La crisis de 1929/III - Le Krach de 1929 : anatomie de LA chute !
III - Le Krach de 1929 : anatomie de LA chute !

III - Le Krach de 1929 : anatomie de LA chute !

Heu?reka31 min9 may 2024
23 capitulos
  • Introduction et contexte du krach(0'001'09)
    Les épisodes précédents ont traité du contexte et de la nature de la crise de 1929 comme une crise de surproduction, du système monétaire international d'étalon-or, et des politiques procycliques qui ont amplifié la crise.
    Cet épisode se concentre sur l'événement déclencheur du krach : la spéculation financière débilissime et l'effet de levier non régulé.
    L'effet de levier est le concept fondamental permettant aux investisseurs de démultiplier leurs gains et leurs pertes en utilisant la dette.
    Une mini-vidéo de 4 minutes existe sur le sujet, bien que le concept sera réexpliqué avec une approche légèrement différente.
  • Rôle de la finance et des produits financiers dans l'économie(1'093'47)
    Sans la finance et les produits financiers, une grande partie de l'épargne serait simplement stockée. Les gens riches ne peuvent ou ne veulent pas dépenser l'ensemble de leur épargne, qui s'accumule et se transmet de génération en génération.
    L'accumulation d'épargne est liée aux inégalités croissantes. Si la monnaie était mieux répartie, l'argent servirait davantage aux dépenses et il y aurait moins d'épargne à stocker.
    Les entreprises et les États émettent des produits financiers (actions et obligations) pour obtenir du financement, permettant la production de biens et services, l'emploi et les revenus.
    Un marché de l'occasion permet de convertir les produits financiers en monnaie. La bourse enregistre les fluctuations de valeur où la valeur négociée peut différer du prix du produit neuf.
  • Spéculation boursière et marchés secondaires(3'475'57)
    Il est possible d'acheter et de vendre sur le marché de l'occasion sans financer aucune entreprise ou État, donc sans participer à la création de biens et services dans l'économie réelle.
    Le marché de l'occasion est dit à très juste titre spéculatif car il n'est pas lié directement à la création réelle de valeur économique.
    Ce marché n'est pas un jeu à somme nulle. Les gains des uns ne viennent pas forcément des pertes des autres pour des raisons comptables.
    Des asset managers comme BlackRock, Vanguard, Fidelity, Amundi et BNP Paribas gèrent aujourd'hui des sommes considérables. BlackRock possède environ 9000 milliards d'euros en produits financiers, comparé aux 5800 milliards d'euros d'épargne des Français.
  • Achats à la marge et effet de levier en 1929(5'5711'22)
    Un achat à la marge est un achat en utilisant de la dette. Par exemple, avec 100 euros on peut emprunter 900 euros pour acheter 10 actions à 100 euros chacune.
    L'effet de levier amplifie les rendements à la hausse. Si l'action passe de 100 à 150 euros, le rendement devient 410% avec levier contre 50% sans levier sur un investissement initial de 100 euros.
    L'effet de levier booste le rendement dans les deux sens. Si l'action baisse à 50 euros, la perte devient -490% avec levier contre -50% sans levier, démontrant le caractère à double tranchant.
    Les créanciers déclenchent un appel de marge si l'action perd 10% de sa valeur. L'emprunteur doit alors remettre une garantie ou le prêteur vend automatiquement les actions pour récupérer sa mise.
  • Les trusts et structures financières en cascade(11'2213'16)
    Les trusts sont des sortes de hedge funds de l'époque qui utilisent l'argent des épargnants d'un côté et de la dette de l'autre pour acheter des produits financiers avec effet de levier.
    Un épargnant met 10 dollars et emprunte 90 dollars pour acheter une action d'un trust à 100 dollars. Le trust emprunte 100 dollars de plus et achète une action d'un autre trust. Ce deuxième trust emprunte 200 dollars de plus pour acheter des actions d'entreprises.
    Sur 400 dollars finalement utilisés pour acheter de vraies actions d'entreprises, 390 dollars correspondent à de la dette, créant une structure profondément fragile.
    Ce montage en poupée russe appliqué au marché financier est une véritable poudrière à cause de l'accumulation d'effets de levier en cascade.
  • Durcissement des conditions de crédit et effondrement de la demande(13'1615'02)
    Quand les créanciers demandent 50% au lieu de 10-20% d'apport, la capacité d'achat finale est réduite de 9 fois. Sur le montage pyramidal, les 400 dollars d'achat final deviennent seulement 44 dollars.
    Le pouvoir des suites géométriques : quand les créanciers prennent peur et demandent plus d'apport, la pression acheteuse est fortement réduite exponentiellement.
    La capacité d'absorption d'une baisse des cours est réduite. Avec faible apport, l'investisseur se prend un appel de marge pour une baisse de seulement 2,5%.
    Plus la dette monte, moins les cours ont besoin de baisser pour déclencher des appels de marge en masse. Les seuils de déclenchement se rapprochent à mesure que les prix montent.
  • La dynamique auto-entretenue du marché haussier(15'0216'59)
    Les prix montent quand la pression à l'achat est plus forte que la pression à la vente. Cette pression acheteuse est maintenue par de bonnes conditions d'emprunt et le bon moral des acteurs de marché.
    La bourse est plus psychologique que l'économie. Quand il fait beau ça monte, quand il pleut ça baisse. La bonne ambiance générale quand les prix montent renforce le moral des acheteurs et des créanciers.
    Le système s'auto-entretient à la hausse : plus de prêts accordés avec moins d'apport requis, accroissant la pression acheteuse et les prix.
    Avec plus de dettes et d'effets de levier en cascade, les appels de marge deviennent plus puissants. Plus ça monte, moins les cours ont besoin de baisser pour déclencher des appels de marge en masse.
  • Amplification des baisses et panique(16'5917'02)
    Quand les seuils d'appel de marge sont franchis, les ventes automatiques des créanciers accentuent la baisse. L'échec de certains à payer provoque la méfiance des créanciers qui durcissent les conditions.
    Le durcissement des conditions d'emprunt et les appels de marge en masse amoindissent fortement la pression acheteuse et accentuent la baisse.
    Prix qui baisse plus conditions de crédit difficiles plus appels de marge égale mauvaise ambiance qui booste les ventes et pas les achats.
    Le fonctionnement du marché avec cet enchaînement d'événements est complètement débile. À chaque récession, le mécanisme surprend malgré sa prévisibilité.
  • Bulle spéculative vs économie réelle en 1928-1929(17'0218'17)
    L'indice de production industrielle des États-Unis et l'indice Dow Jones montrent une divergence flagrante. Les choses commencent à partir en vrille à partir de 1924, avec une accélération en juillet 1928.
    Même aujourd'hui, tous les économistes ne sont pas d'accord pour dire qu'il y avait une bulle en 1929. Les économistes de l'époque ne pensaient pas non plus qu'il y avait une bulle.
    L'argument est que la valeur en bourse d'une entreprise est supposée refléter son potentiel de développement et pas son niveau actuel. Comme le futur peut être ce qu'on veut dans nos têtes, le ciel était la limite.
    L'indice de production industrielle était à 100 en 1925, à 110 en début 1929 et 123 en septembre 1929, montrant une économie réelle loin de la débauche boursière.
  • Données sur les achats à la marge et corrélation boursière(18'1719'03)
    La Fed collecte des données sur les brokers, principaux intermédiaires pour les achats à la marge. Ces données permettent d'estimer le volume des achats à marge.
    À partir de 1927, la Fed donne des informations sur les emprunts des brokers. On voit que cela pique en septembre 1929 au moment du krach.
    Les achats à marge et les cours de bourse semblent assez bien corrélés entre 1927 et 1929, montrant l'étroite relation entre effet de levier et bulle spéculative.
    Il faut immédiatement nuancer : le krach de 1929 n'est pas dû à une folie spéculative généralisée à toute la population américaine, même si le phénomène spéculatif était réel à New York.
  • Mythe de la spéculation généralisée et des suicides(19'0321'10)
    L'économiste John Kenneth Galbraith indique qu'il y avait environ 600000 comptes à marge à Wall Street en 1929 et 950000 comptes sans effet de levier, soit au maximum 1550000 spéculateurs.
    Rapporté à environ 30 millions de familles résidentes aux États-Unis, cela fait 5,2% des familles américaines au maximum. Une famille sur 20 maximum, pas une folie généralisée.
    Le mythe d'une vague de suicides de spéculateurs est sans fondement. On n'enregistre pas de pic de suicide en 1929. C'est plutôt la Grande Dépression qui a suivi qui a augmenté le taux de suicide.
    Même si la folie spéculative s'était emparée de nombreuses personnes riches et moins riches, on ne peut pas dire que ce phénomène était national, surtout en dehors de New York.
  • Les journées avant le krach : septembre 1929(21'1022'06)
    Au mois de septembre 1929, le Dow Jones est en baisse de 10% sur le mois. C'est beaucoup pour les traders ; le dernier mois aussi mauvais remonte à mars 1926, soit 3 ans auparavant.
    Les données sur la production industrielle sont bonnes. L'indice de production est à 123 en septembre 1929. Les commentateurs de la bourse sont plutôt optimistes.
    Irving Fisher, économiste et investisseur influent, annonce que le marché est sain. Il pense que les bénéfices de la Prohibition n'ont pas été pris en compte et boosteront la productivité des entreprises.
    Le principal rabat-joie est le New York Times annonçant que la fin est proche. Mais comme le journal l'annonce depuis plus d'un an, personne n'y accorde la moindre attention.
  • État du marché avant la débâcle : conditions optimales pour l'effondrement(22'0622'29)
    Les achats à marge sont au plus haut jamais enregistré : 8,5 milliards de dollars, soit 25% de plus qu'au début de l'année.
    265 trusts ont été créés et financés depuis le début de 1929. Il y en avait seulement 140 fin 1926 et 751 en 1929, montrant la création explosive de fonds spéculatifs endettés.
    Le marché a été bien rempli de barils de poudre : accumulation d'achats à marge, prolifération de trusts utilisant l'effet de levier, conditions de crédit favorables.
    Tout est en place pour un effondrement. La seule question est quand et comment il se déclenchera.
  • Le Black Thursday : 24 octobre 1929(22'2924'07)
    Le début du mois d'octobre n'est pas si mauvais. Le 22 octobre, les cours ont reculé de 4,5% par rapport au début du mois, beaucoup moins que le mois de septembre.
    Le 23 octobre, les cours reculent d'une seule journée de 6,3%. La performance de septembre est battue. Le Dow Jones est 10,7% plus bas comparé au début du mois.
    Le 24 octobre 1929, le Black Thursday, avec un volume d'environ 13 millions d'actions échangées contre 4 millions habituellement. C'est la panique totale avec des files devant les bureaux des brokers.
    Cinq grands investisseurs riches tentent une démonstration de force avec des discours rassurants et d'importants achats d'actions. Le Dow Jones ne recule finalement que de 2% sur la journée. Les prix remontent les jours suivants.
  • Mystère du déclenchement et dynamique du krach(24'0725'18)
    On n'arrive pas à expliquer précisément pourquoi le jeudi 24 octobre il s'est passé ce qui s'est passé. C'est un peu un mystère, même si on sait qu'il y a un rôle de la spéculation, des achats à marge, des trusts et des conditions de crédit.
    • Indicateurs économiques montrant des signes de surproduction dans les matières premières et les textiles • Variables politiques possibles comme de nouvelles lois ou taxes • Phénomènes psychologiques et de sentiment de marché
    La peur de la baisse s'est construite petit à petit comme une cocotte-minute qui emmagasine la pression et qui a fini par exploser. Le point de rupture s'est trouvé être le 24 octobre.
    C'est juste trop complexe et on n'a pas assez de données pour comprendre précisément le déclenchement du krach. Le marché financier est gouverné par des phénomènes extrêmement psychologiques.
  • Le Black Monday et le Black Tuesday : semaine d'extrême volatilité(25'1826'00)
    Après le Black Thursday, la presse est remplie de discours rassurant de grands industriels et investisseurs. Tous s'attendent à une nouvelle semaine basée sur la reprise des achats et la hausse des cours.
    Le lundi 28 octobre 1929, le Black Monday, 9 millions d'actions changent de main. Le Dow Jones perd 12,8%, bien pire que le jeudi précédent.
    Le lendemain, le Black Tuesday 29 octobre, 16 millions d'actions changent de main. Le Dow Jones perd 11,7%, prolongeant la débâcle.
    Ces deux journées noires ne marquent pas le début d'un toboggan infernal. Le Dow Jones touche les 200 points le 13 novembre, mais puis remonte jusqu'à 292 points le 16 mars 1930.
  • Divergence entre bourse et économie réelle : 1929-1930(26'0027'04)
    Pendant que les prix en bourse remontent pendant 5 mois après les journées noires, l'économie réelle ne fait que reculer. L'indice de production industrielle est à 122 en octobre 1929 et 107 en mars 1930.
    L'indice de production industrielle s'en va vers un minuscule 56 qu'il touchera en juillet 1932. Au même moment, l'indice Dow Jones atteint le minimum de 42 points.
    Les journées noires ne causent pas directement la crise même si elles ont fait hyper peur. Le krach du 24, 28 et 29 octobre suivi de 2 semaines de baisse n'est suivi que d'une remontée de 5 mois.
    Les journées noires marquent un point de rupture. Les investisseurs ont perdu la foi. Le marché qui remonte pendant 5 mois n'empêche pas que la conjoncture se soit retournée.
  • Mécanisme de transmission du krach à la crise économique(27'0428'02)
    L'économie américaine commence à ralentir à partir du krach. Moins de dépenses d'investissement donc moins de revenus, donc moins d'emploi, et cetera.
    Les financiers de l'économie réelle qui accordent les crédits pour de vrais investissements, comme les banques ou le marché du neuf, ont aussi un pied en bourse. Les pertes subies sur le marché de l'occasion les empêchent de continuer de financer efficacement l'économie réelle.
    Les pertes subies rendent méfiants les financiers et aussi les entreprises. La méfiance entre tient la mécanique de ralentissement.
    Le mécanisme de transmission depuis les marchés financiers vers l'économie réelle semble assez similaire à celui connu en 2008, combinant des problèmes comptables et psychologiques.
  • Débat causal : déclencheur ou révélateur du krach(28'0228'58)
    Le krach provoque la crise. Il affaiblit les banques américaines qui jouent un rôle majeur dans le fonctionnement du commerce mondial, provoquant une crise mondiale.
    La crise s'appuie sur un phénomène plus profond : une économie qui emploie une grande partie de sa population à agrandir l'usine de production nationale sans se soucier de son pouvoir d'achat.
    Le krach semble avoir été révélateur de cette dynamique mais il n'en était pas la cause profonde. Le krach force les agents économiques à reconsidérer la pertinence de leurs investissements.
    Avant la crise, plutôt que de se demander si on allait réellement pouvoir écouler son stock de marchandise, on investissait parce que c'était la mode et que les financements étaient faciles.
  • Débilité des mentalités et surproduction sous-jacente(28'5829'24)
    Investir sans réfléchir à comment on écoulera ses marchandises c'est quand même con. Les indicateurs économiques montrent que les mentalités étaient débiles avant le krach.
    La débilité des mentalités s'enracine dans le fait de ne pas avoir su faire grimper le salaire des gens pour qu'ils puissent acheter les marchandises. La crise n'a pas transformé cette dynamique.
    Il semble logique que ça pète quand on investit sans considération pour la demande réelle. Le krach apparaît comme une correction rationnelle d'une irrationalité systémique.
    Malgré cette logique, ce qui reste un mystère c'est précisément pourquoi le krach s'est déclenché le 24 octobre et pas un autre jour, étant donné les conditions sous-jacentes.
  • Résumé et mécanisme complet du krach de 1929(29'2430'22)
    La spéculation est nourrie par l'effet de levier, la possibilité d'acheter des actions en utilisant de la dette plutôt que sa propre épargne. Les outils permettant cet effet de levier sont les achats à marge et les trusts.
    • Il permet de démultiplier les gains mais résiste très mal aux pertes • Plus l'effet de levier est grand, plus les appels de marge se font sentir rapidement quand les cours baissent • Si ces appels se déclenchent en masse, les ventes se multiplient et la capacité d'emprunt s'évapore
    Quand les appels de marge se déclenchent en masse, les ventes se multiplient, la capacité d'emprunt s'évapore, la pression acheteuse disparaît et il ne reste qu'une pression vendeuse provoquant un plongeon des prix.
    Le krach est le déclencheur de la crise. Il change la mentalité des financiers et des entreprises et perturbe fortement la dynamique du commerce international.
  • Causes profondes vs manifestations superficielles(30'2231'03)
    La crise de 1929 reste avant tout une crise de surproduction, d'excès d'épargne par mauvaise répartition ou de manque de revenus de la partie la plus pauvre de la population.
    On peut lier le problème de spéculation de Wall Street à la mauvaise répartition de la monnaie. Si on avait su monter les salaires, il y aurait eu plus de circulation de la monnaie par la consommation et moins d'épargne attribuée aux mécanismes spéculatifs.
    Ce qui reste un mystère c'est le pourquoi du krach : qu'est-ce qui a déclenché la première journée noire ? C'est très difficile à dire parce que la bourse est gouvernée par des phénomènes extrêmement psychologiques.
    Les causes profondes résident dans la structure économique inégalitaire. Les manifestations superficielles, comme le krach boursier, sont les symptômes visibles de ces problèmes structurels.
  • Perspectives futures et théories économiques(31'0331'25)
    La prochaine fois on s'attaque aux grandes théories économiques qui ont cherché à expliquer la crise.
    Les théories couvriront un petit peu d'histoire de la pensée économique et une théorie hétérodoxe à la frontière entre l'histoire, la sociologie et l'économie.
    C'est assez passionnant comme approche pour comprendre les crises économiques.
    La série continue à explorer les dimensions multiples de la crise de 1929, des mécanismes financiers aux structures économiques profondes.