TALK/COMMENT ÊTRE BIEN DANS LE FUTUR ? - Timothée Parrique | LIMIT #BeyondGrowth
COMMENT ÊTRE BIEN DANS LE FUTUR ? - Timothée Parrique | LIMIT #BeyondGrowth

COMMENT ÊTRE BIEN DANS LE FUTUR ? - Timothée Parrique | LIMIT #BeyondGrowth

LIMIT33 min16 mai 2023
Conférence sur la décroissance et l'au-delà de la croissance économique au Parlement européen
14 chapitres
  • Ouverture de la conférence Beyond Growth(0'002'21)
    La présidente du Parlement européen et la présidence de la Commission européenne ouvrent la plénière d'une conférence sur la décroissance au Parlement européen, ce qui est très rare et inédit.
    Bienvenue sur LIMIT, une chaîne qui parle des limites planétaires. Les sujets discutés représentent votre avenir.
    C'est la deuxième édition de cette conférence. La première en 2018 avait 400 personnes et était passée sous le radar des médias.
    Il y a une pression importante pour faire passer un message ultra important en trois jours, concernant des sujets qu'on n'a pas réussi à faire passer en 2018.
  • Critique du Green Deal et du discours pro-croissance(2'214'18)
    La présidente du Parlement européen Roberta Metzola présente le Pacte vert européen de manière réchauffée alors qu'il a été implémenté en 2019, soit plus de 4 ans avant la conférence.
    Il y a une ironie du live stream : Roberta Metzola promeut la croissance économique sous une affiche 'Beyond Growth', malgré le contexte de la conférence critiquant cette obsession.
    Une vidéo critique du Green Deal existe, où Timothée montre ce qui ne fonctionne pas dans ce dispositif, bien qu'il ait été sponsorisé par la Commission européenne.
    L'idéologie dominante considère la croissance du PIB comme condition sine qua non pour faire fonctionner les sociétés modernes, indépendamment des enjeux sociaux, culturels ou écologiques.
  • Le découplage carbone : mythe et réalité(4'186'54)
    Des données de Our World in Data montrent que certains pays ont augmenté leur PIB tout en baissant les émissions de gaz à effet de serre, un argument souvent utilisé pour défendre la croissance verte.
    • Le rythme de réduction des émissions est insuffisant comparé aux objectifs climatiques • Aucun de ces pays n'a réussi à réduire rapidement les émissions comme nécessaire • La réduction serait plus facile avec sobriété et décroissance parallèles
    Le graphique montre uniquement le carbone, mais une économie soutenable doit respecter toutes les limites planétaires : eau, sols, biodiversité, empreinte matérielle.
    Les pays riches ont décarbonné partiellement en exportant leurs industries les plus polluantes dans d'autres pays aux mélanges énergétiques plus carbonés, ce qui augmente en réalité les émissions globales.
  • Émissions territoriales vs empreinte carbone(6'548'25)
    Les baisses des émissions territoriales sont toujours plus importantes que les baisses des émissions en empreinte, car les pays riches exportent les productions polluantes.
    L'empreinte carbone importée représente 51% de l'empreinte carbone totale de la France, ce qu'on ignore souvent dans les engagements climatiques.
    Réduire les émissions importées ne peut pas être décidé unilatéralement en demandant à d'autres pays de produire différemment.
    Agir sur la demande en arrêtant de consommer certains produits est une politique beaucoup plus rapide et efficace que d'attendre une transformation de la production elsewhere.
  • Le tabou du mot 'décroissance'(8'259'55)
    Le mot 'décroissance' n'a pas été prononcé une seule fois lors de la plénière, même par Jason Hickel qui est l'un des plus actifs académiquement sur le sujet.
    Le mot décroissance a trop d'associations négatives autour de la récession, de crises économiques et du retour au Moyen-Âge, ce qui rend son adoption difficile politiquement.
    Philippe Lambert a expliqué qu'appeler Beyond Growth 'décroissance' ne serait pas passé au départ, trop de craintes dans les perceptions négatives.
    Timothée affirme qu'il prononcera le mot 'décroissance' directement en plénière, puisque tout le monde est présent et qu'il ne voit pas pourquoi il faudrait l'éviter.
  • Popularité croissante du concept(9'5513'00)
    • Le terme 'décroissance' monte en popularité dans les livres publiés, articles et vidéos • L'usage du terme sur Google augmente régulièrement • Les pages Wikipedia en français et anglais se développent
    Un médecin spécialiste de l'obésité traiterait un patient en surpoids en lui recommandant de perdre du poids, pas d'appeler ça 'une autre forme d'obésité' ou 'une obésité verte'.
    Appeler un chat un chat aide à identifier les choses clairement et à discuter des politiques spécifiques et des actions concrètes.
    L'Europe n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions d'ici 2030 avec la stratégie de croissance verte, donc il faut choisir : soit abandonner l'objectif climatique, soit adopter d'autres stratégies.
  • Cadres conceptuels post-croissance(13'0015'48)
    • Décroissance : régime temporaire pour passer d'une économie en dépassement écologique • Post-croissance : économie stationnaire sans obsession de croissance • Économie du bien-être : transition vers la qualité plutôt que la quantité
    La Nouvelle-Zélande, la Finlande, l'Écosse, le Canada et l'Islande sont engagés à changer leurs indicateurs de richesse, notamment via des budgets bien-être.
    La Nouvelle-Zélande a introduit en 2019 les budgets bien-être et sélectionné 65 indicateurs de santé sociale et de soutenabilité écologique au lieu de maximiser le PIB.
    Ces pays n'ont pas pour autant réorganisé complètement leur économie : décroissance des secteurs superflus, redistribution des richesses et investissements dans les services publics universels ne sont pas encore mis en place.
  • Définir le bien-être et les besoins(15'4817'00)
    • Se loger • Se nourrir • Se protéger • Se déplacer
    Si on organise l'économie pour satisfaire les besoins insatisfaits en commençant par les priorités, le processus économique n'est plus une flèche exponentielle sans limite mais un parcours d'adaptation.
    La croissance devient une phase temporaire d'adaptation pour développer les capacités productives, suivie d'une phase de stabilisation et reproduction visant à maintenir le bien-être.
    Le bien-être est contextuel et changeant, nécessitant des forums démocratiques pour le définir localement, plutôt qu'une maximisation universelle des volumes économiques.
  • Démocratie participative pour le bien-être(17'0019'50)
    À l'échelle d'une municipalité, les citoyens se réunissent en convention pour identifier les besoins du territoire et hiérarchiser les priorités comme les pistes cyclables ou les équipements culturels.
    • Budget carbone annuel • Budget d'artificialisation des sols • Limites de biocapacité • Alignement avec les limites planétaires
    Monnaies locales, coopératives, entreprises à lucrativité limitée, référendums d'initiatives citoyennes pour des conventions nationales de bien-être définissant de nouveaux indicateurs.
    Il faut changer à la fois le logiciel de gouvernance et le hardware des structures économiques pour vraiment réorganiser l'économie autour du bien-être plutôt que du profit.
  • Réception du livre 'Ralentir ou périr'(19'5023'18)
    Le livre 'Ralentir ou périr : l'économie de la décroissance' publié le 16 septembre 2022 a bien marché avec plus de 30 000 ventes et a généré près de 300 événements.
    Timothée a présenté aux côtés d'entreprises, municipalités, associations, écoles et lycées pour expliquer les concepts et la science sur le sujet.
    Aucune critique majeure n'a été reçue malgré les attentes d'une opposition forte, ce qui est surprenant pour une idée radicale.
    Même des capitalistes, entrepreneurs et économistes néoclassiques ont reconnu qu'ils ne pouvaient pas réfuter le contenu du livre et ont dû changer d'avis.
  • Obstacles à la transition(23'1826'49)
    La salle d'attente du changement : depuis 1972, des militants attendent le changement systémique depuis 50 ans sans transformation majeure.
    • Publicités omniprésentes pour la consommation (avions, 4x4) • Système automatisé qui se reproduit indépendamment des intentions individuelles • Chacun se sent sans pouvoir d'action face au système
    Les intellectuels publics et économistes reconnus refusent d'engager un vrai débat sur la décroissance, utilisant des arguments de mauvaise foi plutôt que des réfutations sérieuses.
    PDG, consommateurs, citoyens se renvoient la balle : chacun prétend que ce n'est pas à lui de décider, créant une inaction collective prolongée.
  • Raisons d'espérer et mobilisation(26'4930'06)
    • Militants qui bloquent des routes, se collent à des voitures • Pénétration dans des mines, sabotage de tableaux • Blocages de distributeurs et tactiques innovantes de prise de conscience
    Ces actions montrent une recherche et développement ambitieuse au niveau sociétal, comparable aux investissements des entreprises en innovation, mais orientée vers la transition.
    • Augmentation exponentielle des articles académiques depuis 2018 • Environ 700 articles publiés jusqu'à présent, plus qu'au cours des 16 années précédentes • Centaines d'étudiants faisant de la recherche action collaborative avec les mouvements
    Les rôles se brouillent : scientifiques et militants travaillent ensemble, unissant la théorie et l'action de façon inédite et créative.
  • Message aux spectateurs et gestion émotionnelle(30'0633'17)
    Apprendre sur les limites planétaires et le changement climatique crée une éco-anxiété intense mais aussi une dynamique créative utile à canaliser.
    • Publicités pour avions et voyages • Rapports du GIEC détaillant les risques • Conscience de la destruction mondiale potentielle • Souffleurs de feuilles symbolisant l'omniprésence du problème
    La pédagogie des catastrophes projette vers la falaise pour identifier les solutions et retrouver de l'énergie créative plutôt que la paralysie.
    Imaginer une société meilleure sans croissance, avec bien-être, égalité et convivialité, puis revenir au présent avec cette vision donne de l'énergie pour agir.
  • Conclusion et perspectives(33'1733'49)
    Merci Tim pour ce très bon moment, c'est un vrai plaisir comme d'habitude malgré les contraintes du programme de la conférence Beyond Growth.
    Les créateurs espèrent se revoir dans quelques mois pour continuer les discussions sur ces sujets fondamentaux.
    Message à tous les spectateurs qui parcourent la chaîne LIMIT et doivent affronter le même syndrome du contraste entre ce qu'ils apprennent et la réalité consumériste.
    À bientôt sur LIMIT pour d'autres explorations des limites planétaires et des solutions possibles.