LIMIT - PODCAST/"Le Temps des Pandémies" - Nathan Clumeck | LIMIT
"Le Temps des Pandémies" - Nathan Clumeck | LIMIT

"Le Temps des Pandémies" - Nathan Clumeck | LIMIT

LIMIT1h 1minJan 11, 2022
Une plateforme développée pour parler des limites planétaires et de l'aspect sanitaire
26 chapters
  • Introduction et parcours du Dr. Clumeck(0'000'50)
    Nathan Clumeck est professeur émérite et chef de service honoraire en maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre à Bruxelles, avec une carrière exceptionnellement longue dans les maladies infectieuses.
    Discussion sur les pandémies et l'avenir face aux limites planétaires et aux enjeux sanitaires mondiaux.
    LIMIT est une plateforme développée avec des experts pour discuter des limites planétaires et de leurs implications sanitaires.
    La conversation vise à explorer l'histoire des pandémies, les défis actuels et les perspectives futures.
  • Découverte du SIDA et premiers cas(0'503'29)
    En 1982, les premiers cas du SIDA sont présentés lors d'un congrès aux États-Unis : 40 cas d'homosexuels blancs présentant une maladie bizarre avec des pneumonies, abcès au cerveau et décès.
    Dr. Clumeck a assisté au congrès pour accompagner une copine et a écouté les présentations par hasard, développant ainsi un intérêt pour cette maladie mystérieuse.
    • La maladie était associée aux pratiques sexuelles des homosexuels • Potentiellement liée aux virus sexuellement transmissibles comme le cytomégalovirus • L'impact sur l'immunité était le point d'interrogation majeur
    Les médecins ont cherché à comprendre ce qui rendait cette maladie unique à ce groupe sans stigmatiser les individus.
  • Premiers cas en Belgique et diagnostics(3'295'27)
    Un collègue a appelé Dr. Clumeck pour examiner un patient africain avec des symptômes incompréhensibles : des trous dans le cerveau et immunodéficience massive.
    Les symptômes ressemblaient à ce qu'il avait entendu aux États-Unis, mais Dr. Clumeck a choisi de ne pas faire de raccourcis immédiats par souci de démarche scientifique.
    Le test vient d'arriver à Bruxelles : il révèle une immunodéficience incroyable, comparée à un désert où les barrières naturelles disparaissent.
    Quelques jours après, une deuxième patiente avec immunodéficience est identifiée, confirmant qu'il ne s'agit pas d'un hasard isolé.
  • Réseau de collaboration et découverte africaine(5'277'38)
    Dr. Clumeck contacte l'Institut de Médecine Tropicale à Anvers et l'hôpital Saint-Luc pour vérifier s'ils ont des cas similaires.
    Les deux institutions confirment qu'elles ont aussi des cas bizarre qu'elles ne comprennent pas, révélant un pattern plus large.
    Dr. Clumeck écrit : 'AIDS among african patients', une découverte révolutionnaire car le SIDA n'était pas associé aux patients africains dans la conscience collective.
    La première réaction est le rejet : les experts pensent que Dr. Clumeck se trompe car le SIDA était catalogué comme maladie des homosexuels.
  • Processus de publication et révision scientifique(7'389'45)
    L'article est envoyé au New England Journal of Medicine, le meilleur journal mondial, mais la réponse tarde deux mois sans communication.
    La secrétaire répond que le journal répond quand il le décide, et s'il n'est pas content, Dr. Clumeck peut retirer son article.
    • Un reviewer rejette complètement : 'Les africains mangent mal, ont des parasites, ce sont des maladies parasitaires' • Un autre reviewer reconnaît : 'C'est génial, c'est quelque chose de nouveau'
    Le journal envoie l'article à trois autres reviewers : la majorité conclut qu'il y a quelque chose d'important et le New England publie l'article.
  • Confirmation africaine et équipes de terrain(9'4511'04)
    Une fois l'article publié, les organismes américains envoient une équipe à Kinshasa pour vérifier s'il y a du SIDA en Afrique.
    Dr. Clumeck envoie Philippe Vanden Perre, un jeune médecin de son équipe effectuant le service civil, au Rwanda pour enquêter.
    Les deux équipes, l'une au Rwanda et l'autre au Zaïr, découvrent de nombreux malades avec les mêmes symptômes et publient dans The Lancet le même jour.
    La découverte du SIDA africain change complètement la perception : ce n'est pas une maladie d'homosexuels mais une maladie hétérosexuelle bien plus répandue.
  • Impact et stigmatisation du SIDA(11'0420'35)
    La découverte révèle que le SIDA touche les hommes et les femmes, avec la majorité des cas en Afrique, plus répandu que prévu initialement.
    • En Belgique, les homosexuels sont stigmatisés en raison des valeurs religieuses • Les toxicomanes sont aussi fortement stigmatisés • Un politicien parle de créer un 'sidaatorium' pour isoler les malades de la société
    À l'époque, le mariage homosexuel n'existe pas, les homosexuels sont cachés et n'osent pas se déclarer ouvertement.
    Contrairement au COVID qui touche tout le monde, le SIDA était transmis par rapports sexuels, permettant une stigmatisation facile des malades.
  • Le rôle de la Reine et changement d'attitudes(20'3514'00)
    La Reine belge visite le service de Dr. Clumeck et rencontre une patiente africaine atteinte du zona.
    La Reine prend la malade dans ses bras, un geste extraordinaire d'empathie qui montre une humanité sans préjugés.
    La photo fait le tour du monde et change profondément la perception des gens face au SIDA et aux malades.
    Dr. Clumeck est invité à parler au nom des patients du SIDA lors de la cérémonie d'enterrement du Roi, devant des millions de personnes à la télévision.
  • Évolution des traitements du SIDA(14'0016'28)
    Entre 1984 et 1994, le service accueille 30 lits occupés par des patients du SIDA, avec 3 à 4 décès par semaine de jeunes gens.
    Les premiers traitements sont toxiques et lourds : 15 à 20 pilules à prendre, les gens sont malades du traitement mais réussissent à survivre.
    Les pilules magiques arrivent : trois traitements dans une seule pilule, prise une fois par jour, sans effets secondaires importants.
    Avec le traitement, le virus est complètement matraqué et inactif. Un patient peut avoir un enfant avec un partenaire séronégatif sans transmettre le virus.
  • Mécanismes viraux et stratégies d'adaptation(16'2826'04)
    Le virus du SIDA est malin : quand les traitements éliminent les virus dans les rues, il descend dans les caves et se cache jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de surveillance.
    Le COVID n'est pas aussi malin : il se balade dans les rues et avec les bonnes armes (anticorps), il est complètement éliminé et on guérit.
    Le SIDA ne guérit jamais, il reste toujours latent même sous traitement. Le COVID peut être guéri si on a les bonnes armes immunitaires.
    Cette différence fondamentale entre les deux virus explique pourquoi le SIDA nécessite un traitement à vie while le COVID peut être résolu définitivement.
  • Zoonoses et origines des épidémies(26'0429'10)
    Les zoonoses sont la capacité des virus de sauter d'un animal à un être humain, un phénomène en recrudescence massive.
    • Un million de virus inconnus circulent actuellement chez les oiseaux et mammifères • Près de la moitié pourrait potentiellement affecter les humains • 60% des maladies infectieuses actuellement humaines sont d'origine animale • 75% des maladies émergentes proviennent des animaux
    La destruction des forêts, des habitats animaux, et la promiscuité entre humains et animaux causée par le trafic d'animaux ont cassé les barrières naturelles.
    Depuis 1960, la courbe des zoonoses augmente vraiment, notamment avec l'Amazonie qui est partiellement détruite actuellement.
  • Origines du SIDA et du COVID(29'1032'42)
    À l'époque, certains affirmaient que le SIDA avait été fabriqué dans un laboratoire militaire américain pour décimer la population africaine.
    Le SIDA est une zoonose originaire de singes africains qui porte le virus depuis plusieurs centaines de milliers d'années, développant une tolérance.
    Le virus a muté et passé chez l'homme, où il est devenu méchant car l'homme n'avait jamais rencontré ce pathogène, relançant le cycle de virulence.
    Le COVID provient probablement des chauves-souris et a muté dans un intermédiaire avant d'arriver à l'homme. Ebola vient aussi des chauves-souris.
  • Capacité prédictive et probabilités(32'4235'09)
    Les infectiologues savaient qu'une pandémie de type coronavirus allait arriver sans avoir la certitude du moment exact.
    On peut savoir que quelque chose va arriver avec une certitude élevée, mais tant que l'événement n'est pas arrivé, la probabilité reste incertaine.
    Pour les coronavirus, on voit une accélération depuis 2002 : SARS, MERS puis COVID-19, chacun plus adapté à la transmission asymptomatique.
    Le COVID a compris que pour avoir du succès, il devait affecter les gens sans les tuer, utilisant les enfants comme porteurs asymptomatiques.
  • Virus comme programmes informatiques(35'0936'37)
    Les virus sont comme des programmes informatiques qui tournent en permanence, cherchant le code correct pour s'adapter.
    • De temps en temps, une mutation se produit sans effet • Après deux à trois mutations supplémentaires, on arrive à une combinaison fonctionnelle • À 15 mutations, on obtient delta • À 32 mutations, on obtient omicron
    Pour anticiper, il faut des mécanismes de surveillance constante mesurant tous les virus et leurs mutations en permanence.
    Si on ne contrôle pas ce système, on se retrouve avec des millions de morts en quelques jours ou semaines.
  • Systèmes complexes et risques de rupture(36'3738'10)
    Le système fonctionne avec des flux très tendus : si une perturbation arrive, tout peut vaciller rapidement sur plusieurs plans.
    • Les transports se sont figés pendant 50 jours • Pénuries de médicaments dans les soins intensifs • Ruptures de stock en antidouleurs et autres traitements essentiels • Découverte de la dépendance à la Chine et l'Inde pour les médicaments
    Si la Chine et l'Inde, deux grands producteurs mondiaux de médicaments, sont affectées par une crise politique ou climatique, c'est une catastrophe universelle.
    Les dystopies décrivent une société désorganisée où les choses n'arrivent plus, créant des clans se battant pour survivre, comme dans Mad Max.
  • Autonomie et circuits courts(38'1040'36)
    La pandémie a révélé notre dépendance excessive à l'égard des grandes nations productrices de médicaments.
    Créer des systèmes autosuffisants et des circuits courts : cultiver nos propres légumes et fruits plutôt que d'attendre les importations.
    Les systèmes écologiques visent justement à créer des systèmes autosuffisants minimisant la dépendance aux chaînes mondiales.
    Si la Chine ou l'Inde expérience une instabilité, avoir une production locale et autonome en médicaments et ressources essentielles devient critique.
  • Histoire des limites planétaires et croissance(40'3644'11)
    En 1972, le Club de Rome publie un rapport avertissant que si on continue ainsi, on va à la catastrophe, moqué par beaucoup à l'époque.
    À partir de la Révolution Industrielle, l'humanité a cru en sa toute-puissance avec l'informatique, la vitesse et l'ambition.
    À côté du génie humain créant des merveilles (avions, technologies), une autre courbe décollait parallèlement : celle de la destruction environnementale.
    Actuellement, l'extraction des ressources est concentrée dans les mains de quelques-uns, les grandes entreprises consomment des quantités énormes d'énergie.
  • Avidité et ressources(44'1152'37)
    L'avidité est une émotion fondamentale : quelqu'un avec un robinet en métal en veut un en or, puis en platine, sans fin.
    Pour obtenir plus (platine, or), on doit exploiter des ressources et des gens, créant des déséquilibres dans la collection et la distribution.
    Les grandes entreprises (Google, Facebook) consomment des quantités énormes d'énergie : des usines entières en Islande pour refroidir les serveurs.
    Chaque innovation positive consomme aussi de l'énergie en chauffant la planète, créant une oscillation non résolue entre bénéfices et destruction.
  • Modèles politiques et justice(52'3746'18)
    Contrairement aux années où on a éradiqué la variole, aujourd'hui il n'y a pas de consensus mondial. Les nations sont en alliances antagonistes.
    La Chine d'un côté, les États-Unis de l'autre, l'Europe affaiblie. Sans vision centrale, l'OMS et l'ONU sont fragilisées.
    Depuis les origines, l'injustice anime les hommes : pourquoi lui a une grosse voiture et moi je dois travailler pour me nourrir ?
    • Le communisme était une grande utopie égalitaire • Le capitalisme est basé sur la production du profit • Les deux systèmes ont créé d'énormes dégâts environnementaux
  • Coordination mondiale et préparation aux pandémies(46'1851'12)
    L'OMS, théoriquement responsable de la santé mondiale, a été affaiblie et critique. C'est devenue une grosse institution bureaucratique.
    L'OMS a réussi à éradiquer la variole et la poliomyélite, mais c'était à une époque où il y avait consensus mondial.
    Un indice évalue l'état de préparation des états face aux pandémies selon plusieurs critères : plans, stratégies, stocks, circuits de réaction.
    • États-Unis : numéro 1 en préparation • Belgique : numéro 22 sur 195 pays • Progrès nécessaires pour la Belgique mais même les mieux classés doivent maintenir leur système
  • Vaccination mondiale et équité sanitaire(51'1248'31)
    Pendant qu'on vaccine massivement les pays riches, l'Afrique a entre 2 et 4% de taux de vaccination, permettant l'émergence de nouveaux variants.
    Cela sert à quoi de tout faire chez nous si de l'autre côté les gens sont laissés pour compte et créent de nouveaux variants ?
    Il faudrait ouvrir les brevets et éradiquer le virus globalement de manière cohérente et coordonnée à l'échelle mondiale.
    On dit faire un travail global mais on ne va pas jusqu'au bout. On est très loin de l'éradication complète du virus.
  • Transmission par aérogènes et ventilation(48'3150'33)
    Lorsqu'on parle, on émet des microgouttelettes virales dans l'air. Le CO2 est le marqueur de la concentration et l'intensité de ces émissions.
    Ouvrir les fenêtres quand on détecte le bip du capteur CO2 réduit drastiquement les particules virales de millions à une dizaine.
    Des extracteurs d'air qui renouvellent l'air en permanence sont plus efficaces que d'ouvrir les fenêtres, diminuant significativement les risques.
    La Belgique doit maintenant mettre en place des lois validant et vérifiant les systèmes de ventilation dans les lieux publics.
  • Vision à court terme et courage politique(50'3356'57)
    On est chaque fois en retard par rapport au virus. On découvre des choses que la science savait déjà, créant des délais catastrophiques.
    Les politiciens pensent à court terme pour être élus, pas aux problèmes long terme nécessitant une vision stratégique.
    Créer des solutions durables (ventilation, systèmes d'alerte) nécessite du courage politique et de la volonté politique.
    Les grands politiques pensent un peu plus loin, mais c'est insuffisant face à une crise mondiale qui demande anticipation et action rapide.
  • Nature humaine et engagement des jeunes(56'5757'58)
    S'impliquez et sentez-vous concernés par ce qui vous arrive et ce qui va vous arriver. C'est votre avenir et celui de vos enfants.
    • S'impliquer en politique pour changer les systèmes • S'engager dans la recherche (déficit actuel de chercheurs) • Promouvoir l'éducation à la science pour les jeunes
    En chaque homme coexistent le bien et le mal, des parties bonnes et mauvaises. Les systèmes peuvent capturer et renforcer les mauvaises parties.
    Les tortionnaires des camps nazis n'étaient pas des monstres mais des hommes ordinaires : facteurs, boulangers, petits fonctionnaires qui ont suivi les ordres.
  • Culpabilité occidentale et responsabilités(57'5859'34)
    Bien que l'homme blanc ait causé des dégâts considérables, la corruption et l'avidité ne sont pas liées à la race ou la couleur de peau.
    En Afrique, les scandales actuels de corruption comme au Congo impliquent des Africains au pouvoir, pas uniquement l'héritage occidental.
    • Les révolutionnaires arrivant au pouvoir deviennent parfois des dictateurs • Exemple : un révolutionnaire voulant le bonheur pour tous devient dictateur en prison • Cela montre que le problème est la nature du pouvoir elle-même
    Il faut sortir de la culpabilité occidentale : tous les systèmes politiques et humains sont exposés à la corruption quand on leur donne le pouvoir.
  • Appel final et réflexion existentielle(59'3461'20)
    Impliquez-vous dans l'expression du bien et du généreux en vous. Chacun a une partie bonne et une partie mauvaise, c'est une lutte permanente.
    Les jeunes d'aujourd'hui vivront les défis des années 2040-2050. Dr. Clumeck, centenaire, ne sera pas là mais c'est leur avenir en jeu.
    On n'est pas dans un scénario de catastrophe immédiate mais dans un pré-scénario dystopique possible nécessitant action dès maintenant.
    Une question finit l'entretien : 'Quelle est ta définition du réel ?' - invitant à la réflexion profonde sur la perception et la réalité.