🎨 Peinture/Pierre Soulages | Documentaire | ARTE
Pierre Soulages | Documentaire | ARTE

Pierre Soulages | Documentaire | ARTE

ARTE51 min
10 chapters
  • L'enfance de Pierre Soulages et ses premières impressions artistiques(0'375'20)
    Pierre Soulages naît en hiver 1919 à Rodez dans l'Aveyron, rue Combarel. Son père est carrossier et décède quand Pierre n'a que 5 ans. L'enfant est élevé par sa mère et sa sœur aînée qui comprennent très tôt sa sensibilité artistique.
    • Observation des artisans du quartier : tailleurs, menuisiers, charpentiers • Fascination pour les outils et les sons des ateliers • Découverte fondamentale de la différence entre l'artisan et l'artiste
    À 4 ou 5 ans, il trace une grande ligne noire sur du papier blanc et répond « de la neige » à la question d'un adulte. Cette anecdote révèle déjà sa compréhension du pouvoir du noir par contraste pour blanchir le papier.
    • Grands plateaux du désert aveyronais • Arbres dénudés, pierres, terre, vieux bois, fer rouillé • Préférence pour les matières rustres plutôt que pures et sans vie
  • La révélation de Conques et la décision d'être artiste(5'208'51)
    À 13 ans, lors d'une visite scolaire à l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, Soulages est profondément impressionné par l'architecture, la sculpture et l'art roman. Ce jour-là, il décide au fond de lui de s'occuper de ces choses en les faisant toute sa vie.
    Admis à l'école des Beaux-Arts, Soulages traverse une salle où se tient un concours de torse. Horrifié par le travail des étudiants, diamétralement opposé à ses valeurs, il ne rentre jamais dans cette école et prend immédiatement le train pour Rodez.
    Après la défaite de 1940, Soulages se précipite à Montpellier pour l'école des Beaux-Arts. Le 13 février 1941, il assiste à l'apparition de Franco et Pétain depuis le balcon de la préfecture, événement qui fait s'écrouler son univers.
    Il se console en allant au musée Fabre où il retrouve pied. Au printemps 1941, il rencontre Colette, une jeune femme qui devient sa compagne pour le reste de sa vie, partageant sa vision artistique.
  • Mariage, exil à Paris et découverte du brou de noix(8'5112'56)
    En 1942, un an après leur rencontre, Pierre et Colette se marient en noir à minuit. Quand l'Allemagne envahit la zone libre douze jours plus tard, Soulages échappe à l'enrôlement en se cachant dans un domaine viticole.
    • En 1946, arrivée à Paris sans argent dans un modeste appartement de Courbevoie • Vie d'expédients : tickets de pain de la mère de Pierre, vin du père de Colette échangé contre de la viande
    C'est le manque d'argent qui le pousse à aborder la peinture de manière inédite. Il utilise le brou de noix, matière bon marché découverte auprès des artisans de son enfance, pour se libérer des contraintes de l'huile.
    En 1948, ses peintures sont sélectionnées pour une grande exposition d'artistes français en Allemagne organisée par un psychiatre allemand. Cette exposition devient le début du succès et ouvre énormément de portes à sa carrière.
  • Succès en Amérique et développement artistique(12'5621'55)
    En 1948, Soulages écrit pour l'exposition : « Une peinture est un tout organisé, un ensemble de relations entre des formes, lignes, surfaces colorées sur lequel viennent se faire ou se défaire les sens qu'on lui prête. » Cette phrase devient sa profession de foi esthétique.
    • L'affiche allemande de 1948 marque les peintres expressionnistes américains • En 1954, le galeriste new-yorkais Samuel Kutz le contacte et l'expose chaque année jusqu'en 1966 • Les plus grands peintres américains organisent des soirées en son honneur
    À partir de 1957-1958, Soulages découvre la lumière par transparence. Il fabrique des outils en lames de cuir pour charger et découvrir des couleurs superposées en une même trace peinte, obtenant ainsi une variété de couleur, valeur et texture irremplaçable.
    En 1968, Soulages crée ses premières toiles en noir et blanc, domaine jusque-là réservé au papier. Ces toiles horizontales présentent une histoire de construction latérale avec des jambages noirs, boucles et mouvements progressifs.
  • La révolution du « noir lumière » et l'« Outrenoir »(21'5529'01)
    Une nuit de janvier 1979, Pierre Soulages connaît une rupture radicale. Après des heures de travail en se demandant s'il se noie dans un marécage noir, il se rend compte qu'il ne travaille plus avec du noir, mais avec la lumière réfléchie par le noir.
    • Le noir n'est pas une couleur mais la source de lumière • Différentes lumières et n'importe quelle lumière peuvent être accueillies par un pigment noir monopigmentaire • L'Outrenoir : réflexion de la lumière sur le noir créant des variations selon l'angle de vision
    Soulages utilise du noir broyé à huile avec une résine. Ce qui compte pour lui est le reflet sur l'état de surface. Une surface lisse produit une lumière différente de celle obtenue avec des striures profondes qui font vibrer la lumière.
    Le travail n'est pas une question de lumière au sens impressionniste, mais de ce qui se passe entre la toile, le peintre et le champ mental qu'elle atteint. C'est une exploration de la relation entre le noir et la lumière, un dialogue permanent entre les contraires.
  • Processus créatif et dialogue avec le spectateur(29'0133'37)
    Soulages affirme que ce qui lui a appris ce qu'il cherche, c'est ce qu'il fait. Il ne sait jamais au départ ce qu'il va faire ; c'est un événement qui se produit pendant qu'il peint qui déclenche la suite, semblable au rebond inattendu d'un ballon de rugby.
    • Le moment magique de la création est celui de la perte de contrôle • Cette perte de contrôle est liée à un travail préliminaire laborieux et préparation • L'artiste finit par se retrouver face à une matière qui lui échappe, créant l'accident inévitable
    Soulages utilise le tableau comme dispositif. C'est le public qui continue à faire l'œuvre en fonction de ce qu'il perçoit d'éclairage, d'environnement et de l'angle de vision. L'œuvre n'existe que par la relation entre l'artiste, le tableau et le spectateur.
    Soulages laisse volontairement des imperfections sur ses toiles pour montrer qu'il ne se prend pas pour Dieu. Seul Dieu est parfait ; tout en ce monde est imparfait, y compris nos vies faites d'accidents, et cette imperfection exprime la beauté de l'œuvre.
  • Atelier, collaborations et musée Soulages(33'3739'56)
    Un physicien en thèse amène 15 paysans à l'atelier de Soulages rue Saint-Victor. Pendant 3 heures, Soulages les interroge individuellement sur leurs cultures, leurs élevages, montrant une connaissance approfondie du monde agricole qui fascine ses visiteurs.
    • Soulages engage un assistant en 1983 qui commence par tendre des toiles sur des châssis de grande taille • L'assistant participe au montage de polyptiques, au choix des bois (cèdre rouge pour sa légèreté et sa rectitude) • Soulages supervise chaque détail, même dessinant des schémas numérotés au dos de chaque élément
    En 2014, le musée Soulages est inauguré à Rodez, ville natale du peintre, après une donation de 500 œuvres et documents. Pierre et Colette supervisent l'accrochage et Soulages accepte que le musée porte son nom à la condition qu'il s'ouvre à d'autres artistes, pour créer un lieu vivant et non un mausolée.
    Soulages conçoit le musée comme un espace vivant où ses peintures dialoguent avec d'autres artistes. Il participe activement aux décisions d'accrochage, cherchant l'équilibre parfait entre ses œuvres et l'architecture du bâtiment.
  • Conques, les vitraux et la lumière sacrée(39'5643'03)
    En 1987, Soulages est contacté pour créer les vitraux de la basilique Sainte-Foy de Conques, l'église qui l'a inspiré à 13 ans. Après avoir refusé de nombreux projets de vitraux, il accepte cette commande du ministère de la Culture.
    • Création d'une nouvelle formule de verre après 7 ans de recherche et près de 700 essais en laboratoire • 104 vitraux posés en 1994 • Soulages invente sa propre matière pour exprimer sa vision de la lumière
    Les lignes des vitraux chantent en harmonie avec les courbes de la basilique. Suivant l'heure du jour et des saisons, les vitraux révèlent des couleurs magnifiques : des bleus, des ocres. La lumière des vitraux permet de découvrir l'architecture tout en s'harmonisant avec elle.
    Soulages explique la différence entre le mystère et le secret : le secret se déchiffre et aspire à être dévoilé, tandis que le mystère reste intact. Une peinture, comme un poème, n'exprime pas une chose cachée mais exprime quelque chose de profond qui nous apporte beaucoup.
  • Philosophie de l'œuvre et influence universelle(43'0345'27)
    Le philosophe Alain Badiou voit Soulages comme un grand classique. Il qualifie son approche de radicale : découvrir que l'Outrenoir peut être la totalité du monde et l'invention de la lumière. Soulages représente les vertus de patience, de recherche, de calme, et de sérénité.
    • Soulages imagine une inversion du rapport habituel : la lumière sort du noir plutôt que le noir tombant sur la lumière • Comparaisons historiques : la lumière des images sort du noir absolu des grottes préhistoriques • La figure de la naissance : le noir maternel est la caverne dont on sort vers la lumière
    L'approche de Soulages rapproche l'art de la science : son tableau est un dispositif interactif comme le télescope. Spectateur, artiste et œuvre créent ensemble le sens final. C'est une leçon applicable à tous les domaines de la création.
    • Soulages est décrit comme un homme intemporel et généreux • Sa présence communique une énergie transformatrice • Il honore l'art en vivant simplement selon ses principes esthétiques
  • Héritage, impact émotionnel et finalité(45'2751'55)
    Une lettre datée du 13 mai 2009 exprime comment les œuvres de Soulages émerveillent et bouleversent. L'auteur décrit l'envie de toucher, de rentrer dans la toile, l'obscur et sa lumière. Le noir fascine parce qu'il fait parler la lumière, cette lumière sans laquelle nous ne saurions pas d'où nous venons.
    • Le noir renvoie à nos origines avant la vie • Le noir est antérieur à la lumière selon Soulages lui-même • En astronomie, observer un astre lointain, c'est voir ses origines, remonter le temps vers l'obscurité des débuts
    Un enfant observe les peintures de Soulages et commente : elles commencent noires, puis se transforment avec le temps et la lumière. Pour lui, Soulages peint quelque chose qui n'est pas fixe mais changeant, vivant selon l'environnement.
    Lors d'une éclipse observée sur la terrasse de l'atelier à côté de la basilique de Conques, le soleil devient un disque noir plus noir que le ciel. C'est le noir d'avant la lumière, d'avant les couleurs, l'état des origines du monde, reflétant la gravité et la radicalité que Soulages cherche à exprimer.