
"ON NE VEUT PAS VOIR L'HORREUR" - Kalvin Soiresse Njall | LIMIT
on ne veut pas voir l'orreur et ça c'est quelque chose qui est problématique
15 capitulos
- Introduction et présentation de CalvinBienvenueCalvin Soiresse Njall revient sur la chaîne LIMIT après deux ans pour une deuxième partie de discussion sur les enjeux écologiques et géopolitiques.Parcours personnel• Journaliste, enseignant et chargé d'éducation permanente • Conseiller juridique avant d'entrer en politique en 2016 • Conseiller communal à Ganshoren et député au Parlement bruxellois • Président du Parlement francophone bruxellois depuis septembreDomaines d'expertiseFondateur et dirigeant du collectif mémoire colonial, spécialisé dans les questions d'extractivisme, domination Nord-Sud, hégémonie et histoire coloniale.Thèmes centrauxDiscussion portant sur la justice climatique, l'écologie décoloniale et les liens entre transition énergétique et histoire coloniale.
- Esclavage et colonisation : continuité historiqueObjectifs coloniauxLes puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Belgique) ont lancé des empires coloniaux mondialement pour des raisons économiques et pour accéder aux ressources et marchés.Évolution du système• D'abord l'esclavage : exportation des êtres humains vers d'autres continents pour servir de main-d'œuvre gratuite • Puis la colonisation : exploitation sur place des ressources naturelles restant dans les métropoles • Les esclaves ont été les premiers abolitionnistes par leurs révoltes et résistancesRessources exploitéesCaoutchouc à l'époque de Léopold II, impositions de monocultures néfastes (arachide au Sénégal, riz dans d'autres pays), palmier à huile en République démocratique du Congo et Cameroun.Impact économiqueL'Europe et l'Occident se sont enrichis avec ces matières premières qui restaient rarement sur place ; Bruxelles en est un exemple avec le quartier Sainte-Catherine où arrivaient les produits exotiques du Congo.
- Uranium et néocolonialisme : l'exemple africainSource de l'uraniumLa Belgique a fourni l'uranium et le radium enrichis permettant aux États-Unis de fabriquer la bombe atomique, ressources provenant de la mine de Shinkoloboué au Katanga en République démocratique du Congo.Assassinat politiquePatrice Lumumba a été assassiné car l'accès aux ressources suppose que l'État extracteur n'ait pas de souveraineté ; l'État doit être fragilisé pour garantir l'accès gratuit ou à bas prix.Domination françaiseLa France a instauré une politique coloniale et néocoloniale au Niger maintenant l'accès aux ressources gratuitement ou à bas prix, en soutenant des coups d'État et plaçant au pouvoir des dirigeants fidèles.Conséquences actuelles• Biodiversité qui disparaît complètement dans les zones de Maradi et Zinder au nord du Niger • Cancers énormément développés dus à la pollution de l'eau et de l'air par le souffre de l'extraction • Villages à 5 km sans électricité malgré l'extraction d'énergie • Route de la migration organisée par des mafias avec jeunes au chômage
- Cobalt et Chine : l'extractivisme contemporainMonopole du cobaltLa République démocratique du Congo concentre 60% des ressources en cobalt du monde ; sans le cobalt, il serait impossible d'avoir des téléphones portables, tablettes et ordinateurs.Exploitation inégaleÉnormes difficultés d'accès aux ressources avec creusement de nombreuses terres ; chaines d'intermédiaires infinies rendant responsabilité diffuse et opacité totale pour les multinationales.Armes de dominationUtilisation du viol comme arme contre les femmes, piliers centraux des communautés africaines, pour détruire les sociétés et accéder aux ressources.Modèle économique insoutenableSi l'État congolais avait souveraineté sur ses ressources, les prix augmenteraient drastiquement, rendant les iPhones impossibles à vendre au prix actuel ; le modèle des multinationales ne survivrait pas à prix justes.
- Consommation irresponsable et invisibilité de l'horreurMécanisme d'indifférenceLe système capitaliste entretient une consommation irresponsable où les acheteurs ignorent comment les produits ont été fabriqués et d'où proviennent les matières premières, créant ainsi une indifférence.Parallèle avec la viandeComme pour la viande au supermarché où on ne voit pas comment l'animal a été traité, on achète des GSM sans voir l'horreur des conditions d'extraction, du viol et de la guerre au Congo.Boucles ferméesOn est dispensé de voir l'horreur ; on peut acheter un GSM chaque jour sans comprendre les conséquences en termes de guerre, de problèmes écologiques et de destruction de la biodiversité.Responsabilité collectiveNotre consommation irresponsable induisant la guerre, la domination et la destruction écologique ; nous ne comprenons pas ce que cela cause à la source en terme de conflits et de dégâts environnementaux.
- Réparation et filières artisanales : solutions localesPremier défiMoins consommer et investir beaucoup plus dans les filières de réparation et de recyclage ; les filières artisanales des années 50-60 ont complètement disparu.Exemple concretAtelier de réparation à la gare centrale de Bruxelles tenu par un menace (jeune mineur non accompagné) devenu entrepreneur ; les gens voyagent d'Ostende et d'Arlon pour y faire réparer leurs appareils.Indice de réparabilitéLoi votée par la ministre du climat et environnement obligeant producteurs à indiquer comment recycler et réparer les appareils, permettant aux consommateurs de connaître le potentiel de réparation.Bénéfices multiples• Coûts beaucoup moins chers que d'acheter neuf • Préservation de vies, biodiversité et écologie • Protection commune de la planète • Prévention de l'accélération des problématiques climatiques
- Terres volées et justice climatique : le cas UnileverSpoliation historiqueDans les années 20, l'État belge a octroyé à des entrepreneurs anglais (frères Lever) des terres couvrant parfois cinq fois la taille de la Belgique au Congo ; ils ont créé Unilever avec une entreprise néerlandaise.Vol perpétuéLes descendants de ces populations n'ont jamais récupéré leurs terres ; Unilever les a revendues à Feronia (entreprise germano-canadienne), compliquant la restitution et la justice réparatrice.Économie monomaniaqueVolonté de maintenir les pays africains dans une économie uniquement basée sur l'exploitation des ressources et l'exportation, sans développer d'économie diversifiée incluant agriculture, élevage et pêche.Réparation concrèteLa réparation ne signifie pas donner des milliards mais des actions morales concrètes ; restauration des terres aux descendants, fin du modèle extractiviste, et respect de la souveraineté des peuples.
- Transition écologique inégale et budget carboneParadoxe occidentalL'Occident s'est enrichi en polluant massivement puis en fermant ses mines et industries pour éviter les effets négatifs, délocalisant la pollution en Afrique et en Asie ; aujourd'hui il demande à l'Afrique de ne pas suivre le même chemin.Impossibilité mathématiqueSi l'Afrique atteint le même niveau de développement que l'Occident, il faudrait un autre continent à exploiter de la même manière ; les besoins énormes d'une population croissante rendent cela impossible.Budget carbone limitéLes dirigeants africains demandent à l'Occident de réduire sa consommation et de leur laisser un budget carbone pour se développer ; les prix proposés pour les quotas carbone sont extrêmement bas.Financement insuffisant• 100 milliards par an promis sont en majorité des prêts, pas des subventions • Seulement 12-25% sont des subventions, le reste des prêts • Taux d'intérêt extrêmement élevés pour pays à risque • Endettement chronique des pays africains perpétué
- Technologie et humanité : inquiétudes existentiellesÉvolution humaineSommes-nous encore les humains d'il y a 300 000 ans ou d'il y a 8 000 ans ? La technologie permet de poser la question de savoir si nous maîtrisons notre propre destin ou si celui-ci est dirigé par la robotisation.Perte de socialisationLa technologie excessive empêche la socialisation et crée une nouvelle culture destructrice de la précédente ; l'hyperconnectivité rend les individus autocentrés plutôt que collectifs.Extraction des terres raresEn Mongolie, l'exploitation intensive des terres rares par la Chine crée des « villages cancer » avec énormes problèmes de pollution de l'eau et multiplicité des cancers liés à la purification des ressources.Générations connectéesDéveloppement de générations de plus en plus connectées ; question fondamentale de savoir si nous restons véritablement humains ou si nous nous transformons en entités contrôlées par les systèmes technologiques et algorithmiques.
- Solidarité ou déclin civilisationnelTransition solidaireLa transition écologique que nous développons doit être solidaire non seulement pour les populations locales mais aussi pour les peuples lointains ; l'autocentrage technologique nous empêche d'imaginer cette solidarité.Individualisme capitalisteLe système capitaliste s'est développé avec la concurrence des uns contre les autres ; nous sommes dans un individualisme débridé, égoïste et effréné qui empêche la sortie du système.Marchés alternatifsAvant le capitalisme, il existait des marchés plus solidaires ; aujourd'hui nous pouvons développer des marchés basés sur les coopératives, la solidarité et la sobriété plutôt que sur la concurrence et l'exploitation.Revanche historiqueSans solidarité véritable de l'Occident envers l'Afrique, les populations africaines gagnent en souveraineté développeront-elles de la solidarité envers nous ? Le sentiment de revanche envers la France et l'Occident grandit justement.
- Pan-africanisme et unité continentalePremière solutionL'unité est la première solution ; les territoires africains tels que devenus indépendants étaient faibles politiquement et économiquement car la France a intentionnellement balcanisé les grands ensembles coloniaux.Balcanisation française• Afrique occidentale française (AOF) divisée en États indépendants plutôt que fédérés • Afrique équatoriale française (AEF) fragmentée du bassin du Congo • Peuples sans frontières historiques artificiellement séparés (Peuls en Mauritanie, Mali, Togo) • Objectif : fragiliser les États pour mieux les contrôlerFédération du MaliSeule tentative panafricaine majeure (1959-1961) regroupant Sénégal, Mali, Bénin, Haute-Volta et Niger ; échouée car la France a instrumentalisé Félix Houphouët-Boigny pour la saborder et maintenir la division.Succès tanzanienL'union du Tanganyika et Zanzibar devenant la Tanzanie est l'un des rares exemples réussis ; c'est aussi l'un des rares pays africains sans guerre civile, montrant les bénéfices de l'unité.
- Souveraineté monétaire et indépendance économiqueFranc CFA : dépendanceSortie urgente du franc CFA qui maintient l'Afrique francophone en dépendance monétaire envers la France.Monnaies régionales• Afrique de l'Ouest devrait avoir sa propre monnaie unique incluant Ghana, Nigeria, Guinée-Bissau sans obligation de langue française • Afrique centrale également besoin de monnaie propre • Objectif : continent africain avec une monnaie unique finaleÉchanges régionauxMonnaies propres permettent création de marchés basés sur solidarité, collectivisation des ressources, et non sur exploitation exclusive ; exporter moins mais que cela profite aux pays et peuples environnants.Dynamique fédéraleModèle des États fédéraux où régions riches soutiennent régions pauvres (France, Canada, Belgique) ; l'Afrique unie pourrait appliquer ce modèle de partage intrafricain des ressources.
- Savoirs ancestraux et transition verteRichesse continentaleL'Afrique possède une richesse immense en méthodes ancestrales applicables à la santé, l'écologie, l'économie et la gouvernance ; ces savoirs pourraient devenir viables à l'échelle mondiale.Exemple éthiopienÉglises éthiopiennes du 5-6e siècle creusées dans le sous-sol, entretenues traditionnellement pendant siècles ; l'intervention italienne et italienne avec machines les a fragilisées et mises en danger.Pharmacopée et plantes• Médecine traditionnelle très efficace dont l'Europe revient à se servir • Artémisia : plante contre le paludisme supprimée par industrie pharmaceutique pour raisons financières • Observation animale : ancêtres africains découvraient plantes par l'observation des animaux blessésDisparition des savoirsÉtats n'investissent pas dans connaissances ancestrales ; castes maliennes transmettant savoirs génération après génération voient ces traditions disparaître ; urgence de recherche pour documenter et moderniser ces approches.
- Nationalisme destructeur et mobilisation racisteDeux formes de nationalismeNationalisme libérateur anticolonial positif (résistance nazi, indépendances) versus nationalisme destructeur basé sur repli et opposition interne profitant uniquement aux puissants.Mécanisme de division• Riche à 10 000€/mois fait croire à celui à 2 500€ que le problème est celui à 1 500€ • Oppose travailleurs entre eux plutôt que contre le système • Personnes immigrées situées en bas des classes socio-économiques deviennent boucs émissairesExtrémisme montantRetour de l'extrême droite basé sur pureté de race, expulsion des étrangers ; projet secret allemand de remigration éliminerait tant de travailleurs essentiels qu'Uber, Deliveroo disparaîtraient.Danger africainNationalisme destructeur en Afrique opposant peuples selon couleur de peau (attaques contre Peuls accusés de liens avec djihadistes) est catastrophique ; compromet la souveraineté africaine et l'unité continentale.
- Appel à l'action et conclusionPenser global agir localChacun peut faire quelque chose pour aider la planète ; localement : faire réparer ses appareils chez Abdouah B à l'atelier Simandou ou dans des ateliers équivalents de son pays.Revendications politiques• Réclamer aux États investissements massifs dans filières recyclage et réparation • Avant élections : tous partis confondus doivent s'engager sur transition écologique • Priorité absolue aux filières de réparation et recyclageCombat continentalAfricains et diaspora doivent se battre contre pouvoirs oppressifs qui veulent diviser ; restaurer souveraineté des peuples et respecter leurs choix politiques et économiques.Message finalNe pas tomber dans nationalisme destructeur diviseur ; l'avenir dépend de la solidarité transcontinentale et de solutions endogènes africaines, pas d'interventions extérieures servant autres intérêts.





