
CRISE DU LOGEMENT : On finira tous dans la rue 📉✊
15 capitulos
- Promesses non tenues et paradoxe françaisEngagements gouvernementauxDeux promesses séparant 11 ans : l'une en faveur du droit au logement décent pour tous dans les deux ans, l'autre dans un contexte semblable. Entre ces deux promesses, le nombre de sans-abri a doublé.Contradiction majeureLa France dispose du plus grand nombre de mètres carrés par habitant et du plus grand confort, pourtant 4 millions de personnes sont mal logées et 330 000 sont sans abri.Gravité du problème• Plus de 500 personnes sont mortes à cause du sans-abrisme en 2021 selon le collectif des morts dans la rue • L'ONU a déclaré la France coupable de violations des droits humains dans la gestion du droit au logement en 2019Enjeu centralCette crise du logement soulève une question fondamentale : comment un pays d'abondance produit-il autant de mal-logés ?
- Récit historique : de la reconstruction à la criseAprès-guerre et industrieAprès la Seconde Guerre mondiale, la France est un taudis sans maçons. L'industrie devient prioritaire sur le logement pour la récupération économique.L'appel d'Abbé PierreEn 1954, Abbé Pierre dénonce le contraste entre les refuges pour animaux et l'absence d'espace pour les sans-abri. Son appel cristallise la prise de conscience collective.Les Trente Glorieuses• Les années 1960 voient une politique de logement ambitieuse avec une immigration de travail et une croissance économique significative • Millions de logements construits en quelques années • Le secteur de la construction devient un géant • L'automobile rend les maisons individuelles accessibles aux massesRêve de propriétéLa propriété devient un rêve réalisable pour la population. Les politiques, menées par Sarkozy, veulent faire de la France une nation de propriétaires.
- Pourquoi construire ne suffit plusLe paradoxe françaisLa France dispose du plus grand nombre de logements par habitant parmi les pays de l'OCDE, pourtant il existe une crise majeure du logement.Logements mal adaptés• La France a peut-être construit pour les mauvaises personnes et au mauvais endroit • Beaucoup de logements sont des résidences secondaires plutôt que des résidences principales • Les zones construites ne correspondent pas aux besoins des jeunes, des travailleurs mobiles et des ménages à faibles revenusStock existant problématiqueAu lieu de continuer à construire, il faut réfléchir à comment mieux utiliser le stock existant qui compte 3 millions de logements vacants.Inefficacité persistanteMillions de ménages vivent dans des conditions inacceptables : maisons thermiquement inefficaces, surpeuplées ou avec des charges de loyer excessives.
- Mobilité résidentielle en déclin et ses conséquencesDéfinition du problèmeLa mobilité résidentielle - la capacité à changer de logement pour un nouveau travail, une relation ou des enfants - a ralenti depuis le début des années 2000.Frictions croissantes• Attentes pour le logement social dépassant deux ans • Couples qui reportent leur séparation faute de logements disponibles • Personnes qui ne peuvent pas vivre près de leur lieu de travail • Étudiants refusant d'abandonner leur logement à la fin de l'année pour assurer un logement l'année suivanteEffet centrifugeLa Fondation de la Bépierre décrit le marché du logement comme une centrifugeuse : les propriétaires chanceux au centre, les locataires du secteur privé aux bords en danger d'être expulsés.Conséquences dramatiquesAugmentation du nombre de loyers impayés et des sans-abri en France. Ceux qui tombent du carrousel savent qu'il sera très difficile de réintégrer le marché.
- L'explosion des prix et ses effets générationnelsHausse vertigineuseEn 20 ans, une augmentation moyenne de 154 % des prix immobiliers contre seulement 18 % pour les salaires. La même tendance s'applique aux loyers, particulièrement dans les zones d'emploi.Fardeau budgétaire• La part des revenus consacrée au logement a augmenté entre 2001 et 2013 • Locataires et propriétaires récents consacrent plus de 25 % de leur budget au logement • Ménages à bas revenus sont passés de 30 % à 40 % en 10 ans • Reste stable pour les ménages plus aisésImpact générationnelLe coût du logement seul place une portion de jeunes dans les catégories de classe ouvrière. Les données sont de 2013 ; depuis, les prix ont continué à monter.Tensions du marchéLa compétition entre ménages pour accéder à un logement convenable est devenue encore plus intense, avec des effets économiques suffisamment significatifs pour avoir des répercussions générationnelles.
- Emploi, mobilité et impasse immobilièreLe paradoxe professionnelLes travaux de Jean Benoît et Mayood montrent que les jeunes qui doivent seulement traverser la rue trouvent du travail. Ceux qui vivent loin des zones d'emploi ont un chômage très élevé.Cas de JonathanJonathan vivait en Loiret, région où il devait traverser tout le pays pour trouver du travail. Il a changé de région et de saison pour survivre financièrement.Tension travail-logementGagner 4000 euros pour payer 2000 euros de loyer pour une saison de trois mois montre que quand les jeunes locataires travaillent, ce sont les propriétaires qui en bénéficient.Cas de Saint-Malo• Malgré la réduction du chômage, la crise du logement persiste dans les villes côtières • Nombreux appartements convertis en Airbnb non occupés toute l'année • Saint-Malo attire les touristes mais décourage ceux qui veulent s'y installer • Le nombre d'hébergements de type Airbnb a multiplié par 10 en dix ans malgré les quotas restrictifs
- Logements vacants, secondaires et sous-utilisésVaccance immobilière• Le nombre de propriétés vacantes en France a augmenté depuis 2008 pour atteindre 8 %, soit 3 millions de propriétés • Certaines sont vides faute d'emploi à proximité • D'autres nécessitent d'importantes rénovations • Beaucoup sont en cours de transfert, succession ou autres circonstancesPhénomène ignoréLes trajectoires résidentielles s'arrêtent souvent après le départ des enfants. Les parents occupent la même propriété, les pièces supplémentaires devenant des placards géants pendant des décennies.Sous-occupation massiveÀ Nantes, 23 % des logements sont significativement sous-occupés. Au niveau départemental, cela dépasse facilement un demi-million de pièces sous-utilisées.Coût générationalCeux qui paient pour ce gaspillage sont la jeune génération qui doit s'endetter, vivre plus loin, dans des espaces plus petits, et struggle pour trouver des emplois ou avoir des enfants.
- Politiques de construction : succès et échecsPromesses échouées• François Hollande a promis 500 000 logements par année • Emmanuel Macron a basé sa campagne sur un choc d'offre pendant son premier mandat • Malgré ces promesses, depuis 2017, le nombre de logements construits a diminuéRaison de l'échecLes subventions pour la construction de logements sociaux ont été réduites. Les subventions encourageant la construction de logements privés sont restées en place.Effet inflationniste• Ces politiques d'offre ont un effet inflationniste en plus d'être très coûteuses • Un prêt sans intérêt ou une réduction d'impôts pousse les acheteurs à acheter légèrement plus cher • Les montants annuels des réductions d'impôt sur le revenu sont passés de 606 millions d'euros en 2009 à 2,4 milliards en 2020Bénéficiaires réelsCes politiques produisent deux gagnants : les intermédiaires et conseillers fiscaux, et les personnes qui peuvent se payer leurs services. 24 % des ménages possèdent 68 % des logements privés.
- Aides au logement : insuffisance et limitationsDeux piliers défaillants• Construction continue de logements, notamment sociaux • Allocation de terres pour la monétisation • Aides au logement pour aider les personnes à payer leurs logements • Programmes de contrôle des prix immobiliersInsuffisance des aidesLes montants d'aides au logement ont largement pris du retard par rapport à l'augmentation des prix immobiliers. La charge financière pour les ménages à bas revenus a atteint 40 %.Contrôle des loyers• Le système Pinel propose de baisser les impôts pour ceux qui acceptent de louer à un loyer modéré • Des mesures de plafonnement des loyers ont été introduites dans les grandes villes • Mais le plafonnement des loyers ne régule pas la demandeSélection des locatairesLes propriétaires demandent des salaires élevés, des contrats d'emploi stables et les meilleurs garants possibles. 41 % des logements locatifs bénéficient de cautionnement par des tiers, souvent des membres de la famille.
- Richesse familiale et trajectoires résidentiellesRôle croissant de la familleL'importance de la famille dans les parcours résidentiels des Français est une tendance croissante, vraie pour les allocations comme pour l'accès à la propriété.Contributions parentalesLes études économiques montrent comment les contributions parentales permettent maintenant l'accession à la propriété pour les jeunes générations.Société de rentesQuand les trajectoires résidentielles dépendent à ce point de la richesse des parents, cela questionne le concept d'une société de rentes plutôt que d'une société basée sur le travail.Tension fondamentaleSi travailler ne garantit plus une trajectoire résidentielle satisfaisante mais dépend plutôt de la richesse, cela soulève la question d'une tension pervasive entre la valeur du travail et celle de l'immobilier.
- La France des propriétaires et ses contradictionsGenèse de la politiquePermettre à chacun d'acheter sa petite maison était une politique de récompense pour le travailleur. Le logement était payé avec les salaires, bien moins grâce aux cadeaux ou héritages familiaux.Conséquences imprévuesCette politique n'a pas anticipé toutes les conséquences du boom immobilier. Aujourd'hui, les impôts sont basés sur la propriété avec des augmentations substantielles selon la commune.Enrichissement non mérité• La richesse immobilière a enrichi une génération qui ne souffre pas de la crise du logement • Une augmentation de 5 fois le prix d'une propriété vient principalement de politiques publiques locales, pas du propriétaire • Les choix d'urbanisme, les transports, les vélos et la rareté des terres expliquent les augmentations, pas les rénovations individuellesForce politique sans empathieLa France des propriétaires est devenue une force politique majeure qui exerce son pouvoir sans vraiment être affectée par la crise.
- Criminalisation des mal-logés versus impunité des propriétairesInaction contre les abus• La criminalisation du contrôle des augmentations de loyer peut être facilement contournée • Dans un rare cas où un locataire a accusé son propriétaire de dépasser les limites de plafonnement, le tribunal a ordonné un simple remboursement sans amendes ni avertissementsCampagne médiatique contre les squatteurs• Chaque mois, des images de maisons dévastées et de petits propriétaires sans aide sont montrées à la télévision • Les Parisiens acceptent les affirmations des propriétaires sur le squattage sans vérifier les faits • Le cas de Laurent montre un couple de propriétaires qui ont menti aux journalistes - le père du côté des squatteurs était un travailleur tunisien déclarant avoir été trompéLoi anti-squatt problématique• La loi Casbarian Berger, soutenue par le ministre du Logement, criminalise le non-paiement de loyer pendant une crise du logement • La Fondation Abbé Pierre, l'Aide catholique et la Ligue des droits humains avertissent du nombre de personnes qui seront expulsées et mises à la rueContradiction politiqueCette action législative contraste fortement avec l'inaction politique flagrante. Les grandes annonces sur le logement sont constamment reportées.
- Ambiguïté gouvernementale et absence de directionPromesses abandonnées• Les conclusions du CNR Logement étaient censées fournir des réponses à ces crises • Annoncées le 9 mai, elles ont été annulées peu après • Les grandes annonces sur le logement sont constamment reportéesAbsence de choix clair• Il est compris qu'il y a un désir de moins de politiques de logement, une politique moins coûteuse • Mais il n'y a pas de choix clair sur quelle voie prendre • Devons-nous suivre la voie des briques et du mortier ou celle des gens ?Perspectives contradictoires• Devons-nous embrasser la France des propriétaires ou autonomiser les locataires ? • Certains pensent que le logement est une rente immobilière improductive sur laquelle il ne faut pas investir • Le gouvernement ne sait vraiment pas où il vaImpasse politiqueEmmanuel Macron est arrivé au pouvoir avec des promesses libérales contre la rente immobilière, mais a été élu grâce à la France des propriétaires, aux bien-logés et aux rentiers.
- Conscience manquante et expansion de la criseDéni collectif• Les Français convaincus que leurs actifs immobiliers sont uniquement dus à leur travail acharné • Ils ne réalisent pas que cela a beaucoup à voir avec un contexte qui favorisait ou subventionnait l'accession à la propriété • Beaucoup de jeunes Français ne réalisent pas que leur mode de vie dépend autant de la richesse familiale que de leur travailNouvelle trajectoireLa crise n'affecte plus seulement les ménages à bas revenus, les familles monoparentales et les étudiants. Elle s'étend maintenant aux jeunes ménages de classe moyenne.Facteur hypothécaire• Le coût des prêts hypothécaires était très bas jusqu'en 2022, permettant des dettes sur 20 ans • En 2023, le coût des prêts a augmenté pour correspondre à l'inflation • Les ménages dans la trentaine qui quittaient le marché locatif pour acheter une maison ne peuvent plus le faire dans les mêmes conditionsAmpleur incertaineLa crise du logement affecte maintenant les jeunes ménages de classe moyenne et continue à se propager sans qu'on sache jusqu'où elle ira.
- Conclusion : inaction politique et urgence d'agirUrgence des solutionsSi, comme le suggèrent Pierre Madec et autres, la construction fait partie de la solution, la France doit agir rapidement dans un contexte où les terres sont chères et les considérations environnementales doivent être prises en compte.Stratégie actuelle inefficace• Au lieu d'envisager des politiques ambitieuses comme dans l'après-guerre, la France des propriétaires cherche seulement à criminaliser les mal-logés • Le gouvernement ne prend pas d'action malgré les avertissements des ministres et des associationsRéalités omises• La valeur immobilière draine les salaires et appauvrit une partie de la population • Le poids du logement dans les budgets des ménages est considérable • Le nombre de personnes vivant dans un logement inadéquat est énormeBombe sociale inévitableUne bombe sociale ne s'arrête pas d'elle-même. Comme il n'y a pas de solution rapide à cette crise, des débats supplémentaires seront abordés sur Twitch dans les jours à venir.


![LA FIN DU LIBERALISME ?! [feat. Arnaud Orain]](https://img.youtube.com/vi/9ti6uPcnfu4/mqdefault.jpg)


