
Paysans envers et contre tout | Le temps des paysans | Épisode 4/4 | ARTE
Pendant plus d'un millénaire, l'Europe entière était paysane.
24 chapters
- La communauté paysanne : solidarité et violenceContexte historiquePendant plus d'un millénaire, l'Europe était paysane. De génération en génération, les hommes et femmes travaillaient la terre pour se nourrir et nourrir leur communauté.Silences et répressionsLe peuple paysan a longtemps vécu dans le silence et l'obscurité, privé de pouvoir et de récits. Aujourd'hui, on le dit en voie de disparition, mais son histoire traverse 15 siècles avec la même question : celle de la terre et de son usage.Détresse contemporaine• Le suicide chez les agriculteurs révèle une détresse économique • La solitude de l'exploitant moderne contraste avec la convivialité du travail collectif paysan • La perte de communauté paysane signifie une perte de sens complet du métierRéalités communautairesLa communauté villageoise n'était pas un paradis sur terre mais un lieu complexe capable de solidarité et d'harmonie comme de haine et de violence selon les circonstances.
- Méfiance et exclusion dans les villagesRejet de l'étrangerAu début du 11e siècle, un homme blessé arrivant dans un village était suspecté d'être un voleur. Après sa mort, il ne put être enterré au cimetière car c'était un étranger, illustrant la méfiance envers ceux venus d'ailleurs.Rituels de stigmatisation• Le charivari : concert de musique chaotique devant la maison d'un villageois dont on veut stigmatiser la conduite • La chevauchée de l'âne : un mari trompé ou battu par sa femme était promené à l'envers sur la bête • Ces rituels anciens visaient à sanctionner les mariages entre riches et pauvres ou d'âges différentsÉvolution de la violenceDu 16e au 17e siècle, les peintres représentaient les rixes provoquées par l'alcool et le jeu. Au 19e siècle, cette violence n'amuse plus et devient documentée dans les archives judiciaires.Rapports internesLa violence paysane surgissait au sein de la famille pour des questions d'héritage ou d'autorité, mais la famille se resoudait pour affronter les conflits de bornage avec les voisins ou face aux villages rivaux.
- Conflits villageois et batailles rangéesCauses de conflits• Disputes sur l'usage des commandes : bois, prés où plusieurs villages menaient pêtre leurs bêtes • Marché matrimonial : un jeune homme courtisant une jeune fille d'un village voisin suscitait l'hostilité des autres garçons du village • Chaque village revendiquait droits exclusifs et craignait de réduire ses chances de mariageAmpleur des affrontementsTout au long du 19e siècle, des batailles rangées d'une violence extrême rassemblaient plusieurs centaines de jeunes combattants, surtout dans le sud de la France et en Espagne.Représentation médiatique• La presse qualifiait ces événements d'actes de sauvagerie et les comparait aux Berbères du Rif ou aux sauvages du Congo • Ces comparaisons établissaient un parallèle entre paysans et peuples considérés comme primitifs • La violence spontanée était perçue comme une absence de civilisationDiscours dédaigneuxBalzac écrivait en 1840 qu'il n'était pas besoin d'aller en Amérique pour observer les sauvages. Les notables affirmaient que les paysans avaient trois siècles de retard et que le sang coulait à peine sous leur peau épaisse.
- Civilisation forcée et intégration nationaleProjet de civilisationLa France, en avance sur les autres pays européens, entreprend de civiliser ses sauvages de l'intérieur en remplaçant le mot paysan par agriculteur, jugé plus digne.Outils d'intégration• Les commises agricoles : foires, fêtes, concours promouvant la modernisation sous patronnage des autorités • Le service militaire obligatoire : la conscription pousse les paysans à sortir de leur monde • Le général Bugeaud incarne ces deux piliers : défenseur de l'ordre social et partisan fervent de la modernisation agricoleColonisation et destructionEn 1830, Bugeaud applique ses idées en Algérie en détruisant l'agriculture traditionnelle comme arme de conquête. Il faut brûler les moissons, abattre les arbres fruitiers et le bétail pour réduire les indigènes.Transformation agricole coloniale• Sédentarisation des populations nomades pour les contrôler et prévenir les rébellions • Transformation des paysans autochtones en ouvriers agricoles au service des colons français • Remplacement des cultures traditionnelles par des cultures européennes destinées à nourrir la métropole
- Famines coloniales et migrations massivesCatastrophe algérienneLa destruction de l'agriculture traditionnelle et de son tissu social en Algérie provoque des épisodes de famine faisant entre 300 000 et 500 000 morts.Crise irlandaise• Les Anglais remplacent le pastoralisme traditionnel par la culture du blé et l'élevage de bétail destiné au marché anglais • Les paysans irlandais sont encouragés à cultiver la pomme de terre, devenu leur aliment quasi exclusif • La grande famine de 1847 rase des villages entiers lors de plusieurs années de mauvaise récolteContinuité des exportationsTandis que les paysans meurent par dizaines de milliers, l'exportation du blé et du bétail vers l'Angleterre se poursuit comme si de rien n'était.Exode massif• Bilan : 1 million de morts et 1 million d'Irlandais contraints à l'exil vers l'Amérique ou le Canada • Premier temps d'une grande migration de millions de paysans fuyant les régions les plus pauvres d'Europe
- Exode rural et urbanisationProcessus historiqueDepuis le Moyen-Âge, les paysans partent pour la ville. Sans apport constant de population paysanne, certaines grandes villes auraient disparu. Mais la révolution industrielle du 19e siècle donne une autre dimension à ce mouvement.Mécanisation agricole• Les nouvelles usines ont besoin de main d'œuvre • Nouvelles machines agricoles et engrais industriels remplacent le travail paysan traditionnel • Cette mécanisation libère la main d'œuvre pour l'industrieDéclin des solidaritésLa religion et les valeurs traditionnelles reculent tandis que des lois libérales comme celle de 1891 abolissant la veine pâture achève de démanteler les anciennes solidarités villageoises.Disparition rurale• En France, la population rurale passe de 18 millions en 1881 à 15 en 1911 et à 8 en 1962 • Le café et l'église deviennent tout ce qui reste de l'ancienne vie communautaire • Le village n'est plus qu'un décor qui a perdu son sens
- Liberté et carrière paysanneAspiration juvénileAu milieu du 20e siècle, le simple fait de vouloir exercer sa liberté de partir était présenté sous des couleurs tragiques. Un jeune paysan dit adieu au village pour partir à Paris.Transformation des attentesÀ l'époque des parents, on s'installait pour une carrière. Aujourd'hui, les jeunes qui s'installent n'envisagent pas ce métier pour 40 ans non-stop, comme dans tous les métiers modernes.Besoin de flexibilité• Il faut inventer des choses pour que les paysans ne se sentent pas enfermés • Pouvoir faire autre chose en cours de carrière : artisanat, réalisation de film, voyage • Possibilité de quitter le métier et revenir plus tard reste peu accessibleÉvolution généraleAucun jeune dans n'importe quel métier n'arrive aujourd'hui en se disant qu'il fera ce métier pendant 40 ans. Seuls les ecclésiastiques disent encore cela, et ils ne sont plus nombreux.
- Exode rural : mythe politique et résistanceTerme et significationEn 1892, la grande fuite des paysans reçoit l'appellation mythique d'exode rural, inventée par un écrivain anglais. Par analogie avec l'exode biblique, c'est la fin de l'esclavage et une libération.Réaction politique• Les politiciens de fin du 19e siècle sont furieux comme le pharaon voyant ses esclaves partir • Jules Méline, ministre français de l'agriculture, traite de déserteurs les paysans qui partent à la ville • Bismarck veut garder ses paysans pour faire contrepoids au radicalisme du monde ouvrierMythe du soldat laboureurAu tournant du 20e siècle, le paysan costaud et docile devient défenseur numéro 1 de l'ordre social et de la patrie, contrairement à l'ouvrier radical.Construction identitaire• Face à l'urbanisation et l'industrialisation, la question du paysan devient centrale pour définir l'identité nationale • Naissent des mouvements folkloristes et régionalistes en toute l'Europe • Le paysan est considéré comme le soldat par excellence au temps des armées de masse et de conscription
- Émergence politique paysanneParticipation électoraleÀ partir du milieu du 19e siècle, les paysans européens obtiennent progressivement le droit de vote et deviennent une force politique.Mobilisation collective• Les paysans forment des partis et prennent modèles sur les syndicats ouvriers • En 1907, les vignerons du Midi mobilisent des centaines de milliers de participants lors de meetings géants • Dénonciation de la fraude et de la concurrence des vins algériensManifestations urbainesSigne de modernité, la ville n'est plus une cible à piller mais un décor de protestation, une caisse de résonance pour les revendications paysannes.Réappropriation de l'identité• La violence paysane est instrumentalisée par les agriculteurs eux-mêmes pour en faire un aspect de leur répertoire de protestation • Ils jouent sur les représentations collant à leur identité : proches de la terre et des forces primitives • Cette représentation, présente dans toute l'histoire, est réappropriée à partir de fin du 19e et surtout du 20e siècle
- Prolétariat paysan en Italie du NordCondition ouvrièreEn italien, on les appelle les bracciali, ceux qui n'ont que leurs bras. Le prolétariat paysan travaille par centaines de milliers dans les grandes risières d'Italie du Nord.Travail des mondinées• Les mondinées (émondeuses) arrachent à main nue les mauvaises herbes des rizières • Comme des ouvrières d'usine, elles vendent leur temps • Seul le contremaître avait le droit d'avoir une montre pour contrôler la durée du travailStratégies de résistanceLes femmes inventaient des chansons en regardant le soleil pour connaître l'heure et refuser de travailler au-delà du temps prévu. Elles chantaient : si tu me fais travailler plus, j'arrache le riz au lieu de l'herbe.Mobilisations collectives• En 1911, les ouvrières de la Tenuta Colombara se mettent en grève pour la journée de huit heures • Leurs actions spectaculaires comme le blocage du chemin de fer popularisent une lutte épique • Les mondinées célèbrent encore cette lutte dans les années 1960
- Paysans à la Première Guerre mondialeMobilisation généraleLe 1er août 1914, tandis que les paysans moissonnent, le tocsin sonne. La guerre vient d'éclater entre la France et l'Allemagne.Fardeau fémininUne guerre qui abandonne aux femmes tous les travaux des champs, ceux des hommes comme ceux des bêtes. Hommes et bêtes sont pareillement réquisitionnés pour le front.Mythologie patriotique• Les journalistes citadins laissent libre cours à leurs délires patriotiques et agraires • Le paysan obstinée ne craint pas la boue ; l'existence cruelle des tranchées lui redonne la satisfaction de manier la terre maternelle • La tranchée dont on part à l'assaut est présentée comme la terre de France s'ouvrant pour enfanterBilan et conséquences• Trois paysans morts et cinq paysans mutilés en proportion • Les paysans sont beaucoup plus mobilisés que les ouvriers d'usine • Ils estiment que leurs pays ont une dette envers eux après la guerre
- Paysannerie et régimes autoritairesRéforme promise et refuséeEn Italie, le gouvernement avait promis une grande réforme agraire une fois la paix venue. La promesse ne sera pas tenue et en 1919, ouvriers agricoles et paysans pauvres lancent un mouvement d'occupation des terres.Montée du fascisme• Face à cette agitation, les grands propriétaires terriens du nord de l'Italie font appel aux milices d'extrême droite • Leur victoire contre le bolchévisme rural propulse les fascistes de Mussolini au pouvoir • L'agriculture devient centrale dans les projets de tous les nouveaux régimes dictatoriaux européensObsession alimentaireL'État nazi, l'État fasciste en Italie et l'État nouveau au Portugal naissent de l'obsession de nourrir le corps national grâce à la terre nationale.Priorités agricolesLoin d'être un simple prétexte à la propagande, la question de l'agriculture est au cœur des projets dictatoriaux. Ces États se construisent autour de la production alimentaire.
- Fascisme et modernisation agricoleBatailles du bléPour nourrir l'Italie avec une production exclusivement italienne, Mussolini lance chaque année des campagnes pour les récoltes appelées les batailles du blé. Le Duce y participe pour exhiber sa vitalité primitive avec des lunettes d'aviateur.Militarisation agricole• Le paysan fasciste est un soldat ; son arme : une nouvelle espèce de blé plus résistant et supportant mieux les engrais chimiques • Ce blé est baptisé Ardito, en hommage aux Arditis, les troupes de choc de la première guerre mondiale • Ardito devient le noyau du fascisme agricoleRationalisation nazie• En Allemagne, c'est le cochon qui est l'objet de toutes les attentions du pouvoir • Les techniciens créent une nouvelle race produisant plus de graisse en mangeant moins • On rationalise aussi la culture de la pomme de terre : dès 1934, sur 1500 variétés, seul 74 restent autorisésContrôle d'État• Tout ce qui touche à l'agriculture est contrôlé par la Corporation Nourricière du Reich, dirigée par Walther Darré • Darré est obsédé par le Blut und Boden, le sang et le sol • Cette institution répand toutes les nouvelles formes de vie standardisée dans les campagnes allemandes
- Contrôle paysan et idéologie naziePerte d'autonomie• Les paysans n'avaient aucun pouvoir sur leur production • Ils ne prenaient pas de décision en fonction de leur intérêt, du marché ou de leur subsistance • Ils étaient tenus de nourrir le corps national selon des plans imposésRuralité inventée• L'Allemagne nazie promeut une ruralité archaïque totalement inventée • Une brochure officielle réglemente de prétendues anciennes danses germaniques • Les danseurs doivent tous porter le même costume folklorique obligatoire imaginé par les autoritésParadoxe idéologiqueLe but n'est pas de ressusciter le passé mais de ressouder l'Allemagne minée par la morbidité et la diversité, d'assurer le salut par l'enracinement organique.Continuité paradoxale• Cette idéalisation de la paysannerie existe toujours paradoxalement • Le système moderne post-socialiste roumain pousse à l'implantation de mégafermes et à l'industrialisation • Pourtant le marketing utilise toujours une imagerie de vaches heureuses et de paysans en costume traditionnel
- Fascisme français et occupation nazieTentation fascisteLes paysans français des années 1930 sont exposés à la tentation fasciste du mouvement des chemises vertes qui remettent en scène leurs actions devant les caméras d'actualités américaines.Rituels politiques• On rejoue l'épisode de Luisier : chahut pour empêcher la saisie de la maison d'un paysan ruiné • Impôts payés en sacs de blé • Sabots utilisés pour imiter miniature les grandes messes paysannes de l'Italie fasciste et l'Allemagne nazieRésistance républicaineBien que le mécontentement paysan soit réel, la tradition républicaine l'est tout autant. Le fascisme à la française ne prend pas.Vichy et collaboration• Seule la défaite de la France en 1940 et l'instauration du régime de Vichy permettent au fascisme d'élargir son audience • Pétain prononce sa fameuse phrase : la terre ne ment pas, contrairement à la République et aux Fronts populaires • Ce slogan peut servir à exalter tantôt les valeurs paysannes traditionnelles, tantôt la modernisation technocratique
- Invasion de l'Est et domination nazieColonialisme agricoleEn juin 1941, l'Allemagne nazie envahit la Russie pour conquérir des terres agricoles et la main d'œuvre qui va avec. C'est la plus grande guerre d'expansion coloniale de l'histoire.Mépris des autochtonesHitler déclare qu'on dominera cet immense territoire avec juste une poignée d'hommes. Quant aux paysans locaux, qu'on les paye avec des foulards, des colliers en verroterie et tout ce qui plaît aux indigènes.Occupation européenne• À l'apogée, l'Allemagne nazie occupe une très grande partie du continent européen • Même les pays de l'Ouest sont mieux traités que ceux de l'Est • Tous sont condamnés à rester avant tout paysans pour nourrir l'Allemagne industrielleClivage persistantLe fleuve Elbe symbolise la frontière entre deux Europes : paysannerie affranchie à l'ouest, paysannerie asservie à l'est, une division qui remonte à des siècles.
- Collectivisation soviétique et paysannerie de l'EstDoctrine marxisteDans les pays sous domination soviétique, on applique les doctrines des années 1920. La classe paysane que Marx comparait à un sac de pomme de terre doit disparaître avec la propriété privée.Système des kolkhoses• Les kolkhoses sont des fermes collectives gérées comme des usines • Les paysans doivent remplir les quotas fixés par le parti pour nourrir les villes • Quitte à ce que les paysans eux-mêmes meurent de faimBrutalité roumaine• En Roumanie, la collectivisation démarre en 1945 comme une promesse d'une meilleure vie • Beaucoup de paysans pauvres acceptent sans difficulté, croyant à la viabilité économique • Mais la forte tradition paysane fait que la plupart refusent les beaux discoursRépression extrême• Sous Ceaușescu, la seule méthode qui marche est la force • Les gens se font enlever en pleine nuit, passés à tabac, souvent à mort • Terreur et persécution jusqu'à ce qu'ils cèdent leurs terres aux coopératives
- Tragédie de la paysannerie roumaineDrame personnelCette brutalité sans nom broie l'esprit paysan. C'est une histoire qui touche personnellement : le grand-père d'une historienne s'est pendu après avoir vu sa terre lui être enlevée, incapable de vivre sans elle.Ampleur du drame• Cet homme refusait de céder sa terre et a été persécuté pendant des mois • Il a décidé que la vie ne pouvait pas continuer ainsi et s'est pendu • C'est une perte terrible du grand-père et de sa terreDimension massiveCe drame a dû se reproduire des millions de fois, affectant générations de paysans roumains.Images de propagande• Des cérémonies pour fêter le remembrement des terres collectivisées • Des murs de la honte pour les villages ne remplissant pas les quotas • Un message découvert en 1957 dans une porte : ils nous traitent comme les serfs d'autrefois, on a peur de vivre
- Réforme agraire italienne et modernisation imposéeContexte politiqueAu même moment en Italie, un film commandé par Loveitti promeut une réforme agraire mise en œuvre pour contrer l'agitation communiste dans les campagnes.Portée limitée• La réforme ne concerne que quelques régions parmi les plus pauvres • Entre Livourne et Rome, l'agence ENIT Marema offre aux paysans pauvres une maison et quelques hectares de mauvaise terre • À charge pour eux de se laisser guider sur la voie de la modernisationConditionnalités imposées• La base du projet traite les paysans comme ignorants devant apprendre la vie moderne • Message paternaliste : vous êtes pauvres parce que vous êtes ignares, on va vous apprendre • L'agence veut promouvoir la culture du coton pour la naissante industrie textile, culture inappropriée pour cette régionRésistance paysanneAntonio Honorati refuse d'intégrer la coopérative obligatoire, disant : je m'enfuis d'un contremaître et ne veux pas un autre. Cette aspiration à l'autonomie caractérise fondamentalement l'esprit paysan.
- Remembrement et modernisation agricoleProblématique françaiseDepuis le 18e siècle, toute tentative de modernisation de l'agriculture en France bute sur la question du remembrement des parcelles fragmentées.Résistance politiqueAucun régime n'ose toucher à ce socle de la petite paysannerie indépendante jusqu'en 1955 quand le gouvernement français saute le pas.Transformation profonde• On détruit bien sûr beaucoup plus que l'ancienne forme des champs • Un agriculteur sur un tracteur ne pense plus comme un agriculteur derrière son cheval • Il pense au prix du carburant, des engrais, au cours des céréales et à ses dettesRationalisation complète• Champs plus vastes, mieux dessinés, plus accessibles • Meilleure utilisation du capital et du temps • Meilleure qualité et augmentation de surface : amélioration à tout point de vue
- Convergence Est-Ouest et industrialisation agricoleTrajectoires convergentesQue ce soit à l'est ou à l'ouest, la modernisation et la rationalisation d'origines différentes avancent d'un pas étrangement semblable avec le soutien des États puis de la communauté européenne.Modèle industriel• L'industrie sert de modèle : le champ comme usine • La vache laitière comme machine à digérer • Le cultivateur (on ne dit plus paysan) comme technicien spécialiséSurproduction et crise• Ce système marche même trop bien • À partir des années 1980, on se rend compte qu'on produit trop • Conséquence : l'effondrement des prix et des marchésInversion de politique• Comme stocker coûte cher, on inverse le mouvement • Au lieu de subventionner la production, on subventionne la destruction • Une succession de crises (vache folle, dérèglement climatique) accélère la prise de conscience du désastre écologique
- Agriculture paysane contemporaine et épuisementAlternatives émergentesL'agriculture industrielle continue à occuper le terrain. Mais à côté, d'autres pratiques se développent : l'agriculture paysane, nom étrange qui indique ce qui s'est perdu et doit être retrouvé.Engagement des jeunes• De jeunes paysans s'installent en bio et en vente directe • Ils essaient d'être cohérents au niveau environnemental • Leur système est fragile mais ils s'épuisent complètement en le maintenantCharge de travail insoutenable• Il faut courir de 6h30 du matin jusqu'à 22h chaque jour • Quand la journée est finie, on n'a fait que le 10e de ce qu'il aurait fallu faire • L'arrosage à l'arrosoir serait plus efficace que les asperseurs mais demande trop de main d'œuvreBesoin collectif• Pour bien faire les choses, il faudrait être 10 à 20 fois plus nombreux dans un pays comme la France • L'agriculture paysane demande une collectivité pour être viable • Les gens sont-ils prêts à ça ?
- Vignes abandonnées et friches paysannesVision initialeAu début du travail de recherche, on imaginait ce retour de la nature sauvage un âme monstrueux de racines entrelacées comme celui des vignes abandonnées décrites comme l'image même de la fin du monde civilisé.Réalité contemporaineIl y a beaucoup de vignes abandonnées en France aujourd'hui. Certains pieds de vigne hors contrôle sont montés jusqu'à atteindre la taille d'un arbre.Causes prosaïques• Les vignes n'ont pas été abandonnées de manière dramatique • Elles l'ont été parce que pas assez rentables et trop chères à arracher • C'est juste triste de cette tristesse qu'ont les choses délaisséesCimetière du travail• Ces vignes abandonnées forment un cimetière du travail paysan • À proximité, un cimetière de mondinées : femmes qui travaillaient les risières et qui étaient enterrées là • Elles étaient des centaines, remplacées aujourd'hui par quelques hommes et leurs machines
- Pluralisme agricole et persistance paysanneStatistiques de disparition• Les statistiques montrent l'érosion constante de la paysannerie européenne • La disparition des paysans semble programmée depuis longtemps • Cela semble inexorable, désespérantRéalité pluraliste• Ceux qui pensent qu'il n'y a qu'un seul modèle dominant (l'agriculture industrielle) sont battus par les chiffres • En Europe comme en Italie, le système agricole est pluriel • Trois systèmes coexistent : industriel, paysan, et un passage intermédiaireLogiques différentes• Ces trois blocs ont des modes de production différents • L'agriculture industrielle investit du capital et cherche le profit • L'agriculture paysane investit du travail, intelligence et bras pour produire un revenuCombat quotidien• L'agriculture paysane se maintient malgré tout, sans support des politiques publiques • La preuve de son efficacité : on est encore là • Les paysans sont fiers de l'être car on a de quoi être fier



