TALK/99% DE L'HUMANITÉ EN OTAGE ?! - Marek Hudon | LIMIT
99% DE L'HUMANITÉ EN OTAGE ?! - Marek Hudon | LIMIT

99% DE L'HUMANITÉ EN OTAGE ?! - Marek Hudon | LIMIT

LIMIT1h 3min24 avr. 2023
Une discussion approfondie sur l'économie durable, les limites planétaires et l'avenir de nos sociétés
16 chapitres
  • Présentation et parcours de Marek Hudon(0'014'23)
    Marek Hudon est chercheur spécialisé dans la microfinance, l'éthique et l'entrepreneuriat social, avec un parcours ayant débuté il y a une vingtaine d'années en Inde.
    • Comprendre les outils financiers qui permettent aux femmes exclues financièrement de sortir de la pauvreté • Étudier les innovations en termes de citoyens, coopératives, producteurs et finances alternatives • Analyser ce qui marche et ce qui ne marche pas dans ces différents modèles
    Marek combine une curiosité intellectuelle pour comprendre les sujets pertinents avec une recherche engagée auprès des acteurs de terrain qui essaient de changer les choses.
    Il cherche à discuter de l'économie et de la finance en partant d'une page blanche, dépassant l'image négative traditionnellement associée à ces domaines.
  • Les limites planétaires et sociales(4'2311'47)
    L'humanité a dépassé beaucoup de limites planétaires, mais il est crucial d'associer les questions environnementales et sociales pour une compréhension complète.
    • L'augmentation de la pauvreté est un problème déjà important qui s'accentuera avec les crises futures • Les tensions sociales vont s'intensifier, notamment avec la crise énergétique • Montée des problèmes de santé mentale et burn-out dans les organisations
    Les systèmes publics comme l'hôpital, l'enseignement et les soins de santé se dégradent progressivement, créant un risque d'accès réservé aux plus aisés.
    Il faut identifier les solutions avec les citoyens et les organisations plutôt que d'imposer des analyses de haut en bas.
  • Économie et finance : définitions et paradoxes(11'4713'46)
    L'économie est l'ensemble des échanges entre agents ou acteurs économiques, incluant à la fois les échanges marchands et non-marchands.
    La finance permet de financer les activités économiques par la dette, l'épargne collective, les coopératives avec le principe un membre une voix.
    • Les activités économiques créent une pression énorme sur les ressources • Génération de déchets massifs et émissions de gaz à effet de serre • Pollutions des sols et des eaux, effondrement de la biodiversité
    Le mot durable est galvaudé et associé au développement durable, qui pose la question d'une possible croissance infinie sur une planète finie.
  • Économie durable et modèles alternatifs(13'4620'56)
    Une économie durable contribue aux dimensions environnementale et sociale en permettant l'avancement vers plus de bien-être sans séparer ces dimensions en trois piliers.
    • Passage d'une économie linéaire à une économie circulaire avec réutilisation et réparation • Conception de produits durables dès le départ plutôt que correction a posteriori • Réduction des activités ayant un impact négatif sur l'environnement et la société
    Les incitants économiques favorisent l'extraction et la consommation neuve, avec des téléphones fermés impossibles à réparer et plus coûteux à réparer qu'à remplacer.
    Les produits durables et réparables peuvent être très coûteux, créant un risque de système réservé à une élite plutôt qu'accessible à tous.
  • Économie circulaire : limites et réalités(20'5623'59)
    L'économie circulaire telle que vendue par la Commission Européenne ressemble à une arnaque car elle se limite souvent au simple recyclage au lieu d'une véritable circularité.
    • Différents degrés de circularité existent selon l'échelle de Lansing • Recyclage : approche minimale, souvent exportée vers pays du Sud • Conception pour durabilité : approche ambitieuse, peu mise en œuvre actuellement
    Récupérer les matériaux dispersés dans les produits complexes demande beaucoup d'énergie, ce qui peut être plus coûteux que les incitants créés par la rareté future.
    Comparaison avec un ballon de confettis : sans aspirateur (énergie), il faut envoyer des gens récupérer manuellement, ce qui est inefficace et coûteux.
  • Fiscalité, concurrence et course vers le bas(23'5927'00)
    • Des entreprises multinationales payent seulement 1% d'impôts en Belgique • Concurrence déloyale avec les petites entreprises et coopératives qui payent bien plus • Kérosène non taxé, contrairement à d'autres modes de transport
    Les États se font concurrence pour attirer les multinationales avec des avantages fiscaux, ce qui crée une course vers le bas en matière de normes sociales et environnementales.
    Systèmes comme le ruling permettent aux entreprises de négocier leur taux d'imposition, favorisant les grands groupes par rapport aux PME.
    Un accord sur une taxation minimale mondiale des entreprises représente un progrès, même s'il reste insuffisant pour stopper complètement l'évasion fiscale.
  • Vision cyberpunk et concentration du pouvoir(27'0028'50)
    La société actuelle ressemble à la vision cyberpunk des années 80 avec des corporations surpuissantes plus influentes que les États.
    • Addiction aux plateformes de streaming (Netflix, Disney+, Twitch) • Système de distraction massive maintenant les gens dans la passivité • Divertissement omniprésent comme dans la Matrice du cyberpunk
    Les corporations gèrent l'industrie pharmaceutique, l'alimentation et le divertissement tandis que les populations vivent dans la pauvreté.
    Malgré la prise de conscience des étudiants en économie sur ces enjeux, beaucoup finissent à Wall Street ou dans des grandes corporations perpétuant ce système.
  • Enseignement de l'économie et espoir générationnel(28'5031'32)
    • Cours d'innovation sociale pointant vers des solutions plutôt que les problèmes • Finance durable et éthique des affaires pour débats critiques • Stimulation de la pensée critique avec les étudiants
    Même face à un monde difficile, il faut garder l'espoir et montrer que le changement est possible pour que les jeunes aient une motivation.
    La flamme n'est pas une illusion mais reconnait que nous avons dépassé de nombreux seuils climatiques et que nous sommes trop loin pour une situation rassurante.
    L'action est nécessaire pour éviter le pire et trouver un modèle dans lequel nos enfants et nous-mêmes pouvons nous épanouir.
  • L'exemple Newbi et les difficultés de l'action(31'3237'01)
    Newbi a rassemblé exceptionnellement 100 000 personnes pour créer une banque durable par financement participatif, chose remarquable au niveau européen.
    • Difficulté de combiner une logique sociétale sans fossiles avec une réalité économique viable • Temps long pour développer des produits financiers cohérents vs rapidité du marché • Communication insuffisante lors des évolutions stratégiques
    L'exemple montre la difficulté d'action collective cohérente, mais ne signifie pas que d'autres coopératives et projets similaires ne peuvent pas fonctionner.
    • Triodos avec ses activités en Belgique et ses principes de durabilité • Crédit coopératif comme exemple historique d'économie sociale fonctionnelle
  • Sortie des énergies fossiles : trajectoire et urgence(37'0140'00)
    Sans investissements dans les fossiles, l'ensemble du système bancaire s'effondrerait car les fossiles représentent 80-90% des actifs des banques classiques.
    La sortie des fossiles est possible mais elle dépend d'une volonté politique et entrepreneuriale actuellement insuffisante pour une transition rapide.
    Une trajectoire doit être alignée avec l'urgence climatique et très rapide, nécessitant une réflexion sur les équilibres entre transition et effondrement.
    Si toutes les banques arrêtaient demain les fossiles, le système s'effondrerait, donc une transition planifiée mais rapide est nécessaire.
  • Décroissance et modèles économiques alternatifs(40'0043'00)
    La décroissance, autrefois marginale, devient progressivement mainstream dans les débats académiques et économiques depuis les années 2000.
    • Décroissance ne signifie pas récession complète • Certains secteurs doivent croître : ONG environnementales, boulangers décarbonés • Question du PIB versus réduction de certaines activités nuisibles
    Au-delà de l'innovation, il faut accepter l'exnovation, c'est-à-dire sortir de certaines activités ayant un impact négatif.
    La plupart des experts et scientifiques qui traitent la question climatique reconnaissent qu'une réduction du PIB semble inévitable pour respecter les limites planétaires.
  • Au-delà du PIB : vers de nouveaux indicateurs(43'0047'00)
    Le PIB est un indicateur simple, rassurant et bien établi culturellement qui guide les politiques économiques malgré ses limitations.
    • Bien-être des populations • Empreinte écologique • Équité sociale et distribution des richesses • Santé mentale et qualité de vie
    Un discours complexe incluant plusieurs dimensions est plus difficile à communiquer qu'un indicateur unique rassurant, même si le premier est plus véridique.
    Certains pays ont tenté de sortir du PIB comme modèle unique, montrant qu'une alternative est possible mais rencontre des défis géopolitiques et commerciaux.
  • Repenser l'entreprise et le profit(47'0050'00)
    Les entreprises capitalistes sont conçues pour générer des profits pour les actionnaires, avec des dirigeants nommés pour atteindre cet objectif.
    • La Responsabilité Sociale des Entreprises est souhaitable mais insuffisante • Elle crée une séparation entre profit (priorité) et impact social/environnemental (secondaire) • Risque de greenwashing sans changement structurel
    Il faut repenser les modèles d'entreprise pour que les dimensions sociétales deviennent centrales et non optionnelles, faisant partie de la raison d'être.
    Des chercheurs comme Isabelle Ferreras à l'UCL travaillent sur la redéfinition de la finalité des entreprises et de leurs modèles économiques.
  • Inégalités et reproduction sociale(50'0055'01)
    L'ascenseur social existe mais n'est absolument pas possible pour tout le monde, contrairement au discours politique dominant.
    • Frais d'inscription à l'université (800€ en Belgique) excluent une part de la population • Enfants de familles aisées surreprésentés dans l'enseignement supérieur • Reproduction intergénérationnelle des inégalités
    Les exemples de réussite individuelle (Michael Jordan, Kanye West, Mbappé) sont utilisés pour masquer les inégalités structurelles.
    Accepter la pauvreté croissante et l'inégalité crée le risque de tensions sociales graves où les gens chercheront des boucs émissaires.
  • Jeunesse, changement et action collective(55'0159'00)
    La jeunesse prend conscience que le système doit bouger et elle bouge effectivement, changeant les lignes dans les organisations et entreprises.
    • Les jeunes employés exigent un environnement de travail cohérent avec leurs valeurs • Si les entreprises n'offrent pas cette cohérence, les talents partent • Nécessité pour les patrons d'innover dans leurs modèles de gestion
    Certains acteurs sont dans des cages dorées et refusent de sortir de leur zone de confort malgré la conscience des problèmes.
    • Exemples comme le projet Ma Ferme combinant ferme, microbrasserie, coworking et école • Tiers-lieux fonctionnant sur l'action collective et l'interdépendance • Multiplication de ces initiatives peut créer le changement de masse
  • Refondation philosophique et raison d'être(59'0063'41)
    Le changement doit passer par une refondation de la manière dont on se voit dans le monde et de la raison d'être de l'entreprise.
    • À quel point accepte-t-on l'écart entre le monde qu'on voudrait et ce qu'on fait? • Question de la relation à l'argent et du point de saturation • À partir de quand arrête-t-on de vouloir plus pour mettre d'autres objectifs?
    Au-delà des changements individuels, une régulation des comportements économiques problématiques est indispensable.
    Le conseil final est de privilégier l'action collective car c'est par là que le véritable changement peut advenir.