HABLA/"ÉCOLES DE COMMERCE PÉRIMÉES ?!" - Laurent Lievens | LIMIT #HEC #ESSEC #ESCP
"ÉCOLES DE COMMERCE PÉRIMÉES ?!" - Laurent Lievens | LIMIT #HEC #ESSEC #ESCP

"ÉCOLES DE COMMERCE PÉRIMÉES ?!" - Laurent Lievens | LIMIT #HEC #ESSEC #ESCP

LIMIT1h 12min26 mar 2023
Les écoles de commerce enseignent-elles un modèle économique périmé face aux défis planétaires actuels?
21 capitulos
  • Présentation et parcours de Laurent Lievens(0'003'23)
    Laurent Lievens est professeur, sociologue, ingénieur de gestion, psychomotricien, menuisier et couturier. Il décrit son travail comme étant à la lisière des disciplines, tissant des liens entre le monde manuel et le monde intellectuel.
    Laurent s'intéresse à tisser les connaissances entre différents mondes et disciplines qui ne se parlent pas, faisant des ponts entre pensées, approches, et connectant le corps, le cœur et les émotions.
    Laurent a écrit plusieurs livres, notamment sur la décroissance et la déconstruction des systèmes actuels.
    Il s'efforce d'intégrer la pensée critique, les débats argumentés et l'esprit critique, héritage de l'université, dans son travail de sensibilisation.
  • Les limites planétaires dépassées(3'237'40)
    L'étude de 2015 du Club de Rome, mise à jour régulièrement, montre que l'humanité a dépassé 7 sur 9 limites planétaires. Ces limites concernent les ressources finies et la capacité de la biosphère.
    L'humanité a un besoin ontologique de ne pas se sentir limitée, mais ce besoin a été dirigé vers la matérialité plutôt que vers l'art, la connaissance, le lien et la conscience. Cela crée une situation d'open bar au niveau des ressources.
    La croissance économique exponentielle, combinée à la vitesse de consommation, crée des effondrements: populations de poissons, mammifères, vertébrés et d'arbres s'effondrent documentairement.
    • Augmentation exponentielle des écarts de richesse entre régions de la planète • Disparités énormes entre Nord et Sud, et au sein même de ces régions • Écarts de richesse de 1 à 1 milliard rendent impossible la création d'un monde commun • Les continents sociaux et humains dérivent, menaçant la cohésion sociale
  • Richesse obscène et misère structurelle(7'4014'15)
    Le scandale n'est pas la pauvreté mais la richesse: l'hyper-concentration aux mains de quelques milliardaires est mécaniquement liée à la misère d'autres populations.
    • Le capitalisme crée structurellement les conditions de la pauvreté • Pillage des ressources et destruction des écosystèmes • Destruction des conditions d'habitabilité • Transformation de la pauvreté en misère par le système de marché
    La pauvreté n'est pas la misère. Historiquement, les peuples vivaient dans une sobriété relative mais le système capitaliste a transformé cette pauvreté en misère, créant la dépossession et la perte d'autonomie.
    Les 10 à 15% les plus riches de la planète (dont nous sommes issus en Europe) constituent un tampon entre les ultra-riches et le reste. L'érosion de cette classe moyenne pousse ses membres vers la pauvreté.
  • Résilience du système et déni collectif(14'1521'46)
    Le système capitaliste est résilient naturellement. Il absorbe la critique, l'écologie et le changement sans vraiment se transformer, maintenant ses bases structurelles intactes.
    Il faut organiser collectivement la non-résilience du système capitaliste plutôt que de le renforcer. La véritable résilience consiste à le déstabiliser.
    • Croissance verte dans tous les secteurs institutionnels et d'entreprise • Discours vertueux masquant les vraies pratiques destructrices • Exemple de Coca-Cola: communication éco-responsable tandis que la production de plastique augmente chaque année
    Il y a peu de conscience parmi les professeurs et décideurs sur l'ampleur réelle des enjeux systémiques. Le déni reste le premier réflexe face à ces informations.
  • Démission de l'université de gestion(21'4628'31)
    Laurent a quitté son poste de professeur en sciences de gestion pour pouvoir se regarder en face et regarder les enfants dans les yeux, face à l'inaction fondamentale de l'institution sur les crises planétaires.
    • Les facultés de gestion enseignent des pratiques toxiques • Elles forment les décideurs de demain qui piloteront les systèmes destructeurs • Elles formatent une idéologie de gestion basée sur des modèles périmés • Elles perpétuent une vision d'une 'bonne vie' basée sur la consommation et l'accumulation
    Les facultés forment les gestionnaires, chefs d'entreprise, ministres et cadres qui structurent le cadre dans lequel vivent tous les autres. Leur impact systémique est gigantesque.
    La société civile et les entrepreneurs ont bien accueilli la démission publique de Laurent, reconnaissant le besoin de gestionnaires formés différemment. L'université et les collègues, eux, n'ont eu aucune réaction.
  • Changement de type 1 versus type 2(28'3133'07)
    Changements de curseur dans le même système, des ajustements sans modifier le cadre fondamental. Les universités font de petits ajustements cosmétiques: cours de développement durable, marketing vert, transition.
    Changement de cadre complet, transformation radicale à la racine du système. C'est ce que réclame la science face à l'impossible croissance infinie.
    Multiplier les changements de type 1 ne produit jamais un changement de type 2. C'est comme modifier légèrement le système d'exploitation plutôt que de changer de base fondamentale.
    Passer du temps sur des changements de type 1 est contre-productif: on détourne l'énergie qui devrait aller vers les changements de cadre vraiment nécessaires pour bifurquer radicalement.
  • Écologie politique et écologie néolibérale(33'0735'01)
    L'écologie est née dans les années 60 avec une critique radicale du système, couplée à une vision politique qui s'attaquait aux mécanismes structurels, pas juste aux gestes individuels.
    Le système capitaliste a absorbé l'écologie pour en faire un argument de vente et un produit, détournant complètement sa dimension structurelle et politique radicale.
    • Focalisation sur les gestes individuels plutôt que sur les systèmes • Responsabilisation de l'individu au lieu d'attaquer les mécanismes collectifs • Absence de critique du système capitaliste lui-même • Maintien du statu quo avec une vernis vert
    La vision écologique actuelle a évacué la dimension politique qui signifie agir au niveau des règles du jeu, des structures systémiques, pas seulement au niveau individuel ou des petits groupes parfaits.
  • Démondialisation matérielle et mondialisation mentale(35'0137'04)
    Il faut démondialiser les flux matériels, énergétiques et économiques pour créer de la résilience face aux chocs. Revenir au local pour les biens et services matériels.
    Simultanément, il faut maintenir et augmenter la mondialisation de la pensée, de la conscience, du lien avec d'autres cultures et de la dimension éthique/politique.
    Au lieu d'importer des t-shirts fabriqués 4000 fois autour du monde à bas coût et acheter 1000 par an, on peut produire localement un t-shirt plus qualitatif et n'en acheter que quelques-uns.
    Beaucoup craignent que la démondialisation économique mène à des guerres et au repli nationaliste, mais l'enjeu est de démondialiser l'économie tout en renforçant les liens humains et politiques.
  • Définition et histoire de la décroissance(37'0442'00)
    La décroissance surgit dans les années 70 après le rapport du Club de Rome (1972) et modélise l'impossibilité d'une croissance infinie sur une planète finie avec des ressources limitées.
    • Le PIB mesure seulement les flux monétarisés et vendus • Exclut le travail non-monétarisé et la nature • Un accident de voiture augmente le PIB (ambulance, soins, etc.) • C'est un indicateur absurde mais unique de nos politiques
    Depuis 2002, le terme revient mais signifie une matrice de projet de société beaucoup plus globale incluant une diminution drastique (facteur 7-10) de la consommation matérielle et énergétique.
    Les opposants confondent le sens des années 70 (inverse du PIB) avec une vision catastrophiste du Moyen-Âge et de bougie, ce qui empêche le débat réel sur la néo-décroissance comme projet émancipateur.
  • Décroissance énergétique et matérielle inévitable(42'0045'55)
    La décroissance énergétique et matérielle est inévitable et inéluctable. Soit elle est choisie et organisée, soit elle sera subie et chaotique quand les limites naturelles s'imposeront.
    • Réduire de 10 fois le volume de l'économie et de consommation • Equivalent à l'arrêt économique vécu lors du COVID pour respecter les accords de Paris • Nécessaire pour ne pas dépasser les limites planétaires • Choisie volontairement ou imposée par l'effondrement physique
    Les arguments contre la décroissance reposent sur la techno-science et l'innovation. Or, le nombre de découvertes fondamentales décroît, et les techniques s'inscrivent toujours dans le cadre capitaliste qui persiste.
    L'idée d'immatérialité des technologies est fausse. Le numérique est hyper-matériel: serveurs, métaux, extractivisme, exploités surtout dans les pays du Sud, loin de nos yeux.
  • Critiques de la technique et système technique(45'5549'08)
    Les techniques ne sont jamais neutres. Elles s'inscrivent dans un cadre sociétal capitaliste et entraînent inévitablement d'autres problèmes en voulant en résoudre un.
    La voiture individuelle semble libératrice au niveau de la mobilité, mais elle cache une montagne de matière, d'énergie et d'infrastructure nécessaire pour fonctionner. C'est une fausse autonomie.
    • André Gorz, Jacques Ellul, Serge Charbonneau: critiques des années 70 des techniques • Ivan Illich: analyse systémique de l'enseignement, santé, mobilité, énergie • Aurore Stéphane: déconstruction de l'immatérialité technologique
    Les techniques ne sont jamais des solutions globales. Elles ne font que déplacer les problèmes d'un endroit du système à un autre sans résoudre les enjeux fondamentaux.
  • Éducation et consciousness raising(49'0856'01)
    À peine 4% des cours au collège et lycée abordent les enjeux écologiques. Les étudiants apprennent des choses qui ne leur serviront pas face au monde nouveau qui arrive.
    • Émergence de la solastalgie et l'anxiété climatique chez les enfants dès 5-6 ans • Peur viscérale face au changement climatique et aux effondrements • Conscience croissante qu'on se tape le mur • Désespoir de comment transmettre sans terroriser les générations futures
    Il n'y a pas de solution unique. C'est une approche multi-niveaux, multi-critères: où qu'on soit, il faut augmenter la conscience des enjeux autour de nous et contribuer à diffuser cette conscience.
    La couche de déni la plus forte est le confort du joli décor actuel. Percer cette couche est difficile mais une fois fissurée, la prise de conscience se propage inéluctablement.
  • Expérience vécue et résilience(56'0158'43)
    Chaque année, chaque mois, chaque décennie passés sans agir c'est du temps perdu. Les effondrements continueront de s'accélérer et seront de plus en plus douloureux.
    • Le trauma est une infraction dans un système de pensée qui tient la route • La préparation aux situations difficiles permet la résilience plutôt que l'effondrement • Sans préparation, les chocs causent des traumatismes irréversibles • La préparation des populations est crucial et complètement absente
    Les situations d'effondrement local (Fukushima, inondations à Rochefort) suscitent l'entraide et retrouvent le sentiment d'appartenance à un commun, contrairement à l'atomisation actuelle.
    La capacité d'entraide dépend de l'héritage culturel: le Japon valorise la coopération dans sa culture, tandis que les États-Unis ont davantage l'idéologie du héros solitaire.
  • Effondrements locaux et structures sociales(58'4362'02)
    Dans une crise immédiate, l'entraide émerge naturellement même dans les sociétés très individualistes. La peur et le besoin restaurent les mécanismes de coopération innés.
    • L'entraide fonctionne bien ponctuellement mais s'érode avec la durée • Sans structures organisées et institutionnelles, elle s'effrite • La charge tombe inégalement sur les plus vulnérables • Besoin de nouvelles institutions pour maintenir la coopération dans la durée
    Une décroissance subie sans préparation produit du chaos social, de l'atomisation, et des mécanismes de hiérarchie plutôt que de solidarité car la base structurelle est détruite.
    L'imaginaire Mad Max et les bunkers sont inefficaces et contre-productifs. Mieux vaut privilégier une vision collective et joyeuse d'un monde avec moins de matière.
  • Viabilité dans la durée et préparation(62'0263'20)
    Tout ce qu'on met en place en préparation aux effondrements doit rester valable même s'il n'y a jamais d'effondrement accéléré. Cela élimine l'inutile et garantit une vraie amélioration.
    Une peur 'sainte' et réfléchie est nécessaire pour quitter le déni et agir. Elle doit permettre la préparation constructive, pas la paralysie ou le repli survivaliste.
    • Une joie paradoxale peut émerger de cette préparation collective • Reconnexion avec le sol, le vivant, les cycles des saisons • Récupération de l'intériorité et du travail physique • Sens retrouvé de l'acte artisanal contre l'abstraction économique
    Il n'y a pas de grand confort dans ce processus. Il faut accepter l'inconfort de vivre avec moins, d'apprendre localement, de coopérer avec les voisins réels, pas juste avec ses proches.
  • Matrice de décroissance et décentralisation(63'2065'36)
    La décroissance n'est pas un modèle qui s'impose partout identiquement. C'est une matrice d'alternatives adaptée à chaque localité et biotope.
    • Montagne, île, banlieue, campagne: chaque contexte crée des possibilités différentes • L'environnement et le substrat qui nous porte jouent un rôle central • Nécessite des savoir-faire locaux et spécifiques qui se perdent
    L'enjeu est de 'faire mieux avec moins'. Cela demande des savoir-faire d'autonomie locale, d'agriculture, de soin, d'alimentation qui sont en train de disparaître.
    L'autonomie isolée n'existe plus. Il faut réapprendre à faire commun, à tisser des liens matériels et réels autour des fonctions vitales: nourrir, soigner, se loger, se transporter.
  • Rythmes naturels et reconnexion physique(65'3668'00)
    On doit réapprendre à fonctionner selon les cycles des saisons. L'été ne fonctionne pas comme l'automne, l'hiver ou le printemps. C'est une temporalité qu'on a complètement supprimée.
    Reconnexion avec le physique permettra de retrouver l'intériorité perdue et une sagesse corporelle. C'est une chose très saine dans le monde actuel hyper-déconnecté du corps.
    • Sens retrouvé du travail de l'artisan, de l'agriculteur, de l'éleveur • Valeur réelle de la création manuelle contre l'abstraction économique • Table construite à la main: sueur, effort, matière réelle • Métiers manuels comme métiers d'avenir, non comme voies de garage
    L'agriculture, le soin, l'alimentation perdent leurs savoir-faire. Il faut les préserver et les transmettre car ils seront essentiels dans la société de décroissance.
  • Valeur du travail manuel et éducation future(68'0069'39)
    En Amazonie, Laurent a découvert comment un artisan construit une table en une journée avec ses mains, alors que les tables IKEA sont des objets abstraits sans lien au travail réel. Cela l'a fait prendre conscience de la valeur perdue.
    • Métiers manuels (menuiserie, boulangerie, agriculture) doivent devenir des métiers d'avenir • Métiers tertiaires (management, marketing) ne sont pas des métiers d'avenir • Inversion complète de l'échelle de salaires et de prestige social • Exemple: menuisier gagne 10 fois moins qu'un manager pour plus de valeur réelle
    Les marqueurs de 'criminalité' actuels (richesse, pouvoir, prestige abstrait) sont exactement inversement proportionnels à l'impact écologique bénéfique. Besoin d'inverser complètement les critères de réussite.
    Aujourd'hui, les métiers manuels sont vus comme des voies de garage, des échecs. Cela doit changer radicalement dans une société en décroissance si on veut que les gens acceptent ces métiers.
  • Organisations et gestionnaires dans un monde en décroissance(69'3971'44)
    On aura toujours besoin d'organisations et de gestionnaires, mais ce ne sera pas les mêmes que ceux des écoles de commerce actuelles qui forment des machines à brasser de l'air.
    • Réduction drastique du secteur tertiaire et bureau • Retour de métiers d'artisanat comme maréchal-ferrant, agriculteur, etc. • Organisations locales et décentralisées • Gestion au service du commun et de la résilience locale
    Les écoles de gestion doivent enseigner une vision radicalement différente: comment organiser collectivement la transition, comment gérer la contraction avec équité et justice.
    Les écoles continuent à enseigner des modèles périmés avec du greenwashing cosmétique alors qu'on a 30-50 ans de retard sur ce qu'il faudrait vraiment enseigner.
  • Mondes communs et avenir souhaitable(71'4471'44)
    L'autonomie isolée n'existe plus. Elle doit être remplacée par une interdépendance consciente et organisée collectivement autour des fonctions vitales: se nourrir, se soigner, se loger, se transporter.
    • L'imaginaire de Laurent n'est pas sombre mais joyeux • Basé sur l'expérience vécue de contraintes extérieures surmontées en groupe • Pas d'isolement survivaliste mais coopération créative • Sens retrouvé et reconnexion au réel
    Besoin de remettre en place des formes d'institution et d'organisation pour soutenir l'entraide dans la durée, sinon elle s'effrite et crée des inégalités.
    C'est compliqué mais possible. Les humains sont profondément sociaux et ont inscrit la coopération loin dans leurs organismes. Même des sociétés hyper-individualistes peuvent retrouver ces capacités.
  • Recommandations finales et appel à l'action(71'4472'31)
    Lisez un livre par semaine. Informez-vous, formez-vous, ouvrez les champs. Permettez-vous de vous extraire de l'hétéronomie et de chercher l'émancipation.
    • Livre 'Décroissance et Néo-décroissance' de Laurent Lievens • Texto 'L'écologie et la nôtre' de Serge Brignol (Monde diplomatique) • Film 'La fin de la méga machine' de Serge Schneider • Penseurs: André Gorz, Ivan Illich, Jacques Ellul, Gauthier Chapelle, Raphaël Stevens
    Rencontrez vos voisins réels, pas seulement vos proches éloignés. Cherchez comment contribuer à augmenter la conscience et l'action collectively autour de vous peu importe votre position.
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