
La crise de l'€ part 06 : La Grèce - Heu?reka #24-6
8 capitulos
- Démystification des clichés sur la GrèceHeures de travailLes Grecs travaillent en moyenne 8 heures par jour, ce qui les place cinquièmes parmi les pays de l'OCDE et largement devant les autres pays de la zone euro comme l'Allemagne (5h23) et la France (5h44).Âge de retraiteEn Grèce, l'âge minimum de départ à la retraite est de 65 ans, ce qui correspond à la norme européenne. Les seules exceptions sont l'Italie et l'Autriche pour les femmes (60-62 ans) et la France (61-62 ans).Budget militaireLa Grèce consacre entre 1999 et 2016 en moyenne 2,7% de son PIB à la défense, le budget le plus élevé de la zone euro. Cependant, dans le budget global de l'État, la défense n'est pas le premier poste de dépense comparé aux autres pays.ConclusionLes clichés sur la Grèce sont largement fondés sur des simplifications qui cachent les véritables problèmes économiques du pays.
- La position économique fragile de la Grèce en 2007Taille et richesseLa Grèce est un petit pays avec une faible population et un PIB par habitant inférieur à 30 000 euros, la plaçant dans une position vulnérable comparée aux mastodontes que sont l'Allemagne et la France.Indicateurs négatifs• Taux de chômage élevé à plus de 8% • Niveau d'endettement public le plus élevé de la zone euro • Indice de complexité économique le plus faible des pays de la zone euro • Économie souterraine importante en pourcentage du PIBLogique des investisseursÉviter la Grèce signifie se priver de seulement 3,3% du marché de la dette souveraine en zone euro, contrairement à la France qui représente 22% du marché. Les pays riches avec forte population et pouvoir d'achat sont beaucoup plus attractifs pour les investisseurs.Contexte macroéconomiqueEn 2007, avant la crise des subprimes, la situation combinée de tous ces indicateurs négatifs place la Grèce en position de faiblesse extrême face aux chocs économiques à venir.
- L'endettement public grec et les critères de MaastrichtRatio de dette publiqueLa Grèce est classée dernière en 2007 avec un endettement public largement supérieur au seuil des 60% imposé par le traité de Maastricht. Cependant, l'Irlande et l'Espagne sont bien placées à cette époque.Stabilité avant 2008De 2000 à 2007, le ratio d'endettement public grec reste plutôt stable. Le pays n'a pas menti sur son niveau d'endettement pour entrer dans l'euro, bien que Goldman Sachs ait utilisé des produits dérivés pour réduire le ratio de 103% à 100%.Application inégale des règlesLe critère des 60% était déjà largement non respecté par l'Italie, la Belgique et l'Autriche avant la crise. Avant 2008, le Portugal, la France et l'Allemagne ont également enfreint cette règle à plusieurs reprises.Règle du déficit publicLa limite des 3% de déficit public par rapport au PIB est la règle la plus importante du traité de Maastricht. En 2007, seule la Grèce dépasse cette limite avec un déficit supérieur à 3%.
- L'effondrement de l'économie grecque post-2008Fuite des investisseursAprès la faillite de Lehman en 2008, les investisseurs commencent à déserter la Grèce. La dette privée stagne à partir de 2008 tandis que seule la dette publique continue d'augmenter, forçant l'État à s'endetter davantage.Intervention de la troïkaEn mai 2010, la Grèce demande l'aide financière de la troïka, ne pouvant plus se financer sur les marchés financiers. Un plan d'austérité est imposé avec pour objectif de couper dans les dépenses publiques.Catastrophe économique• Le chômage atteint un pic à 27,4% en 2013, comparable à la Grande Dépression des années 1930 • Le PIB par habitant chute brutalement à partir de 2010 • Un habitant sur quatre en âge de travailler est sans emploi • La Grèce produit aujourd'hui un quart de richesses en moins qu'en 2007Double choc économiqueL'austérité provoque un ralentissement de l'endettement public à partir de 2011 mais également un ralentissement de l'investissement privé, causant un effondrement total de l'économie grecque.
- L'idéologie de l'austérité et ses fondements théoriquesInvestissement publicUn déficit public important signifie que l'État investit dans le pays, ce qui peut être bénéfique pour la croissance économique. La Grèce a toujours bénéficié d'un fort niveau d'investissement public malgré son déficit constant.Biais idéologique libéral• La pensée libérale considère que l'investissement privé est toujours plus efficace que l'investissement public • L'efficacité est mesurée par la rentabilité financière, ce qui exclut les services publics essentiels • Cette approche ignore que certains services (justice, défense, routes) doivent être gratuits et gérés par l'ÉtatThéorie ricardienneLa théorie des équivalences ricardienne stipule que les ménages rationnels anticipent une future hausse des impôts en période de déficit et réduisent leur consommation. Cependant, cette théorie n'a pas été validée en Grèce et est aujourd'hui fortement remise en question.Réalité macroéconomiqueLes investisseurs demandent un budget équilibré pour leurs placements individuels, mais la nécessité macroéconomique d'un investissement continu par l'ensemble des agents économiques entre en contradiction avec cette exigence. Seul l'État connaît ce problème d'alignement.
- Création monétaire, dette et les raisons politiques de l'austéritéCréation monétaireL'argent de la dette ne préexiste pas toujours à l'investissement. Les banques peuvent créer de la monnaie, ce qui permet à une économie de dépenser plus qu'elle n'a gagné et de générer de la croissance.Perception erronéeLes financiers croient qu'il existe une quantité limitée d'argent disponible et que trop de déficits publics réduiraient mécaniquement les investissements privés. Cette vision ignore la création monétaire et le fait qu'il n'y a pas de manque à gagner.Raisons politiques• Sans compter les dettes au FMI, la Grèce doit 193 milliards d'euros aux différents pays européens qui l'ont soutenue en 2010 et 2011 • La Grèce reste déconnectée des marchés financiers et ne peut emprunter directement • L'Europe exige l'austérité pour garantir le remboursement de cette detteIncompréhension généraleLa compréhension des notions de création monétaire, de dette auto-refinancée et d'investissement est rare, même parmi les économistes. Les financiers maintiennent un a priori très négatif sur l'investissement public, indépendamment de ses effets réels.
- L'évasion fiscale et les secteurs économiques grecsFiscalité souterraineL'économie souterraine grecque est supérieure à la moyenne de la zone euro et domine même l'ensemble des 12 pays analysés. Cependant, d'autres pays avec des problèmes d'évasion fiscale similaires ou supérieurs n'ont pas été coupés des marchés financiers.Secteurs cycliquesLe fret (transport et stockage) et le tourisme sont importants pour la Grèce, mais classés respectivement cinquième et neuvième en contribution au PIB, non en tête. D'autres secteurs sont avant eux en importance économique.Impact des secteurs• Le fret a diminué de 47% entre 2007 et 2016 • Le tourisme a baissé légèrement, se stabilisant à partir de 2012 • La construction a chute encore plus que le fret • L'ensemble des activités économiques a été très largement touché, cycliques ou nonConclusionIl est difficile de pointer du doigt des secteurs trop cycliques comme cause principale de la crise grecque. L'ensemble des activités économiques a subi un effondrement complet, indépendamment de leur nature cyclique.
- Récapitulatif et implications de la crise grecqueSituation antérieure• Grèce est petit pays avec faible richesse par habitant • Taux de chômage élevé et niveau d'endettement maximal en zone euro • Indice de complexité économique le plus faible, indiquant une production facilement reproductible ailleurs • Économie souterraine importanteMécanisme de criseLa combinaison des indicateurs négatifs grecs avec la crise des subprimes, le credit crunch et le flight to quality fait de la Grèce une zone à éviter pour les investisseurs. L'investissement privé stagne, le chômage augmente et le PIB diminue.Rôle de l'austéritéL'austérité prive la Grèce de sa dernière source d'investissement (public) alors que l'investissement privé chute pour la première fois. Cette combinaison provoque un taux de chômage de 27% en 2013 et une réduction du quart de la richesse nationale.Idéologie versus pragmatismeLe FMI admet aujourd'hui que l'austérité était une mauvaise idée. La crise grecque témoigne que le privé n'est pas toujours la solution unique et que les économies complexes nécessitent des approches pragmatiques, non idéologiques.




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