STUPID ECONOMICS/STAR TREK : Qu'y a-t-il après l'économie ?
STAR TREK : Qu'y a-t-il après l'économie ?

STAR TREK : Qu'y a-t-il après l'économie ?

Stupid Economics15 minFeb 24, 2019
10 chapters
  • Introduction à l'univers de Star Trek(0'012'08)
    Star Trek est une série créée en 1966 qui dépeint un univers futur où l'humanité entière est fédérée et envoie des vaisseaux scientifiques explorer l'univers. En comptant les différentes séries, les films et reboot, cela représente 550 heures de contenu.
    • L'univers se situe aux 23e et 24e siècles • L'humanité a inventé le voyage interstellaire plus rapide que la vitesse de la lumière • La Terre et ses dépendances sont réunies dans une grande fédération composée des habitants de la Terre et d'autres planètes
    Star Trek propose une vision du futur assez riche, particulièrement intéressante du point de vue économique au-delà de sa science-fiction de surface.
    L'analyse s'appuie sur le livre très économique de Manu Sadia, l'unique ouvrage complet sur l'économie de cet univers.
  • La Fédération : Une société post-économique(2'083'49)
    La Fédération représente un monde post-économique, c'est-à-dire un monde après le problème économique décrit par Keynes : la répartition des ressources rares.
    • Le réplicateur est une technologie clé qui élimine la rareté en matérialisant instantanément ce qu'on demande • Cette machine bouleverse la société en rendant la production de ressources triviale • Les réplicateurs existent pour la nourriture, les vêtements et autres biens de consommation
    Grâce au réplicateur, tout le monde peut obtenir ce qu'il désire sans que personne n'ait à travailler pour le faire, éliminant ainsi le fondement même du système économique traditionnel.
    La monnaie devient obsolète car elle n'a d'utilité que pour distribuer des ressources rares, ce qui n'existe plus dans la Fédération.
  • La Révolution industrielle et l'abondance(3'495'32)
    La révolution industrielle est le remplacement graduel du travail humain physique et mental par des machines, ce qui multiplie la productivité et permet une croissance économique moyenne de 2% par an sur 250 ans.
    Avec la technologie du réplicateur, la productivité du travail humain est multipliée à l'infini et les objets peuvent être reproduits sans aucun coût, ce qui crée un monde d'abondance.
    L'argent n'a plus de raison d'être puisqu'il ne faut plus distribuer des ressources rares. La Fédération s'est adaptée en abandon le système économique traditionnel.
    • Tout le monde peut faire ce qu'il veut sans avoir besoin d'être productif • Les habitants peuvent se consacrer à la recherche scientifique et à l'exploration • C'est une société profondément anarchiste où chacun a la liberté totale
  • L'anarchie volontaire et les free-riders(5'326'42)
    Dans Star Trek, si tu as envie de ne rien faire, tu peux ne rien faire. Chacun a la possibilité de réaliser ce qu'il veut sans obligation.
    Un free-rider est celui qui profite de quelque chose sans devoir en supporter le coût. Dans une société d'abondance comme la Fédération, les free-riders peuvent exister sans nuire à l'ensemble.
    • Le réplicateur ne fait pas tout et ne s'occupe pas de son propre entretien • Quelqu'un doit faire avancer la science et gérer la diplomatie avec les autres espèces • La Fédération a besoin d'un minimum de travailleurs malgré l'abondance
    La question clé est : pourquoi quelqu'un accepterait-il de travailler et de s'exposer aux dangers de l'univers dans une société où tout est gratuit ? Le savoir et la curiosité semblent être les motivations principales.
  • La méritocratie et la réputation comme devises(6'428'13)
    Bien que les ressources matérielles soient abondantes, certaines positions restent rares. Il n'y a qu'une seule place de capitaine sur chaque vaisseau, créant une nouvelle forme de rareté.
    Plutôt que d'utiliser l'argent pour attribuer les places, la Fédération préfère la qualification et le mérite. Le pilote d'avion est choisi pour ses compétences, pas son pouvoir d'achat.
    • La réputation devient le véritable bien rare et désirable dans la Fédération • Être le meilleur scientifique, le meilleur capitaine ou explorer des endroits inconnus confère du prestige • Cette réputation permet d'être à bord d'un vaisseau allant où personne n'a jamais été
    La Fédération est une utopie très méritocratique où tout le monde a théoriquement les mêmes conditions matérielles mais où l'excellence est récompensée par le prestige et l'opportunité d'explorer l'univers.
  • Les origines politiques de Star Trek(8'1310'14)
    Star Trek est créée en 1966, à l'apogée du rêve américain et de la peur de la bombe. C'est une époque où Youri Gagarine a visité l'espace et où Neil Armstrong parle des petits et grands pas.
    • Les origines de Star Trek remontent aux années 1939-1949, l'Âge d'or de la science-fiction américaine • Des auteurs comme Asimov, Bradbury et d'autres publient dans les mêmes périodiques • Ce groupe, les Futurians, était composé de fans de science-fiction devenus auteurs
    Les Futurians avaient un programme politique très particulier : promouvoir le progrès social à travers la science-fiction, avec une perspective plus ou moins communiste où la science et l'ingénierie seraient les moteurs de la transformation sociale.
    Star Trek adopte la perspective que la science-fiction a une portée et une fonction didactique, transmettant les valeurs de la science et les idéaux des Lumières et du progrès.
  • Les défis de l'utopie : Problèmes écologiques(10'1411'28)
    Dans l'épisode Force of Nature de Next Generation, l'utilisation du hyperdrive (propulsion ultra-lumineuse) déchire la structure de l'espace-temps, rendant futurellement impossible le voyage interstellaire.
    • La structure de l'espace-temps est un bien commun non excluable mais rival • On ne peut pas empêcher son utilisation mais sa consommation actuelle empêche les utilisateurs futurs de la consommer • C'est analogue à l'émission de CO2 dans l'atmosphère
    La Fédération prend la décision courageuse de réduire la vitesse de ses vaisseaux pour protéger la ressource commune, bien que tous les vaisseaux hors de la Fédération ne suivent pas cet exemple.
    Même l'imagination des auteurs d'une série utopique n'arrive pas à trouver une solution complète à ce problème très réel et actuel du changement climatique.
  • La station Deep Space Nine et le capitalisme des Férengi(11'2812'54)
    Deep Space Nine se passe sur une station au milieu de l'espace où la Fédération utopique doit se confronter à la réalité de la galaxie où la plupart des gens ne vivent pas du tout selon les principes de l'utopie.
    Une nouvelle race apparaît : les Férengi, présentés comme une caricature du capitalisme. Leur société est gérée par des règles strictes qui ne permettent qu'un type de comportement : la recherche du profit.
    Les Férengi représentent l'exact opposé de la Fédération et incarnent les principes capitalistes purs, créant un contraste philosophique fort.
    • Par diffusion culturelle et osmose des contacts répétés, il y a un commentaire sur le rôle de la science-fiction dans le monde réel • La science-fiction aurait pour but de promouvoir certaines valeurs et idéaux plutôt que d'autres • Star Trek transporte un message sur la transformation sociale possible
  • Les biens publics et le modèle économique futur(12'5414'00)
    On peut imaginer que les réplicateurs, au service de la société, sont considérés comme des biens publics plutôt que des biens privés, ce qui explique leur accessibilité universelle.
    • Les biens publics ne sont pas rivaux : un feu d'artifice peut être consommé par plusieurs personnes simultanément • Les biens publics ne sont pas excluables : difficile d'empêcher quelqu'un de regarder le ciel • Des exemples modernes incluent l'éclairage des routes, la recherche scientifique, Wikipedia et le GPS
    L'utilisation du GPS est disponible pour tous et le fait qu'une personne l'utilise n'empêche pas les autres de le faire. Pourtant, on aurait pu imaginer un modèle économique basé sur les licences.
    En faisant du GPS un bien public, des milliards de personnes ont pu en profiter et développer de nouveaux outils à partir de ce service.
  • Réflexions philosophiques et conclusion(14'0015'31)
    Le réplicateur est une invention impossible et la fin de la rareté n'est pas au programme dans notre univers réel. Les humains réels sont peut-être un peu moins sages que les habitants de la Fédération.
    • Star Trek possède un aspect didactique et un aspect d'avertissement philosophique • La série nous permet de réfléchir à ce que cela signifie de vivre dans un monde d'abondance • L'univers créé est une forme d'expérience de pensée pour interroger nos propres sociétés
    Contrairement à d'autres univers de science-fiction dystopiques comme Black Mirror, Minority Report ou Mad Max, Star Trek permet de poser des réflexions économiques dans un univers beaucoup plus optimiste.
    Si on part du principe que la rareté diminue avec le progrès technologique, comment voulons-nous adapter nos sociétés pour l'avenir ? Star Trek nous aide à explorer cette question fondamentale.