
CET INGÉNIEUR DIT LA VÉRITÉ SUR LA FRANCE À +4°C - Ilian Moundib
La première dimension fondamentale pour moi qui manque un peu dans l'espace public, c'est de comprendre le caractère irréversible du changement climatique.
12 capitulos
- Présentation d'Ilian Moundib et contexte climatiqueProfil et parcoursIlian Moundib est ingénieur et physicien formé à Londres, originaire de banlieue parisienne. Ses études ont croisé une double prise de conscience : l'irréversibilité du changement climatique et les enjeux sociaux liés aux sans-abris.Évolution professionnelle• Transition du doctorat en physique fondamentale vers le conseil climat-énergie • Travail d'analyse de risque climatique pour entreprises et territoires • Co-création de l'Institut Rousseau pour l'économie et l'adaptation climatiquePublications principales• Note sur la sobriété numérique (2019) • Note sur l'adaptation à la crise climatique (2021) • Note sur l'institutionnalisation de la sobriété hydrique (2024) • Livre 'S'adapter au changement climatique' co-écrit avec Isabelle BrockmanVision défendueRéappropriation du mot adaptation pour signifier une mise en sécurité sociale des communs et des besoins face à l'irréversibilité climatique.
- L'irréversibilité du changement climatique et ses enjeuxConcept d'irréversibilitéSi les émissions cessaient demain, la température resterait à peu près à l'élévation calibrée par les émissions passées. Le changement climatique est partiellement irréversible sur les durées de vie humaines.Scénarios de réchauffement• Accord de Paris : 2°C de réchauffement mondial, 1,7°C en France • France à +4°C : scénario si tous les États tiennent leurs objectifs climatiques • Emballement climatique : +6 à +7°C fin du siècle • Réalité actuelle : politiques climatiques nous amènent à 2,8-3,2°CPoints de bascule critiquesCalotte glaciaire du Groenland, Antarctique de l'Ouest, extinction des barrières de corail, permafrost, glace de mer. À 2°C, probabilité importante de déclenchement. À 4°C, environ 40-50% de déclenchement potentiel.Incertitudes scientifiquesLes modèles climatiques du GIEC représentent des médianes d'agrégats de laboratoires, pas la réalité physique objective. Plus on avance dans le changement, plus augmente la probabilité de déclenchement des points de bascule.
- Définition et méthodologie de l'adaptation climatiqueAdaptation vs atténuationAdaptation : traiter les conséquences du changement climatique. Atténuation : traiter les causes (réduire émissions de gaz à effet de serre). L'atténuation est la condition de l'adaptation.Formule du risque climatiqueRisque climatique = Exposition × Vulnérabilité. L'exposition concerne les aléas climatiques (vagues de chaleur, inondations, sécheresses). La vulnérabilité est sociale : sensibilité des populations et conditions d'aménagement du territoire.Caractère local de l'adaptationL'adaptation doit être locale, mais l'exposition climatique dépend de la trajectoire mondiale des émissions. Il faut articuler les deux : l'atténuation mondiale pour limiter l'exposition, l'adaptation locale pour réduire la vulnérabilité.Prospective et réorganisationL'adaptation requiert de la prospective : où produire quoi avec quelles ressources en eau ? Comment se transformer pour intégrer les réalités futures ? Inclut relocalisation et réorganisation des activités.
- Conséquences de la France à +4°C : trois saisons supplémentairesSaison du trop chaudAugmentation de température : +4°C en moyenne, jusqu'à +6-7°C dans le sud-est. S'intercale entre printemps et été. Europe et France se réchauffent plus vite que la moyenne mondiale.Saison du trop sec• Augmentation évaporation et évapotranspiration • Débits fluviaux diminuent progressivement • Sud-est perd 50% de précipitation estivale • Sécheresse météorologique, des sols et hydrologique cumuléesSaison du trop d'eauPlus d'eau dans l'atmosphère. Lorsqu'elle retombe, elle retombe massivement, comme à Valence et Libye. Doublement des précipitations hivernales notamment à l'est du pays. Incertitudes importantes sur les zones intermédiaires.Défis infrastructurelsInfrastructures dimensionnées sur extrêmes du passé qui ne reviendront jamais. Dilatation du béton en canicule, lâchage du macadam après sécheresse. Rails SNCF se dilatent, aiguillages s'usent. Impossibilité de tout quantifier.
- Impacts spécifiques sur agriculture, eau et littoralCrise agricole et hydrique• Débits rivières diminuent : Pyrénées orientales à -25 à -50% • Loire menace d'être à sec en période estivale • Nappes phréatiques moins remplies, pompages du maïs aggravants • Extrêmes dépassent largement les moyennes (une année sur deux plus grave)Dégradation des forêtsForêts françaises : de 60 MtCO2 eq/an (2000-2003) à 40 MtCO2 eq/an (2014-2023), voire -50% en 2023. Mortalité forestière augmente. Forêts en Corse et Grand Est deviennent émettrices nettes de carbone. Ravageurs remontent du sud.Élévation du niveau de la mer• 1900-2022 : 25 cm d'élévation • Rythme actuel : 4 mm/an (volume énorme sur océans) • Causes : 40% dilatation thermique, 40% fonte cryosphère, 20% autres • Scénario catastrophe : fonte Antarctique Ouest ajoute 1,5-1,7 mSubmersion marine1,5 million d'habitations en zone inondable en France. 864 communes concernées, 126 demandées pour plans de relocalisation. Pays-Bas et Belgique planifient déjà sur 2 m d'élévation. Événements climatiques extrêmes augmentent fréquence et intensité.
- Maladaptation systémique et système économiqueMaladaptation en coursAdaptation existante : accaparement dans la pénurie. Grands céréaliers et stations de ski pressent gouvernement pour subventions de mégabassines et canons à neige. Privatisation de ressources communes diminuées pour intérêt économique privé.Forêts intensifiées• Stratégie nationale carbone : augmenter prélèvements forestiers • Monocultures clonales au lieu de diversité • Protection par pesticides et engrais en conditions instables • Plantation milliard d'arbres : subvention coupes, homogénéisation forêtsArtificialisation et aménagement20 000 km² sous béton chaque année en France. Villes construites le long de cours d'eau entropissés. Entropisé = rendu droit, perte d'amortissement naturel. Cours d'eau débordent, villes inondées. Exemple : Vétvie 2021 avec centaines de morts.Littoraux vulnérablesSénégal : État vend terrains littoraux aux riches entrepreneurs. Constructions s'affaissent car eau creuse par-dessous. Littoral français : Bordeaux, La Rochelle, Calais en zones inondables. Maladaptation systémique : investissements en zones à risque croissant.
- Capitalisme fossile et dynamique de compétitionModèle économique dominantSystème triptique : croissance, marché, innovation. Maximiser survaleur (argent' - argent). Augmenter rendement : exploitation du travail, productivité, accumulation de capital, accaparement des ressources.Néolibéralisme et marchandisation• Extension de la logique marchande à tous secteurs • Suppression entraves à concurrence libre et non faussée • Marchandisation de sphères économiques non-marchandes (santé, éducation) • Politique publique au service de compétitivité des entreprisesCourbe du sourirePhases production : innovation/recherche/design génèrent plus de profits. Production/assemblage/logistique génèrent moins. Nord garde phases profitables, externalise phases faibles profit. Sud global fournit 90% travail pour 10% valeur ajoutée.Perte de résilienceHyper-spécialisation géographique crée fragmentation. Chaînes logistiques tendues sans redondance. Exemple Covid : ruptures massives. Ports pétroliers submergés par élévation marine. Modèle efficient en conditions stables, vulnérable en incertitude.
- Évolution humaine et réflexes d'entraideSélection naturelle revisitéeEn abondance : êtres compétitifs se reproduisent plus (sélection naturelle classique). En pénurie : groupes avec réflexes d'entraide survivent mieux. Humanité : résultante d'espèce ayant vécu longtemps en pénurie, donc réflexes d'entraide innés.Symbiose dans le vivantDeux arbres en environnement riche : racines rivalisent. Deux arbres en désert pauvre : racines coopèrent. Symbiose primaire à survie. Coévolution : entraide crée abondance. Sociétés humaines fonctionnent sur même équilibre compétition-entraide.Institutions de l'entraide• Réflexes d'entraide spontanés ne se maintiennent sans institutions • Institutions de compétition permettent efficacité et hyperproduction • Institutions d'entraide permettent robustesse face crises • Balancier aujourd'hui : trop compétition, pas assez entraideImpact psychologiqueSi État objective rendre acteurs compétitifs, population intériorise : but vie = écraser voisin. Culture disloque réflexes entraide. Incertitude structurelle climatique demande entraide, mais système économique demande compétition.
- Racisme et tribalisation dans la criseRacisme construction socialeRacisme ≠ xénophobie innée. Idéologie née en puissances occidentales pour justifier colonisation, esclavage. Prémisses du système économique extractiviste actuel. Condition matérielle : énergies fossiles permettent accumulation et hiérarchisation.Tribalisation lors de pénurieEn pénurie et crise : conscience de classe triangulaire. Travailleurs regardent vers le bas (même classe inférieure) au lieu du haut. Tribalisation sur critère ethno-racial : partage avec qui me ressemble.Réalités alternativesExtrême droite instrumentalise chaque événement pour justifier hiérarchies. Créé récits alternatifs sans base factuelle. Utilisé pour maintenir compétition quand gâteau rétrécit. Détourne attention de problèmes systémiques vers cibles migrantes.Géopolitique impérialisteTrump/Groenland/Panama/Canada : accaparement ressources, pas climatoscepticisme. Bolsonaro similaire. Arctique se dégèle = accès ressources. Impérialisme américain se restructure. Phase prédation ultime avant prise collective conscience.
- Absurde, sens et engagement collectifMythe de SisypheSisyphe pousseur rochets sans fin = absurde. Confrontation sens : pourquoi je fais ça ? Débouche niilisme. Réponse Camus : créer sens soi-même plutôt que demander monde.Réintroduction du sens• Sens dans vie familiale et engagement collectif • Lien avec personnes partageant engagement • Responsabilité dépassant l'individu • Être porté par quelque chose plutôt qu'isoléVaincre co-anxiétésInstitutions entraide organisées par haut généralisent réflexes partage. Comportement mimétique : si État organise entraide, population adopte. Mouvements émancipateurs. Acceptation incertitude par collectif plutôt qu'isolement.Transformation par la baseCréer institutions entraide par la base dans vies quotidiennes. Généralisation par pouvoir politique suit naturellement. Question du nombre, noosphère : ce qui monte d'abord germe en bas. On continue car ça donne sens à nos vies.





