STUPID ECONOMICS/Et si les inégalités étaient utiles 🤔 (et méritées ?)
Et si les inégalités étaient utiles 🤔 (et méritées ?)

Et si les inégalités étaient utiles 🤔 (et méritées ?)

Stupid Economics21 min20 feb 2022
13 capitulos
  • Le problème du profiteur et la régulation des comportements(0'292'54)
    Le problème du profiteur apparaît dans les travaux de groupe au collège où certains élèves bénéficient d'une bonne note sans contribuer équitablement à l'effort collectif.
    Dans les petites communautés, l'absence de contribution est visible et a des conséquences directes auprès des parents, enfants, amis et partenaires, incitant à participer à l'effort collectif.
    La régulation par réputation devient moins efficace dans les grandes sociétés où les gens ne se connaissent pas bien et peuvent voyager en laissant leur réputation derrière eux.
    L'argent devient un mécanisme de régulation : les personnes qui produisent quelque chose d'utile sont récompensées, tandis que celles qui ne coopèrent pas ne gagnent pas d'argent, justifiant partiellement les inégalités économiques.
  • Les inégalités naturelles et leur correction sociale(2'543'53)
    Tous les humains ne peuvent pas contribuer de la même manière en raison de handicaps, maladies chroniques ou autres situations, créant une loterie naturelle.
    Beaucoup de sociétés modernes choisissent de corriger ces inégalités naturelles par des mécanismes redistributifs, créant une inégalité économique supplémentaire pour compenser.
    En France, l'allocation adulte handicapé vise à corriger partiellement les inégalités naturelles, mais les personnes en situation de handicap restent en moyenne plus pauvres que la population générale.
    Cette inégalité économique supplémentaire est justifiée par la correction d'une inégalité naturelle préexistante, conduisant à une société moins inégalitaire en termes de revenu par habitant.
  • Bonnes et mauvaises raisons des inégalités selon Aghion(3'536'27)
    L'économiste français Philippe Aghion explique qu'il existe des bonnes et des mauvaises raisons aux inégalités.
    • L'innovation est une bonne raison d'inégalité car elle génère de la richesse pour les innovateurs • Depuis la globalisation, les innovateurs peuvent servir un marché mondial, amplifiant les rentes de l'innovation • Exemples : l'automobile, l'électricité et les téléphones portables ont bénéficié à des milliards d'humains
    Le concept de Joseph Schumpeter décrit comment les entrepreneurs perturbent l'équilibre existant (charrettes, chevaux) et génèrent de la croissance économique qui profite à presque tout le monde.
    La mauvaise inégalité n'est pas causée par l'innovation mais sert à capter les ressources au détriment des autres. La bonne inégalité conduit à l'amélioration des conditions de vie de l'humanité.
  • Critique de la théorie du ruissellement(6'277'40)
    La théorie du ruissellement suppose que les plus fortunés savent mieux dépenser et investir que la majorité, justifiant une réduction d'impôts pour créer de l'activité économique et de l'emploi.
    Une personne avec 4 millions d'euros constitués d'actifs français, après une réduction d'impôt gagnant 500 mille euros, a intérêt à placer cet argent à l'étranger ou dans un paradis fiscal au cas où l'économie française s'effondrerait.
    Les politiques de réduction d'impôts n'ont pas d'effet notable sur l'emploi ou la croissance. Leurs effets principaux sont l'enrichissement des foyers les plus aisés et une perte de revenus fiscaux pour les États.
    La diminution des revenus fiscaux réduit les biens publics et la redistribution que l'État peut effectuer, affectant l'ensemble de la société.
  • Transmission de patrimoine et héritage économique(7'4010'02)
    Il existe un consensus entre économistes de tous les bords pour taxer fortement les héritages, ce que même les économistes libéraux défendent.
    La transmission de patrimoine au sein d'une famille est défendue comme une forme d'altruisme : les parents ont travaillé et se sont sacrifiés pour que leurs enfants bénéficient d'une position économique.
    • L'héritage représente une part croissante de la richesse française • Il était inférieur à 8% des revenus des ménages dans les années 80 • Il est prévu qu'il représente 25 à 30% des revenus des ménages français sans changement
    La majorité du patrimoine français est immobilier. Hériter d'une maison sur quatre générations semble bénéficier principalement à l'héritier en oubliant les conséquences pour ceux qui ne reçoivent rien, creusant une division entre héritiers et autres.
  • La valeur d'un patron et la performance marginale(10'0211'10)
    Les patrons évoluent dans un marché mondialisé où des centaines de milliards d'euros peuvent être générés par une entreprise, justifiant une rémunération basée sur la performance marginale.
    Les actionnaires veulent la personne la plus compétente au monde pour maximiser les revenus, incitant une rémunération élevée du dirigeant.
    • Le PSG, le Real Madrid et le FC Barcelone paient des dizaines de millions d'euros pour constituer leur équipe • La différence de performance entre un joueur à 1 ou 100 millions n'est pas énorme • Le plus cher n'est pas à cent fois meilleur que l'autre
    La moindre amélioration de performance rapporte des milliards suffisant à justifier les salaires élevés. Cette justification s'applique aussi à l'échelle : un caissier manipule des milliers d'euros mais son impact sur le chiffre d'affaires est très faible.
  • L'économie de marché et le rôle du hasard(11'1012'23)
    L'économiste Hayek explique qu'en récompensant la valeur plutôt que le mérite, on s'assure que les individus gagnent de l'argent en offrant ce que les autres désirent, optimisant la production.
    Tout le monde agit dans son propre intérêt mais le marché assure que ces intérêts s'alignent avec l'intérêt des autres, justifiant les inégalités.
    • La capacité à produire ce qui est attendu par les autres est largement dictée par le hasard • Vos compétences et capacités peuvent être demandées ou non dans votre société selon le contexte • Ailleurs ou à un autre moment, d'autres aptitudes ne seraient pas reconnues de la même manière
    Bien que l'idée soit intéressante, elle produit de nombreuses situations paradoxales et est loin d'être optimale pour la société dans son ensemble.
  • La montée de la méritocratie en France(12'2313'59)
    Le terme méritocratie apparaît dans les années 2000 dans le discours public français. En 1994, le ministre de l'éducation François Bayrou l'utilisait de manière quasi-péjorative.
    La méritocratie devient une valeur plus désirable avec la présidence d'Emmanuel Macron, incarnant la promesse méritocratique française avec la méritocratie à l'école et à chaque étape de la vie.
    La méritocratie est le principe que les positions sociales doivent être conditionnées par le mérite des personnes.
    Cette idée prend de plus en plus de place dans les sociétés modernes, comme le montre l'évolution des discours politiques de ces cinquante dernières années.
  • Les inconvénients psychologiques et moraux de la méritocratie(13'5915'24)
    La méritocratie crée un orgueil chez les gagnants qui s'opposent à la profonde humiliation des perdants.
    Dans une société féodale, naître serf signifiait une vie difficile mais sans l'idée que vous seriez responsable de votre position inférieure. Le maître n'était pas vu comme plus capable ou méritant, seulement plus chanceux.
    Il est relativement nouveau de sentir être seul responsable de son sort. Cette responsabilité fait porter un poids supplémentaire aux individus.
    Critiquer la méritocratie est devenu une tendance. Cependant, l'idée que le mérite joue un rôle dans une société n'est pas complètement absurde et beaucoup refusent de voir des gens pistonés dans des postes prestigieux.
  • L'égalité des chances et ses paradoxes(15'2416'27)
    Pour réaliser une bonne méritocratie, il faut concevoir la société comme une compétition sportive où tout le monde part sur la même ligne de départ, garantissant une égalité des chances.
    • Faut-il garantir un budget d'éducation strictement similaire par élève ? • Une méritocratie peut-elle permettre des séjours linguistiques si tous n'en profitent pas ? • Peut-elle permettre la transmission de patrimoine dans une famille ? • À quel âge commence la différenciation par le mérite ?
    Pour une marathon, il est facile de tracer un trait sur le sol et déclarer que tout le monde part à égalité. Pour une société, c'est beaucoup plus compliqué avec des enjeux loin d'être les mêmes.
    François Dubet, sociologue, identifie le paradoxe du mérite en montrant comment l'égalité des chances remplace progressivement l'égalité des places.
  • Égalité des places versus égalité des chances(16'2718'14)
    Quand on parle d'égalité en débat public, les gens pensent généralement à l'égalité des chances alors que ce concept remplace progressivement l'égalité des places.
    L'égalité des chances repose sur l'idée que chacun ait le droit d'accéder à toutes les positions sociales en fonction de son mérite, créant une fiction statistique où une société juste a la plus grande mobilité sociale.
    L'égalité des places propose une société juste qui aurait réduit les écarts entre positions plutôt qu'une où n'importe qui peut atteindre n'importe quelle position.
    L'égalité des places vise à créer un large peloton où le maximum de personnes courent ensemble avec une expérience relativement similaire, impliquant que la majorité ait un niveau de vie comparable, disons entre 1500 et 3000 euros par mois.
  • La mesure du mérite et ses illusions(18'1419'23)
    Le problème principal de la méritocratie comme l'indique Hayek est : comment mesurer le mérite ?
    • Économiste Stephanie Stancheva explore les différences de perception du mérite entre les États-Unis et l'Europe • Aux États-Unis, si on exerce de l'effort, on pense qu'on sera récompensé et deviendra riche (rêve américain) • En Europe, les gens trouvent la mobilité sociale très pessimiste
    Les États-Unis, se voulant méritocratiques, se retrouvent avec une société plus immobile que les sociétés européennes, malgré leur croyance dans le mythe du rêve américain.
    Dans une société inégalitaire, il devient impossible de discerner ce qui relève du mérite et ce qui relève du privilège. Les enfants des personnes riches semblent mériter tandis que les enfants des familles pauvres ne méritent pas.
  • Conséquences globales et implications des inégalités(19'2321'15)
    • Les sociétés les plus inégales sont plus violentes • Les inégalités économiques impactent négativement le bonheur des populations • Elles affectent la croissance économique et la stabilité politique
    Les inégalités économiques créent des divisions fondamentales au sein des sociétés entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas.
    • Inégalités pour éviter les profiteurs • Inégalités visant à récompenser l'innovation • Inégalités transmises ou de marché • Inégalités créées par une course au mérite
    Ces justifications des inégalités sont importantes car les croyances sont importantes. Les américains qui croient au mythe du self made man s'opposent aux mesures atténuant les inégalités extrêmes. La campagne présidentielle française sera riche des termes méritocratie, ruissellement et compétitivité.