TALK/"FAUT SE REVEILLER ! ON VA VERS MADMAX" - Timothée Parrique | LIMIT #decroissance
"FAUT SE REVEILLER ! ON VA VERS MADMAX" - Timothée Parrique | LIMIT #decroissance

"FAUT SE REVEILLER ! ON VA VERS MADMAX" - Timothée Parrique | LIMIT #decroissance

LIMIT1h 4minFeb 8, 2023
Une chaîne qui vise à vulgariser tous ces enjeux complexes qui nous amènent vers un autre monde
27 chapters
  • Présentation et enjeux de la décroissance(0'002'46)
    Bienvenue sur la chaîne LIMIT qui vulgarise les enjeux complexes nous amenant vers un autre monde, avec la présence de Timothée Parrique, expert en décroissance.
    Le titre 'Ralentir ou périr' avec une montagne à l'envers représente l'idée que les efforts collectifs vont dans la mauvaise direction avec la croissance économique actuelle.
    Timothée travaille comme chercheur à plein temps sur le lien entre économie et écologie, adaptant sa thèse en anglais en vulgarisation accessible.
    Le titre indique que sans changement, il y aura de la tristesse; la biodiversité périt déjà à cause du modèle économique actuel et certains pays du Sud vivent déjà un cauchemar climatique.
  • La question du ralentissement économique(2'467'06)
    Il existe de véritables possibilités de transition avec des bénéfices énormes, pas seulement de sacrifices, ce qui permet d'allier l'utile à l'agréable.
    Aujourd'hui on se dirige vers un scénario catastrophique de type Mad Max; il faut se réveiller car tout ce qu'on a essayé avant n'a pas fonctionné.
    Très peu de chercheurs et d'experts font l'effort de vulgarisation pour le grand public; beaucoup restent enfermés dans la technicité universitaire.
    • Les économistes sont focalisés sur des sujets précis et ont perdu la vue d'ensemble • À l'université, la vulgarisation n'est pas valorisée malgré l'importance de diffuser la connaissance
  • Définition et fondamentaux de la décroissance(7'0610'56)
    La décroissance n'est pas l'opposé de la croissance économique mais une réponse à l'impossibilité physique de poursuivre une croissance infinie avec des ressources limitées.
    Toute activité économique a besoin d'énergie et d'accès à la matière; une croissance contante en production mobilisera toujours plus d'énergie et de matière.
    Nous avons un budget carbone très limité pour éviter un réchauffement climatique catastrophique, ce qui rend le découplage entre croissance et émissions impossible à long terme.
    Soit une décroissance choisie aujourd'hui de manière juste et démocratique, soit un effondrement subit imposé par la finitude de la nature.
  • Données scientifiques sur le découplage(10'5613'10)
    Une croissance de 3% signifie que l'économie double tous les 24 ans; c'est une augmentation exponentielle que les gains technologiques ne peuvent pas compenser indéfiniment.
    Plus de 900 études peer-reviewed sur le découplage montrent qu'on a réussi de petits gains d'efficacité, mais largement insuffisants pour atteindre les trajectoires bas carbone du GIEC.
    La différence entre les gains d'efficacité et la trajectoire bas carbone requise est comblée uniquement par la décroissance et la sobriété.
    La décroissance est inévitable; la seule question est si on la choisit de manière organisée ou si on la subit par effondrement climatique et économique.
  • Inégalités globales et justice climatique(13'1015'42)
    Les richesses à l'échelle mondiale sont extrêmement concentrées; quelques pourcents des plus riches possèdent la grande majorité du patrimoine économique.
    • Les 10% des plus riches sont responsables de presque la moitié des émissions totales • Les 50% des ménages les plus pauvres n'émettent que moins de 10% du total
    L'empreinte carbone moyenne aux États-Unis est d'une quinzaine de tonnes par habitant par an, tandis que Madagascar, le Malawi ou le Burkina Faso ont des empreintes entre 0,01 et 0,4 tonnes.
    Les pays du Sud se retrouvent en première ligne de l'effondrement climatique et ont besoin de plus d'énergie pour se développer et s'adapter, mais les pays riches monopolisent les ressources.
  • Critique de la croissance verte et des technologues(15'4218'15)
    Les entrepreneurs de la Silicon Valley qui promeuvent publiquement la croissance verte se construisent des bunkers de luxe en Nouvelle-Zélande, révélant leur manque de confiance dans leurs propres solutions.
    La croissance verte est démontée comme impossible; on continue à émettre autant de gaz à effet de serre malgré les promesses technologiques.
    Certains pensent s'enrichir très vite puis devenir philanthropes pour réparer les dégâts, mais macroéconomiquement cela ne fonctionne pas car on détruit ce qu'on ne saurait pas reconstruire.
    Les technologies d'émissions négatives ne sont pas prêtes; on ne sait pas recréer la biodiversité qui sont des usines naturelles pour aspirer le CO2, ce qui invalide le pari technologique.
  • Complexité du système climatique et approche préventive(18'1519'21)
    Après des années de travail au sein du GIEC, le plus grand effort scientifique de notre espèce, on sait que le système terre est extrêmement complexe et réserve rarement de bonnes surprises.
    Chaque année, les budgets carbone diminuent et les phénomènes climatiques sont plus graves que prévu; il n'y a jamais de bonnes nouvelles.
    Il faut prendre comme hypothèse prudente qu'on n'aura pas les technologies de capture carbone plutôt que de parier sur leur développement futur.
    L'approche de la décroissance ressemble à la prévention en santé: éviter d'émettre le CO2 plutôt que de parier sur la capacité à le recapturer.
  • Aviation et réalité des émissions(19'2123'54)
    Les avions hydrogène en développement ne changeront pas fondamentalement la situation car pour réduire les émissions il faut moins voler, c'est simple et inévitable.
    Moins de 10% de la population mondiale a déjà monté dans un avion, ce qui montre que le vol était déjà un privilège très émetteur pour une petite fraction.
    L'empreinte carbone par rapport au pourcentage de population qui vole est immense et disproportionnée.
    Il faut créer une réflexivité économique où on évalue la véritable empreinte totale des technologies avant de les déployer massivement.
  • Structure des entreprises et forme juridique(23'5425'45)
    Passer une entreprise du statut de société privée à but lucratif à une entreprise à lucrativité limitée change fondamentalement sa raison d'être légale.
    Si Total était transformée en coopérative démocratique à lucrativité limitée, elle pourrait prendre la décision de désinvestir complètement des énergies fossiles et de se démanteler selon les directives du GIEC.
    Les coopératives ont une gouvernance beaucoup plus démocratique et les profits sont réinvestis dans l'activité plutôt que distribués à des actionnaires.
    Tant qu'il y a des sociétés privées dont la mission est de faire du profit, il est impossible de découpler ou de décroître de manière planifiée.
  • Secteurs clés et modèle Viennois(25'4531'09)
    À Vienne, 60% de l'immobilier est du logement social et le reste est organisé par de l'associatif à but lucratif; il est interdit d'être une entreprise privée dans ce secteur.
    Vienne a les loyers les moins chers des capitales européennes et l'une des plus hautes qualités de logement grâce à ce modèle de réinvestissement des profits dans la qualité.
    Cette logique pourrait s'appliquer à tous les secteurs clés: la santé, l'éducation, le logement, l'alimentation, l'énergie et les télécommunications.
    Si l'économie a pour but le bien-être comme le disent même les économistes néolibéraux, pourquoi ne pas avoir directement des structures qui recherchent le bien-être au lieu de passer par le profit?
  • Le PIB comme indicateur trompeur(31'0933'27)
    La croissance économique est spécifiquement l'augmentation du produit intérieur brut, mesurée en fonction des valeurs monétaires plutôt que des activités réelles.
    Il y a grande confusion entre la valeur ajoutée mesurée par le PIB et la richesse réelle; le PIB compte une augmentation même si on privatise et marchandise ce qui était gratuit.
    Si Wikipédia était privatisé et que les utilisateurs devaient payer pour l'accès, cela créerait beaucoup de valeur ajoutée au PIB mais appauvriraient réellement la société.
    Tout en parlant du pouvoir d'achat, jamais on ne parle du pouvoir de vente; certaines choses ne devraient pas être marchandisées comme l'immobilier ou la santé.
  • Démarchandisation et modèle socialiste(33'2735'43)
    La démarchandisation signifie prendre la gouvernance de quelque chose qui est aujourd'hui décidée par des propriétaires et actionnaires pour la gérer en commun de manière démocratique.
    Si on démarchandise la santé en la déclarant non lucrative, les prix des médicaments et traitements seront proches des coûts de production et non dictés par les monopoles pharmaceutiques.
    On peut démocratiquement décider des salaires acceptables, des prix équitables et du réinvestissement des ressources dans la satisfaction des besoins plutôt que dans les profits.
    Le capitalisme est aussi planifié mais par les prix; une alternative serait une planification démocratique commune rather than price-based rationing.
  • Rationnement et justice du budget carbone(35'4339'26)
    Aujourd'hui le budget carbone est rationné par les prix; Elon Musk peut acheter une grande partie du budget carbone planétaire tandis que les pays pauvres ne peuvent pas.
    Les crédit carbone permettent de perpétuer le système actuel en donnant aux riches la possibilité d'acheter le droit de continuer à polluer.
    La planification démocratique du budget carbone pourrait diviser l'accès en fonction de la population, des dettes climatiques ou des besoins prioritaires, comme le rationnement des greffes d'organes.
    Le don d'organes n'est pas marchandisé; il utilise des protocoles de rationnement démocratiques basés sur les besoins et urgences, pas sur la richesse.
  • Sécurité sociale et économie du bien-être(39'2641'25)
    Au lieu que chaque personne gratte son pouvoir d'achat pour payer des entreprises à but lucratif, on peut socialiser la production des soins et démocratiser l'accès.
    Les soins médicaux inclus dans une logique de sécurité sociale permettent de maintenir les prix proches des coûts de production plutôt que de les laisser exploser.
    • Sécurité sociale de l'alimentation • Sécurité économique générale • Approches similaires pour d'autres besoins fondamentaux
    Ces systèmes évitent les marges de profit des entreprises privées et garantissent l'accès universel aux besoins essentiels.
  • Vision future de la société en décroissance(41'2544'16)
    Dans une société de décroissance, il n'y a plus de publicité ni de cookies puisque ceux-ci servent à approprier les données personnelles pour vendre des produits.
    La consommation est organisée par coopératives de consommation à l'échelle locale qui décident collectivement quels produits consommer, privilégiant l'agriculture biologique de proximité.
    Les villes sont réaménagées avec plus de verdure, d'arbres et de jardins partagés plutôt que de béton; on désacralise les voitures pour favoriser les vélos et transports collectifs.
    Les jardins partagés créent une résilience alimentaire et des points de rencontre; les buanderies communes et ateliers de réparation favorisent l'entraide et la création de monnaies locales.
  • Organisation politique et démocratie participative(44'1645'38)
    L'urbanisme est recentré sur le concept que tout doit être accessible à moins de 15 minutes à pied ou en vélo, créant des petits îlots autonomes.
    On crée une démocratie locale participative au niveau du quartier qui s'agrège en représentation régionale et nationale via des fédérations.
    Les décisions sur le budget carbone et la réduction des activités sont prises démocratiquement avec des données précises sur l'impact environnemental de chaque produit.
    On peut décider de repousser la production de certains biens à l'année suivante ou réduire ce qui n'est pas complètement essentiel en fonction des limites écologiques.
  • Travail et participation sociale(45'3846'08)
    Le temps de travail salarié passe de 35-40 heures par semaine à moins, remplacé par du travail participatif et de l'aide communautaire.
    Les voisins s'entraident pour les travaux; celui qui sait faire la plomberie aide, celui qui veut refaire sa toiture reçoit de l'aide, tous sans compensation monétaire.
    Des monnaies locales peuvent fonctionner pour certains échanges et services, créant de la réciprocité sans passer par le système monétaire global.
    L'économie passe beaucoup plus de temps à s'organiser collectivement et beaucoup moins de temps à produire mécaniquement pour la consommation.
  • Accès aux ressources et abondance publique(46'0848'49)
    Les terrains de foot à Paris sont privatisés et louent l'accès; cet exemple montre comment l'accumulation par dépossession privatise ce qui était public.
    Les entreprises approprient les usagers et les choses publiques, puis les forces à payer pour y accéder, créant une dépendance au salariat.
    Les habitats partagés à Vienne incluent des salles communes pour partager vélos, outils et appareils électroménagers, créant richesse et convivialité.
    Une société en décroissance a accès à énormément de choses en commun plutôt que chacun possédant individuellement des objets peu utilisés.
  • Transformation culturelle et valeurs collectives(48'4950'07)
    Il faut casser l'individualisme véhiculé par les réseaux sociaux, la musique et les médias pour promouvoir les valeurs de collectif.
    • À l'école et dans les médias, on doit promouvoir l'entraide et la coopération • Les jeux vidéo, films et musique doivent montrer des héros qui ont besoin de leurs amis • L'exemple de Sangoku qui a besoin de ses amis plutôt que le héros solitaire
    Passer d'un modèle Batman (un milliardaire avec technologie) à un modèle Avengers (alliance de gens différents résolvant ensemble).
    L'entraide est la base de toute société humaine; ce changement revient à nos racines plutôt que de créer quelque chose de nouveau.
  • Urgence et contrainte de l'abondance(50'0751'54)
    L'abondance nous permet de vivre de manière isolée; la pénurie nous force à nous entraider et à coopérer comme instinct de survie naturel.
    L'individualisme est écologiquement impossible; vivre seul en commandant à manger coûte énormément d'énergie et dépend de l'appropriation de ressources des pays du Sud.
    Notre mode de vie dans les économies industrialisées demande l'appropriation énorme de ressources et du travail des pays du Sud pour fonctionner.
    Si on arrêtait les approvisionnements du supermarché, il faudrait supplier les paysans locaux de nous nourrir, révélant notre dépendance réelle au système.
  • Réciprocité et monnaie(51'5453'16)
    L'achat au supermarché évacue la réciprocité; on paie donc on est quitte, au lieu de créer des phénomènes d'entraide continue.
    On doit créer des cercles de réciprocité en dehors de l'économie monétaire: si tu me dépannes, je te rends un service sans quantification.
    L'anthropologue David Graeber a montré que la dette et l'obligation mutuelle sont le ciment des sociétés humaines.
    Les réseaux de partage d'objets créent énormément de relations sociales qui constituent la véritable richesse humaine.
  • Études psychologiques et bien-être réel(53'1654'36)
    Une infirmière australienne qui a interrogé les mourants a découvert que peu importe la culture, tous regrettaient ne pas passer plus de temps en famille, moins travaillé et plus d'expériences créatives.
    • L'amour et les enfants sont la vraie richesse • Les moments créatifs et les relations humaines comptent • Personne ne regrette de ne pas avoir fait plus d'argent
    Toutes nos motivations réelles tournent autour du bien-être et des relations humaines, or notre économie pousse à l'isolement.
    L'individualisme nous rend misérable même si théoriquement possible; les psychologues, sociologues et anthropologues le confirment universellement.
  • Décroissance comme utopie conviviale(54'3655'27)
    La décroissance n'est pas seulement une réponse pragmatique au péril climatique mais une utopie d'une société organisée de manière conviviale.
    Le journal La Décroissance créé en 2004 s'appelait aussi 'La Joie de vivre', montrant que cette transition se fait pour le bien-être aussi.
    • Réduction de la production et consommation pour alléger l'empreinte écologique • Planification démocratique dans un esprit de justice sociale • Souci du bien-être et prospérité sans croissance
    La décroissance est motivée par les énormes fractures sociales liées à la crise écologique qui existe aujourd'hui.
  • Innovation orientée vers le bien-être(55'2757'09)
    Au lieu d'investir pour créer du profit, on devrait investir toute notre capacité technologique pour le bien-être humain et la santé.
    Au lieu de changer les téléphones chaque année, on devrait créer des produits durables, réparables et vraiment utiles qui restent longtemps.
    Cette transition représente un prisme vers le futur qui doit être notre boussole plutôt que d'imaginer un futur apocalyptique ou de créer des bunkers.
    Le terme Apocalypse signifie révélation, pas destruction; ce travail révèle un futur désirable plutôt que destructeur.
  • Transformation politique et délai(57'0961'56)
    La question est de savoir combien de temps on a pour changer les mentalités avant que des crises climatiques forcent les changements.
    Ces changements vont se traduire progressivement mais rapidement politiquement dans les gouvernements et les entreprises.
    Les événements climatiques intenses risquent de forcer des changements autoritaires vers la fermeture des frontières et l'accaparement des ressources au lieu d'une transition juste.
    Il y a peur de basculer vers un scénario cyberpunk où les acquis sociaux s'effondrent et les riches protègent leurs intérêts aux dépens de tous.
  • Deux mondes en formation(61'5657'54)
    Deux mondes se créent: celui de la résilience et de la décroissance conviviale, et celui de la technocratie et du ré-esclavage des humains.
    Les milliardaires et le 1% veulent maintenir le contrôle et créer un système où ils sont les grands pharaons avec une classe de serviteurs.
    Les idées de société régénérative et post-croissance résonnent avec l'expérience de vie de la majorité des gens, mais cette majorité n'est pas agissante.
    Le pouvoir d'agir dépend aujourd'hui du pouvoir d'achat; il faut désamorcer la puissance de l'argent pour reconstruire une véritable démocratie.
  • Message final et appel à l'appropriation(57'5464'08)
    Ne pas considérer l'argent comme une richesse; créer une culture distinguant l'argent propre de l'argent sale généré par la destruction écologique.
    L'économie est plus simple qu'on ne le pense; ce ne sont pas des chiffres mystérieux mais des questions philosophiques sur les besoins et l'organisation sociale.
    Tout le monde doit s'approprier ces concepts sans peur de ne pas avoir de doctorat; les plus créatifs aujourd'hui pensent justement en dehors des cadres économistes.
    Les grandes transformations idéologiques ont souvent été produites par des guerres; on espère éviter ce chemin et pouvoir coopérer sans conflits futurs.