TALK/POURQUOI VOUS RESTEZ PAUVRE - Nicolas Framont | LIMIT
POURQUOI VOUS RESTEZ PAUVRE - Nicolas Framont | LIMIT

POURQUOI VOUS RESTEZ PAUVRE - Nicolas Framont | LIMIT

LIMIT1h 18minNov 24, 2024
31 chapters
  • Introduction et présentation des invités(0'323'01)
    LIMIT cherche à mieux faire comprendre le monde d'un point de vue des ressources limitées, de la planète Terre et de ses limites, ainsi que de l'humain qui a aussi forcément ses limites.
    Nicolas Framont est sociologue du travail et rédacteur en chef de Frustration Magazine, un média indépendant dont le sujet principal est la lutte des classes et qui cherche à documenter de façon accessible toutes les formes d'oppression et de domination.
    La conversation abordera les milliardaires, la classe bourgeoise, la position de chacun dans la société et l'avenir que nous attend irrémédiablement.
    Les spectateurs sont invités à commenter tout au long de la vidéo pour apporter leur pierre à l'édifice de ces discussions.
  • La période actuelle et la montée du fascisme(3'017'11)
    Au cours des 10 dernières années, la France, la Belgique, l'Europe et le monde entier ont opéré un changement et se dirigent tout droit vers du fascisme.
    Frustration Magazine défend l'idée qu'en France il existe déjà des éléments de fascisme dans la société et la politique depuis longtemps, et cela s'est accéléré très fortement depuis l'été avec les élections législatives anticipées.
    Emmanuel Macron a mis en place un gouvernement soutenu par l'extrême droite pour la première fois depuis le régime de Vichy. La France vit dans une situation où l'extrême droite tient réellement le gouvernement et où un régime autoritaire piétine régulièrement les choix démocratiques.
    Le fascisme historiquement est toujours une réaction des classes dominantes face aux mouvements de révolte de la société. Il y a actuellement des mouvements de révolte extrêmement réguliers en France et ailleurs, ce qui montre que les gens cherchent à changer le système.
  • Les mensonges de la bourgeoisie et sa légitimation(7'1112'06)
    La bourgeoisie ment intrinsèquement sur elle-même parce que sa légitimité repose sur un mensonge. Contrairement à l'aristocratie qui avait un droit divin transparent, la bourgeoisie règne par la possession de capital et l'exploitation, mais le nie.
    • Autrefois, la bourgeoisie se légitimait comme entrepreneuse ayant fait la révolution industrielle • Maintenant, son récit est la méritocratie • Finalement, sa seule justification devient 'c'est comme ça et pas autrement'
    La bourgeoisie a besoin de faire croire que les logiques qui la font régner appartiennent au passé pour qu'on ne puisse pas la critiquer et qu'on s'en prenne à nous-même plutôt qu'au système.
    La bourgeoisie dit que le colonialisme était avant, c'était au 19e siècle, alors qu'en réalité les grandes fortunes françaises sont héritières du colonialisme et la mondialisation capitaliste reste une logique coloniale.
  • Données scientifiques et réalité de la lutte des classes(12'0614'23)
    La fortune des 500 familles les plus riches de France a été multipliée par 3 en 10 ans. Ce n'est pas une invention mais une réalité scientifique rapportée par Challenge, un journal capitaliste appartenant lui-même à des millionnaires.
    En France comme en Belgique, les classes populaires s'appauvrissent, les classes moyennes stagnent et les classes supérieures s'enrichissent de façon exponentielle. C'est une réalité mesurable et scientifique.
    Le mouvement ouvrier historique s'est basé sur une analyse matérialiste, c'est-à-dire en regardant vraiment ce qui se passe dans les faits, contrairement aux idéalistes bourgeois qui restent toujours dans le récit et le mythe.
    • Les riches sont accablés d'impôts alors que les baisses d'impôt pour les plus riches sont énormes • Les 1% les plus riches paient proportionnellement beaucoup moins d'impôts que les autres • Même des économistes modérés reconnaissent maintenant que ces discours sont entièrement faux
  • Conscience et croyances des bourgeois(14'2316'45)
    Nicolas a travaillé à l'Assemblée nationale comme collaborateur de groupe parlementaire pour la France Insoumise. Il a pu observer pour la première fois la bourgeoisie en vrai, majoritairement composée d'anciens patrons, DRH et avocats.
    Les politiques macronistes se sont basées sur des mensonges et des fausses équations économiques, notamment l'idée que baisser les impôts des riches créerait plus d'emplois, ce qui ne marche jamais depuis 30 ans.
    Quand tu es dans une position de pouvoir, tu as tendance à adhérer à des récits qui minimisent ton pouvoir et ton privilège. C'est une inclinaison psychologique normale à chercher des choses qui nous confortent plutôt que des choses qui nous dérangent.
    La bourgeoisie reçoit une éducation qui pousse à cette croyance en permanence. Dans leur univers, tout leur rappelle leur importance. Ils sont bibionnés au sentiment de leur propre importance et ne peuvent pas entendre qu'ils constituent une classe nuisible, toxique et parasite.
  • Éducation bourgeoise et mission civilisatrice(16'4519'02)
    La grande bourgeoisie française fréquente des grandes écoles où on leur apprend l'arrogance de classe et le mépris de classe. On leur apprend à se considérer comme supérieurs au reste du monde et on leur donne une mission civilisatrice.
    • Idée que il y a des pays inférieurs à d'autres • Idée qu'il y a des classes sociales inférieures à d'autres • Apprentissage du mépris social envers les classes populaires • Discours selon lequel les prolétaires feraient n'importe quoi s'ils avaient le pouvoir
    La bourgeoisie se raconte que sans intervention française, les pays du Sud tomberaient dans le chaos. C'est une justification pour maintenir une domination économique et militaire continue.
    Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues de la bourgeoisie, ont montré que tout dans l'univers bourgeois leur rappelle leur importance. Leurs recherches sont accessibles et essentielles pour comprendre le fonctionnement interne de la bourgeoisie.
  • Crise écologique et stratégie bourgeoise(19'0225'28)
    Les compagnies pétrolières françaises et américaines avaient déjà des rapports sur le changement climatique dans les années 70, bien avant que la science du climat ne devienne un sujet d'intérêt public. Donc l'ignorance n'est pas l'explication.
    La bourgeoisie par son fonctionnement est intrinsèquement accumulatrice. Le capitalisme lui-même ne peut pas fonctionner autrement. Une entreprise capitaliste ne peut pas décroître, c'est dans son ADN de devoir croître.
    • La bourgeoisie forge une idéologie justifiant la continuité de leurs actions écologiques néfastes • Mythe de la dilution de responsabilité: 'c'est trop compliqué, il y a des milliards de Chinois' • Discours anthropocentrique: 'l'homme veut la consommation, c'est notre nature'
    ExxonMobil a annoncé une augmentation de 4% de production de pétrole et de gaz, justifiée par le fait qu'il y a des acheteurs. Le discours dominant est 'si nous ne le faisons pas, quelqu'un d'autre le fera', ce qui dilue la responsabilité.
  • Industrie de la croyance et contrôle médiatique(25'2826'25)
    Contrairement à tout le monde qui forme des croyances naturellement, la bourgeoisie a érigé cela en industrie. Il y a une véritable industrie de la croyance bourgeoise avec des think tanks et des consultants en idéologie payés pour diffuser du bullshit.
    Des gens sont payés 6000 euros par mois simplement pour aller le matin sur France Inter, C News ou BFM pour dire que la crise écologique n'est pas si grave et que le capitalisme est le seul système possible.
    Le réseau Atlas s'est activé en Belgique et ailleurs. C'est un système de formation, d'éléments de langage, et de placement d'idéologues sur différentes plateformes pour diffuser une narrative cohérente.
    Ces arguments fallacieux et sophismes dangereux sont répandus en commentaire des vidéos critiques. Ils justifient l'inaction en présentant l'humanité comme un virus voué à l'auto-destruction, ce qui est faux et démobilisateur.
  • Résilience des peuples autochtones et alternatives(26'2528'50)
    5% de l'humanité sont des peuples autochtones et ils représentent la protection de 80-85% de la biodiversité mondiale. Ils fonctionnent en dehors du système matérialiste capitaliste et prouvent qu'il existe des alternatives.
    Les régimes comme la Chine tentent d'incorporer les peuples comme les Tibétains dans le système capitaliste. Les Tibétains, en dehors de toute notion de matérialisme ou de consommation technologique, protègent quand même la biodiversité mondiale.
    Le discours selon lequel 'l'homme est un virus et va s'autodétruire' est fallacieux et faux. Il est rentré dans le discours même des classes populaires et des plus basses classes sociales, ce qui est effrayant.
    Le néolibéralisme et le capitalisme sont absorbés jusque dans les plus petits villages éloignés. Chacun se dit pouvoir devenir milliardaire demain sans prendre en compte le déterminisme environnemental et les limites planétaires.
  • Idéologie dominante et conscience de classe(28'5030'43)
    Une idéologie dominante se contente pas de convaincre uniquement les dominants. Elle descend depuis le haut de manière imparfaite. Une idéologie est une idée de la réalité qui correspond aux intérêts matériels de ceux qui dirigent la société.
    La bourgeoisie a besoin que les autres jouent le même jeu qu'elle mais qu'ils perdent. Macron disait qu'il fallait que les jeunes aient envie de devenir milliardaires, mais le système capitaliste ne permet pas à tout le monde de l'être.
    La bourgeoisie veut que les jeunes essaient de devenir milliardaires pour qu'ils aient les bons comportements de soumission, de consommation et d'absence de critique du système. Elle préfère des gens qui la jalousent à des gens qui critiquent le système.
    • Il y a 10 ans, le mot 'bourgeoisie' et la 'lutte des classes' n'étaient jamais mentionnés • Aujourd'hui, ces concepts réapparaissent et il existe un discours alternatif qui n'existait pas avant • Les enquêtes d'opinion montrent une majorité de gens qui ne croient pas au capitalisme
  • Changements d'opinion et tendances à la baisse du capitalisme(30'4333'12)
    Les années 80-90 ont été la période phare du néolibéralisme avec la chute du mur de Berlin. Cela a conduit au discrédit total des alternatives communistes, même si elles méritaient critique pour leur productivisme et autoritarisme.
    • Une écrasante majorité de Français et Belges pense que le capitalisme ne peut pas être compatible avec la lutte contre le changement climatique • Environ 30% des gens aimeraient que tout le monde gagne la même chose, ce qui est anticapitaliste • Ces positions représentent une majorité, même si elles ne s'expriment pas toujours politiquement
    La tendance est très clairement à la baisse pour l'idéologie capitaliste. La crise financière, les crises qui ont suivi et la visibilisation du changement climatique jettent un discrédit croissant sur le capitalisme.
    L'idéologie bourgeoise est en permanence en contradiction avec les faits. Elle a besoin de se renouveler continuellement et il y a des moments où elle fonctionne simplement pas. Si on la combat en permanence, ça porte ses fruits.
  • Le coup d'État démocratique de Macron en France(33'1235'00)
    Macron a dissous l'Assemblée nationale après les élections législatives, puis a imposé un gouvernement soutenu par l'extrême droite au lieu de laisser la gauche former un gouvernement comme le résultat l'indiquait.
    C'est un autocoup d'État, c'est-à-dire qu'un gouvernement en place cherche à rester en place au détriment des institutions démocratiques. Macron a empêché la formation d'un gouvernement de gauche pour éviter l'abrogation de la réforme des retraites et la hausse du salaire minimum.
    Le coup d'État a été banalisé par les forces d'opposition, les syndicats et les médias mainstream. Même les partis de gauche modérés n'ont pas utilisé le terme 'coup d'État'. C'est la preuve de la main mise bourgeoise sur l'espace médiatique.
    L'opinion publique semble avoir accepté le braquage démocratique. Il y a une sensation de normalisation selon laquelle 'plus c'est gros, plus ça passe'. Cette passivité inquiète face à la destruction des institutions démocratiques.
  • Causes de l'abstention et détachement politique(35'0037'50)
    Beaucoup de gens s'en foutent de la politique institutionnelle et c'est presque à juste titre. Ce sont des institutions détestées, avec des personnalités peu sympathiques, dont le résultat se fait quasi toujours au détriment des classes populaires.
    La plupart des gens sont en galère dans leur vie. Quand tu luttes pour survivre au quotidien, tu n'as pas le temps de t'occuper de politique institutionnelle. C'est une réalité matérielle qui explique l'abstention, pas simplement une démission politique.
    Pour les législatives françaises, même avec une forte mobilisation, le taux de participation reste autour de 64-65%. Cela signifie qu'un bon tiers de la société ne participe pas aux élections.
    Les institutions politiques représentent majoritairement des bourgeois blanc, plutôt des hommes. C'est normal que toute une partie de la population se sente largué de ce système. Les vrais postes clés sont toujours confiés à des hommes, avec très peu de diversité.
  • Frustration et soupape révolutionnaire(37'5039'41)
    La frustration est un sentiment que tu éprouves face à l'oppression politique et économique. C'est un sentiment usant et tu ne peux pas y croire à chaque fois, ce qui explique pourquoi les gens se découragent et s'abstiennent.
    Il n'y a pas eu de grands mouvements insurrectionnels à la rentrée, mais c'est cyclique. Des mouvements de révolte surgissent en France et ailleurs de manière imprévisible tous les 1-3 ans. Il ne faut pas penser que l'absence de mouvement immédiat signifie la fin de la révolte.
    Le citoyen est tellement oppressé par le système économique, tellement emprisonné dans la survie, qu'il finit par abandonner et se résigner. Les gens qui galèrent pour finir leur fin de mois se retrouvent de plus en plus dans la survie pure.
    On a besoin de tout le monde pour pouvoir changer le système. Ce n'est pas juste pour renverser les riches méchants, c'est pour les générations futures, pour les limites planétaires et pour avoir le meilleur système économique face aux menaces qui nous guettent.
  • Autonomie au travail et déshumanisation(39'4141'20)
    Les gens actuellement sont complètement pris de leur autonomie et de leur autonomie décisionnelle. Cela produit des effets plus larges sur leur perception d'eux-mêmes et leur confiance en leur capacité à participer.
    Ceux qui s'abstiennent le plus électoralement sont aussi ceux qui ont les positions les plus subordonnées au travail, gagnent le moins et ont le moins d'autonomie. Ne jamais avoir la parole au travail t'habitue à ne pas participer politiquement.
    Nos potentialités humaines sont des potentialités d'expression et de choix. Quand on t'habitue à ce que ta parole ne compte pas 8-9 heures par jour au travail, on ne peut pas s'étonner que tu ne te sentes pas la légitimité de voter ensuite.
    Il faut aller vers une démocratisation du travail. Actuellement les gens sont complètement privés de leur autonomie décisionnelle et de leur autonomie de savoir-faire. C'est un lieu où notre avis pourrait compter et transformer les choses.
  • Compétence politique et hiérarchie management(41'2042'10)
    Ce qu'on essaie de combattre c'est l'idée que les plus pauvres sont incompétents. La compétence politique c'est simplement exprimer ses besoins et sa vision du monde, pas avoir des compétences incroyables réservées aux riches.
    On nous dit toujours que c'est plus efficace d'avoir un chef. Mais cette croyance est fausse scientifiquement. Beaucoup de collectifs de travail fonctionnent mieux quand ils n'ont pas un chef au-dessus d'eux.
    Historiquement les chefs servent à mettre sous pression pour augmenter le taux de profit et pour surveiller. Ce n'est pas pour rendre les gens plus efficaces ou mieux, c'est pour les rendre plus profitables.
    La bourgeoisie réencode la hiérarchie en parlant de 'manager', 'faire grandir les équipes', 'reconnaissance envers les collaborateurs'. Mais la réalité du travail sous le capitalisme c'est un système violent dont le seul but est faire 15% de profit pour les actionnaires.
  • Récit personnel de Vince et transfuge de classe(42'1045'00)
    Vince vient d'un milieu entre bourgeois et classe ouvrière. Son père a immigré du Sénégal à 15 ans et a dû faire un nettoyage complet de sa culture et religion pour être accepté. Sa mère était fille de bourgeois des années 30 glorieuses.
    Être entre deux mondes est un avantage stratégique: il sait comment les deux côtés pensent. Il côtoie des milieux précaires et d'autres milieux différents. Il essaie de créer des ponts entre ces univers.
    Vince a changé son prénom pour que ça 'passe' et cela l'a aidé énormément. Mais il a quand même subi du racisme. Il a réussi dans le jeu de la méritocratie et du self-made man annoncé par la classe bourgeoise.
    En découvrant les limites planétaires et le système économique, Vince s'est déconstruit littéralement. Il est heureux maintenant mais c'est difficile et complexe. Il reçoit des propositions de rachat et le système lui fait des yeux doux, ce qui le tente parfois de céder aux sirènes de l'élitisme.
  • Problématique d'émergence de systèmes alternatifs(45'0049'40)
    Le système capitaliste propose une réussite sociale où tu laisses toujours des gens sur le côté. Tu te retrouves en compétition avec tes amis et tu finis par les abandonner. C'est le dilemme moral dans lequel le capitalisme nous met.
    La mobilité sociale sous le capitalisme existe mais elle est limitée et conditionnelle. Tu dois renégocier une partie de ton identité, changer ton accent, ta façon de parler, de marcher et de penser pour être accepté.
    Même quand tu réussis à passer d'une classe à l'autre, tu n'es jamais complètement accepté. On ne devient pas bourgeois, on est bourgeois. Les transfuges de classe sont toujours perçus comme 'nouveau riche' ou marqués par leur origine.
    Il y a une littérature importante sur les transfuges de classe qui racontent les efforts que ça demande sur soi-même. Frantz Fanon a écrit 'Peau noire, masques blancs' qui parle de cette blanchisation de l'homme noir qui doit renier sa culture pour être accepté.
  • Solutions historiques et morale de classe(49'4050'30)
    • Comment faire émerger d'autres systèmes qui ne donnent pas envie de trahir son prochain • Comment créer des systèmes qui ne vont pas corrompre nos principes et valeurs familiales • Comment construire une alternative basée sur la fierté plutôt que la honte
    Historiquement le mouvement ouvrier a forgé une morale de classe basée sur la solidarité et une série de principes qui faisaient qu'on était loyal à sa classe plutôt que tenté par les sirènes de la bourgeoisie.
    L'anarcosyndicalisme du début du 20e siècle prônait le 'refus de parvenir': si on te propose de devenir contremaître ou chef, tu refuses car tu serais traître à ta classe. Même si difficile à appliquer, cette morale de solidarité était une force.
    • La 'grande démission' montre des gens quittant leur boulot et reconnaissant la critique du travail à tout prix • Des figures se mettent en scène sur les réseaux montrant comment quitter son entreprise • Ces exemples redonnent une fierté à la rébellion et la rendent attractive
  • Société sans classe et transformation du système(50'3051'45)
    Nicolas s'inscrit dans la tradition d'une société sans classe. Il pense que cela résoudrait énormément de problèmes pas seulement sociaux mais aussi écologiques. Si on reprend le contrôle du train, on peut décider collectivement d'aller plus vite, plus lentement ou autrement.
    Société sans classe ne veut pas dire sans différences mais que l'argent et la possession de capitaux ne soient plus ce qui différencie. C'est notre travail et simplement notre existence qui donne du pouvoir, pas seulement le fait de travailler comme un fou.
    Continuer le capitalisme pendant 50 ans supplémentaires serait l'option irréaliste. Changer le système est l'option réaliste car on va tout droit vers le désastre climatique et humanitaire avec le capitalisme.
    Les mots 'communisme' et 'socialisme' ont été entachés par l'histoire et les partis socialistes qui ne veulent pas la société sans classe. Il faut inventer de nouveaux mots et récits pour parler de ces alternatives, mais l'idée d'un système de solidarité n'est pas une utopie.
  • Destruction des alternatives et colonisation culturelle(51'4556'30)
    La classe bourgeoise a effacé toutes les alternatives, toutes les cultures entières, les cultures sociales, identitaires et ethniques. C'est une destruction systématique de ce qui pourrait offrir une vision du monde différente.
    L'anarchie est redéfinie comme du chaos où les gens se tapent dessus. Alors que l'anarchie c'est des systèmes organisés de coexistence sans pouvoir et sans domination. C'est perfectly compatible avec nos valeurs et on pourrait le faire.
    • Les premiers colons européens voyaient des gens fuir les colonies pour rejoindre les sociétés autochtones moins hiérarchiques • Les colons et Jésuites s'inquiétaient du pouvoir d'attraction des sociétés indigènes qui fonctionnaient sans coercition religieuse ni économique • L'extermination était aussi une stratégie pour éliminer cette alternative visible aux yeux des opprimés
    La bourgeoisie européenne a littéralement détruit les cultures alternatives pour qu'on ne puisse pas visualiser un autre monde que celui qu'elle propose. C'est une haine de l'alternative que ces sociétés représentaient.
  • Empêchement de visualiser l'alternative(56'3059'30)
    La bourgeoisie cherche à nous empêcher de visualiser cet autre monde possible. Elle nous dit que c'est des bêtises, que on n'est pas calibré pour ça, que notre ADN est capitaliste et qu'on est cruels par nature.
    • Discours que 'l'humanité est sombre et va s'auto-détruire' • Discours que 'de toute façon on n'est pas mieux que ça' • Discours que 'si on se laisse s'organiser ensemble on va s'entre-déchirer'
    Des expériences comme celles de Sciencetopie montrent que quand on donne une contrainte aux gens et qu'ils doivent s'organiser sans chef, ils arrivent à créer une intelligence collective émergente très efficace et élégante.
    Au 19e siècle le patron Godin avait créé une manufacture utopique avec conditions d'hygiène exemplaires. Quand il leur demanda de distribuer les primes au plus méritant, les ouvriers ont délibéré et décidé que pratiquement tout le monde méritait la prime car tout le monde contribuait.
  • Perceptions altérées et représentations contrôlées(59'3061'31)
    Nos propres représentations sont tellement altérées. On a tellement l'impression d'être ce que la bourgeoisie dit qu'on est. La bourgeoisie squat tous les plateaux télé donc c'est normal que ça ait un impact sur nous.
    On est entouré de mensonges dont on sait qu'ils sont des mensonges. C'est tellement omniprésent qu'on ne les interroge plus. Toutes les grosses boîtes disent 'on a des valeurs' mais les vraies valeurs c'est faire 15% de profit pour les actionnaires.
    • Les émissions comme 'Grandes Gueules' sur RMC se font passer pour des prolos parlant du comptoir • Mais le fromager a une chaîne de fromagerages et d'usines, le restaurateur a une chaîne de restaurants • Donc en écoutant ça tu penses que les gens ordinaires pensent comme des patrons capitalistes
    C'est incroyable comment la bourgeoisie réussit à réenchanter complètement la réalité. Elle transforme l'exploitation en 'collaboration', la hiérarchie en 'management', la domination en 'leadership'.
  • Parasites réels et inversion narrative(61'3162'08)
    Nicolas a écrit un livre qui s'appelle 'Parasite' qui parle des parasites réels de la société. C'est une inversion narrative car la bourgeoisie dit que ce sont les pauvres, les gens au RSA qui galèrent qui sont les parasites.
    En réalité ce sont les bourgeois, les élites, ceux en haut qui sont parasites. Ils vivent du travail des autres, de l'extraction de ressources, et font croire que ce sont ceux d'en bas qui sont les parasites.
    C'est un argument politique qui fonctionne et qui reçoit des voix. Il nous amène nous-même à internaliser ce jugement: qu'on serait des parasites de la société plutôt que de voir qui accumule réellement les richesses.
    Cette inversion narrative fait que on culpabilise nous-même à être vivants, à avoir besoin de manger ou de se soigner, plutôt que de critiquer ceux qui s'enrichissent en pillant le monde et en exploitant nos travaux.
  • Détestation du lundi et oppression systémique(62'0864'45)
    Il y a une culture massive des mêmes sur internet montrant que les gens détestent le lundi matin. Ils arrivent avec 'les bras ballons au tafin', ils dépriment le dimanche soir à cause du lundi qui arrive.
    Nicolas part du principe que ce n'est pas le lundi qu'on déteste mais l'exploitation au travail. On n'aime pas le fait qu'une partie de notre temps soit volée par des gens qui s'enrichissent sur notre dos, la hiérarchie, et le fait que le travail existe pour enrichir une minorité.
    Dans le système capitaliste, le travail c'est pas simplement produire un bien ou service. C'est produire un bien qui permettra d'enrichir une minorité. C'est valable aussi dans le service public où on met les gens dans des contraintes qui dégradent leur service.
    Le vrai slogan qu'on voyait dans les manifs était 'Vous ne détestez pas le lundi, vous détestez le capitalisme'. Le livre s'appelle plutôt 'Domination au travail' pour visualiser concrètement le chef, les moquettes grises, les horaires imposés.
  • Efficacité du leadership et organisation collective(64'4555'00)
    On nous dit toujours que c'est plus efficace d'avoir un chef. Mais quand tu regardes dans le détail, beaucoup de collectifs de travail fonctionnent mieux sans un chef au-dessus.
    Des tests montrent qu'un groupe sans chef qui doit s'organiser avec une contrainte arrive à une solution plus efficace qu'un système hiérarchique. Il y a une intelligence collective qui émerge naturellement quand il n'y a pas de chef.
    Quand les gens discutent vraiment de leurs conditions, ils arrivent à des solutions plus partageuses et solidaires que celles imposées par un manager.
    Au 19e siècle chez Godin les ouvriers ont délibéré et distribué les primes de façon extrêmement partageuse, pas selon le mérite comme le patron l'imposait. Cela montre que les gens privilégient naturellement la solidarité quand on les laisse décider.
  • Destruction des cultures alternatives et pouvoir d'attraction(55'0073'15)
    Dans les colonies françaises comme la Nouvelle-France au Canada, il y avait des fuites massives de colons vers les peuples autochtones. Les gens abandonnaient le système coercitif européen pour vivre dans des sociétés moins hiérarchiques.
    Les peuples autochtones avaient un pouvoir d'attraction énorme sur les colons opprimés. C'est ce qui inquiétait les Jésuites: que les gens voient qu'il y a une alternative possible et qu'ils la choisissent.
    L'extermination et la destruction systématique des peuples autochtones était aussi une tentative de détruire cette alternative visible. C'était pas simplement de la haine mais une stratégie pour éliminer la possibilité de visualiser un autre monde.
    C'est ça qu'essaie de faire la bourgeoisie aujourd'hui: nous empêcher de visualiser qu'il y a des alternatives. Elle nous répète que c'est impossible, qu'on n'est pas capable, qu'il faut nous soumettre car c'est le meilleur système.
  • Résignation et fatalisme comme armes de contrôle(73'1574'15)
    • Discours que l'humanité mérite sa destruction puisqu'elle est mauvaise • Discours que de toute façon on n'est pas meilleur que ça • Discours que si on nous laisse s'organiser on va s'entre-déchirer
    Ce discours de 'vous êtes des merdes donc n'osez pas demander trop à la vie' vient du christianisme médiéval. C'était 'vous avez péché donc vous méritez votre sort'. C'est la même logique reprise avec 'vous êtes des parasites donc vous détruirez votre planète'.
    Personne véritablement n'insuffle de l'estime de soi à la population. Les bourgeois disent 'vous êtes des merdes, travaillez plus'. La gauche dit 'vous êtes des merdes parce que vous ne faites pas la révolution'. Les écolos disent 'vous êtes des merdes car vous achetez du plastique'.
    Nicolas appelle cela la 'confiance de classe': se dire qu'en tant que classe dominée, ça vaut le coup de se battre pour ne plus l'être. C'est se battre collectivement plutôt que tout seul. C'est faire une société sans classe et reprendre le contrôle.
  • Fierté de classe et mouvements modernes(74'1575'56)
    Le discours décolonial c'est un discours de fierté. Comment arrêter d'être uniquement perçu d'en haut et se percevoir nous-même comme capables. Comment on arrête d'internaliser le jugement des dominants.
    C'est ça que Nicolas appelle 'empowerment' ou 'prise de pouvoir' ou 'croyance en sa propre force'. C'est l'obsession centrale de son engagement: que les gens crois en leur capacité collective à transformer les choses.
    • La 'grande démission' avec des gens quittant leur boulot • Des vidéos devenant virales de gens quittant leur travail de façon spectaculaire • Ces exemples montrent qu'il y a une rébellion possible et qu'elle est cool et attractive
    Il faut recréer une fierté ouvrière, une fierté de classe, une fierté d'être dominé mais debout. C'est en puisant dans l'histoire et les mouvements contemporains qu'on peut reformer cette morale de classe et créer un système enviable.
  • Accès aux livres et résistance éditoriale(75'5677'09)
    Les deux livres de Nicolas sont 'Vous ne détestez pas le lundi' et 'Parasite'. Pour vraiment approfondir la compréhension du système, ces lectures sont recommandées.
    Il faut se les procurer dans des petites librairies indépendantes plutôt qu'Amazon ou la FNAC. Les librairies indépendantes peuvent se rémunérer grâce aux achats et c'est important en ce moment.
    Toute l'édition en France est en train d'être achetée par des milliardaires qui veulent empêcher que des livres critiques ne sortent. Il faut des canaux indépendants pour que des livres comme ceux-ci soient diffusés et lus.
    Vincent Bolloré a tenté de contrôler toute l'édition française et européenne à travers Editis. La Commission européenne a dû le contraindre à revendre car il aurait contrôlé tous les livres et manuels scolaires. Sans cette intervention, le monopole aurait été total.
  • Message final et croyance en soi collectif(77'0978'12)
    Croyez en vous. Mais cela ne veut pas dire croire qu'on peut devenir milliardaire sous le capitalisme. Cela veut dire croire en soi en tant que collectif.
    La bourgeoisie récupère tout ce qui est bien pour en faire quelque chose de nul. Elle dit 'croyez en votre potentialité à vous soumettre au patronat'. Mais c'est pas ce qu'on dit nous.
    Ce qu'on dit c'est que croire en votre potentialité collective à transformer la société, c'est extrêmement important et c'est ce qui permet le changement social. Pas la confiance individuelle mais la confiance collective.
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