
OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE : une conspiration ?
13 capitulos
- Le problème de l'accumulation de déchets électroniquesObservation personnelleL'auteur constate que les appareils électroniques cassent régulièrement : souris, imprimante, télévision, machine à laver.Accumulation de produitsLa plupart des gens conservent trois anciens téléphones dans un tiroir sans savoir les jeter, contribuant à l'accumulation de déchets.Cycle de vie du produit• Extraction de ressources transportées sur des milliers de kilomètres • Fabrication de produits bon marché utilisés très peu longtemps • Recyclage, incinération ou enfouissement des déchets dans des pays sans législation environnementaleImpact environnementalLes décharges à ciel ouvert alimentées par porte-conteneurs révèlent un système d'extraction et de rejet massif et insoutenable.
- Définition légale et tentatives de réglementationCadre juridiqueL'obsolescence programmée se définit par l'ensemble des techniques visant à réduire délibérément la durée de vie d'un produit pour augmenter le taux de remplacement. En France, c'est illégal avec une peine de 2 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.Application pratiqueAucune condamnation n'a été prononcée depuis la loi, malgré plusieurs affaires en cours menées par l'association HOP.Cas concrets• Apple accusée d'utiliser ses mises à jour pour ralentir les vieux appareils • Fabricants d'imprimantes, notamment Epson, accusés d'avoir placé des capteurs limitant la durée de vie des cartouches d'encreTravaux documentairesLe documentaire 'Prêt à jeter' de Cosima Dannoritzer a sensibilisé au problème mais présente une vision un peu manichéenne selon certains critiques.
- Le modèle économique des imprimantesStratégie tarifaireL'imprimante est vendue artificiellement bon marché pour se rattraper plus tard sur la vente des cartouches d'encre, selon le modèle du Freebie utilisé également pour les rasoirs.Création de monopoleLe client n'est pas dans un marché général de cartouche, mais dans le marché spécifique de la cartouche compatible avec son imprimante, créant un monopole où il n'existe souvent qu'un seul fournisseur.Absence de concurrencePour sortir du monopole, le seul moyen est de changer d'imprimante, ce qui place le client dans une situation similaire ailleurs, créant un cercle vicieux.Conditions d'émergenceL'obsolescence programmée ne peut théoriquement émerger que dans un marché ayant une semblance de monopole, car dans un marché compétitif, le consommateur changerait de marque en cas de défaillance.
- Le débat sur l'existence d'un complot industrielDéfinition impossibleL'économiste Serge Latouche souligne qu'il est à peu près impossible de prouver qu'un objet complexe a subi l'introduction délibérée d'une pièce défectueuse pour obliger les utilisateurs à acheter un nouvel appareil.Complexité des choixIl existe mille raisons de choisir telle ou telle pièce ou matériau dans un produit, rendant difficile l'identification d'une intention malveillante.Désir des consommateursLa majorité des consommateurs n'attend pas la mort de l'objet pour acquérir un nouveau modèle, ce qui explique la durée de vie limitée des équipements sans nécessité d'un complot.Perspective industrielleLes industriels arguent que l'obsolescence programmée, au sens d'un complot ou d'un sabotage, n'existe pas et que les durées de vie correspondent plutôt au désir des consommateurs.
- La course à l'innovation et les contraintes de productionMoteur de la compétitionLa sortie d'un nouveau produit est dictée par la compétition : quand un concurrent sort un produit meilleur, l'entreprise perd des parts de marché et doit réagir rapidement.Décisions de conception• À quel prix vendre le produit pour faire une marge • Produire en fonction de la facilité de production ou de réparation • Déterminer le niveau de durabilité acceptableLimites des testsLes tests de durabilité sont limités : impossible de tester la durabilité sur dix ans d'un produit qui doit être sorti en quelques mois. Les producteurs utilisent une approche statistique avec tests sur composants individuels et prototypes.Risque commercialLes produits peu fiables comme les batteries explosives de Samsung ou la fragilité des tablettes Apple peuvent faire perdre énormément à une entreprise ou la mettre à terre.
- L'absence d'incitation à la durabilitéVolonté des consommateursLes producteurs répondent au désir des consommateurs qui veulent des produits grands et petits à la fois, efficaces et pas chers, jolis et reflet de leur personnalité, avec beaucoup de fonctionnalités.Durabilité invisuelleLa durabilité est l'un des arguments de vente parmi les moins visibles au moment de l'achat, ce qui la rend non compétitive face aux autres critères.Marketing contre durabilitéLes producteurs renforcent activement l'effet de mode à travers leur marketing, promettant l'obsolescence esthétique plutôt que la durabilité des produits.Système du remplacementLe système crée un environnement où le remplacement des produits est la norme et la réparation est impossible car le coût de réparation dépasse souvent celui du remplacement.
- De l'obsolescence programmée à l'obsolescence accéléréeConcept plus largeOn passe du concept étroit d'obsolescence programmée au concept beaucoup plus large d'obsolescence accélérée qui inclut plusieurs types d'obsolescences.Trois types d'obsolescence• Obsolescence technique : fabrication délibérée d'un produit pour qu'il casse rapidement, partie minoritaire et peu fréquente du phénomène • Obsolescence logicielle : problèmes de compatibilité, manque de support du logiciel, surcharge de consommation d'énergie • Obsolescence esthétique : lié à la mode, la plus subtile et probablement la plus répandueNuance terminologiqueLe terme 'obsolescence accélérée' est préféré au terme 'programmée' car il évoque mieux un système d'incitation plutôt qu'un complot délibéré.Approche systémiqueIl faut voir l'obsolescence accélérée comme un système d'incitation favorisant le remplacement plutôt que la durée de vie, affectant consommateurs et producteurs.
- La question du prix et son impact structurelBaisse historique des prixIl fallait 14 jours de salaire pour acheter un réfrigérateur en 1984, contre 6 jours en 2014. Les prix des produits manufacturés ont considérablement baissé.Causes de la baisse• Automatisation et innovations dans la production • Main-d'œuvre payée en centimes d'euro • Absence de normes environnementales dans certaines régions • Extraction de matières premières dans les pays avec gouvernance faibleAccumulation massive• 8 cafetières pour moins de 400 euros au total • 5 grille-pains pour 200 euros • 5 télévisions pour moins de 1000 euros • 20 téléphones pour 2000 euros • 4 réfrigérateurs pour moins de 1000 eurosFaiblesse relativeMise en perspective avec le revenu médian de 1700 euros sur 40 ans, ces montants représentent une fraction très faible du revenu des consommateurs.
- Les défis de la réparation individuelleStratégies de protectionLe consommateur peut se protéger en optant pour une marque reconnue ou en choisissant du premier prix bon marché, ce qui facilite le renouvellement en cas de défaillance.Problème collectifL'obsolescence accélérée implique consommateurs et producteurs : il ne suffit pas de mieux consommer soi-même, car la réparation reste impossible sans pièces détachées disponibles.Coût de réparation prohibitifExemple de la souris : remplacement d'une pièce coûte 18 euros en pièces détachées, contre 22 euros pour une souris neuve avec garantie, rendant la réparation peu attrayante.Absence de pièces détachéesLes pièces détachées sont très rarement disponibles et, quand elles le sont, leur coût est disproportionné par rapport à leur nature (par exemple, un bout de plastique à prix élevé).
- Solutions proposées pour ralentir l'obsolescenceAllongement de garantieÉtendre la garantie des produits de 2 à 5 ans pour que les pannes soient à la charge du producteur, créant une incitation à prendre en compte la durabilité et la réparabilité.Transparence et réparabilitéAffichage en magasin de la réparabilité des produits, mesure devant être mise en place en France dans quelques mois, indiquant la réparabilité mais pas la durée de vie potentielle.Mesures complémentaires• Favoriser fiscalement la réparation • Encourager la création de Fab labs et ateliers de réparation • Soutenir les initiatives de réparation communautaireObjectif communCes propositions visent à mettre en place des incitations pour que producteurs et consommateurs changent leur comportement et privilégient la durabilité.
- Au-delà du technique : la dimension psychologiqueObsolescence non-techniqueUne grosse part de l'obsolescence n'est pas technique : le problème n'est pas que les produits ne fonctionnent plus, mais qu'on vend le fait qu'il y en a un nouveau qui fonctionne mieux.Facteur psychologiqueC'est quelque chose de psychologique qui est beaucoup plus difficile à attaquer par les lois, contrairement aux aspects techniques réglementables.Limite des mesures techniquesMême si des indices de réparabilité et de durabilité peuvent être des avancées, le problème fondamental persiste : tant que les objets coûtent aussi peu cher, il sera toujours plus facile de les remplacer.Nécessité d'augmenter les prixAugmenter le prix de tous les produits manufacturés changerait les incitations de tous : les objets deviendraient conservables, réparables, et on choisirait des modèles plus intemporels et robustes.
- Les enjeux économiques et sociaux de l'augmentation des prixRéalité des prix actuelsLe prix payé pour nos produits aujourd'hui est très faible et masque l'exploitation du travail humain ailleurs et l'absence de normes environnementales dans certaines régions du monde.Problème politiquePeu de gens défendent publiquement l'augmentation des prix parce que la perte de pouvoir d'achat n'est pas populaire et affecte énormément certaines personnes et très peu d'autres.Question des inégalitésL'augmentation des prix exacerberait les inégalités, rendant les produits inaccessibles pour ceux à revenus modestes sans aide complémentaire.Alternatives partielles• Location d'outils pour éviter des milliers de perceuses achetées pour peu d'utilisation • Laveries communes dans les immeubles pour réduire les équipements individuels • Ces solutions restent partielles et ne fonctionnent que dans certains cas
- Conclusion : système vicieux et responsabilité collectiveDépassement du complotVoir l'obsolescence programmée comme un complot semble trop simpliste : c'est plutôt un cercle vicieux, un système qui influe sur le comportement de tous, consommateurs et producteurs.Complexité du problèmeCette responsabilité partagée rend les choses compliquées mais n'empêche pas de vouloir faire différemment et de chercher des solutions.Reconsidération du futur• Notre manière de consommer basée sur du jetable est très récente, ayant commencé il y a maximum 60 ans • Il est tout à fait possible de modifier une fois de plus notre manière de consommer et de produire • Le changement systémique est envisageableAppel à l'engagementStupid Economics invite 1% de ses abonnés à contribuer l'équivalent d'un euro par mois pour continuer à proposer du contenu de qualité sur ces enjeux importants.


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