Earth Science/CET INGÉNIEUR DIT LA VÉRITÉ SUR LA FRANCE À +4°C - Ilian Moundib
CET INGÉNIEUR DIT LA VÉRITÉ SUR LA FRANCE À +4°C - Ilian Moundib

CET INGÉNIEUR DIT LA VÉRITÉ SUR LA FRANCE À +4°C - Ilian Moundib

LIMIT1h 50minNov 16, 2025
La première dimension fondamentale pour moi qui manque un peu dans l'espace public, c'est de comprendre le caractère irréversible du changement climatique.
12 chapters
  • Présentation d'Ilian Moundib et contexte climatique(0'345'43)
    Ilian Moundib est ingénieur et physicien formé à Londres, originaire de banlieue parisienne. Ses études ont croisé une double prise de conscience : l'irréversibilité du changement climatique et les enjeux sociaux liés aux sans-abris.
    • Transition du doctorat en physique fondamentale vers le conseil climat-énergie • Travail d'analyse de risque climatique pour entreprises et territoires • Co-création de l'Institut Rousseau pour l'économie et l'adaptation climatique
    • Note sur la sobriété numérique (2019) • Note sur l'adaptation à la crise climatique (2021) • Note sur l'institutionnalisation de la sobriété hydrique (2024) • Livre 'S'adapter au changement climatique' co-écrit avec Isabelle Brockman
    Réappropriation du mot adaptation pour signifier une mise en sécurité sociale des communs et des besoins face à l'irréversibilité climatique.
  • L'irréversibilité du changement climatique et ses enjeux(5'4317'17)
    Si les émissions cessaient demain, la température resterait à peu près à l'élévation calibrée par les émissions passées. Le changement climatique est partiellement irréversible sur les durées de vie humaines.
    • Accord de Paris : 2°C de réchauffement mondial, 1,7°C en France • France à +4°C : scénario si tous les États tiennent leurs objectifs climatiques • Emballement climatique : +6 à +7°C fin du siècle • Réalité actuelle : politiques climatiques nous amènent à 2,8-3,2°C
    Calotte glaciaire du Groenland, Antarctique de l'Ouest, extinction des barrières de corail, permafrost, glace de mer. À 2°C, probabilité importante de déclenchement. À 4°C, environ 40-50% de déclenchement potentiel.
    Les modèles climatiques du GIEC représentent des médianes d'agrégats de laboratoires, pas la réalité physique objective. Plus on avance dans le changement, plus augmente la probabilité de déclenchement des points de bascule.
  • Définition et méthodologie de l'adaptation climatique(17'1725'02)
    Adaptation : traiter les conséquences du changement climatique. Atténuation : traiter les causes (réduire émissions de gaz à effet de serre). L'atténuation est la condition de l'adaptation.
    Risque climatique = Exposition × Vulnérabilité. L'exposition concerne les aléas climatiques (vagues de chaleur, inondations, sécheresses). La vulnérabilité est sociale : sensibilité des populations et conditions d'aménagement du territoire.
    L'adaptation doit être locale, mais l'exposition climatique dépend de la trajectoire mondiale des émissions. Il faut articuler les deux : l'atténuation mondiale pour limiter l'exposition, l'adaptation locale pour réduire la vulnérabilité.
    L'adaptation requiert de la prospective : où produire quoi avec quelles ressources en eau ? Comment se transformer pour intégrer les réalités futures ? Inclut relocalisation et réorganisation des activités.
  • Conséquences de la France à +4°C : trois saisons supplémentaires(25'0235'12)
    Augmentation de température : +4°C en moyenne, jusqu'à +6-7°C dans le sud-est. S'intercale entre printemps et été. Europe et France se réchauffent plus vite que la moyenne mondiale.
    • Augmentation évaporation et évapotranspiration • Débits fluviaux diminuent progressivement • Sud-est perd 50% de précipitation estivale • Sécheresse météorologique, des sols et hydrologique cumulées
    Plus d'eau dans l'atmosphère. Lorsqu'elle retombe, elle retombe massivement, comme à Valence et Libye. Doublement des précipitations hivernales notamment à l'est du pays. Incertitudes importantes sur les zones intermédiaires.
    Infrastructures dimensionnées sur extrêmes du passé qui ne reviendront jamais. Dilatation du béton en canicule, lâchage du macadam après sécheresse. Rails SNCF se dilatent, aiguillages s'usent. Impossibilité de tout quantifier.
  • Impacts spécifiques sur agriculture, eau et littoral(35'1238'04)
    • Débits rivières diminuent : Pyrénées orientales à -25 à -50% • Loire menace d'être à sec en période estivale • Nappes phréatiques moins remplies, pompages du maïs aggravants • Extrêmes dépassent largement les moyennes (une année sur deux plus grave)
    Forêts françaises : de 60 MtCO2 eq/an (2000-2003) à 40 MtCO2 eq/an (2014-2023), voire -50% en 2023. Mortalité forestière augmente. Forêts en Corse et Grand Est deviennent émettrices nettes de carbone. Ravageurs remontent du sud.
    • 1900-2022 : 25 cm d'élévation • Rythme actuel : 4 mm/an (volume énorme sur océans) • Causes : 40% dilatation thermique, 40% fonte cryosphère, 20% autres • Scénario catastrophe : fonte Antarctique Ouest ajoute 1,5-1,7 m
    1,5 million d'habitations en zone inondable en France. 864 communes concernées, 126 demandées pour plans de relocalisation. Pays-Bas et Belgique planifient déjà sur 2 m d'élévation. Événements climatiques extrêmes augmentent fréquence et intensité.
  • Maladaptation systémique et système économique(38'0461'21)
    Adaptation existante : accaparement dans la pénurie. Grands céréaliers et stations de ski pressent gouvernement pour subventions de mégabassines et canons à neige. Privatisation de ressources communes diminuées pour intérêt économique privé.
    • Stratégie nationale carbone : augmenter prélèvements forestiers • Monocultures clonales au lieu de diversité • Protection par pesticides et engrais en conditions instables • Plantation milliard d'arbres : subvention coupes, homogénéisation forêts
    20 000 km² sous béton chaque année en France. Villes construites le long de cours d'eau entropissés. Entropisé = rendu droit, perte d'amortissement naturel. Cours d'eau débordent, villes inondées. Exemple : Vétvie 2021 avec centaines de morts.
    Sénégal : État vend terrains littoraux aux riches entrepreneurs. Constructions s'affaissent car eau creuse par-dessous. Littoral français : Bordeaux, La Rochelle, Calais en zones inondables. Maladaptation systémique : investissements en zones à risque croissant.
  • Capitalisme fossile et dynamique de compétition(61'2173'47)
    Système triptique : croissance, marché, innovation. Maximiser survaleur (argent' - argent). Augmenter rendement : exploitation du travail, productivité, accumulation de capital, accaparement des ressources.
    • Extension de la logique marchande à tous secteurs • Suppression entraves à concurrence libre et non faussée • Marchandisation de sphères économiques non-marchandes (santé, éducation) • Politique publique au service de compétitivité des entreprises
    Phases production : innovation/recherche/design génèrent plus de profits. Production/assemblage/logistique génèrent moins. Nord garde phases profitables, externalise phases faibles profit. Sud global fournit 90% travail pour 10% valeur ajoutée.
    Hyper-spécialisation géographique crée fragmentation. Chaînes logistiques tendues sans redondance. Exemple Covid : ruptures massives. Ports pétroliers submergés par élévation marine. Modèle efficient en conditions stables, vulnérable en incertitude.
  • Évolution humaine et réflexes d'entraide(73'4782'36)
    En abondance : êtres compétitifs se reproduisent plus (sélection naturelle classique). En pénurie : groupes avec réflexes d'entraide survivent mieux. Humanité : résultante d'espèce ayant vécu longtemps en pénurie, donc réflexes d'entraide innés.
    Deux arbres en environnement riche : racines rivalisent. Deux arbres en désert pauvre : racines coopèrent. Symbiose primaire à survie. Coévolution : entraide crée abondance. Sociétés humaines fonctionnent sur même équilibre compétition-entraide.
    • Réflexes d'entraide spontanés ne se maintiennent sans institutions • Institutions de compétition permettent efficacité et hyperproduction • Institutions d'entraide permettent robustesse face crises • Balancier aujourd'hui : trop compétition, pas assez entraide
    Si État objective rendre acteurs compétitifs, population intériorise : but vie = écraser voisin. Culture disloque réflexes entraide. Incertitude structurelle climatique demande entraide, mais système économique demande compétition.
  • Racisme et tribalisation dans la crise(82'3689'32)
    Racisme ≠ xénophobie innée. Idéologie née en puissances occidentales pour justifier colonisation, esclavage. Prémisses du système économique extractiviste actuel. Condition matérielle : énergies fossiles permettent accumulation et hiérarchisation.
    En pénurie et crise : conscience de classe triangulaire. Travailleurs regardent vers le bas (même classe inférieure) au lieu du haut. Tribalisation sur critère ethno-racial : partage avec qui me ressemble.
    Extrême droite instrumentalise chaque événement pour justifier hiérarchies. Créé récits alternatifs sans base factuelle. Utilisé pour maintenir compétition quand gâteau rétrécit. Détourne attention de problèmes systémiques vers cibles migrantes.
    Trump/Groenland/Panama/Canada : accaparement ressources, pas climatoscepticisme. Bolsonaro similaire. Arctique se dégèle = accès ressources. Impérialisme américain se restructure. Phase prédation ultime avant prise collective conscience.
  • Planification robuste et mise en sécurité sociale(89'32101'00)
    • Trames vertes et bleues partout au lieu de béton • Arbres transpirent centaines litres eau/jour = refroidissement • Sols perméables absorbent excès eau = limite inondations • Corridors écologiques connectent écosystèmes, régénèrent biodiversité
    • Hydrologie régénérative : retenues collinaires, sols désimpermabilisés • Eau s'infiltre lentement = réhydrate sols • Agroécologie : rotations, agroforesterie, conservation sols • Arbres = stocks eau en profondeur, accessibles en sécheresse
    Au lieu forêts homogènes : diversité. Îlots avenir avec essences exotiques/méridionales. Zones libre évolution. Zones exploitation contrôlée. Réserves biologiques. Zones humides. Diversité = robustesse.
    Dimensionner infrastructure sur stress tests futurs, pas extrêmes passés. Procédures pour gérer malaises en métro. Anticipation plutôt que réaction. Redondance et slack plutôt que optimisation flux tendu.
  • Sécurité sociale alimentaire et institutions de l'entraide(101'00104'45)
    100€/personne/mois en monnaie embarquée pour alimentation. Marché de 80 milliards créé. Conventionnement démocratique : représentants mangeurs, producteurs, distributeurs. Critères : agroécologie, agroforesterie, empreinte carbone, local.
    • Prélevé sur valeur ajoutée grande distribution • Cotisations sociales = modalité auto-organisation du travail • Caisse sécurité sociale communale/arrondissement gère critères • Retour choix démocratique dans production
    Meilleure alimentation pour tous. Réduction besoins santé. Bifurcation système agricole vers agroécologie. Création institution entraide subvertissant compétition. Modèle : sécurité sociale santé France vs privée États-Unis.
    Sécurité sociale 1945 née de germes syndicaux : cotisation collective pour retraites/santé. Auto-organisation travailleurs. 3/4 représentants salariés vs 1/4 patronat. Service public non-étatique. Déjà là robuste à réactualiser.
  • Absurde, sens et engagement collectif(104'45110'03)
    Sisyphe pousseur rochets sans fin = absurde. Confrontation sens : pourquoi je fais ça ? Débouche niilisme. Réponse Camus : créer sens soi-même plutôt que demander monde.
    • Sens dans vie familiale et engagement collectif • Lien avec personnes partageant engagement • Responsabilité dépassant l'individu • Être porté par quelque chose plutôt qu'isolé
    Institutions entraide organisées par haut généralisent réflexes partage. Comportement mimétique : si État organise entraide, population adopte. Mouvements émancipateurs. Acceptation incertitude par collectif plutôt qu'isolement.
    Créer institutions entraide par la base dans vies quotidiennes. Généralisation par pouvoir politique suit naturellement. Question du nombre, noosphère : ce qui monte d'abord germe en bas. On continue car ça donne sens à nos vies.