
CONGO VIE - "De la Colonisation à l’Indépendance"
Un pays si riche de par sa culture son humanité sa biodiversité mais également de par ce qui se cache dans son sol
16 chapters
- L'arrivée des Européens et l'esclavageContexte initialAu début du 16e siècle, les premiers Européens débarquent au Congo - des négociants explorateurs portugais à la recherche de fortune et d'esclaves à envoyer vers le nouveau monde découvert par Christophe Colomb.L'ampleur tragique• L'esclavage décime les régions d'Afrique durant plus de 300 ans avec la complicité de négriers arabes et africains • Les Européens envoient 4 millions d'esclaves au Brésil, 4 millions aux Caraïbes et 2 millions dans les colonies espagnolesNouvelle générationAu milieu du 19e siècle, une nouvelle génération d'explorateurs débarque en Afrique centrale avec le christianisme comme couverture.Figure importanteLe cardinal Charles Lavigerie crée la Société des Missionnaires d'Afrique (les Pères Blancs) pour combattre l'esclavage par la persuasion ou la violence.
- Léopold II et son ambition colonialeRêve du monarqueLéopold II monte sur le trône de la jeune Belgique à 30 ans et devient obsédé par la colonisation, testant la Chine, les Philippines et la Guinée avant de fixer son attention sur l'Afrique centrale.Stratégie déceptive• En 1877, Léopold II adapte son discours et devient soudainement l'homme voulant abolir l'esclavage • Il se présente en héros anti-esclavagisme sans mentionner ses véritables intentions impérialistes et d'exploitationAllié stratégiqueIl rencontre l'explorateur Henry Morton Stanley, un homme britannique ultra réputé, et réussit à le faire signer pour explorer l'intérieur du Congo.Reconnaissance diplomatiqueGrâce à la Conférence de Berlin organisée par le chancelier von Bismarck, le Congo et sa souveraineté appartiennent personnellement à Léopold II - un territoire 80 fois plus grand que la Belgique.
- La construction du rêve colonialFinancement personnelLéopold II, estimé à 50 millions de francs belges (équivalent à 250 millions d'euros aujourd'hui), utilise sa richesse personnelle pour financer son projet après le refus de la bourgeoisie belge.Expansion militaire• Léopold II veut étendre son contrôle sur tout le pays en pacifiant les zones à risque une par une grâce à la force publique • Les blancs recrutent des soldats composés généralement de libérés d'anciens esclaves et de marginaux congolaisInfrastructure critiqueUn chantier de 400 km pour construire un chemin de fer prend huit ans avec un travail insoutenable et des militaires mettant la pression sur tous les travailleurs congolais et étrangers.Urgence économiqueEn 1890, Léopold II est quasi ruiné et au bord du désastre économique, se tournant vers l'étranger pour obtenir davantage d'argent en présentant son faux costume de libérateur philanthrope.
- Le système domanial et l'exploitation du caoutchoucSystème oppressifLéopold II instaure le système domanial déclarant que toutes les terres non cultivées par les populations noires deviennent propriété de l'État du Congo, le caoutchouc et les richesses naturelles appartenant en intégralité au roi.Quotas et violence• Léopold II contraint ses agents à des quotas d'efficacité sur la production de caoutchouc • La chicotte (coups de fouets mutilants) est introduite contre les moins travailleurs • L'armée de la force publique se rebelle sous le poids des ordres inhumainsRichesse du roiÀ Bruxelles, Léopold II double sa fortune en dix ans et la multiplie par 6 en 20 ans, devenant le "roi bâtisseur" avec des constructions magistrales comme le Palais de Justice.Catastrophe humaineAu Congo, des centaines de milliers de personnes meurent victimes d'exactions, d'épuisement et de maladie - on estime qu'en 40 ans la population congolaise a diminué de moitié avec au moins 10 millions de morts.
- L'enquête internationale et la fin du règneRévélations publiquesL'Américain William Shepard obtient les récits détaillés et les preuves sur toutes les actions de Léopold II en s'enfonçant dans le Congo, créant une pression internationale à son paroxysme.Commission compromiseLéopold II lance une commission d'enquête en 1904 totalement à sa solde avec des partisans qu'il a lui-même désignés, mais les témoignages des populations congolaises et des missionnaires montrent l'horrible vérité.Cession forcéeLa Belgique comprend qu'elle doit réagir vite pour annexer le Congo et empêcher les autres pays européens de mettre la main sur ses richesses avant que tout soit perdu.Mort et secrets• Vieilli et extrêmement usé, Léopold II cède le Congo à la Belgique en 1908 et meurt le 17 décembre 1909 • Léopold II brûle toutes les archives belges pouvant le compromettre et certains documents restent secret défense jusqu'aux années 80
- La Belgique reprend le contrôle colonialNouvelle charteLa Belgique hérite de la colonie et fonde une charte coloniale interdisant tout travail forcé et tout mauvais traitement, souhaitant construire une société plus juste et plus humaine au Congo.Politique d'occupationLa Belgique considère que le Congo doit rester une colonie d'exploitation mais pas de peuplement, contrairement à l'Algérie, avec une centaine de colons sous Léopold devenant 4000 au début du Congo belge.Assimilation culturelleAux yeux des colons, les noirs doivent apprendre à partager les mêmes convictions et pratiques que les blancs en religion, morale, sexualité et médecine - c'est leur devoir s'ils veulent s'élever.Impact de la guerreLors de la Première Guerre mondiale, l'armée du Congo belge est envoyée sur le front de l'Afrique de l'Est face aux Allemands, avec de nombreux morts au combat avant la reconstruction en 1918.
- L'ère minière et l'uraniumBoom économiqueAprès la Première Guerre mondiale, le monde a plus que jamais besoin de matières premières comme le cuivre, l'étain, le zinc, l'or et le diamant - l'Union Minière devient une filiale surpuissante et incontournable.Retour du travail forcé• Comme parfois les leçons du passé sont vite oubliées, c'est le retour du travail forcé pour tous - hommes, femmes et même enfants • Les salaires sont dérisoires et la discipline est de fer • La Belgique retombe dans ses vieux démonsDécouverte crucialeDurant la Deuxième Guerre mondiale, le Congo sera le lieu où l'on découvrira l'uranium - un élément qui changera à tout jamais le cours de l'histoire.Accord secretLa Belgique signe un accord secret avec les Américains leur fournissant 30 mille tonnes d'uranium qui serviront leur programme nucléaire et la construction des bombes d'Hiroshima et Nagasaki.
- L'élite congolaise et les premiers appels à l'indépendanceFigures pionnières• Paul Panda Farnana, ancien petit boy devenu ingénieur, fonde l'Union Congolaise pour développer une élite congolaise capable de s'impliquer dans la gestion de son propre pays • Joseph Kasavubu, intellectuel et homme politique, demande de quel droit les blancs peuvent décider de distribuer une terre qui avait toujours appartenu aux ancêtres congolaisRépression des voixUn noir intellectuel dérange beaucoup à l'époque - Paul Panda est démonté dans la presse après son discours au congrès colonial de Bruxelles et meurt mystérieusement peu après.Interdictions colonialesLe gouverneur général interdit à tous les agents belges de ramener des noirs en Belgique pour éviter qu'une élite congolaise ne soit formée à Bruxelles.Ordre colonial inchangéAu Congo, l'ordre colonial continue - les blancs au-dessus, les noirs en-dessous, avec les témoignages concernant le travail forcé de retour et les politiques ne pouvant plus faire semblant.
- L'enrichissement des années 1930 et les tensions racialesBoom colonialAu milieu des années 30, de plus en plus de colons débarquent dans ce nouvel eldorado et s'installent agréablement, avec des dirigeants de l'Union Minière n'ayant jamais mis un seul pied au Congo mais maîtres du jeu.Séparation racialeAux yeux des colons, les noirs ne doivent pas se mélanger avec les blancs - c'est la règle établie, tandis que la crise économique de 1929 amène la Belgique à se replier financièrement sur sa colonie.Témoignage critiqueLe romancier Georges Simenon, témoin de l'ambiance extrêmement tendue entre noirs et blancs en 1932, est sans équivoque : "L'Afrique vous dit merde".Image illusoireUne image idyllique de la colonie est présentée en Belgique tandis que les réalités du terrain restent cachées - une dichotomie maintenue par la répression et le contrôle.
- La Deuxième Guerre mondiale et les premiers pas vers l'indépendanceContexte globalEn 1939, la Deuxième Guerre mondiale commence et l'armée belge est complètement balayée par l'Allemagne nazie - le gouverneur général Pierre Ryckmans décide de rejoindre les Alliés et met le Congo dans l'effort de guerre.Apport congolaisL'armée congolaise est présente sur plusieurs fronts - au Moyen-Orient, en Éthiopie et même dans les jungles de Birmanie, démontrant les capacités du peuple congolais.Ressource nucléaireLe Congo devient le lieu de découverte de l'uranium - la Belgique signe un accord secret avec les Américains pour fournir 30 mille tonnes d'uranium pour le programme nucléaire américain.Appel à la décolonisation• Après la victoire en 1945, les États-Unis et l'URSS, grands gagnants, appellent à la décolonisation • L'effort de guerre a prouvé aux Congolais qu'ils étaient capables d'assumer de nouvelles responsabilités • Une élite congolaise commence à émerger avec de nouvelles ambitions
- Le système des "évoluté" et l'émergence de LumumbaClassification racialeLes meilleurs noirs aux yeux des Belges sont ceux qui cherchent à leur ressembler, appelés les "évoluée" - ils reçoivent une carte d'immatriculation attestant leur civilisation à la manière européenne.Conditions strictes• Pour obtenir la carte d'immatriculation, il faut montrer patte blanche et prouver qu'on s'exprime, parle et vit comme les blancs • C'est extrêmement compliqué à obtenir - à la veille de l'indépendance, seulement 217 cartes existent • Le jeune roi Baudouin visite le Congo en 1957 et seul un Congolais ayant sa carte peut l'approcherÉmergence de LumumbaPatrice Lumumba, employé des postes, fait beaucoup de sacrifices pour obtenir sa carte mais, obligé de vivre comme un blanc sans en avoir les moyens, il vole dans la caisse du bureau de poste et est condamné à six mois de prison.Formation politiqueEn prison, Lumumba développe les idées de son futur combat politique tandis qu'en Belgique, au milieu des années 50, les "évoluée" invités découvrent avec stupéfaction que les blancs ne sont pas tous administrateurs et se retrouvent entre penseurs comme Senghor et Césaire.
- Le plan de 30 ans et l'appel à l'indépendance immédiateProposition réformisteJef Van Biesen, journaliste ayant travaillé au Congo, propose le "plan de 30 ans" - offrir 30 ans pour créer une élite noire qui intégrera toutes les structures européennes.Opposition catégoriqueLe plan est très mal accueilli par les administrations coloniales qui refusent catégoriquement de parler d'indépendance - ils considèrent le projet comme une menace existentielle.Demande d'accélérationJoseph Kasavubu, séduit par l'idée, refuse d'attendre 30 ans car c'est beaucoup trop long - il décide de réclamer l'indépendance immédiatement.Mobilisation rapide• La machine est en marche et rien ne peut l'arrêter • En quelques mois seulement, une vingtaine d'États africains se lancent dans des mouvements d'indépendance • Lumumba est plus motivé que jamais pour la cause
- Les émeutes de Léopoldville et la négociation de l'indépendanceRévolte populaire• En 1959 à Léopoldville, les foules se rassemblent et crient à l'indépendance • Les manifestants sont arrêtés et la colère monte - un tir de police provoque l'escalade vers la violence • C'est l'émeute - la force publique bloque la ville et il y aura plus de 200 mortsChoc en BelgiqueL'opinion publique belge est sous le choc en découvrant avec stupéfaction la volonté des Congolais dont on a trop longtemps ignoré les douleurs.Accélération politiqueC'est l'escalade - la Belgique craint une guerre civile au Congo et une semaine plus tard le roi Baudouin s'exprime, annonçant finalement l'indépendance sans date ni plan précis.Négociations chaotiques• Aucun plan, aucune date n'est établi et l'administration coloniale fait de la résistance • Les milieux d'affaires ne veulent absolument rien céder et discutent sans fin au parlement • Les travaux commencent le 20 janvier 1960 avec la venue du front commun des leaders congolais
- L'indépendance et les discours fondateursConditions imposées• Les leaders congolais demandent la libération de Lumumba qui avait été condamné pour troubles à l'ordre public • Ils exigent avant toute négociation d'obtenir la date du 30 juin 1960 comme date officielle de l'indépendanceDépouilles financièresUne réunion parallèle porte sur l'argent, les capitaux et les finances - le Congo sort de cette négociation complètement dépouillé et l'État à peine créé se retrouve déjà surendetté.Élections et gouvernement• Les premières élections législatives ont lieu au mois de mai 1960 - Lumumba est victorieux et devient premier ministre • Joseph Kasavubu est élu président • Le 30 juin 1960, Lumumba et le président accueillent le roi Baudouin dans une ambiance plutôt tendueDiscours contrastantsLe discours du roi Baudouin est empreint d'arrogance et infantilise le peuple congolais comme si l'indépendance était un vulgaire cadeau - Lumumba change complètement son discours en dernière minute pour refléter la réalité du peuple congolais et crie "Vive le Congo indépendant et souverain!"
- L'effondrement post-indépendance et la tragédie de LumumbaInstabilité immédiate• C'est la fête et la joie pour l'indépendance que le peuple aspire depuis si longtemps • Quatre jours à peine après l'indépendance, l'armée congolaise s'appelle toujours la force publique et est toujours dirigée par la Belgique avec des officiers belges seulement • L'armée se met en grève pour marquer sa désapprobation totale - le pays devient complètement instable et au bord du chaosJeux de pouvoirDans un cocktail de conflits d'intérêts financiers occidentaux et de jeux de pouvoir, l'État indépendant fait face à une instabilité extrême.Mort de LumumbaLe 17 janvier 1961, Lumumba est fusillé dans le camp de Katanga qui fait sécession - victime du jeu de pouvoir des Américains, du président kasavubu, des Belges et du colonel Joseph Désiré Mobutu qu'il avait lui-même nommé.Prise de pouvoir• À Léopoldville, le colonel Mobutu convainc la presse et annonce qu'il prend le pouvoir • Il renomme le pays Zaïre, qui deviendra plus tard le Congo • Le régime colonial était basé sur l'exploitation, la domination et une relation inégale marquée par le paternalisme, les discriminations et le racisme
- L'héritage colonial et la néocolonisationBilan du colonialisme• Le régime colonial a donné lieu à des exactions et des humiliations innombrables • De par ses richesses incalculables, le Congo hérite d'un fardeau invisible mais extrêmement redoutable - celui de la néocolonisationImportance historiqueL'histoire du Congo est importante car c'est l'histoire du monde - les ressources congolaises ont alimenté l'industrialisation mondiale et le caoutchouc a motorisé la révolution automobile.Espoir persistantLe peuple congolais rêve d'espoir malgré les péripéties historiques traversées - la vie persiste et le Congo demeure vivant dans la mémoire collective.Symbole culturelLa musique et la culture congolaise célèbrent l'indépendance avec des chants comme le "Cha Cha" et "Indépendance Cha Cha", expressions de la joie et de la fierté retrouvées.





