TALK/SORTEZ L’ARGENT DES BANQUES ! - Frédéric Chomé | LIMIT
SORTEZ L’ARGENT DES BANQUES ! - Frédéric Chomé | LIMIT

SORTEZ L’ARGENT DES BANQUES ! - Frédéric Chomé | LIMIT

LIMIT1h 0minAug 4, 2024
tu donnes 1000 € à ta banque et elle va faire 10000 € de prêt
16 chapters
  • Introduction et présentation de Frédéric Chomé(0'273'01)
    Frédéric Chomé a 50 ans, deux enfants et gère depuis 17 ans l'entreprise Factor X spécialisée en conseil environnemental. Il a précédemment travaillé chez Electrabel et a réalisé une thèse en changement climatique à l'Institut Royal Météorologique de Bruxelles.
    Actif depuis une vingtaine d'années dans les enjeux environnementaux, Frédéric observe que certains sujets ont avancé mais que de nombreux autres enjeux n'ont pas été suffisamment pris en compte, notamment l'impact de l'utilisation de l'argent en banque.
    Au-delà des gestes quotidiens comme éteindre l'eau ou réduire la consommation de viande, il existe une partie cachée mais majeure de notre empreinte écologique : l'argent placé en banque et son financement indirect d'activités polluantes.
    La question de comment utiliser son argent de manière responsable n'a jamais été abordée sur la chaîne Limit, malgré son importance cruciale pour réduire réellement notre impact environnemental.
  • Les mécanismes bancaires et l'effet de levier(3'0110'41)
    L'argent est une monnaie servant à échanger des biens et services. Environ 30% des personnes ont des revenus excédant leurs besoins et peuvent faire des placements financiers, tandis que 70% utilisent leur argent uniquement pour leurs dépenses essentielles.
    Les banques ont été instituées pour réguler l'argent et permettre l'épargne. Elles investissent cet argent dans l'économie réelle en accordant des prêts aux entreprises, associations et pouvoirs publics pour financer le développement économique.
    Les banques prêtent un multiple de l'argent qu'elles reçoivent. Historiquement, quand les dépôts étaient en or, les banques prêtaient 4 à 5 fois ce montant. Aujourd'hui, la réglementation européenne demande un ratio d'environ 15€ prêtés pour 1€ déposé.
    En Belgique, les banques ne sont pas réglementées quant à l'utilisation de l'argent des comptes d'épargne. Elles peuvent l'investir où bon leur semble, y compris dans les énergies fossiles, l'agriculture industrielle ou la déforestation en Amazonie.
  • Impact environnemental des placements financiers(10'4114'38)
    Lorsque vous déposez de l'argent en banque, vous financez indirectement l'économie mondiale. Pour chaque 1000€ déposés, cela génère en moyenne une tonne de CO2 par an via l'effet de levier bancaire et les investissements qui en découlent.
    • 200 000€ de placements financiers par personne en moyenne en Belgique • Cela équivaut à environ 200 tonnes de CO2 par personne • Pour comparaison, un Belge moyen génère 11-14 tonnes de CO2 par sa consommation directe
    10% de la population possède 50% du patrimoine, créant des inégalités majeures. Les ultra-riches ont une empreinte carbone individuelle de 100 à 500 fois supérieure à la moyenne belge, principalement due à leurs placements financiers massifs.
    Les riches sont critiqués pour leur mode de vie (voitures de sport, vols fréquents). Cependant, la différence réelle réside dans les comportements de financement (1 à 1000 fois supérieur) plutôt que de consommation (1 à 5 fois supérieur).
  • Bilan carbone des entreprises et méthodologie(14'3824'26)
    Jean-Marc Jancovici a créé le bilan carbone en 2006 en se concentrant sur les flux physiques (pétrole extrait, voitures roulant, coton fabriqué, arbres coupés). Les flux monétaires ont progressivement été intégrés à la méthodologie pour quantifier les émissions indirectes.
    Des facteurs permettent maintenant de quantifier l'impact carbone de chaque euro dépensé dans l'économie. Par exemple, pour 1 million d'euros dépensés en services de nettoyage, il faut considérer non seulement les matériaux mais aussi la rémunération des travailleurs et les marges des entreprises.
    380 milliards d'euros d'évasion fiscale organisée en Belgique représentent aussi de l'impact carbone indirect. Cet argent fuit vers les paradis fiscaux qui financent massivement les entreprises de fossiles et les groupes énergétiques polluants.
    Les personnes aisées pensent que l'argent doit générer plus d'argent. Pour trouver des placements rentables, cet argent finance les activités les plus polluantes : extraction de ressources naturelles, énergie fossile, et destruction de la nature.
  • Subsidisation de l'épargne et comptes bloqués(24'2647'47)
    Le gouvernement belge a décidé de subsidier l'épargne, ce qui a créé une culture d'épargne importante. Cela a résulté en milliards d'euros dormant sur des comptes d'épargne réglementés.
    L'État garantit 100 000€ en Belgique pour l'argent placé sur des comptes d'épargne réglementés. Cette garantie crée un effet rassurant qui encourage à mettre de l'argent en banque sans questionnement sur son utilisation réelle.
    Cette garantie est en réalité un subside au secteur bancaire. Elle rassure les épargnants et crée une fausse sécurité, permettant aux banques de faire ce qu'elles veulent avec cet argent sans rendre de comptes.
    Les ultra-riches contournent la limite de 100 000€ en ouvrant plusieurs comptes d'épargne dans différentes banques. Cela leur permet de maintenir des montants importants sans risque tout en bénéficiant de la garantie d'État.
  • Paradoxe climatique et équation de Kaya(47'4749'35)
    L'équation de Kaya décompose les émissions de CO2 en plusieurs facteurs : intensité carbone de l'énergie, intensité énergétique de l'économie, richesse par habitant, et nombre d'habitants. Pour réduire les émissions de 55% en 6 ans, tous ces facteurs doivent diminuer.
    • Intensité carbone de l'énergie : baissée de 15-20% en 45 ans • Intensité énergétique de l'économie : baissée de 30% par augmentation de l'efficacité • PIB par habitant : augmenté de 2,7 fois à l'échelle mondiale • Population mondiale : augmentée de 3 milliards de personnes
    L'augmentation majeure de la richesse par habitant annule les gains faits sur l'intensité carbone. Tant que l'économie continue de croître, il est impossible de réduire les émissions globales, quel que soit le progrès technologique.
    Il faut aligner l'économie avec les enjeux planétaires. Soit cette richesse est entièrement dédiée aux solutions climatiques, soit elle doit décroître en volume pour rester dans les limites planétaires.
  • Perspectives géopolitiques et colonialisme(49'3552'45)
    Les ressources en énergie fossile en Europe ont été largement épuisées. L'Europe dépend de l'importation de ressources d'autres régions : pétrole de Norvège, d'Angleterre, et du reste du monde, notamment de régions anciennes colonies.
    L'Europe n'a pas vraiment quitté le système colonial. Elle continue d'importer des ressources (ananas, avocat, pétrole) des pays du Sud, perpétuant une relation de dépendance économique et d'exploitation.
    Les entreprises de l'énergie sont devenues plus puissantes que les États européens. Dire que Total est une entreprise française est stupide tant elle opère à l'échelle mondiale et peut se déplacer où elle veut pour continuer ses activités polluantes.
    Face à la contraction des ressources fossiles, l'Europe est mal positionnée. La question cruciale est : quelle valeur ajoutée l'Europe peut-elle offrir dans un monde en contraction? Frédéric Chomé exprime un pessimisme quant à la capacité de l'Europe à conserver son influence.
  • Érosion de la classe moyenne et tensions sociales(52'4527'51)
    • 30% des Bruxellois ont faim • 40% des personnes sont mal logées • La crise du logement s'intensifie • Les jeunes font la file à la Banque alimentaire
    La classe moyenne s'érode, créant une dichotomie entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Cette polarisation pose des problèmes démocratiques majeurs et favorise l'émergence d'extrêmes politiques qui déshumanisent ceux qui sont différents.
    Malgré 30-40% de personnes en situation difficile à Bruxelles, il n'y a pas de mouvement social massif. Les gens ont peur de perdre le peu qu'ils ont et restent prisonniers du système capitaliste basé sur la compétition permanente.
    Les classes moyennes supérieures doivent être celles qui se lèvent pour défendre les droits et l'égalité, car l'époque des révoltes ouvrières est révolue. Seules des catégories intermédiaires conscientes peuvent créer le changement systémique nécessaire.
  • Solutions pratiques : retirer l'argent des banques(27'5131'53)
    Il n'existe pas de bonne banque en Belgique. Les banques comme Triodos ou Newbi (disparue) représentaient des alternatives meilleures. Greenbot est un intermédiaire financier lié à une banque non vertueuse, donc pas une véritable solution.
    L'objectif principal est d'avoir le moins d'argent possible en banque. Tout argent retiré des banques n'alimente plus l'effet de levier qui finance les activités polluantes. C'est l'action individuelle la plus impactante qu'on puisse faire.
    Retirer de l'argent en billets de banque ou en pièces d'or sort l'argent du système électronique des banques. Ces formes physiques ne circulent plus et ne peuvent plus être utilisées pour créer des multiples de prêts polluants.
    Il devient de plus en plus difficile de retirer des sommes importantes en espèces auprès de son banquier. Les banques poussent fortement vers la monnaie électronique pour maintenir le contrôle sur les flux d'argent et continuer l'effet de levier.
  • Consommation consciente au lieu d'épargne(31'5336'49)
    Garder de l'argent en banque est pire écologiquement que dépenser cet argent de manière réfléchie. L'épargne crée 1000 fois plus d'impact carbone que la consommation directe à cause de l'effet de levier bancaire.
    • Consommer local, auprès d'artisans et de petits producteurs • Acheter des biens durables et bien fabriqués plutôt que bon marché • Payer plus cher pour des vêtements de qualité ou du textile artisanal • Soutenir l'économie de proximité et l'auto-emploi
    Mieux vaut acheter un t-shirt artisanal à 60€ qui dure longtemps qu'un t-shirt H&M à 10€. Les vêtements de marque luxueux produits localement ont un impact carbone inférieur malgré leur prix, car ils financent des économies vertueuses.
    Les objets fabriqués par des artisans dans un atelier sont plus robustes et réparables. Si quelque chose casse, vous pouvez le faire réparer par son fabricant, évitant ainsi la consommation jetable.
  • Investissements alternatifs et monnaies locales(36'4940'02)
    Si vous avez de l'argent à investir, préférez les biens de collection (art, voitures de collection, objets de valeur) aux placements financiers. Ces biens physiques sortent l'argent du circuit bancaire polluant.
    Investissez dans l'économie locale et les entreprises que vous comprenez. Soutenez les entrepreneurs locaux, les projets de proximité qui partagent vos valeurs plutôt que des produits financiers abstraits.
    • Le Talent est une monnaie locale qui permet d'acheter chez des producteurs locaux, au bar, au centre culturel ou chez l'agriculteur bio • On peut gagner des Talents en travaillant pour des brasseurs ou autres acteurs locaux • C'est de l'argent qui circule dans un circuit fermé et solidaire, sans effet de levier • Le Talent a décidé d'arrêter la monnaie physique en mars, passant au numérique
    Le Talent et autres monnaies locales manquent de visibilité et d'utilisateurs. Sans une communication adéquate, ces initiatives restent anecdotiques et ne peuvent pas challenger le système bancaire dominant.
  • Investissement dans l'entrepreneuriat local(40'0242'54)
    Les entrepreneurs locaux avec des idées géniales à côté de chez vous ont du mal à trouver du financement. Pourquoi donner de l'argent à un banquier plutôt qu'à un entrepreneur qu'on côtoie quotidiennement et dont on partage les valeurs?
    • Tax Shelter pour entreprises innovantes • Tax Shelter croissance pour les start-ups • Ces avantages fiscaux sont largement sous-utilisés mais permettent de financer des projets locaux avec des bénéfices fiscaux
    Investir dans des projets locaux permet de voir les entrepreneurs grandir, de partager leurs succès et leurs échecs. C'est humainement gratifiant et crée une vraie économie de proximité plutôt qu'une abstraction financière.
    Les éco-entreprises se heurtent à un plafond de verre. Les barrières à l'entrée et le manque de financement les empêchent de grandir, tandis que les gros acteurs dominants reçoivent tous les soutiens, qu'ils soient écologiques ou non.
  • Dons et soutien aux associations(42'5444'34)
    Les associations, ASBL et médias importants qui font bouger les choses ont besoin de notre soutien. En Belgique, on donne insuffisamment comparé à notre capacité réelle de contribution.
    Il faut donner suffisamment tôt à ses enfants pour qu'ils n'aient pas peur du besoin. Contrairement à la croyance qu'on doit se faire tout seul, aider ses enfants à acquérir un premier bien immobilier (10-15 fois moins carboné qu'un placement bancaire) leur permet de se réaliser pleinement.
    Si les jeunes n'ont pas peur du besoin, ils peuvent réaliser leur potentiel plutôt que de chercher des emplois mainstream polluants par défaut. Une base financière saine permet une vraie liberté de choix professionnel.
    Il existe une énorme inégalité patrimoniale. Redistribuer le patrimoine des ultra-riches vers ceux qui démarrent dans la vie créerait une plus grande équité et permettrait une meilleure utilisation des ressources.
  • Ka Écopreneur et l'écosystème entrepreneurial(44'3455'45)
    Ka Écopreneur est une association qui vise à défendre les droits des entreprises qui font bien les choses. Elle cherche à identifier et soutenir les entrepreneurs qui adoptent une approche écologiquement et socialement responsable.
    • Environ 1000 entreprises éco-responsables identifiées en Belgique • Environ 350 sont actuellement membres de l'association • L'objectif est d'en augmenter le nombre et leur taille
    Ces petites entreprises font bien les choses mais peinent à grandir car elles s'opposent à l'ordre établi. Elles rencontrent des difficultés à obtenir du financement et des obstacles à l'entrée qui les empêchent de se développer.
    Une entreprise de prévention des déchets se heurte au paradoxe que l'industrie du recyclage a besoin de déchets pour exister. Les politiques favorisent le recyclage mieux-fait plutôt que la réduction et le refus de déchets à la source.
  • Résilience territoriale et gouvernance locale(55'4557'09)
    On parle depuis 30 ans que nous avons 10 ans pour agir. C'est une vaste blague. Nous sommes maintenant dans le mur et si nous voulons nous en sortir, c'est maintenant qu'il faut bouger, pas dans 10 ans.
    Le changement véritable doit se faire à l'échelle territoriale : communes, provinces, agglomérations. C'est là que la politique peut réellement avoir un impact et créer une résilience durable face aux chocs futurs.
    • En Belgique, on produit 3-4 fois trop de porc • On produit 2 fois trop de bœuf • Il faut redéfinir les zones de production et les activités économiques locales • Cela nécessite une bonne administration publique consciente et mobilisée
    Les politiques doivent devenir les tambours majeurs qui coordonnent les forces des entrepreneurs et militants. Aujourd'hui, le système politique est bloqué par les partis et n'a plus la liberté de faire les bons choix pour le territoire.
  • Appel final et recommandations pratiques(57'0960'02)
    Si tout le monde qui a de l'argent en banque pouvait avoir au moins 300€ en espèces dans son portefeuille ce serait déjà génial. Cet argent physique ne finance plus le système polluant et échappe à l'effet de levier bancaire.
    L'impact carbone de notre argent en banque (200 tonnes de CO2 par Belge moyen) dépasse d'une centaine de tonnes celui de notre consommation directe (11-14 tonnes). Cela remet en perspective la plupart de nos efforts de réduction carbone.
    Les formations et bilans carbone personnels sont anodins comparés à l'impact financier réel. Il faut élargir notre perspective pour intégrer l'impact des placements financiers dans notre responsabilité écologique individuelle.
    Même l'épargne retraite obligatoire que les entreprises nous versent est un placement financier qui bénéficie de l'effet de levier. Paradoxalement, en se préparant pour l'avenir, on détruit indirectement les conditions de vie future via ces investissements.