
Chili: Le laboratoire des néolibéraux
5 capitulos
- Les origines du néolibéralisme chilien et les Chicago BoysContexte historiqueEn 1973, au Chili, peu après le coup d'état du général Pinochet, un groupe d'économistes néolibéraux appelés les Chicago Boys présente au gouvernement militaire leurs propositions économiques nommées 'la brique'.Fondements intellectuels• Un accord entre l'université de Chicago et l'université catholique du Chili permet aux professeurs de Chicago comme Arnold Harberger et Milton Friedman d'enseigner au Chili • Milton Friedman est un pionnier du monétarisme, soutenant que l'offre de monnaie est un déterminant important de la croissance • Cette pensée contraste avec le keynésianisme dominant des années 1930-1970 en Europe et aux États-UnisContexte régional• La CEPALC encourage les pays d'Amérique latine à adopter une stratégie d'industrialisation par substitution des importations, favorisant le protectionnisme • Cette approche favorise le développement des industries nationales par rapport au libre marchéRéception initialeLes Chicago Boys, de retour au Chili en 1958, enseignent à l'université catholique mais ne rencontrent pas d'intérêt politique immédiat. En 1970, le candidat de droite Alessandri refuse de les écouter, et c'est le candidat socialiste Salvador Allende qui remporte les élections.
- La présidence d'Allende et le chaos économiquePolitique économique d'Allende• Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement au monde, met en place des augmentations de salaire et le gel de certains prix • Nationalisations d'entreprises importantes : banques et mines de cuivre, qui représentent la majorité des exportations chiliennes • Tentative de réforme agraire redistribuant les terres de manière équitableConséquences économiques• Les politiques économiques coûteuses créent un déficit public financé par l'impression de monnaie, provoquant une forte inflation • La réforme agraire crée des pénuries alimentaires • Le pays connaît une forte contestation populaireIngérence étrangèreLa CIA dépense plus de 1,5 million de dollars pour soutenir le journal El Mercurio, mettant en avant les critiques des opposants politiques et amplifiant les divisions du pays.Prélude au coup d'étatLes Chicago Boys rédigent 'la brique', un volumineux bouquin proposant des solutions économiques : arrêter d'imprimer de l'argent, couper les subventions et ouvrir la concurrence. Ce document devient un élément déterminant pour le coup militaire du 11 septembre 1973.
- La dictature de Pinochet et les réformes néolibérales radicalesMise en place du régime• La dictature militaire de Pinochet dure 16 ans, jusqu'en 1990, avec 3000 morts et 2000 disparus • Salvador Allende se réfugie au palais présidentiel La Moneda et se suicide avant de se rendre • Après 1975, Milton Friedman visite le Chili et échange avec Pinochet sur la stratégie économiquePolitiques libérales• Austérité : suppression des subventions, des emplois publics et du système de sécurité sociale • Nouveau système de retraite capitalisation : création de comptes d'épargne retraite individuels gérés par des sociétés privées • Politique monétaire stricte : arrêt de l'impression de monnaie et augmentation des taxes • Ouverture économique : réduction des frais de douane et exposition à la concurrence internationale • Privatisation de la santé, l'éducation et autres secteurs, sauf le cuivre conservé comme ressource stratégiqueRésultats économiques initiaux• Initiales faillites d'entreprises chiliennes et augmentation du chômage et de la pauvreté • Assez rapidement, le Chili devient attrayant pour les investisseurs étrangers • L'ouverture permet à la population d'accéder à plus de produits pour moins cher • La croissance explose, l'inflation est contrôlée ; Milton Friedman parle du 'miracle chilien'Facteurs du succèsLe succès du Chili dépend fortement du cours du cuivre, montrant que ce n'est pas seulement la libéralisation qui est responsable des bons résultats mais aussi les ressources naturelles et le secteur agricole important qui n'a pas été tant affecté par la privatisation.
- L'héritage néolibéral et ses inégalitésSuccès quantifiables• Taux de pauvreté passé de 52% en 1987 à 3,6% en 2010 • Parmi les pays les plus compétitifs d'Amérique latine selon le World Economic Forum • Forte croissance économique attirant investisseurs étrangers et entreprisesProblème central : inégalité• Malgré la richesse, le Chili reste très inégalitaire avec très peu de redistribution • Selon l'OCDE, le Chili a le taux de redistribution le plus inefficace : seulement 5% de changement entre revenus avant et après impôts et transferts, contre 24% en moyenne pour l'OCDE et 33% en FrancePrivatisation des services publics• Santé et éducation privatisées, les rendant cher pour la population • Éducation supérieure publique ne scolarise qu'une minorité et reste extrêmement cher : deuxième pays le plus cher après les États-Unis selon l'OCDE • Système de retraite privé : 80% des pensions sont inférieures au salaire minimum et 50% sont sous le seuil de pauvretéContinuité institutionnelleMême après la fin de la dictature en 1990, le modèle économique néolibéral continue d'être appliqué. La constitution actuelle est toujours celle adoptée sous le régime de Pinochet, symbolisant la continuité de ce système imposé sous la dictature.
- Les manifestations de 2019 et la transition politiqueNature des protestations• Les manifestations de 2019 débutent suite à l'annoncé de l'augmentation du prix du ticket de transport et durent plusieurs mois avec plus de 30 morts • Ce ne sont pas des manifestations contre la pauvreté mais plutôt contre l'inégalité et le mal partage de la croissance • Elles reflètent une classe moyenne qui s'est agrandie mais qui stagne, ressemblant à des contestations de pays développésSignification politiquePour beaucoup de Chiliens, la violence économique du modèle néolibéral est une continuité de la violence sociale sous Pinochet. Les manifestations reflètent une envie de rupture avec un modèle économique et politique qui leur a été imposé lors de la dictature.Rupture constitutionnelle• En octobre 2020, 78% des votants sont favorables à une nouvelle constitution via un référendum • Depuis mai 2021, une assemblée constituante se réunit régulièrement pour rédiger une nouvelle constitution • Le nouveau texte semble insister particulièrement sur l'égalité, notamment l'accès à l'éducation, la santé et la retraite, tout en prenant en compte les défis écologiques et les droits des femmesChangement électoralEn décembre 2021, Gabriel Boric, candidat de gauche ayant joué un rôle important dans la négociation de la nouvelle constitution, remporte les élections présidentielles. Son programme vise la suppression des retraites à capitalisation privée, un système de santé universel et la protection de l'environnement.


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