
LA MORT DE LA VOITURE ET L'AVIATION ?! - Aurélien Bigo | LIMIT
23 chapitres
- Introduction et contexte des transportsPrésentationAurélien Bigo est chercheur sur la transition énergétique des transports et a réalisé une thèse sur ce sujet, notamment sur le périmètre de la France.Enjeux majeurs• Transition climatique et énergétique • Enjeux de sobriété et leviers technologiques • Diversité des modes de transportImaginaire collectifDepuis longtemps, on imagine les voitures du futur comme des véhicules volants, alors que la réalité de la transition énergétique prend des chemins différents.Contexte belgeLa Belgique entretient une relation très importante avec la voiture thermique, ce qui rend difficile la vie de famille sans véhicule dans certaines régions.
- Évolution historique des modes de transportConstante humaineDepuis deux siècles, malgré l'évolution des modes de transport, les gens se déplacent toujours en moyenne une heure par jour et effectuent 3 à 4 trajets quotidiens.Multiplicité des vitessesPassage de la marche à pied (4 km/h) à la voiture (environ 10-12 fois plus rapide), permettant de parcourir des distances beaucoup plus grandes dans le même laps de temps.Étalement territorial• Augmentation des distances domicile-travail • Vacances à plus longues distances • Diversification des lieux d'activitéModes progressifs• Transport attelé (longue distance) • Ferroviaire (fin 19e siècle) • Véhicules routiers motorisés et vélo • Transport aérien en croissance constante
- Dominance de la voiture dans les mobilités actuellesRépartition actuelle• La voiture représente environ 60-66% des trajets et du temps de transport • La marche à pied compte pour 20% des trajets en France • L'avion représente une très faible part des trajets (0,1%) mais des distances énormesInégalités de pratiquesÀ Bruxelles, entre 40 et 50% des gens utilisent leur voiture pour des trajets de moins de quelques kilomètres, souvent uniquement pour aller faire les courses près de chez eux.Stabilité depuis 2000En France, les usages de la voiture sont plutôt stables depuis le début des années 2000, car plus de 80% des ménages possèdent déjà une voiture.Constante de ZahaviDes recherches depuis les années 1970 montrent que diverses civilisations et pays maintiennent une durée moyenne de déplacement d'environ une heure par jour, appelée la constante de Zahavi.
- Voiture électrique vs thermique : analyse climatiqueRéduction d'émissionsEn France, passer à l'électrique divise par 3 les émissions de CO2 sur l'ensemble du cycle de vie comparé au thermique.Production vs utilisation• Émissions plus fortes à la production de la voiture électrique (batterie plus polluante) • Moteurs électriques plus efficaces en utilisation • Électricité généralement moins carbonée que le pétroleAvantage électriqueDans l'immense majorité des pays, même ceux très dépendants du charbon, passer à l'électrique est déjà meilleur que de rester au thermique aujourd'hui.Perspective futureÀ mesure que les mix énergétiques s'améliorent avec plus d'énergies bas carbone, l'avantage de l'électrique se renforce.
- Contraintes de ressources et batterieLimites métalliques• À court terme, il existe déjà des contraintes sur certains métaux • Les prix des matières premières ont augmenté ces dernières années • En 2022, le prix des batteries a remonté après des années de baisseEfficacité énergétiqueAvec 100 kWh de batterie, on peut produire un gros SUV électrique OU deux petites voitures citadines type Renault Zoé OU 16 mini voitures de moins de 500 kg.Sobriété possibleDes vélos électriques pourraient utiliser les mêmes batteries : 100 kWh permettraient de produire 250 vélos assistance électrique pour 250 personnes au lieu d'une seule dans un pick-up.Marges d'améliorationIl existe une importante marge de sobriété en passant à des véhicules plus légers et plus efficaces énergétiquement.
- Enjeux sociaux et accessibilité des véhiculesStratégie constructeurs• Les constructeurs privilégient des modèles plus lourds et sophistiqués • Plus de marge bénéficiaire mais moins de véhicules vendus • Véhicules de plus en plus chers et moins accessiblesInégalités croissantesLe marché neuf est désormais dominé par des gros véhicules coûteux, ce qui rend le marché de l'occasion aussi cher et inaccessible aux plus modestes.Coût du cycle de vieLes voitures électriques sont déjà moins chères sur l'ensemble du cycle de vie que les thermiques (3-4 fois moins cher à l'usage), mais le coût d'achat reste un obstacle.Retour à l'inégalitéLa situation redevient similaire aux débuts de l'automobile : seule la population aisée peut se permettre d'accéder aux véhicules neufs.
- Imaginaire publicitaire et vision de la mobilitéPublicité dominanteLes publicités montrent la voiture comme la liberté et le plaisir de conduire, alors que la réalité est souvent des embouteillages avec des personnes seules dans leur véhicule.Besoin réelLe vrai besoin est de se déplacer et d'accéder à des services, pas nécessairement via la voiture qui est un moyen parmi d'autres.Aménagement territorialMettre les services à proximité des gens (commerces, travail) est plus important que de disposer d'un mode de transport rapide pour de longues distances.Techno-solutionnismeLa vision dominante de la transition repose sur la croyance que la technologie seule (voitures électriques, avions verts) suffira à résoudre les problèmes climatiques et environnementaux.
- Greenwashing et insuffisance technologiqueVision partagéeL'imaginaire collectif pense que switcher toutes les voitures thermiques à l'électrique suffira à résoudre le problème climatique.Réalité insuffisanteEn France en 2022, les voitures électriques représentent 13% des ventes mais moins de 2% du parc total, ce qui ne crée pratiquement aucune baisse d'émissions immédiate.Délai technologique• La technologie arrive trop tard pour résoudre les enjeux climatiques à court terme • Les baisses d'émissions nécessaires doivent se faire maintenant ou demain • La sobriété est indispensable en complémentCommunication compliceQualifier la voiture électrique de 'propre' ou 'zéro émission' est du greenwashing qui occulte les nombreux autres impacts de la voiture sur la société.
- Aviation et transport aérien en croissanceStatistiques mondiales• Environ 20% de la population mondiale a déjà pris l'avion • Seulement 11% ont volé en 2018 • Seul 4% utilise l'avion pour les vols internationauxInégalités drastiquesPlus de 50% des émissions du transport aérien sont responsables par seulement 1% de la population mondiale.Impact des richesLe 1% des ménages européens les plus aisés génère 22,6 tonnes d'équivalent CO2 par personne et par an rien qu'avec leurs trajets aériens.Effort de décarbonationLes plus riches doivent faire les efforts les plus importants pour atteindre les objectifs climatiques, pas les plus pauvres.
- Hydrogène : solution technologique ou mirageProduction réelle97,5% de l'hydrogène est actuellement produit sans énergies renouvelables, ce qui limite son intérêt climatique immédiat.Coûts futursMême si l'avion hydrogène devenait techniquement possible, son coût serait immense, réservant ce mode à une élite.Récit technologiqueLe discours sur l'hydrogène et l'avion vert sert à justifier l'inaction sur d'autres aspects de la transition en faisant croire que la technologie sauvera tout.Illusion dangereuseCette communication crée une fausse impression que les problèmes climatiques seront résolus, permettant aux acteurs économiques et politiques de ne rien changer vraiment.
- Limitations technologiques de l'aviation hydrogèneDéfis techniques• Airbus a développé un moteur hydrogène avec 2000 nautiques d'autonomie, soit environ la moitié d'un Paris-New York • L'hydrogène liquéfié nécessite 3-4 fois plus de volume que le kérosène • L'hydrogène doit être refroidi à moins 253 degrés, consommant beaucoup d'énergieCalendrier difficileLes premiers avions hydrogène commercialisés ne sont attendus qu'aux alentours de 2035, uniquement pour les courtes distances.Limitation duréeL'hydrogène ne convient pas pour les longs courriers en raison des contraintes de stockage et de densité énergétique.Opportunité valideDévelopper l'avion hydrogène est une bonne chose, mais pas comme solution magique pour justifier l'inaction sur la sobriété.
- Politique énergétique et blocages systémiquesPriorités industriellesLes politiques de transports sont guidées par les enjeux économiques et industriels plutôt que par les enjeux environnementaux et sociaux.Exemple françaisLes communications politiques sur la voiture électrique mettent l'accent sur les emplois industriels et les giga factories plutôt que sur la transformation des usages.Absence de débatIl n'y a pas de discussion publique sur les usages réels, la transformation de la mobilité ou les véritables impacts de la voiture sur la société.Discours rassurantAffirmer que la technologie sauvera tout permet aux décideurs d'éviter de proposer de vrais changements de comportement et d'aménagement du territoire.
- Enjeux oubliés et multidimensionnalitéAu-delà du climat• Pollution de l'air et émissions de particules fines • Pollution sonore et impacts sur la santé • Consommation excessive d'espace public • Sédentarité et inactivité physiqueProblèmes immuablesLa voiture électrique ne résout pas les enjeux de congestion, de consommation d'espace, d'accidentalité routière ou de manque d'activité physique.Coûts persistantsLa voiture reste chère à l'usage (achat, assurance, péages, stationnement), avec un coût total similaire entre électrique et thermique.Questions d'équitéQui aura droit à quelle mobilité ? Comment répartir les ressources limitées ? Ces questions fondamentales ne sont pas soulevées par les politiques actuelles.
- Sobriété comme levier principalRépartition équitableIl faut discuter de qui bénéficiera des ressources limitées : une personne avec un SUV électrique ou plusieurs avec des vélos électriques.Débat public nécessaireLa question 'voiture électrique pour qui et pourquoi' devrait être au cœur du débat public, non pas en tant que dictature mais comme nécessité face aux ressources limitées.Réallocation des ressourcesActuellement, c'est le marché qui répartit les ressources selon la capacité à payer, ce qui crée naturellement de l'inégalité.Imperratif climatiqueLes budgets carbone étant limités, les choix de répartition sont inévitables pour atteindre les objectifs climatiques.
- Le vélo : renaissance et accessibilitéBénéfices collectifsLe plaisir de dépasser les voitures en embouteillage sur un vélo, l'amélioration de la santé, et une réelle liberté de mouvement.Tendance positiveÉmergence des vélos cargo et reconnaissance du vélo comme vrai mode de transport, non plus comme gadget.Problème de prixLes vélos cargo haut de gamme coûtent 5-6000 euros, ce qui les rend inaccessibles pour les ménages non motorisés qui pourraient en bénéficier.Solutions d'aideDes aides publiques ciblées pour les plus modestes sont nécessaires pour rendre le vélo accessible comme alternative à la voiture.
- Vision d'une ville transformée en 2050Organisation urbaine• Création de pôles avec plus de proximité • Services et commerces accessibles à pied ou à vélo • Réduction des distances moyennes à parcourirModes de transport• Augmentation des trajets à pied et à vélo • Expansion des transports en commun • Diversification des véhicules intermédiaires entre vélo et voitureEspace public réclaméRééquilibrage majeur avec moins d'espace pour la voiture, plus de végétalisation, de lieux de rencontre, et d'espace pour les piétons et cyclistes.Bénéfices multiples• Zéro émission pétrolière dans les villes • Environnement plus silencieux • Moins d'accidents routiers • Plus d'activité physique et meilleure santé
- Véhicules intermédiaires et mobilités diversifiéesDiversification importante• Vélos assistance électrique pour plus de confort • Vélos cargo pour transporter enfants et charges • Vélos adaptés aux personnes à mobilité réduite • Vélos pliants pour intermodalité avec transports en communVéhicules carénésVélos-voiture protégés des intempéries, aérodynamiques et très efficaces énergétiquement pour les trajets urbains.Persistance limitée de la voitureLes voitures seraient toujours présentes mais en nombre réduit, réservées aux usages qui ne peuvent pas faire autrement (ambulances, transports spécialisés).MotorisationEnsemble de la flotte majoritairement électrique, avec co-bénéfices sur la qualité de l'air et la réduction des nuisances sonores.
- Territoires périurbains et ruraux : solutions adaptéesEnjeux spécifiquesLes zones peu denses ont une dépendance à la voiture très forte, ce qui nécessite des solutions différentes de celles des villes.Transport structurant• Axes de transports en commun (train, bus) reliant les zones rurales aux villes • Amélioration des lignes entre les pôles d'activité • Alternatives à la voiture pour les zones peu densesVéhicules légers alternatifsDéveloppement de véhicules intermédiaires entre vélo et voiture, adapté aux zones rurales où la voiture est réellement indispensable aujourd'hui.CovoituragePour les trajets vraiment individuels en zone peu dense, mieux remplir les voitures via le covoiturage plutôt que d'augmenter le nombre de véhicules.
- Fret et alimentation : transition énergétiqueZones urbainesMajorité électrique pour les camions de livraison, avec transition vers les vélos cargo pour les derniers kilomètres.Approche logistique• Dépôts périphériques pour redistribution urbaine • Vélos cargo et petits véhicules électriques pour la dernière livraison • Réduction de la congestion liée aux livraisonsLongue distancePour les très longs trajets de marchandises, plusieurs technologies en concurrence : électrique sur batterie, autoroutes électriques avec caténaires, hydrogène ou biocarburants.Ressources limitéesQuestion de répartition : réserver les biocarburants rares pour l'aviation plutôt que pour les camions où l'électrique est possible.
- Options technologiques pour le transport routier longue distanceÉlectrique batterieSolution la plus efficace énergétiquement et immédiatement disponible, limitée par l'autonomie sur très longue distance.Autoroutes électriques• Caténaires (comme les trains) permettant une recharge en roulant • Technologie par induction alternative • Réduit le besoin de batterie massiveHydrogèneÀ moyen-long terme, potentiellement une partie de la solution en complément de l'électrique, mais actuellement très carboné (97,5% produit sans ENR).Biocarburants• Ressources très limitées et en concurrence avec autres usages • Biocarburants première génération problématiques (déforestation) • Privilégier seconde génération (résidus, déchets)
- Répartition des ressources : enjeu fondamentalBiomasse limitéeLes ressources en biomasse sont finies et en concurrence entre chauffage, construction bois, alimentation, et carburants.Priorités de secteur• Alimentation et biodiversité prioritaires • Aviation manquant d'alternatives technologiques • Transports routiers pouvant utiliser l'électriqueChoix géopolitiquesQuestion de savoir qui aura accès à ces ressources limitées, entre les pays, entre les secteurs, entre les individus selon leurs besoins réels.Système marchand problématiqueLaisser uniquement le marché répartir les ressources crée inévitablement de l'inégalité et des usages non-optimaux pour la société.
- Conseil principal pour la transition énergétiqueLevier manquantLe levier de sobriété est insuffisamment mobilisé au comparé au techno-solutionnisme, créant un déséquilibre dangereux dans les politiques de transition.Repenser global• Comment organiser nos déplacements • Comment aménager le territoire • Quels modes de transport utiliser • Comment changer les imaginaires de mobilitéPlace de la technologieLa technologie doit être au service de modes de transport sobres, pas l'inverse. Elle n'est qu'un outil, pas la solution miracle.Approche combinéeCoupler sobriété et technologie pour réduire globalement les impacts des transports : ressources, climat, pollution, santé, inégalités sociales.
- Conclusion et appel à actionRésuméLes transports dépendent du pétrole, l'accès à l'électrique reste inégalitaire, et il n'y a pas de vrai débat public sur l'usage réel de la voiture électrique.Réalité actuelleOn remplace simplement la voiture thermique par la voiture électrique sans changer les usages ni l'aménagement du territoire, ce que Aurélien appelle du 'business as usual'.Priorité urgentLe vélo et les modes actifs sont essentiels et souvent oubliés de la communication politique, malgré leur efficacité énergétique et sociale.Engagement demandéIl est temps d'affronter franchement les questions de répartition des ressources et de sobriété plutôt que d'espérer que la technologie résoudra tout.





