
Histoire de la médecine Partie 1 (Antiquité) - UPH #9
20 chapitres
- Définition et origines de la médecineNature de la médecineLa médecine est la lutte contre la mort et la douleur, la prise en compte de l'autre et de ses peines physiques ou mentales. Elle englobe aussi l'aide à la naissance et l'accompagnement de la vie.Lien spirituelLa médecine est pendant très longtemps liée à la religion, à la spiritualité ou au chamanisme dans différentes parties du globe.Acteurs historiquesLa médecine est le fruit du travail d'hommes et de femmes qui se sont battus, ont cherché, ont trouvé et ont transmis leur savoir à travers les siècles pour aider les autres.Perspective adoptéeL'histoire de la médecine présentée est une histoire assez ethno-centrée, focalisée sur certaines régions et civilisations.
- Prémices de la médecine avant l'AntiquitéDifficultés documentairesLes traces de médecine avant l'invention de l'écriture sont très rares puisque l'écriture apparaît tard dans l'histoire humaine.Méthodes primitives• Précurseurs qui, par l'observation de la nature et des effets des plantes, ont déduit qu'il était possible d'atténuer une douleur ou de guérir • Trépanation pratiquée au néolithique, confirmée par les crânes retrouvés montrant des traces de cicatrisationsTransmission du savoirCertaines personnes accumulaient le savoir médical et la connaissance des plantes, puis transmettaient oralement leur expérience à d'autres personnes dans les communautés tribales.Praticiens anciensCes personnes peuvent être qualifiées de guérisseurs ou de chamans, utilisant les plantes et le recours spirituel pour tenter de soigner une personne.
- Médecine mésopotamienne et le code d'HammurabiPremiers témoignagesLes preuves physiques de la pratique médicale remontent à l'époque mésopotamienne, région où a été découverte l'écriture, permettant de documenter les pratiques.Cadre juridique• Code d'Hammurabi découvert à Babylone en 1750 avant notre ère sur une stèle • Premier vrai texte juridique gravé, contenant environ 300 articles dont une douzaine parlent de la médecine et de la chirurgie • La médecine existe alors puisque sa pratique est reconnue et encadrée juridiquementPratiques médicalesLes médecins posent des questions au patient avant de l'ausculter, reconnaissent certaines maladies par habitude et peuvent identifier des troubles respiratoires, intestinaux et urinaires. Ils pratiquent une analyse rudimentaire des urines, de l'odeur de l'haleine, prennent le pouls et la température.Coûts et inégalitésLa médecine a un coût considérable : sauver un homme blessé par une lance coûte 10 sicles, équivalent au salaire annuel d'un esclave, ce qui rend le soin inaccessible aux pauvres.
- Traitements et remèdes mésopotamiensMatières premières• Pommades, sirops, mélanges de plantes, alcool, potions, résines qu'on fait brûler pour inhaler • Remèdes ressemblant aux remèdes de grand-mère utilisés dans la société actuelleMéthodes étonnantes• Difficultés respiratoires traitées par un lavement en profondeur • Excréments utilisés en mixture pour soigner les maux de gorgeChirurgie pratiquePour les fractures, les plaies et autres blessures, les guerres fournissent de nombreux blessés. Les médecins utilisent des attèles pour les immobilisations et un début de chirurgie existe en Mésopotamie.Innovations chirurgicalesIl existe des écrits laissant penser que la chirurgie esthétique est déjà pratiquée à Babylone, notamment au niveau du nez où des implants osseux auraient pu être tentés.
- Bibliothèque d'Assurbanipal et transmission du savoirInstitution pionnièreAu VIIème siècle avant notre ère, une grande bibliothèque est créée en Assyrie : la bibliothèque d'Assurbanipal contenant des documents officiels, des textes littéraires et des ouvrages sur les avancées scientifiques.Contenu médicalUne bonne partie de la bibliothèque est consacrée à la médecine, permettant aux médecins de venir apprendre ou se former à travers les écrits laissés par d'autres médecins.Signification historiqueC'est le premier lieu où la transmission du savoir médical par écrit est organisée à grande échelle, marquant le début formel de la formation médicale.AntécédentsDes documents permettant de transmettre un savoir médical existaient déjà avant la construction de cette bibliothèque, notamment en Égypte.
- Médecine égyptienne et papyri médicauxTexte fondateurLe papyrus Edwin Smith, datant de 1500 avant notre ère, parle principalement de chirurgie et servait à priori de base médicale pour des fins militaires.Contenu pratique• Cas de fractures, plaies, écrasements et façons de les traiter • Sutures, immobilisations, baumes et autres techniques thérapeutiquesApproche rationnelleLe papyrus fait la part des choses entre le rationnel et le scientifique d'un côté, et le religieux et magique de l'autre, se concentrant sur l'aspect pratique de la gestion des traumatismes.Origines anciennesLe papyrus d'Edwin Smith est considéré comme une copie d'autres ouvrages disparus dont l'auteur original pourrait être le médecin et architecte Imhotep pendant la IIIe dynastie, soit vers 3000 avant notre ère.
- Médecins égyptiens et spécialisationsGrands médecins• Imhotep, médecin et architecte de la IIIe dynastie • Peseshet, femme médecin vers 2500 avant notre ère, responsable des sages-femmes et ayant créé une école de formationAccouchement et sages-femmesL'accouchement est presque exclusivement réservé aux femmes jusqu'au début du XVIème siècle en France. Cette pratique a du sens puisque l'accouchement est très ritualisé en Égypte antique avec du personnel exclusivement féminin pour aider.Systématisation médicaleÀ partir de la basse époque, la médecine devient plus spirituelle et moins rationnelle, développant une grande proportion de prêtres parmi les soigneurs, coexistant avec les médecins appelés sounous.Spécialisations professionnelles• Médecins généralistes et spécialisés pour les yeux, les dents, le ventre • Prothésistes pour les amputés et médecins pour l'anus, qualifiés de berger de l'anus • Hiérarchie avec des médecins de base, des chefs médecins, des inspecteurs, jusqu'au grand chef des médecins et médecin du roi
- Système médical égyptien organiséStructure complexeUn système médical complexe et complet est déjà mis en place en Égypte avec une organisation hiérarchisée et des spécialisations définies.Accessibilité universelleCe système médical est considéré comme un service public gratuit pour tout le monde, point important à souligner au regard de l'histoire.Traités médicauxDe nombreux traités médicaux sont rédigés pendant cette période, la majorité étant considérée comme des copies d'originaux, prouvant une transmission écrite du savoir médical bien avant les structures légales mésopotamiennes.Durée et continuitéCette médecine égyptienne perdure pratiquement jusqu'à la fin du premier millénaire, vers 30 avant l'ère commune, montrant une continuité remarquable.
- Médecine grecque et premiers médecins sédentairesÉvolution organisationnelleAu VIIème siècle avant notre ère, en Grèce apparaissent les premiers vrais médecins sédentaires qui restent dans la cité pour soigner les malades.Statuts variés• Dans certaines cités, les médecins sont considérés comme des fonctionnaires payés par l'état sans faire payer les patients • Dans d'autres, leur situation est très précaireLieux de consultationLe médecin se déplace en ville pour guérir les maux mais reçoit aussi à domicile. La propre maison du médecin devient l'ancêtre du cabinet médical, équipée de lits pour accueillir les malades et d'instruments pour la chirurgie.Infrastructure médicaleLes maisons des médecins contiennent des appareils pour soigner diverses conditions, marquant le début d'une infrastructure médicale structurée.
- Révolutions philosophiques en médecine grecqueRemise en questionAu VIème siècle, les disciples de Pythagore et notamment Alcméon, un médecin, affirment que c'est le cerveau qui dirige tout, remettant en cause la croyance que c'était le cœur ou le foie.Résistance initialeCette affirmation est une révolution dans le milieu médical et la plupart des confrères d'Alcméon refusent catégoriquement de reconnaître la véracité de ses propos.Contributions d'Empédocle• Empédocle, médecin sicilien du Vème siècle, conclut que l'embryon est le fruit de deux semences, de l'homme et de la femme, et grandit dans l'utérus avec le placenta • Il identifie les périodes optimales de reproduction, dégageant l'idée d'ovulationThéories influentesLa théorie des racines d'Empédocle, fondée sur l'équilibre entre plusieurs éléments pour la santé, inspire grandement d'autres médecins malgré le fait que certaines théories ne soient pas justes.
- Anatomie et dissections en Grèce anciennePratiques de dissectionDes méthodes de dissection apparaissent, surtout pratiquées sur des animaux puisqu'interdites sur les humains, permettant de grands progrès en anatomie.Documentation anatomiqueDes dessins et croquis sont faits lors des dissections pour mieux comprendre le fonctionnement du corps humain.Contributions d'AristoteAristote permet de nombreux progrès en médecine grâce à son traité sur les animaux en 330 avant notre ère qui aide à mieux comprendre le fonctionnement du corps humain.Importance du médecin DiogèneDiogène, un médecin célèbre, réalise de nombreuses dissections, contribuant significativement aux avancées anatomiques de l'époque.
- Hippocrate et la médecine rationnelleRupture avec la mystiqueHippocrate part du principe que si maladie il y a, ce n'est pas dû au divin mais à d'autres facteurs comme l'alimentation, le climat et l'environnement.Pragmatisme thérapeutiqueCette approche rationnelle change beaucoup de choses puisque contre une maladie devenue rationnelle, on peut être plus pragmatique dans le traitement.Méthodes de traitement• Le repos, souvent prescrit en grande quantité • Médicaments et plantes • Immobilisation pour les fractures, parfois couplée à des machines pour remettre en place • Ces techniques donnent des résultats plutôt positifs par rapport à d'autres écoles de médecineCorpus HippocratiqueHippocrate compile les informations médicales de l'époque, dénuées de mysticisme, dans un énorme corpus de texte contenant environ 70 ouvrages : manuels, compte-rendus de conférences, recherches et notes.
- Rigueur et éthique hippocratiquesProtocoles professionnelsHippocrate attache une grande importance aux conditions de l'opération : l'emplacement du médecin et du patient, les instruments, les personnes qui doivent aider. Cela définit la procédure et représente un aspect beaucoup plus professionnel de la médecine.Serment d'Hippocrate• Serment basé sur l'éthique, que les jeunes diplômés en médecine récitent toujours à notre époque • Les patients doivent pratiquer leur activité dans le respect du patient et pour le patient • La version moderne est modifiée et la paternité d'Hippocrate sur ce serment est parfois remise en causeVocabulaire médical• Hippocrate améliore le vocabulaire et le classement des maladies • Introduit des termes comme rechute et pic encore utilisés aujourd'hui • Classe les maladies en types : aiguës, chroniques, endémiques et épidémiquesDiagnostic et pronosticLa médecine d'Hippocrate se fonde sur le pronostic du patient, c'est-à-dire comment la maladie évoluera selon l'état présent. Il pose aussi les bases du diagnostic avec ses élèves, recherchant l'origine du mal du patient.
- Théorie des humeurs et limites d'HippocrateFondement théoriqueLa médecine d'Hippocrate repose principalement sur la théorie des humeurs influencées par les 4 éléments : feu, eau, terre et air, ayant leurs équivalents dans le corps : sang, lymphe, bile jaune et bile noire.Principe d'équilibreSelon cette théorie, si tous les éléments sont en équilibre dans le corps, on est en pleine santé. Si la balance penche d'un côté ou de l'autre, on est malade.Validité moderneBien que la notion d'équilibre soit encore évoquée aujourd'hui, la théorie des humeurs n'est absolument plus appliquée pour expliquer et comprendre le mal du patient.Stagnation ultérieure• Le rayonnement d'Hippocrate a été si grand que sa mort provoque une stagnation médicale • On se repose sur les lauriers sans remettre en question ce formidable travail • Il y a parfois même des retours en arrière car Hippocrate a aussi ses faiblesses
- Médecine romaine et influence grecqueAdoption de l'héritageL'essor de la médecine romaine est en grande partie due aux médecins grecs qui viennent s'installer à Rome avant même que la Grèce ne soit contrôlée par l'Empire Romain.Statut initial faibleAvant l'arrivée des médecins grecs, la médecine est mal considérée à Rome. La plupart des familles qui ont des esclaves ne voient pas l'intérêt d'avoir un esclave médecin.Systèmes de santé• Médecine privée avec des médecins qui font payer très cher pour leurs services • Service public, principalement organisé à partir du IIème siècle de notre ère, composé d'Archiatres populaires, formation de guilde limitée par la taille de la ville, mission de soigner les pauvresRegroupements professionnelsBeaucoup de médecins se réunissent en groupes pour pratiquer et se faire connaître, puisqu'il n'y a pas de diplôme et que la notoriété crée la légitimité.
- Spécialisations romaines et corporationsCorporatismes émergents• À Rome pour la première fois, des sages-femmes se réunissent en corporation pour créer une véritable entité • Sages-femmes généralistes et spécialisées pour mieux accompagner les patientes • Véritable entités naissent avec chacune leur spécialité : médecine générale, accouchements, chirurgie pour les gladiateursLégitimité professionnelleCes regroupements professionnels créent des structures permettant une meilleure reconnaissance et transmission du savoir médical.Absence de diplômeÀ cette époque, il n'y a pas de diplôme et c'est la notoriété du médecin qui naît sa légitimité et son autorité.Diversité de compétencesLes entités professionnelles regroupent des spécialistes variés permettant une meilleure couverture des besoins médicaux de la population.
- Médecine militaire romaine avancéePriorité stratégiqueRome comprend l'intérêt d'avoir une armée en forme avec des médecins capables de soigner leurs combattants, développant une médecine militaire sophistiquée.Statut et formation• Médecins de guerre formés avec des titres, parfois d'officier non combattant • Place importante pendant la bataille et après pour l'efficacité globale de l'arméeOrganisation tactiqueCertains médecins sont placés derrière les premières lignes pour évacuer les blessés, au cœur de l'action pour être efficaces dans l'urgence.Transport et évacuationQuand un blessé ne peut pas être soigné sur place, des ambulances avec des chevaux transportent le patient jusqu'à l'hôpital militaire généralement situé dans le camp romain.
- Hôpitaux de campagne et hygiène romaineArchitecture fonctionnelleLes hôpitaux de campagne sont construits avec une certaine rigueur autour d'un jardin où l'on peut trouver des plantes médicinales, composés de plusieurs pièces aux fonctions bien particulières.Prévention d'infections• Salle d'attente séparée de l'auscultation • Morgue, pharmacie et autres zones distinctes pour éviter les contaminationsImportance de l'hygièneUne des spécificités de la médecine romaine est l'importance accordée à l'hygiène : hygiène de vie et propreté de l'eau utilisée pour boire, se laver et nettoyer les plaies.Stérilisation précocePour la chirurgie romaine, très développée pour l'époque, on fait bouillir les instruments de chirurgie avant de pratiquer, même si on ignore l'existence des bactéries, réalisant stérilisation et diminution des contaminations.
- Grands médecins romains et héritagesDioscorides et pharmacopéeDioscorides rédige un ouvrage en 5 tomes qui pose les bases de la pharmacopée moderne, un des livres les plus importants de l'époque.Soranos et gynécologieSoranos d'Ephèse écrit le traité le plus complet de l'Antiquité sur les maladies des femmes et la gynécologie, marquant un progrès significatif dans ce domaine.Claude Galien• Médecin grec qui passe une bonne partie de sa vie à Rome • Pose les bases de la médecine occidentale pour plus de 1000 ans • Observations capitales sur l'anatomie en accord avec la démarche des médecins de la RenaissanceHéritage de GalienL'œuvre de Galien est immense, couvrant pratiquement tous les domaines de la médecine, les mathématiques, la philosophie et bien d'autres. Une grosse partie se perd malheureusement lors de la chute de l'Empire Romain.
- Observation anatomique et continuitéPrincipes galeniquesGalien affirme : « J'affirme que le médecin doit savoir comment est chacun des os en lui-même, et comment il s'assemble avec les autres os, s'il veut soigner correctement leurs fractures et leurs luxations ».Domaine d'expertiseL'œuvre de Galien, comparée à celle d'Hippocrate, est caractérisée par son immensité et sa couverture de pratiquement tous les domaines de la médecine.Perte historiqueUne grosse partie du travail de Galien se perd lors de la chute de l'Empire Romain, marquant une rupture majeure dans la continuité du savoir médical.Questions pour suiteLa fin du premier épisode soulève des questions pour l'épisode suivant : comment l'Europe a-t-elle géré la crise après la chute de l'Empire Romain et quel impact sur la médecine ?





