Contabilidad/Comment réparer le capitalisme ? La comptabilité C.A.R.E / en Triple Capital (K)
Comment réparer le capitalisme ? La comptabilité C.A.R.E / en Triple Capital (K)

Comment réparer le capitalisme ? La comptabilité C.A.R.E / en Triple Capital (K)

Heu?reka1h 14min27 mar 2025
Comment réparer le capitalisme ? La comptabilité C.A.R.E / en Triple Capital (K)
17 capitulos
  • Introduction au problème : Repenser le capitalisme par la comptabilité(0'002'17)
    Proposer un plan de transformation concret du capitalisme via une réforme comptable pour résoudre la crise climatique et en finir avec les inégalités, les injustices sociales et la misère au travail.
    La comptabilité est le système d'information qui guide les décisions des décideurs économiques et constitue la véritable main invisible de nos économies.
    Les entreprises voient le monde au travers d'un filtre appelé comptabilité financière, où ce qui n'apparaît pas en comptabilité a peu d'importance.
    Changer la manière de compter pour introduire au cœur même de la gestion des entreprises des objectifs de protection des intérêts de l'environnement et des travailleurs.
  • Les trois formes de capital et le concept de capital(2'175'56)
    Le capital est ce que l'entreprise cherche au minimum à protéger et au mieux à faire fructifier. C'est un élément confié à l'entreprise pour surveiller sa capacité de remboursement.
    • Capital humain : le temps de travail confié par les travailleurs • Capital environnemental : la terre, l'air, l'eau et les écosystèmes que l'entreprise utilise • Capital financier : l'argent fourni par les créanciers et actionnaires
    On passe d'un capitalisme 100% financier à un capitalisme financiero-humano-environnemental en ajoutant deux nouvelles formes de capital à surveiller.
    Si la comptabilité surveille le capital, alors en ajoutant des capitaux humains et environnementaux à la comptabilité, on pourrait surveiller la capacité de l'entreprise à les rembourser et les maintenir.
  • Le problème de la substituabilité et les externalités(5'567'29)
    Le problème de la substituabilité : si tous les capitaux ont une valeur en euros, une entreprise pourrait considérer qu'il vaut économiquement le coup de sacrifier un travailleur si cela rapporte plus que sa valeur assurée.
    Une externalité est quelque chose d'extérieur au marché dont la valeur doit être calculée à la main. Il faut ensuite intégrer cette valeur au marché via une taxe (approche théorisée par Alfred Marshall et Arthur Pigou).
    L'approche des externalités demande de donner une valeur à la nature et aux êtres humains, ce qui pose problème si cette valeur est exprimée en euros et peut être comparée ou substituée à d'autres valeurs.
    Le modèle CARE propose de ne pas tout comptabiliser dans un seul bilan financier mais de maintenir trois comptabilités séparées selon John Elkington : une compta financière, une compta humaine et une compta environnementale.
  • Triple résultat vs Triple capital : L'évolution de la pensée(7'2916'59)
    Triple résultat (3P : Profit, People, Planet) utilise des indicateurs avec des unités propres : euros/dollars en financier, heures de formation et satisfaction en humain, tonnes de CO2 en environnemental.
    Elkington lui-même a désavoué sa création, expliquant que son invention a été réduite à un simple outil comptable et un compromis au lieu de réellement changer les choses.
    Avec le triple résultat, les résultats environnementaux et humains ne sont pas exprimés en euros donc n'impactent pas les résultats financiers, les rendant quasi inutiles pour les entreprises dont la seule mission demeure la protection des capitaux financiers.
    Le modèle CARE ou comptabilité en triple capital proposé par Jacques Richard et Alexandre Rambaud change le dernier mot de 'résultat' à 'capital', ce qui signifie que les trois formes de capital doivent être protégées indépendamment.
  • Mécanisme comptable du triple capital : La logique de la dette(16'5920'11)
    L'entreprise contracte une dette vis-à-vis de l'environnement quand elle pollue. La valeur de cette dette correspond au coût actuel de la dépollution.
    • La dette environnementale est remboursée quand l'entreprise a effectivement dépollué • Le constat d'un environnement en bon état valide le remboursement de la dette • L'entreprise est incitée à valoriser correctement le coût de l'action de dépollution
    On utilise l'outil de l'amortissement : si la pollution dure 5 ans et coûte 1000 euros à réparer, l'entreprise amortit 200 euros par an, forcée de mettre cette somme de côté.
    En actif apparaît la richesse environnementale (valeur 1000), en passif apparaît la dette environnementale (1000). Les amortissements annuels réduisent progressivement cette richesse jusqu'à zéro.
  • Complexité de l'évaluation environnementale et réparabilité(20'1137'00)
    La notion de capital non financier est un concept ambigu car protéger l'environnement ou les humains nécessite de définir précisément ce qui mérite d'être protégé et comment mesurer la protection.
    • Qu'est-ce qu'un écosystème qui vit et change ? • Comment différencier l'évolution normale d'un écosystème de sa réaction à une activité humaine ? • Comment définir les seuils de pollution au-delà desquels on considère que l'environnement est trop altéré ?
    La science informe le débat mais ne peut pas trancher. Les réponses à ces questions entrent dans le domaine du négociable et nécessitent de la politique et du consensus collectif.
    Si un cyclone ou une autre entreprise détruit un écosystème, la première entreprise n'est responsable que des dégâts qu'elle a directement causés. L'objectif est que les entreprises soient responsables des dégâts qu'elles causent.
  • Externalités économiques vs modèle CARE : Deux approches opposées(37'0046'31)
    Les économistes utilisent une logique où le climat qui se réchauffe nous enlève du bien-être (réduction du PIB) et où les investissements verts nous enlèvent aussi du PIB. Il faut trouver le juste milieu optimal.
    Avec l'approche coût-bénéfice, toutes les valeurs deviennent du capital financier. La pollution ou le mauvais traitement des travailleurs ne sont que des coûts financiers à intégrer, pas des maux en soi.
    Contrairement à la coût-bénéfice, cette méthode fixe d'abord un objectif (ex : réchauffement max de 2°C) selon des critères extra-financiers, puis trouve la manière la plus économique d'y arriver.
    CARE propose que les humains et l'environnement soient dignes de protection par défaut, pas seulement si cela maximise le PIB. L'analyse financière intervient en deuxième temps pour trouver la manière la plus efficace de cette protection.
  • Contexte géopolitique : Europe vs monde financier(46'3151'02)
    L'Europe utilise le concept de double matérialité où l'information pertinente n'est pas uniquement celle qui éclaire les résultats financiers futurs. Les budgets carbone et la directive CSRD sont pensés pour atteindre des objectifs de soutenabilité définis en amont.
    L'IFRS Foundation, derrière laquelle se retrouvent des banques et cabinets d'audit, promeut la matérialité simple où seule l'information pertinente du point de vue des investisseurs doit être révélée.
    • Matérialité simple : seul compte ce qui rapporte du PIB aux entreprises • Double matérialité : existent des intérêts extra-financiers tout aussi pertinents • CSRD : obligation pour les grandes entreprises de déclarer des informations extra-financières
    Le contexte actuel (Trump et guerre économique contre la Chine) fait revenir en force la matérialité simple, risquant de limiter ou supprimer la double matérialité européenne.
  • Capitaux environnementaux : Représentation et gouvernance(51'0255'25)
    Il faut créer des représentants du capital environnemental pour négocier les conditions d'emprunt vis-à-vis de l'environnement, comme existent des représentants du capital financier (banquiers, actionnaires).
    • Scientifiques spécialistes des écosystèmes impactés (sol, rivière, atmosphère) • Personnes habitant à côté de l'usine qui rapportent d'autres impacts (bruit, odeur) • Experts capables de traduire l'état d'un écosystème et ses besoins de protection
    CARE utilise la logique du libéralisme : tout comme les créanciers et actionnaires sont libres de définir les termes de leurs investissements, les représentants du capital environnemental seraient libres de définir les seuils de protection pertinents.
    Cela crée un énorme chantier institutionnel : définir qui participe à ces groupes de représentation, comment les décisions sont prises, comment les représentants sont rémunérés, tout doit être inventer.
  • Capital humain : Protection et valeur de la main-d'œuvre(55'2558'19)
    Contrairement à la théorie économique qui fixe les salaires selon les bénéfices générés (impossible à calculer réellement), CARE fixe les salaires selon le coût de protection des travailleurs.
    • Bonne santé mentale et physique • Compétences à maintenir et diversifier dans le temps • Compensation de l'aliénation liée à des tâches trop spécifiques et répétitives • Salaire de subsistance décent permettant de se loger, se nourrir et se divertir
    Comme pour l'environnement, il faudrait des représentants des capitaux humains pour définir les objectifs de protection et vérifier leur réalisation.
    • Fini les salaires de quelques centaines de milliers ou millions d'euros injustifiables • Fini les revenus trop bas ne permettant pas de vivre • Tous les travailleurs doivent être en bonne santé et avoir un revenu décent
  • Impasse de la responsabilité : Entreprise versus capitalisme(58'1965'29)
    Les entreprises sont uniquement intéressées par les résultats financiers car elles doivent garantir aux investisseurs qu'on pourra au minimum leur rendre leur mise de départ.
    Tout ce qui n'est pas du capital financier est soumis à une analyse coût-bénéfice interne : combien ça coûte de bien traiter les salariés ou de protéger l'environnement versus combien ça rapporte en termes de réputation et de ventes.
    Les externalités deviennent des coûts financiers à intégrer au calcul de rentabilité. La pollution n'est pas un mal en soi, juste un coût qu'on peut compenser si les ventes sont suffisantes.
    Les grandes entreprises font du 'law shopping', implantant leur activité là où elles maximisent les intérêts financiers, quitte à détruire des écosystèmes entiers ou exploiter les travailleurs.
  • CARE comme solution : Trois capitaux indépendants(65'2968'27)
    Pour changer les choses, les humains et l'environnement doivent devenir du capital, c'est ce que propose le modèle CARE ou comptabilité en triple capital.
    • Capital financier : l'argent à rembourser aux créanciers et actionnaires • Capital environnemental : l'environnement à maintenir en bon état écologique • Capital humain : les travailleurs dont la santé, formation et revenus doivent être protégés
    Les trois capitaux ne peuvent pas se substituer les uns aux autres. Une entreprise ne peut pas compenser une mauvaise protection de l'environnement par d'excellents profits. Tous les trois doivent être protégés.
    • Faillite financière : insolvabilité vis-à-vis des créanciers et actionnaires • Faillite environnementale : incapacité à maintenir l'environnement en bon état • Faillite humaine : incapacité à maintenir la santé et le bien-être des travailleurs
  • Technique comptable CARE appliquée : Exemple complet(68'2769'17)
    Chacune des trois formes de capital a sa propre comptabilité. La protection de l'environnement ou des travailleurs a un coût exprimable en euros mais c'est l'action de protection qui rembourse les dettes, pas l'argent.
    • L'entreprise contracte une dette pour chaque forme de capital utilisée • Elle amortit cette dette chaque année (ex: 200€ sur 5 ans pour une machine polluante) • Les amortissements sont déduits des bénéfices, mettant de l'argent de côté obligatoirement
    La dette n'est réellement remboursée que si on constate concrètement la protection : environnement restauré, travailleurs en bonne santé et formés, créanciers remboursés.
    • Si protégée, l'entreprise peut poursuivre et réemprunter à nouveau • Si non protégée à maturité, c'est la faillite et liquidation • Les créanciers environnementaux et humains sont au même niveau que les créanciers financiers pour les remboursements
  • Différence philosophique : Protection par défaut vs analyse financière(69'1771'32)
    Donne une valeur financière à tout. L'environnement et les travailleurs ne méritent une protection que si cela maximise le PIB. Si une prédiction dit que la disparition des vers de terre a zéro impact sur le PIB, il y a zéro raison de les protéger.
    Les humains et l'environnement sont dignes de protection par défaut, pas seulement si cela rapporte du PIB. L'analyse financière ne s'impose que dans un deuxième temps pour trouver la manière la plus efficace d'effectuer cette protection.
    CARE est plus proche de la méthode européenne avec les quotas carbone et la directive CSRD, qui visent des objectifs définis en amont selon des critères extra-financiers, pas une maximisation du PIB.
    Plutôt que de demander 'Quels dégâts environnementaux pouvons-nous tolérer sans réduire le PIB ?', CARE demande 'Comment protéger l'environnement et les travailleurs de la manière la plus efficace économiquement ?'
  • Révolution institutionnelle : Nouvelles institutions nécessaires(71'3270'18)
    CARE propose une révolution institutionnelle. Actuellement les entreprises ont des représentants financiers puissants, il faut se doter de représentants tout aussi puissants pour la protection des autres capitaux.
    • Déjà : la régulation vient de l'État centralisé • Après CARE : la représentation de l'environnement et des travailleurs se fait au niveau même de l'entreprise • Liberté : chaque entreprise définit ses représentants et seuils selon sa localisation et ses activités
    Cela crée de nouvelles activités et entreprises pour définir les seuils de protection, estimer les coûts de restauration, évaluer les capitaux, inventer les modes de gouvernance et les représentations.
    Quand on a transition du féodalisme au capitalisme, il y a eu d'énormes transformations à tous les étages de la société. Le passage actuel aurait aussi besoin de politique, de votes de lois et de tests.
  • Applicabilité et enjeu du droit : CARE n'est que technique(70'1872'33)
    La comptabilité CARE est en test, certaines entreprises l'utilisent en ce moment même. Ce n'est donc pas complètement une utopie théorique mais une proposition concrète à dérouler.
    La comptabilité ne peut rien imposer seule, elle n'est qu'un système d'information. Le changement ne viendra pas de CARE lui-même mais bien de la loi qui doit s'appuyer sur elle.
    • La loi doit dire qu'une entreprise est en faillite si elle ne rembourse pas ses dettes environnementales ou humaines • La loi doit valoriser les informations extra-financières comme étant matérielles • La loi doit définir qui représente les capitaux environnementaux et humains
    Pour que CARE s'impose, il faut une decision politique collectif, un changement de loi. La comptabilité informe mais c'est le droit qui oblige.
  • Synthèse et vision alternative : Un capitalisme réformé(72'3374'36)
    CARE propose une réforme aussi profonde qu'une révolution car elle s'attaque à la base même du système : le fonctionnement des entreprises et leur logique de protection du capital.
    • Réduire les inégalités entre ceux qui travaillent et ceux qui possèdent du capital financier • Protéger efficacement l'environnement en le faisant entrer au cœur des décisions économiques
    CARE complète la maxime libérale 'liberté de chacun d'entreprendre et s'enrichir' par 'liberté de chacun de protéger son environnement ainsi que sa vie'. C'est un libéralisme écologique et social.
    Bien que visionnaire, cette approche est bien plus concrète que des vœux pieux. Elle offre un cadre technique et institutionnel précis permettant d'imaginer un modèle économique alternatif et désirable.