TALK/RACISME, CAPITALISME : LE LIEN QUE PERSONNE NE VOIT - Seumboy
RACISME, CAPITALISME : LE LIEN QUE PERSONNE NE VOIT - Seumboy

RACISME, CAPITALISME : LE LIEN QUE PERSONNE NE VOIT - Seumboy

LIMIT1h 17min
Le racisme, il existe effectivement pas pour dire les noirs vous êtes nuls, dégager. C'est les noirs vous êtes inférieurs, donc on peut vous utiliser pour le système capitaliste, pour le système colonial.
9 chapitres
  • Introduction et présentation de Seumboy(0'00 → 3'14)
    Deuxième partie d'une discussion entre LIMIT et Seumboy, créateur de la chaîne Histoire Crépu consacrée à la vulgarisation de l'histoire coloniale française.
    • Comprendre les rouages et contradictions de l'histoire coloniale pour comprendre le monde actuel • Aborder des sujets autour des questions raciales, de l'exploitation du vivant et de la mondialisation destructrice
    Seumboy travaille sur les questions d'antiracisme et d'histoire coloniale, avec l'objectif de rendre cette histoire complexe accessible à un large public.
    Appel aux dons via Tipeee et PayPal pour financer les productions et discussions de LIMIT, tournées à l'Académie du climat.
  • Qu'est-ce que le racisme ?(3'14 → 8'09)
    Le racisme est une forme spéciale de xénophobie basée sur l'idée de hiérarchisation et de séparation des humains en différentes 'races'.
    • L'idée de race apparaît avec l'évolution des sciences naturelles en Europe • Carl von Linné a classifié le vivant puis les humains (Européen blanc, Américain rouge, Asiatique jaune, Africain noir) en les hiérarchisant
    Le racisme légitime la colonialité et l'esclavagisme en justifiant l'utilisation de certaines personnes comme facteurs de production économique exploitables.
    • Le Code noir et la police des noirs en France • La conquête de l'Indochine basée sur une suprématie blanche • La construction de la 'blanchité' comme identité unificatrice née dans le cadre de l'exploitation coloniale
  • Le racisme antiblanc n'existe pas structurellement(8'09 → 11'47)
    Le racisme antiblanc n'existe pas car il n'est pas structurellement organisé ni soutenu par un État, contrairement au racisme historique construit systémiquement.
    • Il peut exister des agressions individuelles motivées par le fait d'être blanc • Mais ces violences ne sont pas institutionnalisées et n'ont pas d'objectif d'exploitation systémique
    En cas d'agression raciste 'traditionnelle', la personne racisée sera plus souvent condamnée et cela rejaillira sur toute sa communauté, alors qu'une agression contre une personne blanche n'a pas cet effet collectif.
    Dans les quartiers populaires, les personnes blanches peuvent être plus visées car elles incarnent, aux yeux des personnes racisées, le seul contact direct avec la 'blanchité' (police, éducateurs, école).
  • Classe sociale, élites blanches et instrumentalisation(11'47 → 28'44)
    Les classes populaires blanches, notamment en cité, servent de 'barrière' protectrice entre l'élite blanche et les personnes racisées, subissant ainsi la violence raciale qui dépasse largement ce cadre individuel.
    Le livre 'Des électeurs ordinaires' de Félicien Fory, qui étudie la sociologie de l'électorat RN.
    • L'élite blanche exploite sa propre population blanche prolétaire tout en restant protégée des personnes racisées • Cette angoisse alimente la haine du musulman, de l'immigré et le vote RN
    La violence raciale est aussi une violence de classe, fonctionnant comme le rapport entre patrons et ouvriers, au service d'un système économique.
  • Absence de suprématie noire et logique coloniale française(28'44 → 38'04)
    Contrairement à la suprématie blanche organisée, il n'existe pas de suprématie noire organisée visant à asservir les blancs ou à créer un 'grand remplacement'.
    Le vieil argument colonial consiste à dire que si on ne domine pas les colonisés, ceux-ci se vengeront et domineront à leur tour.
    • Lors du passage de la 4e à la 5e République (1958), les colonies proposent une véritable fédération à égalité • Les députés français refusent, par peur de devenir minoritaires face aux colonisés, et préfèrent l'indépendance des colonies plutôt que l'égalité
    Le livre 'Français et africain' sur la citoyenneté et la décolonisation, et l'historien Bernard Lugan associé à la théorie du grand remplacement.
  • Racisme antiblanc, fragilité blanche et victimisation(38'04 → 54'33)
    Le sentiment de racisme antiblanc peut naître d'une confrontation soudaine à sa propre racisation et à ses privilèges, souvent inconscients, générant une réaction de 'fragilité blanche'.
    Seumboy explique se percevoir comme 'à cheval' entre blanc et noir selon les contextes : perçu comme blanc ('Tbab') en Afrique du fait de son mode de vie occidental, perçu comme noir en France.
    Être blanc correspond déjà à une position de classe sociale supérieure ; les critiques reçues en Afrique relèvent davantage d'une dénonciation de rapport de classe que de racisme.
    • L'extrême droite (Trump, Zemmour) utilise la posture victimaire pour protéger la suprématie blanche • Les 'victimes blanches' sont plus facilement entendues que les autres, comme le montre le soutien américain aux Afrikaners
  • Les deux abolitions de l'esclavage(54'33 → 61'21)
    L'abolition de l'esclavage est-elle due à l'évolution des valeurs morales ou au remplacement de la main d'œuvre noire par les machines de la révolution industrielle ?
    • Les valeurs morales ont évolué mais cet argument seul n'était pas suffisant • Les machines n'étaient pas encore assez performantes pour remplacer le travail agricole (champs de coton) • Le facteur principal est la difficulté croissante à maintenir l'ordre colonial face aux révoltes d'esclaves
    Les esclaves de Saint-Domingue (trois fois plus nombreux que les maîtres) se révoltent, forçant la République française à accepter leur liberté ; Haïti devient la première nation née d'une révolte d'esclaves réussie.
    Après le rétablissement de l'esclavage par Napoléon, de nouvelles révoltes (Martinique, Guadeloupe) obtiennent la liberté avant même l'arrivée du décret officiel signé à Paris.
  • L'esclavage aujourd'hui et l'héritage colonial(61'21 → 71'09)
    • L'esclavage continue sous d'autres formes aujourd'hui, notamment au Liban avec des travailleurs d'Afrique de l'Ouest • Le travail forcé et l'engagisme ont perduré dans les colonies françaises après l'abolition officielle de 1848
    • France : 1848 (abolition définitive) • Royaume-Uni : 1834 • États-Unis : 1865 • Brésil : 1888
    La Belgique n'a pas pratiqué l'esclavage sur son territoire métropolitain, mais Léopold II a provoqué environ 10 millions de morts au Congo sous couvert de lutte contre la traite, pour la production de caoutchouc.
    Certains royaumes africains (comme les Dahomey) ont participé à la traite négrière, mais il n'existait pas de projet de cohésion ou de suprématie noire à l'époque, les catégories raciales étant une construction européenne.
  • Technologie, exploitation moderne et conclusion(71'09 → 77'31)
    La technologie n'a pas éliminé les formes d'esclavage modernes (traite humaine, exploitation sexuelle) et alimente même de nouvelles formes de travail forcé.
    L'extraction des minerais rares nécessaires aux technologies de pointe provoque des formes d'esclavage moderne au Congo, avec des centaines de milliers de personnes travaillant dans des mines sans équipement.
    Comme les grandes fortunes coloniales (exemple d'Antoine Crozat et la Louisiane française) se sont bâties sur l'exploitation servile, les grandes richesses de la tech s'accumulent aujourd'hui grâce à l'exploitation de pays non blancs.
    Lutter contre le racisme signifie lutter contre tout un système global de domination lié à une unité de race construite, et non contre de simples incidents individuels ; l'écologie doit être pensée de manière décoloniale.