TALK/IA : C'EST PIRE QUE CE QUE VOUS CROYEZ... - Théo Alves Da Costa | LIMIT
IA : C'EST PIRE QUE CE QUE VOUS CROYEZ... - Théo Alves Da Costa | LIMIT

IA : C'EST PIRE QUE CE QUE VOUS CROYEZ... - Théo Alves Da Costa | LIMIT

LIMIT1h 50min11 mai 2025
C'est pas une fatalité non plus. C'est des choix politiques qui ne sont pas faits aujourd'hui.
20 chapitres
  • Introduction et contexte de l'IA(0'002'47)
    Sam Altman, PDG d'OpenAI, demande 7000 milliards de dollars pour développer l'IA générale capable de résoudre le changement climatique et le cancer.
    LIMIT cherche à comprendre le monde à travers les limites planétaires : biodiversité, changement climatique et fonctionnement des sociétés.
    Théo Alves Da Costa est ingénieur en IA depuis 10 ans, programmeur depuis 20 ans, spécialisé dans l'application des technologies aux questions environnementales et sociales.
    Rediriger l'énergie des experts techniques vers la dénonciation des dérives de l'IA et son application à des cas intéressants pour des acteurs du changement.
  • État des lieux du numérique et des données(2'479'01)
    L'IA repose sur deux éléments : les données et les algorithmes qui les exploitent.
    • Les géants économiques utilisent données et algorithmes pour des objectifs commerciaux • Ces outils ne servent pas l'intérêt général mais le profit • Il existe une concentration du pouvoir chez quelques acteurs numériques
    L'IA n'est pas qu'une question digitale : elle détermine les prix en supermarchés, les trajets des bus, les allocations aux familles, les recommandations Netflix et Amazon.
    Depuis les années 2010, on assiste à une augmentation massive des données disponibles et de la puissance de calcul pour les traiter, transformant complètement l'économie.
  • Comprendre les limites de la prédiction par IA(9'0116'01)
    Bien que Spotify nous connaisse mieux que personne, il existe des limites à ce que les données capturent vraiment sur nos vies.
    Exemple : une jeune fille reçoit des annonces pour tests de grossesse sans être enceinte. Les algorithmes ne peuvent pas capturer la finesse psychologique réelle.
    Les IA construisent des profils partiels optimisés pour le consumérisme, pas pour une compréhension globale de l'individu.
    Le vrai danger apparaît quand plusieurs sources de données se croisent : Netflix, Google, Instagram, comportement dans les transports. Là commence une surveillance globale potentielle.
  • Philosophie et liberté face à l'IA(16'0123'52)
    Serai-je encore moi-même si une IA me comprend mieux que moi et peut prédire mes choix avant que je les fasse ?
    Peut-être que nos choix ne sont déjà plus les nôtres : tout est suggestion, influence, manipulation subtile par les recommandations.
    Depuis l'animisme jusqu'à aujourd'hui, le monde s'est progressivement uniformisé. L'IA et les données en sont la dernière étape : une culture humaine standardisée.
    Les CEO de la Silicon Valley croient que cette IA générale résoudra les crises climatiques et pourra arrêter les guerres, mais c'est avant tout une vente de rêve.
  • Modèles d'IA et innovation technique(23'5231'45)
    Avant, il fallait montrer 1000 exemples de textes sur le climat pour enseigner la classification. L'autosupervision permet d'apprendre d'Internet entier.
    Les systèmes entraînés de façon générique sur Internet créent une base qui permet de résoudre rapidement de nouvelles tâches avec moins de données.
    L'IA générative a changé la donne : on ne peut plus faire tourner ces mega-modèles sur un ordinateur personnel, il faut des data centers massifs.
    Aujourd'hui, les développeurs externalisent le calcul chez OpenAI, Google, Microsoft plutôt que de maintenir leurs propres systèmes. C'est plus economique mais crée une dépendance.
  • Nvidia et la course aux ressources(31'4535'01)
    Nvidia, qui fabrique les cartes graphiques pour jeux vidéo, a pivoté vers l'IA car les GPU calculent aussi très vite les probabilités des modèles.
    Nvidia est devenue l'entreprise la plus valorisée du monde. Dans la ruée vers l'or, ce sont ceux qui vendent les pelles qui s'en sortent le mieux.
    Une carte graphique peut faire 50 multiplications en même temps au lieu de les faire une à une, d'où son utilité pour l'IA et les jeux vidéo.
    Tous les géants du numérique dépendent de Nvidia pour la puissance de calcul, donnant à cette entreprise un pouvoir géopolitique massif.
  • Ambitions démesurées et croyances des CEO(35'0143'32)
    Sam Altman demande 7000 milliards de dollars pour l'AGI, soit deux fois le PIB de la France, sans compter les milliards déjà brûlés.
    • Croissance économique et rentabilité • Pouvoir géopolitique : l'IA est devenue un sujet majeur de rivalité entre pays • Croyance personnelle : Sam Altman croit sincèrement que l'IA résoudra les grands problèmes de l'humanité
    Ces CEO semblent croire qu'ils vont résoudre le changement climatique et le cancer avec leur IA super puissante, mais en pratique ils vendent des rêves aux investisseurs.
    La promesse est toujours : oui, on brûle des milliards maintenant, mais ça en vaut la peine car on résoudra la paix et le climat.
  • Modèles locaux vs centralisés(43'3245'00)
    98% de ce que Théo a programmé fonctionne sans Internet, sur son ordinateur. La plupart des IA n'ont pas besoin de data centers géants.
    Apple envisage l'IA intégrée dans les téléphones, tournant avec la batterie, sans connexion Internet ni data center requis.
    Pour avoir un système aussi puissant que ChatGPT en local, il faudrait des ressources matérielles énormes. C'est techniquement possible mais compromise l'efficacité économique.
    La centralisation n'est pas une fatalité : c'est un choix de conception fait par des entreprises qui veulent monétiser et contrôler.
  • Autosupervision et transformation de l'IA(45'0063'27)
    L'autosupervision permet de faire apprendre l'IA en lui montrant tout Internet, sans étiquetage manuel préalable.
    Avant, chaque problème était résolu de zéro. Maintenant, tous les problèmes partent d'une base déjà entraînée sur du contexte général.
    Ces mega-modèles sont trop gros pour tourner localement, forçant une dépendance aux data centers centralisés et aux services cloud payants.
    On ne paie plus le compute seul, on paie les modèles à l'usage : ChatGPT coûte moins cher que de maintenir sa propre infrastructure.
  • Impacts écologiques immédiats(63'2768'01)
    • Fabrication : training de ChatGPT consomme ~1000 tonnes de CO2 (100 personnes pendant 1 an) • Utilisation : 100 millions d'utilisateurs consomment ~100000 tonnes de CO2 (bien plus), sans compter les mises à jour futures
    Version 4 de ChatGPT consomme 7 à 25 fois plus que la version 3.5. Un seul homme (Altman) a décidé d'un x25 sans débat public.
    Contrairement aux autres secteurs, il n'existe aucune transparence ni responsabilité sur les impacts écologiques de l'IA. Les chiffres viennent de journalistes et chercheurs en fouillant.
    Les estimations de Théo sont probablement sous-estimées car il n'existe aucune publication officielle obligatoire par les entreprises.
  • Consommation d'énergie et limites géopolitiques(68'0171'15)
    Amazon construit un data center de 960 MW pour l'IA, l'équivalent d'une petite centrale nucléaire. Google et Amazon consomment autant que certains pays.
    • Data centers : ~1% de l'électricité mondiale • IA dans ces data centers : 10-25% de leur consommation • Projections : l'IA seule représentera ~1% de l'électricité mondiale très bientôt
    Sam Altman pense que la fusion nucléaire est la seule solution pour alimenter l'IA. Selon Aurélien Barreau, c'est la pire idée car ça veut dire open bar énergétique.
    Aucune scénario d'étude prospective en France ne prévoyait l'IA. Elle n'apparaît pas dans les plans climatiques officiels à l'échelle du numérique.
  • Eau et ressources minérales(71'1573'39)
    Entre 10 et 50 requêtes ChatGPT par jour = 1 bouteille d'eau (500ml). Les estimations datent et ne couvrent pas les versions les plus récentes.
    Taiwan Semiconductor Company consomme 160000 tonnes d'eau par jour pour fabriquer les semiconducteurs, pas seulement pour l'IA mais aussi téléphones et électronique.
    Pendant le Covid, Taiwan a coupé l'eau aux habitants pendant 3 jours pour continuer à produire les puces nécessaires au boom numérique.
    Les géants du numérique ont commencé à capturer 30% de toutes les installations renouvelables mondiales cette année pour alimenter leurs data centers.
  • Engagement climatique dépassé(73'3976'02)
    Microsoft s'était engagé à réduire son carbone de -3 à -5% par an selon les accords de Paris. Depuis l'IA, +30% d'émissions en un an.
    Google avait réussi à baisser ses émissions. Depuis l'IA, +19% cette année car il n'arrive pas à les gérer avec les nouveaux data centers.
    Microsoft justifie la construction de data centers bas-carbone en utilisant l'IA pour trouver du béton bas-carbone. C'est un cercle vicieux qui accélère.
    À chaque innovation technique majeure (smartphone, etc.), on reproduit le même scénario : promesse, adoption, rebound effect, puis escalade.
  • Étude ADEME et scénarios climatiques(76'0278'43)
    ADEME et ARCEP ont étudié l'impact du numérique sur les objectifs climatiques français de 2020-2021, avant la vague ChatGPT.
    • Sobriété heureuse : 1 ordinateur par immeuble collectif, 1 téléphone par personne, pas de TV (trop matériel) • L'IA a été complètement omise, même par les experts consultés
    Les études prospectives n'ont pas prévu l'IA générative. Théo reconnaît qu'il n'aurait pas anticipé ce scénario non plus.
    Aucun plan politique, aucun débat démocratique, aucune limite n'a été posée avant le déploiement massif de l'IA générative.
  • Limites écologiques et réalités physiques(78'4379'02)
    La croissance infinie dans un monde fini est impossible. Les rapports du Club de Rome l'ont montré depuis les années 1970.
    Quand les ressources deviennent limitées et que les événements climatiques s'intensifient, qui va allouer les ressources : les data centers ou la survie humaine ?
    Crises alimentaires, déstabilisations sociales dues à la géopolitique, famines agricoles, pertes agricoles croissantes vont-elles détourner les investissements de l'IA ?
    • Scénario 1 : Les GAFAM gardent le pouvoir et l'argent, allocations continues aux data centers • Scénario 2 : Les citoyens reprennent le pouvoir et allocations prioritaires à la survie
  • Perte de savoirs et compétences(79'0281'45)
    Google nous a enlevé la curiosité : pourquoi mémoriser si la réponse est sur Internet ? L'IA fera les devoirs, écrira les mails, créera l'art pour nous.
    Si demain les camions ne livrent plus de nourriture, les chaînes d'approvisionnement se cassent et Internet disparaît, saurons-nous encore cultiver, réparer, cuisiner ?
    Dans les villes, les métiers manuels ont disparu au profit du tertiaire. Nous avons perdu les savoirs fondamentaux de survie.
    Nous avons perdu le contrôle de nos apprentissages, nos décisions, nos compétences. Nous devenons dépendants de systèmes informatiques pour survivre.
  • Promesse non tenue de la productivité(81'4584'35)
    L'automatisation promettait de nous libérer de la lessive et du ménage pour que nous nous concentrions sur l'art, la poésie et le lien.
    L'IA génère maintenant l'art, la poésie, les films, les scénarios. Nous avons toujours autant de lessive et ménage, juste moins de temps libre.
    Chaque technologie qui gagne du temps crée une nouvelle charge : plus de travail à faire, pas moins. C'est l'effet rebond énergétique.
    Ce n'est pas une fatalité : c'est un choix de design. L'IA n'est pas designée pour créer du bien-être ou du temps libre, mais pour accroître la productivité.
  • Solutions et approches alternatives(84'3599'30)
    • Citoyens : comprendre, se poser des questions, refuser d'utiliser, choisir de petits modèles • Concepteurs : analyser les biais, réduire consommation écologique • Décideurs politiques : régulation, transparency, responsabilité
    • Ne pas utiliser la génération d'images (exploit massif d'artistes, consomme 100-200x plus qu'un texte) • Désactiver les fonctionnalités IA quand possible (LinkedIn, Canva, Photoshop) • Questionner : ai-je vraiment besoin de cette IA ?
    Hugging Face propose des modèles open source plus petits et contrôlables, sans extraction de données. China produit énormément d'IA open source, inversant la dépendance occidentale.
    • Lois contre le green washing si on prétend sauver le monde • Représentants des salariés formés à l'IA dans les entreprises • Transparence obligatoire sur les impacts écologiques • Limitations volontaires ne suffisent pas
  • Data for Good : approche pratique et humaine(99'30109'00)
    La technologie n'est pas la solution : c'est l'application au service de ceux qui vraiment faire changer les choses qui compte.
    • Algorithme de détection de feux développé mais personne ne l'utilisait en open source • Après collaboration avec pompiers, ONF, Office français biodiversité : 3-4 départements sauvegardés en France • Impact mesurable en hectares de forêt sauvés
    • Données GPS des bateaux publiques mais ignorées par régulateurs • Algorithmes simples pour détecter pêche illégale • Preuves formelles que zones protégées européennes ne sont protégées qu'à 1% • Collaboration avec Bloom a créé impact politique et légal
    • Baromètres montrant seulement 2% de couverture écologie dans médias • Travail avec Quota Climat sur viralité et régulation (DSA européen) • Pas de détection individuelle de fake news, mais outillage des régulateurs européens
  • Conclusion et perspective(109'00110'06)
    La trajectoire de l'IA n'est pas écrite. C'est des choix politiques et éthiques qui doivent être faits maintenant.
    Sur 1500 politiques climatiques, seulement 63 ont eu effet démontré, et 1 seule drastique : taxer les pollueurs. Les données permettent de basculer vers les vrais solutions.
    Les techniciens doivent avoir l'humilité de reconnaître que ce ne sont pas les IA qui résolvent les problèmes, mais les gens qui les actionnent politiquement.
    • Ne jamais construire quelque chose que sa mère n'utiliserait pas • Écouter les vrais enjeux des acteurs de terrain, pas des décisions de geek isolé • Mettre la technologie au service de ceux qui veulent vraiment changer les choses