
4 juillet 1776, la Déclaration d'indépendance américaine | Quand l'histoire fait dates | ARTE
15 chapters
- Le vote de l'indépendance et la confusion des datesL'événement décisifLe 2 juillet 1776 à Philadelphie, les délégués des 13 colonies britanniques d'Amérique du Nord votent la dissolution des liens avec la couronne britannique après d'après débats. La rupture coloniale est consommée et de nouveaux États unis naissent : les États-Unis d'Amérique.Prédiction de John AdamsJohn Adams, délégué de Boston au Massachusetts, écrit dans son journal que le 2 juillet restera la date la plus mémorable de l'histoire des États-Unis et sera célébrée jusqu'à la fin du monde.L'erreur de dateJohn Adams se trompe de date. Dès l'année suivante en 1777, c'est le 4 juillet que l'on célèbre l'Independence Day, et cette date perdure jusqu'à aujourd'hui comme la grande fête de la religion civile américaine.Ce qu'on commémore réellementLe 4 juillet ne commémore pas le vote de l'indépendance, mais un texte fondateur : la Déclaration d'indépendance, qui impose au monde une nouvelle philosophie affirmant que les hommes sont créés égaux et possèdent des droits inaliénables à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.
- Philadelphie et les symboles de l'indépendanceLa destination historiquePhiladelphie est le lieu où retrouver les traces de la Déclaration d'indépendance. Au cœur de la ville moderne se trouve un parc national historique qui raconte la geste du combat indépendantiste des États-Unis d'Amérique.Independence HallC'est à Independence Hall que fut signée la Déclaration d'indépendance, attirant aujourd'hui les visiteurs qui font le selfie obligé devant ce bâtiment emblématique.Liberty BellLa cloche Liberty Bell est conservée à Philadelphie. Selon la légende, elle sonna pour annoncer aux citoyens de Philadelphie et du monde qu'un état nouveau était né fondé par la seule force du verbe.Expression des LumièresLa Déclaration d'indépendance est véritablement une expression de la philosophie des Lumières. Les Américains deviennent dès ce jour les fils obéissants du 18e siècle, et la religion civique du 4 juillet ramène toujours l'origine de cette nation à cette gloire.
- La rédaction et la commission des cinqFormation de la commissionLe 11 juin 1776, le Second Congrès continental qui réunit les représentants des 13 colonies nomme cinq délégués pour rédiger le manifeste de l'indépendance.Les cinq délégués• John Adams • Benjamin Franklin • Thomas Jefferson, principal rédacteur du texteL'iconographie historiqueEn 1817, Thomas Jefferson suggère au peintre John Trumble de composer un grand tableau d'histoire représentant les délégués du Congrès de Philadelphie et la commission des 5. Cette image est reprise sur les billets de 2 dollars et participe à la monumentalisation du texte.Le manuscrit originalLe manuscrit original de la Déclaration d'indépendance est conservé et exposé comme une relique aux archives nationales à Washington. On y voit des hésitations, des ratures et des repentirs, montrant que l'histoire était en mouvement et que rien n'était décidé.
- Les origines de la colonisation britannique en VirginieLes premiers contactsEn 1584, le navigateur anglais Walter Ralegh débouche dans la baie de Chesapeake, le plus grand estuaire d'Amérique du Nord. L'Angleterre est la dernière arrivée dans le Nouveau Monde et tente de s'y faire une place entre les Espagnols au sud et les Français qui colonisent le golfe du Saint-Laurent.Les terres occupéesCe ne sont pas des terres vierges que découvre Walter Ralegh. On estime qu'à cette date, 7 millions d'Amérindiens occupent l'immense espace qui s'étend entre les grands lacs et la Floride.Jamestown et la Compagnie de LondresLa première colonie permanente est fondée en 1607 et baptisée Jamestown en l'honneur du roi Jacques Ier. Une société privée, la Compagnie de Londres, reçoit une charte l'autorisant à s'établir en Virginie.Le modèle contractuelLa charte relève à la fois de la société par actions, les colons étant les actionnaires de l'entreprise de colonisation, mais aussi du contrat social fondant une nouvelle société sur le consentement mutuel des hommes libres et égaux.
- La société coloniale et ses caractéristiquesLa population colonialeTrouvant des conditions climatiques et des milieux naturels proches de ceux qu'ils connaissent en Europe, 90 % des Britanniques d'outre-mer deviennent agriculteurs. En 1776, les treize colonies comptent un peu moins de 3 millions d'habitants répartis du Massachusetts au nord à la Géorgie au sud.Caractéristiques remarquables• Diversité confessionnelle, produit des guerres de religion en Europe • Accès direct à la culture écrite • Pratiquement sans noblesse, ce qui permet à la révolution américaine de faire l'économie de la liquidation de l'ancien régimeDifférences économiques régionalesLe Nord est façonné par une colonisation d'artisans et de petits fermiers, souvent des puritains fuyant les persécutions en Angleterre, avec les principales villes : New York, Boston et Philadelphie. Le Sud est dominé par de grands domaines agricoles cultivant le tabac, puis le sucre et le coton, avec 450000 esclaves à partir de 1660.L'indépendance économiqueL'économie de plantation du Sud est très dépendante du débouché anglais, tandis que les colonies du Nord sont devenues autonomes. L'indépendance économique précède et annonce l'indépendance politique.
- La Guerre de Sept Ans et ses conséquencesUn conflit mondialLa Guerre de Sept Ans débute en 1756, 20 ans avant la guerre d'indépendance américaine. Bien qu'en Europe on la décrive comme un conflit européen opposant la France et l'Autriche à la Prusse et l'Angleterre, elle s'est déroulée sur plusieurs théâtres d'opération simultanément, en faisant peut-être la première guerre mondiale.La durée en AmériqueEn Amérique, on ne parle pas de Guerre de Sept Ans mais de guerre contre les Indiens et les Français. Elle commence deux ans avant 1756 par des affrontements avec les Français au Canada et dans l'Ohio, et dure bien après 1763, car le départ des Français déclenche les premières guerres indiennes.Les victoires anglaisesL'Angleterre est la grande gagnante de la Guerre de Sept Ans, mais elle est terriblement endettée et presque ruinée par cette guerre qu'elle vient de gagner. La couronne britannique se retourne vers les habitants des 13 colonies qui sont devenues si riches et qui payent si peu d'impôts.Les nouveaux impôts• Pour éponger une dette colossale de 139 millions de livres, l'Angleterre décide de lever une série d'impôts sur ses riches colonies • En 1764, le Sugar Act taxe les importations de mélasse • En 1765, le Stamp Act impose une redevance sur tous les documents officiels, diplômes, actes juridiques, cartes à jouer et almanacs
- La résistance des colons aux politiques mercantilistesOpposition et boycottLes mesures mercantilistes rencontrent une opposition tenace des colons. À ce moment, ils ne veulent pas encore leur indépendance, mais recourent au boycott comme forme de résistance non-violente mais très puissante.Démocratisation de la contestationLe boycott permet la démocratisation de la contestation car tout le monde peut y participer. Jusqu'en 1775, cette révolte reste peu violente.Le massacre de BostonÀ Boston, le conflit entre les colons et la couronne britannique change de dimension le 5 mars 1770, quand les soldats britanniques tirent sur une manifestation devant l'hôtel de ville, tuant sept personnes. Le graveur Paul Revere représente l'événement comme le massacre sanglant de Boston, lequel devient une icône de la propagande patriotique.Vers l'indépendance politiqueEn mai 1773, le Parlement britannique vote le Tea Act, favorisant l'importation de thé anglais au dépend du thé hollandais de contrebande. Le 16 décembre, la Boston Tea Party voit des colons déguisés en Indiens jeter les caisses de thé anglais par-dessus bord. Ce passage d'une résistance fiscale à un projet politique est marqué par le slogan : pas de taxation sans représentation.
- Thomas Paine et le Sens CommunLa question centraleLorsque les représentants des 13 colonies se réunissent à Philadelphie en 1774 pour le premier Congrès continental, il ne s'agit plus seulement de protester contre des lois injustes, mais d'imaginer un avenir politique en commun et d'inventer une nation à partir d'une feuille blanche.Le manifeste révolutionnaireEn janvier 1776, Thomas Paine, un anglais récemment immigré à Philadelphie, publie le Sens Commun qui devient le bréviaire de la révolution américaine. Son message est d'une très grande simplicité : l'Amérique du Nord devrait être indépendante de la Grande-Bretagne.Les trois arguments• La monarchie britannique est corrompue et illégitime • La Bible montre que la monarchie est contraire à la volonté divine • L'Amérique possède suffisamment de ressources pour être indépendanteL'héritage anglaisThomas Paine critique la monarchie 13 ans avant la Révolution française. Il s'appuie sur une tradition anglaise ancienne de critique radicale remontant à la Guerre civile anglaise entre 1630 et 1650, notamment influencée par John Milton du 17e siècle et ses sources juives rabbiniques du Talmud.
- Les traditions anglaises de limitation du pouvoirLa Glorieuse RévolutionEn 1688, le Parlement anglais dépose Jacques II, accusé de tyrannie, pour le remplacer par son cousin Guillaume d'Orange. Ce dernier doit accepter une Déclaration des droits qui limite le pouvoir royal.Le modèle de la DéclarationLa Déclaration des droits anglaise de 1688 sert de modèle à la Déclaration d'indépendance américaine.Une différence majeureLà où la première déclaration garantissait les droits singuliers des Anglais, la seconde affirme ceux de l'humanité tout entière.Le paradoxe de l'égalitéComment peut-on proclamer l'égalité de tous les hommes tout en possédant des esclaves ? C'est le dilemme majeur pour la révolution américaine dont ses acteurs sont bien conscients.
- L'esclavage et ses contradictionsLes leaders esclavagistesDe nombreux leaders de la révolution possédaient des esclaves : George Washington, Thomas Jefferson, James Madison et d'autres encore.La position radicale de PaineContrairement à beaucoup d'autres dirigeants, Thomas Paine s'oppose de manière très ferme à l'esclavage dès le début. En 1775, quelques mois avant la publication du Sens Commun, il rédige un article pour un journal de Pennsylvanie exigeant l'abolition immédiate de l'esclavage dans les colonies. Sa position est des plus radicales et trouve quelques sympathisants à Philadelphie, mais relativement peu partout ailleurs.Pourquoi Paine ?Paine peut se permettre de faire cela car il vient d'ailleurs. Il n'appartient pas à la classe des planteurs ni à une famille qui fait des affaires avec eux. C'est un homme d'origine modeste qui a débarqué d'Angleterre quelques mois auparavant et contemple le spectacle qui s'offre à lui en demandant comment on peut avoir des esclaves.Les espérances des NoirsTous les hommes sont créés égaux. Cette déclaration du 4 juillet peut s'entendre comme une proclamation des droits inaliénables et universels de tous les hommes. C'est ce qu'espèrent les Noirs qui se sont engagés dans les rangs des rebelles.
- Les Noirs dans la Guerre d'indépendanceParticipation des NoirsEnviron 5000 Noirs américains participent à la Guerre d'indépendance. Ils sont aujourd'hui célébrés comme des défenseurs de la cause, mais on sait aussi que d'autres ont combattu dans les rangs anglais car les deux camps, Anglais et Américains, leur promettaient l'affranchissement.Les combattants honorés• Peter Salem, qui s'illustre à la bataille de Bunker Hill • James Armistead Lafayette, esclave qui porte le nom de son propriétaire en Virginie avant d'y ajouter celui du général français pour lequel il sert d'agent double • Salpour, honoré d'un timbre à son effigie • Barzilau, célébré dans une chanson de Duke EllingtonTraces historiquesÀ Boston, le musée d'histoire afro-américaine permet de retrouver la trace de certains de ces combattants noirs.Absence d'abolitionLe 4 juillet ne sonne pas le glas de l'esclavage pour tout le monde ni tout de suite. Le Vermont est un des États qui abolit immédiatement l'esclavage par sa constitution, mais d'autres s'engagent plus prudemment dans un processus graduel d'abolition, et les États du Sud sont très hostiles à ce projet.
- 1776 dans le mondeAutres fondations coloniales• Les Espagnols fondent San Francisco le 29 juin, cinq jours avant la Déclaration d'indépendance • Plus au sud, les Espagnols fondent Guatemala • Encore plus au sud, en Uruguay, les Espagnols créent la vice-royauté du Rio de la Plata le 8 août 1776 avec pour capitale Buenos AiresExplorations et découvertesDans le Pacifique, l'explorateur et cartographe James Cook atteint les îles Kerguelen à Noël de l'année 1776.Mouvements politiques et économiques• Au nord du Sénégal, dans l'ancien royaume du Futao, les élites couleurs islamisées entreprennent d'abolir l'esclavage • L'économiste Adam Smith publie la Richesse des nations qui devient notamment en Amérique le manifeste du libéralisme économique • En France, le contrôleur général des finances Turgot se réclame des théories libérales, mais son renvoi par Louis XVI marque l'échec de la réforme de la monarchie françaiseDeux univers politiquesC'est un même continent mais un autre monde. La vraie question vue de France est de savoir si la révolution américaine prépare la révolution française.
- L'onde de choc mondiale et le siècle des révolutionsL'interprétation de TocquevilleTocqueville affirme que la révolution française devait moins à ce que les Américains avaient fait qu'à ce que les Français en avaient pensé. Ce qui commence le 4 juillet, c'est l'onde de choc d'un mouvement mondial de prise de conscience de ce qu'est une indépendance politique.Les vagues d'indépendanceC'est un siècle des révolutions qui démarre en 1776, ponctué par plusieurs vagues de déclaration d'indépendance.Les indépendances américaines• Haïti en 1804, qui pousse bien plus loin l'idéal universaliste des Lumières en intégrant l'indépendance noire • La Colombie et le Venezuela en 1811 • L'Argentine en 1816 • Le Chili en 1818Au-delà des frontièresPour se limiter aux Amériques, plusieurs États proclament leur indépendance dans les décennies suivant 1776, démontrant l'impact mondial de la révolution américaine.
- La commémoration du 4 juillet et ses tensionsL'imagerie traditionnelleL'imagerie traditionnelle du 4 juillet donne l'apparence d'une révolution consensuelle, mais la cloche qui s'est fêlée dans les années 1840 masque aussi un conflit des mémoires.Première monumentalisationLe premier centenaire en 1876 est véritablement le moment de la monumentalisation. Pourquoi ? Parce que la fin de la Guerre de sécession qui solde définitivement la question de l'esclavage est la seconde naissance de l'Amérique.L'héritage incomplet• Après la Déclaration d'indépendance, il faudra encore sept ans de guerre pour que l'Angleterre reconnaisse les États-Unis • Quant à l'esclavage, son histoire continue presque un siècle puisque le 13e amendement de la Constitution américaine ne l'interdit définitivement qu'après la Guerre de sécession • Éliminer l'esclavage n'a pas réglé le problème noir : dès la fin de la Guerre de sécession, les États du Sud instituent les lois Jim Crow qui restreignent les droits civiques des afro-américains jusqu'aux abords du bicentenaire de l'indépendanceLes crises de 1976En 1976, c'est dans une ambiance bien particulière qu'on célèbre le 4 juillet. Les États-Unis doivent quitter définitivement le Vietnam l'année précédente, et le 2 juillet 1976, la réunification de la République socialiste du Vietnam signe l'échec de la politique extérieure américaine et interroge l'universalité de ses valeurs.
- L'Amérique et sa mission universelleLes trois dates clés1776, 1876, 1976. Trois moments clés qui marquent le rapport de l'Amérique à son histoire et à sa place dans le monde.L'histoire en mouvementAujourd'hui encore, derrière la solennité du moment se retrouve une histoire en mouvement, une histoire en tension.Les questions persistantes• L'Amérique s'adresse-t-elle au monde ce jour-là ? • A-t-elle cette mission qu'elle prétend avoir ? • Le peuple élu si fier de son exception peut-il prétendre avoir une mission libératrice pour l'humanité ? • L'idée d'émancipation politique est-elle en elle-même contradictoire avec la volonté de se donner pour modèle au monde ?Le paradoxe intemporelLa Déclaration d'indépendance énonce des principes universels d'égalité et de droits humains, mais sa mise en œuvre historique révèle les contradictions entre ces idéaux et la réalité des pratiques esclavagistes et de domination qui caractérisent le projet colonial américain.





