HABLA/POURQUOI LES CANCERS AUGMENTENT PARTOUT ? - Laurence Huc | LIMIT
POURQUOI LES CANCERS AUGMENTENT PARTOUT ? - Laurence Huc | LIMIT

POURQUOI LES CANCERS AUGMENTENT PARTOUT ? - Laurence Huc | LIMIT

LIMIT1h 20min16 feb 2025
est-ce qu'on est capable à un moment donné de se retrouver dans le même scénario que children of man
21 capitulos
  • Introduction et contexte de la crise sanitaire(0'003'40)
    Discussion sur la possibilité d'un scénario type Children of Man où l'humanité ne pourrait plus avoir d'enfants si les tendances actuelles persistent.
    • Les pesticides contaminent toute la chaîne alimentaire • Les consommateurs et consommatrices sont exposés à des risques sanitaires • Les études sont souvent orientées pour minimiser les effets ou nier les problèmes
    Au début des années 1900, le cancer était une maladie rare liée à l'âge. Aujourd'hui, il touche de plus en plus de jeunes, y compris des personnes dans la vingtaine.
    Laurence Huc est toxicologue et chercheuse, travaillant à l'IRSET à Rennes et au Lisis à Paris, spécialisée dans la réglementation des pesticides.
  • Exposition chimique et substances dangereuses(3'406'36)
    Énormément de substances chimiques de synthèse ont été produites par l'activité humaine, créées par les produits de consommation qui relâchent des substances invisibles.
    • Engrais et pesticides utilisés en agriculture intensive • Insecticides pour éliminer les nuisibles • Fongicides pour éliminer les moisissures • Herbicides pour les mauvaises herbes
    En 1962, Rachel Carson publie 'Printemps silencieux' dénonçant les effets toxiques des pesticides sur tous les êtres vivants non ciblés : biodiversité, poissons, oiseaux, grenouilles, insectes et populations exposées.
    Pendant 30 ans après la Seconde Guerre mondiale, l'agriculture intensive s'est mise en place sans contrôle réglementaire jusqu'à la création de l'EPA américaine dans les années 70.
  • Stratégies d'influence industrielle et production du doute(6'3613'08)
    À partir des années 80, les industriels mettent en place des stratégies de lobbying et des think tanks pour combattre les mesures de protection environnementale et limiter l'usage de substances chimiques.
    • Marchands de doute servent la science pour prétendre que les effets toxiques sont faux • Utilisent des stratégies similaires aux compagnies de tabac • Prétendent que les effets sont liés à d'autres facteurs non liés à l'exposition chimique • Créent du bruit académique qui donne l'impression qu'il n'y a pas de consensus scientifique
    L'industrie oriente facilement la recherche des causes génétiques des cancers en donnant plus d'argent aux scientifiques, pendant que ceux travaillant sur les causes environnementales restent sous-financés.
    Alors qu'à la fin des années 70 il était clair que le cancer était une maladie liée à l'environnement, les années 80 ont vu un renversement où tout le monde s'est concentré sur la génétique.
  • Cancer et substances carcinogènes du quotidien(13'0817'01)
    • Pesticides dans l'alimentation non dépourvue • Substances cancérigènes persistant après cuisson • Emballages contenant des composés inflammables • Pollution atmosphérique avec particules fines et hydrocarbures • Tabac et alcool comme cancérigènes forts
    Les personnes travaillant avec les pesticides et substances chimiques sont beaucoup plus exposées aux substances cancérigènes, développant des cancers plus tôt que la population générale.
    Entre 1900 et 2000, la diversité chimique a peut-être été multipliée par plusieurs milliers. Le corps n'est pas adapté à éliminer toutes ces substances chimiques.
    L'association de toutes les molécules chimiques par l'air, l'eau et l'alimentation rend impossible la prédiction des effets toxiques, même pour les meilleurs scientifiques.
  • Effets transgénérationnels et épigénétique(17'0120'24)
    Les femmes exposées massivement au DDT (années 50) avaient 3 fois plus de risque de cancer du sein. Leurs filles, sans exposition directe, avaient le même surrisque, et leurs petites-filles aussi.
    Le DDT joue sur le niveau d'enroulement de l'ADN, modifiant l'épigénétique sans changer le code génétique lui-même, créant des empreintes transmissibles de génération en génération.
    Ces modifications épigénétiques fonctionnent comme de petits scotchs sur l'ADN que l'on transmet à ses enfants et ainsi de suite, dont on ne sait pas encore la durée de transmission.
    • DDT toujours présent alors qu'interdit • Lindane et dieldrine • PFAS (polluants éternels) • Persistance dans l'environnement et le corps même après interdiction
  • Glyphosate : de la promesse à la controverse(20'2424'27)
    Le glyphosate était initialement destiné à être un antibiotique. Monsanto découvre qu'il bloque la photosynthèse des plantes en ciblant une enzyme spécifique, les faisant jaunir et mourir.
    • Prétention que le glyphosate ne pourrait pas affecter les animaux puisqu'il ne cible que les plantes • Omission des effets sur les bactéries et le microbiote intestinal • Oubli volontaire des impacts sur les micro-organismes du sol
    Entre les années 70 et aujourd'hui, l'usage du glyphosate a été multiplié par 100, d'abord pour le contrôle des mauvaises herbes, puis massivement avec les OGM résistants au glyphosate.
    Depuis les années 70, les dossiers réglementaires de Monsanto montrent la cancérogénicité chez les rongeurs, mais évaluée en balance bénéfices-risques favorisant l'usage agricole sur la santé.
  • Toxicité du glyphosate et multieffets(24'2736'41)
    • Neurotoxicité • Perturbateurs endocriniens • Maladies rénales • Effets cancérigènes confirmés depuis le début
    En 2018, révélation des Monsanto Papers : Monsanto a payé directement des scientifiques pour publier des études niant les problèmes toxiques du glyphosate, les signant sans avoir mené les études.
    Les agences réglementaires et les firmes coconçoivent ensemble les règles du jeu pour prendre en compte les études scientifiques, excluant environ 90% des études indépendantes.
    Malgré les publications de 2019-2020 démontrant scientifiquement l'influence sur les conclusions, le glyphosate a été réautorisé en 2023 pour 10 ans supplémentaires en Europe.
  • Allergies et système immunitaire dérégulé(36'4141'37)
    Les taux d'allergie explosent depuis plusieurs décennies, passant d'une rareté à une condition très commune affectant même les jeunes générations.
    • Les pollenes d'arbres sont maintenant absorbés sur des particules polluantes microparticules • L'air était plus pur il y a 50-100 ans • La composition chimique de l'environnement crée une immunogénicité accrue
    L'exposition à des substances chimiques nouvelles modifie l'éducation du système immunitaire, exacerbant les réactions inflammatoires aux allergènes ordinaires.
    • Bisphénol A et autres bisphénols • Pesticides • Ces composés augmentent la sensibilité aux allergènes
  • Bisphénols et chimie de substitution(41'3745'30)
    • Présent dans les plastifiants pratiquement partout • Utilisé dans les emballages alimentaires • Depuis janvier 2024, bisphénol A interdit dans les emballages alimentaires
    Quand une molécule dangereuse est interdite, les industriels la remplacent simplement par une autre ayant des propriétés similaires mais avec quelques atomes supplémentaires.
    La réglementation évalue molécule par molécule, sans transposition des connaissances sur les effets toxiques, obligeant à relancer des recherches sur chaque nouvelle variante.
    Les industriels remplacent une molécule dangereuse, le temps de la recherche s'écoule, une nouvelle molécule est déjà créée et commercialisée, perpétuant l'exposition chimique.
  • Perturbateurs endocriniens et fertilité(45'3048'51)
    L'OMS rapporte qu'une personne sur 6 est touchée par l'infertilité au niveau mondial, déclarée comme une épidémie affectant essentiellement les pays occidentalisés mais s'étendant désormais.
    • Baisse de la concentration en spermatozoïdes chez les hommes (réduite de moitié en 30 ans) • Endométriose affectant une femme sur 10 • Syndrome des ovaires polykystiques compliquant la fécondation
    Les perturbateurs endocriniens miment l'action des hormones à très faible concentration, déréglant la régulation hormonale fine et compromettant la reproduction.
    Avec 180000 substances chimiques nouvelles et plusieurs milliers de perturbateurs endocriniens, les effets cocktail multiplient les risques d'infertilité et de troubles reproducteurs.
  • Modèle clé-serrure hormonale(48'5154'06)
    Les hormones fonctionnent comme une clé précise pour une serrure spécifique, arrivant au bon moment pour enclencher les bonnes opérations du corps avec un timing exact.
    Les perturbateurs endocriniens créent un afflux de clés mélangées ouvrant les portes plus ou moins bien et n'importe quand, déréglant la mise en place des cycles de reproduction.
    Les cycles d'ovulation hautement régulés chez les femmes sont perturbés par les substances chimiques, créant des problèmes de reproduction et de fertilité.
    • Les hormones régulent aussi l'humeur, les sentiments de satiété • Les pesticides augmentent les risques de dépression • Facteurs physiologiques et psychologiques sont intimement liés
  • Déclins de biodiversité et politique(54'0655'01)
    Une étude allemande montre une baisse drastique du nombre d'insectes sur 20 ans, une chute phénoménale observable par chacun, mais sans action décisionnelle corrélée.
    Les preuves liant pesticides et biodiversité sont beaucoup plus flagrantes que celles sur la santé humaine, mais cela n'a aucune incidence sur l'autorisation des pesticides.
    La réglementation n'accorde pas à la vie des êtres vivants hors humains la même valeur que la vie humaine, bien que les pesticides soient marqués toxiques pour les abeilles et la faune aquatique.
    Seule exception : les néonicotinoïdes ont été interdits basés sur les connaissances concernant les abeilles avant que les effets sanitaires humains soient pleinement alertés.
  • Incapacité décisionnelle systémique(55'0157'50)
    Malgré les preuves scientifiques, une petite partie décisionnelle reste engouffrée dans un système continu, repoussant les changements à demain plutôt que d'agir aujourd'hui face à l'urgence.
    • Olivier de Schutter, Serge Latouche, Marc Andos démontrent qu'on peut produire suffisamment sans pesticides massifs • Agroécologie et ressources naturelles permettent de contrôler les ravageurs • Réduction drastique possible sans disparition totale des pesticides
    Course infinie où les plantes s'adaptent, deviennent résistantes, forçant l'utilisation de plus de pesticides ou leur remplacement, une fuite en avant inévitablement stoppée.
    Les plantes invasives gagneront finalement ; il est impossible de perpétuer ce système in vitam eternam, c'est une course sans fin ayant une fin certaine.
  • Action citoyenne et changement individuel(57'5062'16)
    Les citoyens sont des consommateurs pouvant choisir le type d'agriculture à favoriser et financer l'agriculture biologique sans pesticides plutôt que l'agriculture intensive.
    • L'agriculture biologique coûte plus cher • Pas tous les gens ont les moyens d'accès actuellement • Problème réel d'inégalité économique • Solutions locales comme les épiceries solidaires requièrent du temps et des réseaux
    Acheter des produits bruts locaux, éviter les ultra-transformés, cuisiner soi-même, ralentir son rythme de vie pour prendre du temps de choisir de bons produits.
    Les gens courent derrière factures et survie immédiate, rendant difficile la réflexion sur l'exposition chimique future. Problème systémique où la survie d'aujourd'hui prime sur les cancers de demain.
  • Barrières politiques et scientifiques(62'1636'24)
    Lors de rendez-vous à l'Assemblée nationale, politiciens déclarent le contexte politique inadéquat et refusent d'écouter les connaissances scientifiques produites avec financement public.
    • Citoyens payent scientifiques via impôts pour produire connaissances • Devoir démocratique de choisir politiques sensibles à biodiversité et santé • Lien étroit entre environnement et santé humaine à reconnaître politiquement
    Certains partis politiques et politiciens sont complètement hermétiques aux connaissances scientifiques, leurs schémas de croyance contraires aux propositions scientifiques.
    Difficultés à transmettre connaissances scientifiques à politiques confrontés à d'énormes lobies défendant intérêts économiques puissants avant la santé publique.
  • Santé des enfants et alertes sentinelles(36'2466'27)
    Lors du développement fœtal, il existe des périodes de vulnérabilité où la moindre exposition chimique peut tout perturber dans la mise en place des organes et système nerveux.
    Les effets des expositions prénatales sont quasiment impossibles à déterminer 20 ans plus tard, car nul ne pense à l'exposition subie au 3e mois de grossesse de la mère.
    • Malformations congénitales • Troubles cognitifs • Troubles du comportement • Autisme • Cancers pédiatriques
    La dégradation de la santé affecte tous les âges, mais les enfants traînent les premiers les signes avant-coureurs de cette dégradation généralisée.
  • Clusters de cancer pédiatrique(66'2771'15)
    • Près de Nantes : secteur de Sainte-Pazanne avec grandes carrières et usines de pesticides • Près de La Rochelle : agriculture intensive avec taux élevés de pesticides retrouvés chez les enfants
    Clusters identifiés par agences de santé publique mais aucune mesure de prévention n'est mise en place pour protéger les populations ou stopper les causes.
    • Activités industrielles • Radon • Agriculture intensive • Quand tout intervient, personne ne se met en route, chacun pointant du doigt l'autre
    Contrairement aux maladies infectieuses, les maladies environnementales liées à l'exposition chimique ne sont pas bien gérées quand les situations sont complexes et multifactorielles.
  • Documentaire Contrepoison et enjeux systémiques(71'1575'45)
    Documentaire 'Contrepoison' réalisé par Jean-François Corty et Valérie Gaillard de 52 minutes montrant les difficultés d'enquête et l'inaction institutionnelle.
    • Chantage à l'emploi et au salariat • Régions économiquement dépendantes des industries polluantes • Incohérence entre emplois court-termistes et santé long-termiste
    Extractivisme détruit biodiversité et crée pollution généralisée. Les caméras et téléphones demandent du minerai, les agriculteurs utilisent pesticides pour la nourriture, tout le monde y participe.
    Problème beaucoup plus profond que pointer du doigt un coupable. Implication de tous dans un système de consommation dépendant de la pollution et de l'extraction.
  • Sélection alimentaire et éducation du consommateur(75'4564'34)
    Sentiment de stress face aux pommes et oranges potentiellement contaminées, crainte que tout aliment soit 'compromis' en matière de sécurité nutritionnelle.
    • École enseignait à nettoyer les pommes pour enlever pesticides • Pesticides sont aussi à l'intérieur du fruit • Manque d'éducation générale sur la toxicité chimique quotidienne
    • Favoriser commerces de proximité et produits locaux • Traçabilité connue du producteur • Acheter directement aux producteurs bio • Réseaux locaux plutôt que grandes surfaces
    Revenir à la simplicité : éviter ultra-transformés, préparer soi-même plutôt qu'acheter rapide, connaître ce qu'on met dans son corps, limitant les additifs et perturbateurs.
  • Coûts d'externalité et modèle économique(64'3478'51)
    Les produits industriels pollués ont des prix anormalement bas car ils ne comptabilisent pas les coûts d'externalités : maladies chroniques, cancers, dépollution de l'eau et des sols.
    Impossible de demander aux gens ayant du mal à payer leurs factures d'acheter plus cher de meilleurs produits ; c'est un problème profond d'inégalité économique systémique.
    • Épiceries solidaires ajustant prix selon revenus • Engagements locaux dans les quartiers • Initiatives permettant accès à aliments sains pour tous • Nécessite temps et réseaux pour en bénéficier
    Fondamentalement, ne pas vendre aliments mettant en danger la santé ne devrait pas être au portefeuille du citoyen : devrait être obligation pour tous, pas choix de riches.
  • Espoir et engagement individuel(78'5180'27)
    Ce qui met au cœur : combattre au bon endroit, au maximum essayer malgré l'incertitude de réussite, plutôt que d'accepter l'inaction.
    • On n'est pas seul à vouloir le changement de modèle • Changement inévitable donc mieux le faire rapidement • Accepter de payer plus cher l'alimentation ou se priver d'autres plaisirs
    Acheter bio protège agriculteurs, riverains, biodiversité. Payant un peu plus et se compliquant la vie, on fait un acte protégeant tous, même si seul représentant peu de gens.
    Autour de soi, convaincre petit à petit, faire des choix alimentaires conscients, faire des actes positifs au lieu d'accepter l'inévitabilité supposée du système actuel.