
Comment étaient équipés les guerriers Gaulois ?
16 chapitres
- Introduction et contexte historiquePrésentation du sujetLe vidéo explore l'équipement des guerriers gaulois en démontrant les clichés populaires avec Guillaume Reich, docteur en archéologie celtique spécialisé dans les Celtes de la deuxième Âge de fer, leur armement et les techniques de combat gaulois.Période historiqueLa deuxième Âge de fer, aussi appelée La Tène, s'étend de 475 av. J.-C. à 25 av. J.-C. en Europe tempérée. La Tène est un important site archéologique en Suisse ayant fourni beaucoup de matériel pour comprendre cette période.Réalité gauloise• La civilisation celtique était l'une des plus brillantes de l'antiquité • Les Celtes ont développé des innovations durables en philosophie, agriculture, artisanat et art de la guerre • Les termes 'Celtes', 'Gaulois' et 'culture La Tène' sont utilisés sans distinction dans cette analyseDéconstruction des mythesPendant longtemps, les Celtes ont été imaginés comme des 'barbares' sans culture ni raffinement, prétendument civilisés par Rome. En réalité, la civilisation celtique était sophistiquée et avancée.
- Les deux guerriers et l'évolution de l'équipementComparaison chronologiqueDeux guerriers gaulois en tenue de combat sont présentés : Patrick représente un combattant léger de la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C., tandis que Jean-Paul incarne un guerrier lourd de la première moitié du Ier siècle av. J.-C., période conventionnellement appelée 'Gallic Wars period'.Écart temporelPrès de 200 années séparent les deux panoplies présentées, permettant d'apprécier l'évolution de l'armement celtique sur trois siècles avant notre ère.Sources de variation• Changements dans les modes de combat basés sur les expériences heureuses et désastreuses des champs de bataille antiques • Innovations technologiques • Transformations plus générales au sein des sociétés celtesUniformité techniqueMalgré les différences, il existe une panoplie standardisée trouvable tout au long de la deuxième Âge de fer, connue à travers les 'ensembles fermés' découverts dans les sépultures.
- La panoplie ternaire : armes offensives et défensiveComposition standardLa panoplie ternaire se compose de deux armes offensives et une arme à fonction mixte, semi-défensive et semi-offensive : le pique/lance, l'épée de fer et le bouclier.Arme de prédilectionLes armes d'hast (piques et lances) sont les armes offensives par excellence des guerriers antiques. Ce sont des pointes de fer sur un fût en bois qui constituent la lance ou la pique, très largement distribuées et caractéristiques du guerrier à pied, mais aussi utilisables à cheval.Symbole de prestigeL'épée de fer est l'arme particulièrement emblématique sinon mythique du combattant celtique. C'est l'arme de l'aristocratie, réservée aux strates sociales les plus élevées, appelée 'cladio' en langue gauloise, qui a donné 'gladius', l'épée des Romains.Protection principaleLe bouclier, avec sa forme ovale et plate, est l'élément défensif central. Ces trois éléments - l'arme d'hast, l'arme de main et le bouclier - forment la panoplie ternaire caractéristique des guerriers des deux périodes présentées.
- Détails des armes d'hast et variations morphologiquesVariations morphologiquesLes armes d'hast présentent d'importantes variations morphologiques, ce qui rend difficile l'établissement de classifications vraiment pertinentes. Les différences de forme renvoient à différents usages et spécialisations techniques.Caractéristiques constantes• Les pointes sont toujours en alliage ferreux • Elles sont systématiquement composées d'une soie divisée autour d'une nervure médiane • C'est la flamme de cette soie qui subit les variations les plus importantesLe fût en boisLe fût en bois est l'essence de l'arme d'hast. Cependant, les fûts en bois sont rarement conservés car le bois pourrit. Ce sont la morphologie et les dimensions du fût qui déterminent les usages martiaux possibles - on ne combat pas avec une lance de la même manière qu'avec une pique.Reconstruction et dimensionsÀ partir de mesures, d'analyses de restes de bois, de longueurs de fosses de sépultures et de l'iconographie antique, on peut estimer qu'une arme d'hast mesure entre 2 et 2,5 mètres. Le fût est généralement taillé dans le frêne, bois le plus adapté pour sa résistance mécanique aux chocs et sa flexibilité.
- Structure et renforts des armes d'hastRenfort proximalL'extrémité proximale, la zone théoriquement la plus proche du corps, est parfois équipée d'un renfort métallique appelé 'talon'. Ce talon peut être une soie ou une douille et constitue un accessoire extrêmement intéressant pour le combat.Importance militaireLes armes d'hast étaient très largement répandues à l'époque - elles étaient même l'arme par excellence du guerrier celtique, celle qui caractérise le fantassin mais peut aussi être utilisée à cheval.Innovation celtiqueIl est parfois dit que les Celtes sont les inventeurs de ce que nous conceptualisons en Occident comme la 'lance'. De nombreuses armes d'hast historiques dérivent de la 'langkia' des Gaulois, d'où l'importance d'insister sur la lance.Utilisation comparativeOn ne combat pas avec une lance de la même manière qu'avec une pique. On n'utilise pas un pôle de 3 mètres de la même manière qu'un bâton d'1 mètre.
- L'épée gauloise : caractéristiques et fabricationParticularités singulièresL'épée celtique est simple en apparence mais d'une richesse d'élaboration stupéfiante. Sa taille varie selon les périodes de quelques dizaines de centimètres, passant d'une arme plutôt courte aux périodes anciennes à une arme plutôt longue, parfois dépassant le mètre pendant le premier siècle avant notre ère.Poids et maniabilitéSon poids varie d'environ 500-600 grammes à près d'1 kilogramme, ce qui lui permet de rester particulièrement maniable.Matériaux et forgeage• La lame est faite d'un alliage ferreux plus ou moins carburisé, généralement trempé • Les lames conservent une certaine souplesse • La lame est forgée sans gouttière centrale mais parfois avec une nervure centrale • La section transversale varie entre lenticulaire, rhomboïdale et nervuréeUsage au combatL'épée a deux tranchants parallèles, ce qui signifie que ces épées étaient utilisées principalement pour trancher. Le taillant est un coup avec le bord de la lame, contrairement à l'estoc, un coup avec la pointe.
- Structure et suspension de l'épée gauloiseComposants de la poignéeLa partie inférieure de l'épée est pourvue d'une poignée faite de matériau organique (bois, matière dure animale ou éléments métalliques). Une petite garde et une pomme sont ajoutées. La garde n'a pas vraiment de rôle protecteur mais plutôt une fonction de blocage de la main lors du maniement.Particularité de la gardeLa garde de l'épée gauloise a une forme particulière, curviligne, qui fait écho à l'entrée du fourreau dans lequel elle est logée.Fourreau métalliqueSur le côté droit du guerrier, grâce à un système de suspension varié selon la période (composé de chaînes semi-rigides et de courroies organiques, ou de lanières de cuir et anneaux métalliques), est suspendu un fourreau entièrement métallique ne pesant que quelques centaines de grammes.Qualité du travailLe fourreau celtique est vraiment le témoignage de la grande qualité du travail de métallurgie celtique. Il est fait de tôles extrêmement fines, parfois seulement un demi-millimètre d'épaisseur, assemblées avec une précision également de l'ordre du demi-millimètre.
- Le bouclier gaulois : construction et protectionDesign et maniabilitéLe bouclier a une forme ovale et plate avec une poignée au centre. Contrairement à certains boucliers médiévaux, il n'y a pas de système de lanières de cuir. Cette poignée centrale au centre de gravité permet au guerrier de tenir fermement le bouclier et réduit le temps de réaction lors de son utilisation.Composants de protection• La poignée est logée dans une encoche du centre de la planche, appelée 'épine' • L'épine est un demi-fuseau en bois servant de fusible mécanique • Elle est protégée par une coque métallique appelée 'umbo' • La main peut être placée à l'intérieur du bouclier via un trou creusé dans l'épineÉléments métalliquesL'umbo de fer a différentes formes changeant selon l'ère. Il est attaché au bouclier par au moins deux clous ou rivets. En mesurant un rivet, l'épaisseur de la planche du bouclier peut être grossièrement estimée. Les bords ou les extrémités du bouclier sont parfois renforcés avec des bandes métalliques appelées 'orles'.Qualité du travailBien que les éléments métalliques (umbo, clous-rivets, renfort de poignée, orles) soient bien connus de l'archéologie, le reste (planche, épine, poignée) en bois pourrit rarement. Les quelques exemples de boucliers préservés, notamment du site La Tène, révèlent une très haute qualité du travail du bois.
- Boucliers spécialisés et protection supplémentaireSélection du boisSur l'un des boucliers en chêne datant de 225 av. J.-C., le bouclier avait été façonné à partir de deux planches formant le plateau. Ces planches avaient été soigneusement sélectionnées pour répondre aux contraintes mécaniques.Renforts additionnelsPour augmenter la résistance du bouclier, il était parfois entièrement recouvert de cuir brut, formant une sorte de protection supplémentaire.Décoration apotropaïqueUne autre forme de protection était de décorer le bouclier avec ce que nous appelons des 'symboles apotropaïques', des symboles destinés à effrayer l'adversaire, ce qui était aussi un moyen de préserver l'intégrité du bouclier dans la pensée celtique.Autres types de boucliersIl existait d'autres types de boucliers faits d'osier, d'écorce, parfois recouverts de cuir. Ces variations montrent l'adaptabilité et la sophistication du système de défense gaulois.
- Armes de projectile et armes secondairesArcherie antiqueL'archerie semble apparaître comme un privilège de l'aristocratie, tout comme la guerre. La chasse permet certainement la préparation du combattant pour la bataille. Il est très probable que l'arc et les flèches aient été utilisés chez les combattants de la période ancienne La Tène.Évolution chronologiqueIl est très difficile de prouver l'usage des arcs au IIIe et IIe siècles av. J.-C. À la fin de la période gauloise, il existe des preuves de fronde, notamment sous la forme de balles de fronde trouvées sur les champs de bataille, également à la fin de la période gauloise.Javelots et lances légères• Les javelots et les 'javelots' sont essentiellement la même chose - une arme d'hast pouvant être lancée • Selon les morphologies, ils peuvent être difficiles à distinguer d'une lance ordinaire • Ils étaient utilisés abondamment pendant la période ancienne La Tène, notamment par des guerriers perchés sur un chariot de guerre à deux rouesAbandon et retour des projectilesCette pratique semble avoir été abandonnée à l'articulation du IIIe et IIe siècles av. J.-C., et revient vraiment au premier plan à la fin de la période gauloise, notamment pendant le célèbre épisode de la Guerre des Gaules.
- Armes secondaires : couteaux et hachesCouteaux en contexte militaireLes couteaux sont souvent trouvés dans les tombes associées à un équipement strictement militaire. Cependant, le couteau n'est pas nécessairement pensé comme une arme à l'avance.Nature utilitaireLe couteau est plus un outil que d'une arme - c'est quelque chose que le guerrier va utiliser pour couper sa saucisse pendant le repas, par exemple, mais évidemment en combat rapproché, il peut être utilisé en combat si nécessaire.La hache gauloiseLes haches se trouvent dans certains contextes, dans les tombes, mais ce n'est pas systématique. Il semble qu'on peut exclure un usage militaire, puisqu'on ne porte pas une hache sur le champ de bataille.Opportunisme tactiqueQuand on risque sa vie, on trouve généralement les moyens de résoudre immédiatement son problème. Ces armes secondaires représentent plutôt une réserve tactique qu'un équipement prévu d'avance.
- Armure et protection du corpsMaille celtiqueLa pièce d'équipement la plus emblématique, encore utilisée dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, est la maille de fer. C'est une invention celtique de la fin du IVe siècle av. J.-C., invention qui fut ensuite adoptée par de nombreux peuples antiques.Construction et avantagesLa maille est composée de milliers d'anneaux de fer, boutonnés ou rivés ensemble. C'est une protection du corps généralement renforcée aux épaules, qui ne prévient pas la fluidité du mouvement. C'est un atout important en combat qui donne un avantage significatif sur un autre guerrier qui ne la porte pas.Privilège élitaireCette maille serait le privilège d'une élite combattante ou économique. La complexité de la réalisation d'un tel équipement nécessite nécessairement un coût élevé.Sous-armureLa maille était portée sur un 'submarmalis', une sorte de broché ou gambison fait de cuir mou, peau, feutre ou tissu. Les sources nous permettent d'assumer qu'il existait des cuirasses organiques, c'est-à-dire faites de matériaux qui disparaissaient.
- Protection corporelle avancée et cuirassesMythes populairesLes films et certaines reconstitutions fantastiques nous ont accoutumés à imaginer la cuirasse comme une protection en cuir d'une seule pièce. Dans ce cas, on ne peut pas exclure la possibilité qu'il y en ait eu, mais l'archéologie n'en a pas encore révélé dans le contexte du Deuxième Âge de fer.Conception probableIl est plus probable que la cuirasse gauloise était faite de couches de tissu de lin collé. Ces protections sont particulièrement résistantes et constituent les vrais ancêtres du gilet pare-balles.Avantages tactiquesUne bonne manière de se protéger est d'avoir le ventre plein avant et après la bataille, et non pendant.Diversité des protectionsLes sources disponibles suggèrent l'existence de cuirasses organiques faites de matériaux divers, reflétant l'innovation et l'adaptation des guerriers gaulois aux nécessités du combat.
- Protection de la tête et des membresCasques gauloisLe guerrier est parfois, selon la période et la zone géographique, protégé par un casque dont la forme varie. Certains types de casques gaulois ont inspiré les casques romains. Le principe est généralement celui d'une calotte métallique en fer ou en bronze avec un bouton attaché.Protection faciale• Les joues sont souvent protégées par des 'paragnathides', des protections de joues protégeant la mâchoire • Une protection du cou est située à l'arrière de la calotte • Elle protège le crâne et le cou comme son nom l'indiqueProtection des membresCe que nous savons du monde celtique révèle quelques exemples rares de protection pour les membres inférieurs, comme les jambières. Clairement, ce n'est pas la norme. De même, il n'y a pas de véritable preuve pour les brassards ou autres canons d'avant-bras organiques, du moins pas archéologiquement.Vêtements protecteurs• Les vêtements jouent un rôle protecteur significatif • Les 'braccae', ancêtres des pantalons développés par les Gaulois • Une tunique, éléments standard de l'équipement gaulois • Un manteau appelé 'sagum', pouvant avoir été utilisé pour parer certains coups
- Conclusion et perspectivesMaîtrise techniqueCette panoplie ternaire des guerriers gaulois témoigne d'une grande maîtrise technique en métallurgie, construction de boucliers et fabrication d'armes.Questions ouvertesOn peut légitimement se poser plusieurs questions : cet équipement était-il adapté à la fois aux fantassins et aux cavaliers? L'équipement reflétait-il un certain statut social? Un guerrier celtique était-il plutôt un aristocrate ou un individu des couches moins aisées de la population?Prochain épisodeLe prochain épisode portera sur le combat gaulois, ce qui permettra de mettre en pratique tout ce qui a été vu ici - réellement extraordinaire. L'épisode sur les techniques de combat gaulois arrive très bientôt sur la chaîne.Remerciements et sources• Remerciements à Guillaume Reich, docteur en archéologie celtique • Remerciements à Patrick et Jean-Paul pour leurs performances • Les Gaulois d'Esse, qui ont accueilli le tournage au village de Coriobona • L'association Drungo, une troupe de mercenaires gaulois





