénéficiaires réelsOn peut se demander si ceux qui bénéficient le plus efficacement des dons ne sont pas ceux qui les reçoivent mais ceux qui les font.
- La concentration du pouvoir philanthropiqueInégalité des donateurs• Aux États-Unis, 1% de la population contribue à plus de 30% des donations • Le niveau de don est très corrélé au niveau de revenus au sein de chaque paysCas de la famille SacklerLa famille Sackler, actionnaire principal de Purdue Pharma, cachait volontairement les effets secondaires dangereux de l'OxyContin tout en faisant des donations prestigieuses aux musées pour associer leur nom à ces institutions.Cas de Jeffrey EpsteinAccusé d'avoir violé des dizaines de mineurs aux États-Unis, Epstein a échappé à la justice américaine en 2008 pour sollicitation de prostituée. Grâce à ses donations importantes aux universités prestigieuses, il a pu rester en bonne compagnie.Bénéfices cachés du don• Un don peut répondre à une pression sociale • Il peut constituer une démarche de recherche de pouvoir • Il peut permettre l'obtention d'une place premium au paradis depuis 1476 • Le donateur reçoit une petite décharge chimique de plaisir
- L'évolution du cadre légal des fondationsHistorique des fondationsLes fondations ne sont pas une invention récente. Aux États-Unis, la proposition de fondation de John Rockefeller en 1909 a été critiquée mais finalement acceptée, permettant au modèle de s'imposer et se répandre.Changements législatifs en France• La loi a changé dans les années 1990, puis en 2003 et 2008 • Établir une fondation devient progressivement plus facile • Le contrôle démocratique diminue • Le sens de l'intérêt général s'élargitExemple de Bernard ArnaultLe patron de LVMH a créé une fondation d'entreprise où les fonds sortent de LVMH pour être dépensés avec une mission d'intérêt général. La fondation a construit un musée dans le Bois de Boulogne nommé Fondation Louis Vuitton, avec le logo de la marque à l'entrée.Confusion entre philanthropie et marketingIl ne faut pas confondre la philanthropie avec du marketing. Le capital qui appartient à la fondation donne le pouvoir à son président, comme Bernard Arnault contrôle les fondations qu'il préside.
- Le pouvoir politique des fondations privéesInfluence sur l'éducation• Bill et Melinda Gates ont une vision très précise de comment éduquer les enfants • Après plus de 2 milliards de dollars de donations pour financer les écoles publiques, leurs opinions ont une importance différente • Il n'est pas possible de voter contre Bill Gates ou de mettre sa fondation en faillite comme on pourrait le faire avec une entrepriseStructure de la ploutocratieLes fondations ressemblent à un élément de ploutocratie, une forme de gouvernement où ce sont les riches qui ont le pouvoir.Influence réelle du donQuand un reporter de Melinda Gates demande son opinion, celle-ci a plus d'influence qu'un groupe de parents quelconque. L'influence connue commence à partir de 3 milliards de dollars.Danger de l'influence unilatéralePeu importe l'opinion politique, on peut trouver abusé qu'une personne puisse avoir autant d'influence sur l'éducation des enfants des autres.
- Les réductions d'impôt et les subventions aux donsContexte légalDonner son argent est une liberté que la société contrôle. Il est illégal de transférer 10 000 euros sans le déclarer pour éviter la corruption et le trafic de drogue.Incitations gouvernementales• La plupart des pays développés subventionnent le don privé • En France, l'impôt sur les sociétés ouvre droit à une réduction de 60% du montant du don jusqu'à 5 pour mille du chiffre d'affaires annuel • Certains dons ouvrent le bénéfice à une réduction de 75% de l'impôt sur la fortuneLogique de l'effet levierAu lieu que l'État paie 100 euros d'impôts redistribués, on incite les citoyens à donner 20 euros sans payer 42 euros d'impôts, pour se retrouver avec 140 euros finalement au lieu de 100 euros, augmentant la contribution totale.Sélectivité des donations• Les philanthropes montrent un intérêt particulier pour financer des choses de classe comme les universités, musées prestigieux et travail journalistique • Il y a beaucoup moins de financement pour le balayage des rues ou une ligne de bus, bien que ces services aient aussi un intérêt général
- Le coût réel et les inégalités du systèmeDépense gouvernementaleLa France dépense plus de 2,2 milliards d'euros en réduction d'impôt pour les dons privés.Débat terminologique• La question de savoir si la réduction d'impôt sur le don doit être considérée comme une niche fiscale • Gabriel Attal, secrétaire d'état, refuse le terme de niche fiscale pour le mécénat car la dépense finance l'intérêt général plutôt que d'être immédiatement utile à celui qui l'engageCritères du don en France• Le don doit profiter à l'intérêt général et non à un cercle restreint • Il doit être par nature désintéressé • La gestion de l'organisme doit être désintéresséeProblèmes des critères• Les communications autour des donations de Sackler et Gates accordent une réputation de sauveur à ces donateurs • Le logo Louis Vuitton sur la porte du musée au Bois de Boulogne n'est clairement pas désintéressé • Les limites entre don désintéressé et communication marketing sont évidentes
- Démocratie, équité et implications du modèle de donationDifférence avec l'impôtQuand une personne paie des impôts, elle ne peut pas décider où va son argent. C'est le processus démocratique qui décide de la répartition, permettant théoriquement à chaque citoyen autant de pouvoir qu'un autre sur l'attribution de l'argent.Inégalités d'accès• Sur 43 millions de foyers en France, 17 millions sont redevables de l'impôt sur le revenu et peuvent bénéficier d'une réduction de 66% sur leurs dons • Un travailleur précaire qui n'est pas imposable au titre de l'impôt sur le revenu ne peut pas bénéficier de déductions fiscales • L'État dépense 29 millions d'euros pour satisfaire les préférences politiques du top 10% des revenus les plus élevés, 21 fois plus que ce qu'il consacre aux 50% aux revenus les moins élevésCas de la Fondation Ronald McDonaldCette fondation met à disposition gratuitement des logements confortables à proximité des hôpitaux pour les familles d'enfants hospitalisés. Bien que l'idée n'ait pas été inventée par la fondation, cette initiative permet de proposer plus de moyens.Rôle potentiel des fondations• Les fondations peuvent avoir un rôle d'incitation utile pour le débat public et l'action politique • Elles peuvent tester de nouvelles idées avec plus de souplesse que les administrations publiques • Le financement démocratique ne se prête pas vraiment à des tests de programmes sur 10-20 ans ou plus
- Philanthropie et intérêts cachés : l'exemple des criminelsSolutions philanthropiquesCertaines solutions philanthropiques n'ont pas d'impact réel. La philanthropie sur le climat, par exemple, ne démontre pas d'efficacité impressionnante.Paradoxe du donateur• Certains donnent pour résoudre les problèmes • D'autres cherchent à préserver leurs intérêts • Certains donnent sans s'inquiéter de l'impact de leurs dons, seulement de la communication fournie • La plupart donnent le week-end et agissent à l'inverse la semaineExemple historique• Pablo Escobar était adulé dans certaines villes colombiennes parce qu'il donnait beaucoup • Al Capone donnait de la nourriture aux pauvres pendant la Grande Dépression • Les Hells Angels donnent des jouets aux enfants une fois par an • Les Yakuza donnent de la nourriture après les tremblements de terre • Le gang des Balkany donnait du foie gras et du vin aux personnes âgéesLogique du donQuand on donne, on reçoit du respect et l'attention du pouvoir. Plus on donne, plus on en reçoit.
- Conclusion et perspective critique sur la gratitudeRéalité de la donationLes dons ne sont difficilement totalement désintéressés, et ce n'est pas grave en soi. Il peut être utile de ne pas faire semblant qu'ils le sont.Enjeu démocratiqueLa réémergence des super-riches pose de nouvelles questions anciennes : une entreprise philanthropique sera l'expression de la ploutocratie dans un régime démocratique. L'argent crée du pouvoir, et la possibilité de le dépenser pour créer des biens publics renforce ce pouvoir.Réflexion finaleFaut-il remercier Bill Gates ? La question demeure ouverte car elle dépend de notre compréhension des implications réelles de la philanthropie sur le pouvoir et la démocratie.Indépendance du créateurStupid Economics bénéficie de contributions de milliers de personnes. Si demain on dit qu'ils font de la mauvaise analyse et qu'on agit en conséquence, ils devront remballer leurs discours car personne n'est infaillible.


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