TALK/REGARDER LA RÉALITÉ EN FACE - Vincent Mignerot | LIMIT #transition #energie #effondrement
REGARDER LA RÉALITÉ EN FACE - Vincent Mignerot | LIMIT #transition #energie #effondrement

REGARDER LA RÉALITÉ EN FACE - Vincent Mignerot | LIMIT #transition #energie #effondrement

LIMIT2h 3min8 janv. 2023
Regarder la réalité en face
22 chapitres
  • Introduction et présentation(0'002'51)
    Premier talk en public de la chaîne LIMIT avec Vincent Mignerot, présenté comme le 'boss final' capable de relier tous les points de la problématique climatique et énergétique.
    Comprendre d'où vient l'humanité, où elle se trouve actuellement et quels sont les futurs possibles. Invitation à commenter, s'abonner et échanger sur des sujets difficiles.
    Vincent affirme aller bien malgré 25 ans à traiter de questions d'effondrement et de finitude. Il a appris à absorber et adapter cette réalité depuis l'adolescence.
    • Impossibilité de discuter ces sujets en classe ou sur les réseaux sociaux sans être pris pour un fou • Ces thèmes ne font pas partie du paradigme dominant • Besoin collectif de libération et d'expression sur ces questions taboues
  • La vie et l'auto-organisation naturelle(2'516'47)
    Depuis l'histoire de la vie sur Terre, aucun être vivant n'a protégé son milieu. Tous consomment des ressources et de l'énergie pour assurer leur survie, ce qui abîme le milieu.
    Le vivant s'est complexifié par coévolution et autorégulation. Les organismes ont appris à vivre ensemble en régulant leur consommation mutuelle, créant une forme d'équilibration naturelle.
    La vie n'a pas d'objectif d'aboutir aux humains. Elle s'auto-organise simplement où il y a de l'énergie disponible pour créer de la complexité avec les ressources existantes.
    • Les humains ont développé une capacité exceptionnelle à coopérer • Ont appris à dépasser les cliquets malthusiens (limites environnementales) • Ont créé une dérégulation du rapport entre eux et leur milieu
  • Les cliquets malthusiens et l'agriculture(6'479'15)
    Les chasseurs-cueilleurs avaient une population limitée par leur capacité technique à capturer de l'énergie. Un problème climatique ou la disparition de proies forçait des sacrifices démographiques.
    L'agriculture a permis de lisser et prévoir l'approvisionnement énergétique fluctuant, levant le cliquet malthusien de l'énergie.
    La possibilité de prévoir à long terme est directement liée à la capacité de dérégulation chez l'humain, permettant la planification et le développement de sociétés complexes.
    • Augmentation de la population rendue possible par la maîtrise énergétique • Développement de techniques et d'outils plus performants • Création de sociétés thermo-industrielles dépendantes de l'anticipation
  • Le striatum et le cortex préfrontal(9'1516'01)
    Contrairement à la thèse populaire de Sébastien Bohler, ce n'est pas le striatum (zone du plaisir immédiat) qui est responsable de la destruction du milieu.
    Une connexion efficace s'est développée entre le striatum et le cortex préfrontal, permettant d'anticiper des plaisirs de long terme beaucoup plus grands que les plaisirs immédiats.
    Cette capacité à se projeter dans l'avenir a permis d'organiser des sociétés complexes avec administration, techniques et consommation d'énergie pour atteindre des objectifs collectifs à long terme.
    • C'est parce que nous sommes une espèce qui planifie que nous avons détruit notre milieu • Nous avons développé des stratégies complexes, puissantes et coopératives • Si nous suivions simplement notre striatum, nous consommerions localement sans détruire systématiquement
  • La transition énergétique et ses fondations(16'0122'51)
    La faisabilité d'une transition énergétique par substitution (éoliennes, panneaux photovoltaïques, nucléaire) n'a jamais été démontrée scientifiquement.
    Notre civilisation thermo-industrielle fonctionne entièrement sur les hydrocarbures. La transition énergétique est fondée sur des modèles et scénarios, pas sur des preuves empiriques.
    • Le pic du pétrole conventionnel était en 2008 • Le pic de tout pétrole est estimé à 2025 • La déplétion est certaine et devrait forcer une transition
    Malgré tous les efforts de transition énergétique depuis des décennies, 2022 a enregistré un record absolu des émissions de CO2, ce qui constitue un échec complet.
  • Les convertisseurs d'énergie et leurs propriétés(22'5136'29)
    Éoliennes, panneaux photovoltaïques, centrales nucléaires et centrales à charbon sont tous des convertisseurs d'énergie transformant une source en électricité.
    Les hydrocarbures sont des sources dans lesquelles on puise directement pour assurer un besoin et fabriquer les outils d'exploitation. Le vent, le soleil et l'uranium ne permettent pas cela.
    Au 12ème siècle, les sociétés pouvaient prendre la biomasse pour fabriquer un moulin qui captait le vent. Impossible de prendre le vent directement pour fabriquer le moulin.
    • On ne peut pas fabriquer une éolienne avec l'énergie du vent • On ne peut pas réparer un moulin avec l'énergie qu'il produit • Les énergies de substitution nécessitent des sources d'énergie pour leur fabrication et maintenance
  • L'erreur épistémologique quantitative(36'2931'32)
    La culture quantitative dominante a remplacé les questions qualitatives essentielles. On se demande 'combien' au lieu de 'quoi'.
    À la fin du 19ème siècle, les physiciens ont intégré les méthodes statistiques des sciences sociales pour répondre à l'incapacité à comprendre les propriétés des systèmes thermodynamiques.
    Cette épistémologie statistique substitue les questions qualitatives importantes par des comptages. Pour la transition énergétique, on compte les éoliennes au lieu de demander si une éolienne peut remplacer une centrale.
    • Bien qu'utilisée comme légume, la tomate est biologiquement un fruit • Les modèles basés sur l'usage plutôt que les propriétés intrinsèques sont faux • La transition énergétique reproduit cette erreur
  • Modèles, scénarios et réalité(31'3228'13)
    Aucun modèle ne peut être fidèle au monde réel. Le monde est trop complexe, même pour les plus intelligents chercheurs assistés par l'informatique ou l'intelligence artificielle.
    Un modèle est un récit, une histoire qu'on se raconte pour pallier l'impossibilité de comprendre le monde parfaitement. Il faut ne pas confondre la description avec une solution.
    • Tous les choix des modèles sont subjectifs selon l'humeur, les connaissances et compétences • Chaque modèle correspond à un contexte spécifique • Les hypothèses de départ déterminent le résultat final
    La transition énergétique est basée sur l'hypothèse fausse que tous les convertisseurs sont équivalents. Cet erreur fondamentale du modèle rend la transition énergétique irréalisable.
  • Le déni et la réalité(28'1345'36)
    L'humanité a un besoin viscéral de se rassurer sur l'avenir en croyant que l'intelligence humaine surmontera le problème énergétique.
    Ce que c'est en train de se passer, c'est le retour du principe de réalité dans le fonctionnement des sociétés. Les prix de l'énergie augmentent, révélant que quelque chose gratte.
    Nos sociétés vont moins bien marcher et vont manquer d'énergie pour rendre des services courants. C'est une certitude, mais comment ça s'organisera reste incertain.
    • Les sociétés s'organiseront d'autant plus mal qu'on racontera n'importe quoi aux gens • Miser sur une fausse transition énergétique empirera la situation • Il faut arrêter de mentir pour que les gens puissent s'adapter
  • Hétéronomies et liberté occidentale(45'3649'23)
    La société occidentale a cru en la liberté de façon si sincère qu'elle a développé la capacité cognitive de rejeter toutes les lois extérieures (ressources, limites physiques, hasard).
    Avec les hydrocarbures disponibles, les hétéronomies ont véritablement disparu. On a remplacé les lois physiques par des statistiques et des probabilités.
    • Les peuples chasseurs-cueilleurs avaient des récits contraignants (totems, esprits) qui imposaient des limites • Les sociétés anciennes reconnaissaient un Dieu tout-puissant s'imposant de l'extérieur • Ces systèmes intégraient naturellement les hétéronomies
    Nous ne comprenons plus qu'il y a des lois qui s'imposent de l'extérieur. Le pétrole disparaît et les ressources s'épuisent, forçant le retour obligatoire des hétéronomies.
  • Énergie de qualité décroissante(49'2351'12)
    On n'a plus du pétrole de haute qualité. Le pétrole actuel demande plus d'énergie à extraire, ce qui réduit l'énergie nette disponible pour la société.
    Des plateformes pétrolières offshore sont alimentées par des éoliennes renouvelables pour extraire plus de pétrole, révélant l'absurdité du système.
    • La Belgique consomme 4 fois plus d'énergie par hospitalisation que la moyenne mondiale • Les hopitaux au Congo consomment 50 fois moins d'énergie • Cela explique les différences d'espérance de vie
    L'agriculture moderne dépend des engrais chimiques fabriqués avec les hydrocarbures. L'alimentation, la santé et tout le confort dépendent entièrement des énergies fossiles.
  • Fin de l'humanité et effondrement(51'1256'41)
    L'humanité est enfermée dans un processus existentiel de dérégulation continue. Jamais aucun être vivant n'a protégé son milieu; c'est la nature même de la vie.
    L'humanité est l'espèce qui a le plus dérégulé son rapport au milieu, créant une période géologique potentiellement nommée 'déréguloscène' caractérisée par la destruction massive.
    Quand toutes les ressources sont consommées et le milieu très dégradé, l'espèce finit par être régulée. Ce n'est ni extraordinaire ni impensable, c'est un processus naturel.
    • Il est absolument nécessaire de penser la fin possible de l'humanité • Tout comme on doit penser la mort de ses proches et sa propre mort • Si on pense cela, on peut au moins s'organiser différemment
  • Greenwashing et collapse washing(56'4163'30)
    Pendant la croissance, les destructeurs de nature ont masqué leur destruction en verdissant l'industrie. Cette croissance permettait de maintenir la promesse que même si on détruit, on réparera.
    Maintenant que la croissance ralentit, on passe au 'collapse washing': intégrer le récit de l'effondrement tout en proposant des solutions qui maintiennent le système économique et déguisent les vrais problèmes.
    • On fabrique des éoliennes et panneaux solaires au titre de la lutte écologique • Mais ces technologies rasent l'Amazonie et déplacent des peuples autochtones • Parce que c'est 'vert', ces problèmes sont ignorés ou minimisés
    Le collapse washing masque les difficultés réelles des humains qui ne bénéficieront pas de l'énergie restante. Les technologies 'vertes' sont justifiées au titre de la résilience et non de la réduction des émissions.
  • Récits cyberpunk et avenir probable(63'3069'43)
    Les films, jeux vidéo et séries augmentent les récits post-apocalyptiques et cyberpunk (sociétés technologisées contrôlées par des entreprises, ressources épuisées, majorité en misère).
    Peuples appauvris dopés à un imaginaire merveilleux (réalité virtuelle, métaverse, jeux vidéo) tandis que les élites conservent les dernières ressources et voyagent à l'énergie 'propre'.
    • L'autodomestication de l'humanité par elle-même modifie ses fonctionnalités physiques et cérébrales • Une classe dominante stimule délibérément le striatum de la classe dominée pour l'asservir • L'élite se projette dans l'avenir tandis que le reste consomme
    Il n'y a pas une cause unique ou un coupable unique. Les élites ne sont pas responsables de tout, mais elles ont compris beaucoup de choses et se préparent (bunkers, etc).
  • Planification collective et débanking(69'4388'38)
    Maintenant qu'on comprend les manipulations, on peut se réapproprier sa capacité d'anticipation et de coopération collective au-delà de la domestication par les élites.
    • Débunker les récits de collapse washing • Débunker les fausses neurosciences (striatum) • Débunker l'hypothèse de la transition énergétique • Réconnexion à la réalité pour retrouver le pouvoir d'agir
    Si on se réapproprie ce qui est le plus difficile à vivre, nos émotions négatives ne sont pas récupérées électoralement par l'extrême droite ou les fascistes.
    • Éviter l'éclatement des sociétés devient l'objectif prioritaire • Vivre ensemble dans le déclin en connaissant les limites du possible • Créer des mondes nouveaux même dans la contraction
  • Compétition, coopération et puissance(88'3894'21)
    La compétition n'est pas le contraire de la coopération. Ce sont des stratégies différentes pour répondre au cadre inamovible de la limitation des ressources.
    • La puissance est indexée à la compétitivité et l'énergie concentrée • La concentration de puissance tend à renforcer la concentration • Ceux qui détiennent la puissance gardent l'avantage compétitif
    Le changement climatique crée une nouvelle pression compétitive globale. Les pays en développement exigent de l'énergie à la COP, ce qui maintient la dépendance aux hydrocarbures et le réchauffement.
    On a un problème dont on est responsable (climat) qui génère une pression de compétition pour tous, ce qui redéfinit la demande en puissance de façon à entretenir le problème initial.
  • Énergie infinie et bactéries(94'2176'51)
    Même avec une énergie infinie (fusion nucléaire), le problème persisterait. L'énergie illimitée permettrait une consommation encore plus massive des ressources autres.
    Quand on met des ressources illimitées dans une colonie bactérienne, elle se développe exponentiellement jusqu'à saturation du milieu, puis s'effondre brutalement.
    L'humanité reproduit le modèle bactérien. On a encore assez de pétrole pour saturer le milieu avant l'effondrement, sans besoin d'énergie infinie supplémentaire.
    • Croire qu'une centrale nucléaire peut se fabriquer et se maintenir avec sa propre énergie est un mouvement perpétuel réfuté depuis 150 ans • Les centrales requièrent une maintenance complexe avec une société tournant à 80% au pétrole • La fragilité des convertisseurs d'énergie est largement sous-évaluée
  • Questions du public et débat(76'51104'11)
    Les jeunes et travailleurs sociaux se heurtent à des difficultés pour transmettre la réalité, car les jeunes ont une vision différente basée sur les médias plutôt que sur la connaissance factuelle.
    • Le raisonnement humain ne cherche pas nécessairement la vérité collective • Il évalue plutôt le raisonnement des autres indépendamment de la réalité • C'est une stratégie évolutive de friction et débat plutôt que de solution
    Moins de faire prendre conscience que de prévenir la polarisation extrême. Si on peut encore discuter, la possibilité de transmettre le réel subsiste.
    Les message écologiques suscitent une réactance naturelle car ils semblent retirer une capacité d'agir dans un contexte déjà compétitif. Les gens se défendent emotionnellement.
  • Désobéissance civile et sens politique(104'11106'47)
    La désobéissance civile peut être justifiée si elle ne crée pas de scission sociétale et si elle est bien comprise par le reste de la population.
    Le modèle de société que la désobéissance défend doit être travaillé en amont pour ne pas être rejeté une fois le message entendu.
    • Une désobéissance qui fragilise les plus démunis peut pousser vers l'extrême droite • Elle peut renforcer les discours fascistes s'elle expose les plus vulnérables à plus de risques • Il faut éviter de créer pire comme résultat
    L'objectif est de trouver un consensus collectif sur comment vivre ensemble dans le déclin, en arrêtant la polarisation stérile qui bloque le débat.
  • Mobilité et collapse washing professionnel(106'47118'00)
    Les grandes multinationales proposent d'abord des solutions d'écomobilité (vélo, transports en commun) pour verdiren leur image tandis que les industriels de l'automobile les investissent.
    Même avec une démarche vertueuse améliorant l'impact écologique, les grands industriels atténuent l'impact réel en s'intégrant au système.
    Tout est politisé. La transition énergétique, le greenwashing et le collapse washing sont des éléments d'une stratégie systémique plutôt que de véritables solutions.
    • Débunker les mensonges et manipulations quotidiennes • Reconnaître les limites du possible • Chercher un consensus honnête plutôt que des solutions illusoires
  • Singularité écologique et religion(118'00122'58)
    Face à la singularité technologique transhumaniste (2040) et à l'effondrement prévu (2030-2040), peut émerger une 'singularité écologique' où l'humanité change de régime de croyance.
    Le retour du principe de réalité (limites physiques, finitude énergétique) pourrait imposer un nouveau régime de croyance indexé aux hétéronomies comme autrefois.
    • La réintroduction de régimes religieux pour intégrer les limites est nécessaire mais dangereuse • Un nouveau 'greenwashing religieux' pourrait émerger masquant les vrais problèmes • Exemple: justifier la domination au titre de Dieu ou de l'écologie
    • Les hétéronomies à convoquer sont les plus consensuelles scientifiquement • Thermodynamique, entropie, théorie de l'évolution font plus consensus que les définitions religieuses • C'est sur cela qu'on doit s'organiser collectivement
  • Conclusion et appel(122'58123'46)
    Les deux intervenants s'accordent sur l'importance de regarder la réalité en face comme seul moyen d'avancer ensemble, malgré les difficultés évidentes.
    Il y a de l'espoir à construire dans la reconnaissance que d'autres mondes sont possibles même dans la contraction, même si le voyage sera difficile.
    • Faire le deuil de la puissance de réparer la nature • Abandonner le fantasme de la croissance infinie • Reconnaître que la nature reprendra ses droits sans intervention humaine
    La mission essentielle est d'éviter l'éclatement des sociétés en vivant ensemble dans le déclin, en connaissant les limites du possible et en réformant ensemble plutôt que de se combattre.