HABLA/1h23 pour faire face à l'effondrement avec Keller, Hamant, Giraud.... - Économie Régénérative
1h23 pour faire face à l'effondrement avec Keller, Hamant, Giraud.... - Économie Régénérative

1h23 pour faire face à l'effondrement avec Keller, Hamant, Giraud.... - Économie Régénérative

LIMIT1h 23min19 nov 2025
Comment régénérer vraiment le vivant, les techniques, le social ?
19 capitulos
  • Introduction et contexte de l'événement(0'003'43)
    Vince introduit la première table ronde du festival des rencontres de l'économie régénérative à Lyon avec 1200 participants. Il accueille cinq intervenants qualifiés d'Avengers de l'économie pour discuter de régénération.
    • Pourquoi notre économie n'est plus une économie • Comment régénérer vraiment le vivant, les techniques, le social • Comment sortir du culte de la performance pour construire de la robustesse • Comment passer de petites initiatives isolées à un véritable mycélium
    La régénération est l'élément manquant dans les débats sur les limites planétaires. Il ne suffit pas de réduire les dégâts, il faut régénérer les écosystèmes.
    Passer d'une culture du grand capitalisme, de l'accumulation et de la croissance à une économie régénérative et solidaire adaptée aux défis actuels.
  • Redéfinition étymologique du terme économie(3'437'00)
    Le mot économie vient d'oïkos (maison commune) et nomos (règle, gestion). C'est l'art de tenir sa maison bien rangée.
    Nous prétendons gérer notre économie alors que nous ne la gérons pas correctement. Le système actuel est une extractocratie, pas une véritable économie.
    • Extratoïe : gouverner par l'extraction du vivant et des gens • Thermocapitalisme : exploitation des énergies • Externalitisme : refiler la facture aux autres et générations futures • Économie zombie : qui tient debout sous performance, sous dette, sous subvention
    Rendre ses lettres de noblesse au véritable sens du terme : une gestion cohérente de la maison commune.
  • Présentations des intervenants et leurs approches(7'0010'27)
    • Isabelle de la Noix : économiste symbiotique, ingénieur agronome • Gaël Girot : économiste, docteur en maths et théologie, directeur de recherche CNRS • Arthur Keller : ingénieur spécialiste des vulnérabilités systémiques et résilience • Fabrice Bonifet : directeur du développement durable, président de C3D • Olivier Amand : biologiste, directeur de recherche INRAE
    Économie symbiotique alignée avec le vivant, énergie et contrainte au cœur de l'économie réelle, résilience des systèmes, entreprise contributive, robustesse plutôt que performance.
    Tous s'accordent sur la nécessité d'une transformation radicale du modèle économique actuel pour répondre aux crises climatiques et écologiques.
    Passer du moins pire à des activités qui réparent et fédèrent les acteurs d'un territoire.
  • La double lucidité et le mouvement régénératif invisible(10'2714'45)
    Il faut regarder à la fois la catastrophe qui arrive (fragilité des démocraties, solitude croissante, crises géopolitiques) et l'émergence d'un mouvement régénératif extraordinaire qui monte partout.
    Des centaines de milliers de personnes en France entreprennent autrement et organisent leur territoire autrement. Ce mouvement n'est pas visible car il fonctionne à l'inverse de l'économie extractive dominante.
    Le mouvement régénératif est comme un mycélium : des réseaux qui tapissent les sols plutôt que de grandes tours. Sur n'importe quel territoire, des centaines de régénérateurs locaux existent.
    L'enjeu majeur est de relier ces initiatives isolées pour créer un véritable mouvement de transformation systémique et donner du sens aux vies des personnes engagées.
  • Méthodologie et posture du changement systémique(14'4530'00)
    • Besoin d'une méthode commune partagée où tout le monde peut se retrouver • Éviter les divergences problématiques entre acteurs qui ne comprennent pas leur complémentarité • Changement de posture : devenir agent d'influence culturelle avant tout • Déconstruire les réflexes culturels, psychologiques et comportementaux
    Transition de mots isolés à une grammaire cohérente, puis à une syntaxe partagée. Le monde actuel fonctionne selon la loi du marché ; il faut passer à une loi terrestre basée sur les besoins et ressources.
    Rejet de la capitalisation qui impose un contrôle du temps. Au lieu de cela, délibération démocratique collective pour affronter l'avenir ensemble et intégrer les surprises possibles.
    Mettre en mouvement par la pulsion de vie et la symbiose plutôt que par la peur. Le besoin de coopération commence par la capacité à dire 'j'ai besoin d'aide'.
  • Régénération : définition et mise en œuvre(30'0032'40)
    Régénérer signifie garder ses capacités de la veille, renouveler ses capacités et permettre de produire du nouveau. C'est permettre à chacun de créer son plein potentiel et son épanouissement.
    • Régénérer le vivant : aménager les sites pour abriter de la végétation en écosystème • Préserver les équilibres planétaires : régénérer les capacités techniques sans extraire davantage • Régénérer le social : créer des écosystèmes sociaux qui gouvernent les communs
    Plutôt que de posséder un téléphone ou ordinateur, les utiliser en tant que fonctionnalité. Le fabricant possède les composants et peut les réutiliser, permettant jusqu'à 16 fois plus de machines avec le même matériau.
    Donner un cadre très clair pour permettre la liberté d'épanouissement. Impliquer les acteurs dans la délibération sur le commun, même pour des détails comme le lieu de travail ou une machine à café.
  • Économie de coopération vs économie de compétition(32'4037'40)
    Dans le droit de la compétition, la règle est claire : les intérêts ne convergent pas. Chacun essaie d'acheter au moins cher et de vendre au plus cher. Tout le monde est concurrent.
    Passer à une économie de coopération et d'écosystème. Cela nécessite des contrats très clairs pour que chacun se sente en sécurité et que l'intégrité soit gardée.
    Créer des contrats sociaux clairs définissant les règles du commun. C'est essentiel pour permettre la coopération, contrairement à ce qu'on pourrait croire.
    Sortir du culte de la possession et de l'immédiateté. Les gens achètent sur Amazon pour être livrés en quelques minutes, mais il faut apprendre à ralentir ou périr.
  • Utilisation et mutualisation des ressources(37'4042'50)
    • Bâtiments : moins de 20 % du temps utilisation • Espaces spécifiques : moins de 1 % d'utilisation • Véhicules individuels : 4 % d'utilisation pour 96 % du temps inutilisés
    Des marges énormes existent dans tous les domaines pour réduire la fabrication et augmenter l'utilisation. Exemple de la ponceuse : 126 € à l'achat vs 5 € à la location.
    Mutualiser les produits coûte moins cher car on paie l'usage. Argent économisé peut être consacré à l'achat de produits de qualité et de l'agriculture régénérative.
    Systèmes d'information modernes permettent la planification et la gestion efficace des courbes de charge, comme avec les transports en commun.
  • Transition d'entreprise et modèles intermédiaires(42'5048'30)
    Les entreprises existantes ne peuvent pas tout changer ni sauter à pied joint dans l'inconnu. Elles doivent garder le modèle actuel tout en le travaillant pour être le moins mauvais possible.
    Créer des zones d'expérimentation parallèles au modèle actuel. Les petites entreprises doivent s'unir en consortiums pour financer des marges de manœuvre collectives.
    • Première erreur : penser qu'on ne s'effondrera pas • Deuxième erreur : intégrer les changements au modèle existant au lieu de faire différent • Les changements paradigmatiques ne peuvent pas être intégrés graduellement
    Repartir de la feuille blanche. À partir de l'objectif et de la contrainte, se demander comment utiliser ses outils (hommes, femmes, réseaux, compétences) pour faire quelque chose de différent, pas différemment.
  • Exemple du Bangladesh et pensée systémique(48'3051'30)
    Au Bangladesh, les moussons étant devenues instables, les agriculteurs creusent des puits. Mais tout le monde fait la même chose, ce qui crée une dépression sur les nappes phréatiques.
    L'appel d'eau salée salinise les nappes, rendant impossible la production. La personne a gagné 5-15 ans mais ruine définitivement l'environnement au lieu de le régénérer.
    • Réflexion en mode problème-solution sans considérer les interactions systémiques • Experts en silos ne questionnent pas les effets en aval et amont • Pas de cohérence systémique globale
    Les acteurs ne remettent pas en question leur modèle de base. Ils cherchent simplement à continuer ce qu'ils font différemment plutôt que de faire quelque chose de différent.
  • Changements paradigmatiques et posture résiliente(51'3052'30)
    Quand les changements sont graduels et incrémentaux, on peut adapter son modèle. Mais face à des révolutions paradigmatiques, intégrer au modèle existant garantit l'effondrement.
    Contrairement au numérique qui était une opportunité, la descente énergétique et matérielle sera une contrainte majeure imposée à nous. Ce n'est pas une petite variation mais un changement paradigmatique.
    Il faut être rigoureux dans les définitions du nouveau paradigme pour éviter la récupération par l'industrie. Le risque de greenwashing sur l'agriculture régénérative existe déjà.
    L'économie régénérative proposée fait partie des options pour faire différent et pas simplement différemment. Elle doit être développée en parallèle avant de devenir centrale.
  • Performance vs robustesse dans un monde instable(52'3056'00)
    Dans un contexte stable et abondant, la performance paie. Mais dans un monde instable en pénurie, la performance est contre-productive. La rentabilité dépend du contexte.
    Rester en silo est le plus performant et efficace. Mais quand il y a des tempêtes, la performance en silo n'aide pas. Il faut sortir du silo au coût en performance pour gagner en robustesse.
    Il existe un compromis performance-robustesse qui est une loi physique de l'univers. Une fois compris, on ne peut plus l'ignorer.
    Les initiatives régénératives ne doivent pas tomber dans le culte de la performance. Il faut désobéir volontairement à ce culte, c'est un acte de lutte sociale au sens noble du terme.
  • Analogie des dinosaures et adaptation aux crises(56'0058'50)
    Les dinosaures bénéficiaient de rendements d'échelle croissants. Toute l'industrie moderne est construite sur ce modèle, spécialement les plateformes numériques avec coûts fixes et rendements infinis.
    Les gros métabolismes avec rendements croissants prospèrent dans un environnement stable. Quand l'environnement devient instable, ce qui survit c'est tout le contraire : petits métabolismes adaptables et résilients.
    • PME : agiles et ajustables • Associations de quartier : robustes et résilientes • Petits collectifs : permettent de traverser les tempêtes
    Arrêter de rêver de devenir un dinosaure. Au lieu de cela, être des petits mammifères très ajustables et agiles pour traverser l'instabilité croissante du climat et des écosystèmes.
  • Stratégie de reliance territoriale pour les PME(58'5062'50)
    Ne pas vouloir transformer globalement une entreprise. Plutôt créer des centres d'expérimentation à l'intérieur, aussi indépendants que possible, pour explorer le nouveau.
    Les petites entreprises adaptées en structure n'ont pas les moyens de l'innovation. Les grandes entreprises ont les moyens mais ne sont pas adaptées en structure et manquent de posture de changement.
    Pour les grandes entreprises : dédier une équipe innovante répondant à des besoins stratégiques. Pour les petites : se relier et mutualiser conseil et expertise via l'écosystème territorial.
    Outils comme l'Impact Score permettent d'identifier les problématiques communes et facilitent la connexion entre entreprises du même territoire pour s'entraider et se conseiller.
  • Mesures concrètes pour CEO et président(62'5027'00)
    • Réduire les inégalités salariales internes (actuellement 1 à 200 dans les CAC 40) • Rencontrer les clients pour comprendre leurs vrais besoins au-delà du produit • Convoquer les actionnaires pour redéfinir la rentabilité raisonnée vs performance vorace • Mettre des représentants des droits du vivant au conseil d'administration
    Mettre la robustesse dans la raison d'être de l'entreprise. Une entreprise doit être robuste et au service de la robustesse de son territoire. Cela empêche la récupération greenwashing.
    • Organiser une convention citoyenne sur climat, eau, logement, travail • Inscrire dans la constitution que l'eau ne peut pas être privatisée • Redéfinir l'entreprise dans le code civil comme entreprise à mission incluant robustesse et résilience
    Interdire les projets qui ne devraient plus exister. Exemple : la fabrication de baskets connectées qui clignote la nuit. La régulation forte est indispensable.
  • Capitalisation et gestion du temps vs délibération commune(27'0077'30)
    La capitalisation transforme une ressource (forêt amazonienne) en capital en la valorisant comme stock rapportant revenus futurs. On contrôle le temps en actualisant les revenus en euros d'aujourd'hui.
    On doit contrôler le temps et savoir ce qui rapportera. On exige que l'avenir donne raison sans surprises. On interdit tout imprévu et on ramène l'avenir à une quantification calculable.
    Vision des pauvres de La Paz et communautés énergétiques : partager et prendre le risque ensemble. Établir des règles démocratiques de délibération permettant de réviser les règles si quelque chose ne va pas.
    Ne pas donner de prix autant, mais donner tout l'espace de délibération pour affronter l'avenir ensemble et faire prospérer la maison commune. C'est l'économia ensemble basée sur les communs.
  • Documentation et diffusion du modèle régénératif(77'3079'30)
    On parle toujours de passer à l'échelle mais c'est un vieux réflexe. Le modèle régénératif ne monte pas en échelle par obésité mais par diffusion et duplication sur les territoires.
    Documenter les pratiques est essentiel mais coûteux. Les entreprises n'ont pas les moyens de financer la documentation alors qu'elle serait profitable pour tous puisque ce n'est pas une économie de compétition.
    Une fois documentée, la méthode peut s'implanter dans d'autres territoires en impliquant les acteurs locaux, consommateurs et communes. Ouvrir l'investissement pour partager le risque et le sentiment d'appartenance.
    Enseigner les outils et méthodes aux écoles comme le Cnam. Former des collectifs d'étudiants pour diffuser les pratiques régénératives sur les territoires de manière repérable et documentée.
  • Gouvernance avec le vivant(79'3081'00)
    Inscrire la gouvernance avec le vivant. Pas simplement une personne représentant la nature, mais les acteurs se reconnectant au vivant autour d'eux et à leur propre nature vivante.
    Méthodes de reconnexion au vivant changent radicalement la dynamique des groupes et la prise de décision. Les expériences montrent des résultats extraordinaires et enthousiasmants.
    Laisser la possibilité aux vivants de s'exprimer transforme comment les décisions sont prises. Cela crée une connexion différente avec les enjeux écologiques et sociaux.
    Méthodologies comme celles de Serge Manjoubert (Entre les arbres) montrent comment la gouvernance avec le vivant change la dynamique et permet une approche vraiment régénérative.
  • Révolution silencieuse et changement systémique de long terme(81'0083'47)
    Les révolutions ne sont pas des barricades et des masses dans la rue. Elles se font aujourd'hui par des gens qui entreprennent autrement et s'organisent différemment dans les territoires.
    • Durcissement du devoir de vigilance • Commission européenne faisant marche arrière sur le Green Deal • Tentatives de récupération par le modèle économique actuel
    Ce qu'on fait est tellement à contre-courant qu'il faut avoir des pecs solides pour nager et enchaîner le crawl face au courant. Les personnes engagées sont exceptionnelles et inédites.
    Depuis 10000 ans on fait la même chose (extraction et accumulation). Ces personnes engagées sont parmi les premières depuis ce laps de temps à penser radicalement différemment.